top of page
Rechercher

CHRIS NOËL

  • 22 juin
  • 4 min de lecture

Il y a des actrices qui laissent des films, des photos, une légende

Et puis il y a celles qui laissent des traces. Profondes.


Chris Noël appartient à la seconde catégorie.

Née Sandra Louise Noël le 2 juillet 1941 à West Palm Beach, en Floride, elle commence comme tant d’autres : mannequin. Mais pas n’importe lequel. Elle est l'égérie de Kodak, de la Ford Mustang. Elle devient une image américaine parfaite : blonde platine, sourire franc, promesse de soleil et d’insouciance. Une beauté reproductible, presque industrielle.

Miss Floride. Evidemment,. C’était écrit sur son visage, pas la peine de concourir.


Elle débute au théâtre, à Broadway puis la télévision.

Puis Hollywood.

La Columbia Pictures la prend sous contrat. On lui prépare une carrière de starlette : films légers, corps exposé, peut-être une mode à lancer et surtout des bikinis à remplir. Le body painting apparaît, c'est Chris qui doit en lancer la mode. Elle aurait pu reprendre à son compte cette remarque de Jane Birkin: "C'est quoi ces filles qui se collent des fleurs sur la gueule?" Manque de pot, Cayate en colle sur la gueule de Jane pour "Les chemins de Katmandou". Chris est plus discrète, n'en pense pas moins, y va de bon coeur. Quelques danses autour d’une piscine puis sur les plages des "Beach Party films" et l’espoir que, peut-être, un jour, elle deviendra autre chose. Elle tourne avec Elvis Presley, avec Steve McQueen, plus tard avec Don Johnson.

Mais rien ne prend vraiment.

Ou plutôt, tout se déplace.


Un jour, Chris Noël visite un hôpital militaire. Les studios organisent ce genre de choses.

Des vétérans du Vietnam. Des corps détruits, des regards absents, des vies arrêtées en plein mouvement.


Elle ne détourne pas les yeux.

Elle part.

Direction le Vietnam.

Pas comme actrice. Comme présence.


Elle devient disc jockey. Son émission, A Date with Chris, devient une respiration dans le quotidien des soldats. Une voix douce dans un monde brutal. Ses photos circulent partout : minijupe, sourire intact, irréel au milieu de la guerre. Pour ces hommes, elle n’est pas une starlette. Elle devient une sorte de repère.

Et puis il y a l’hélicoptère.

Un vol entre deux bases. On tire sur l’appareil. À bord, Chris Noël panique. C’est une panique physique, totale, sans distance, sans cinéma.

Le capitaine de l’hélicoptère, un officier des Bérets verts nommé T. Harrington, tente de la calmer. Il lui parle, il la guide, il essaie de la faire tenir. Et dans cette suspension absurde entre ciel et mort possible il lui propose une solution à sa manière.

Il la demande en mariage.

Pas plus tard. Pas ailleurs. Là.

Ils se marient le 11 janvier 1969 à Miami.

Ils ont exactement le même âge. Lui aussi est né le 2 juillet 1941.

Il voulait être chanteur. Il avait même enregistré un 45 tours en 1968 :A Gun Don’t Make a ManWhen the Green Berets Come Home.


Mais derrière l’uniforme et la voix, il y a autre chose. T. Harrington est diagnostiqué schizophrène paranoïde et souffre de troubles bipolaires sévères.

La guerre ne s’arrête pas avec le retour. Chris n'est pas indemne non plus. Elle souffre de stress post traumatique sévère.


En décembre 1969, onze mois après leur mariage, TY se suicide.

La légende dira qu’il l’a fait pour ne pas la tuer. La vérité, elle, reste inaccessible.

Mais une chose est certaine : Chris Noël a vu de très près ce que la guerre fait aux hommes.

Elle se mariera encore trois fois.

Un producteur de pétrole texan — presque une obligation de casting pour une blonde hollywoodienne. Un homme rencontré à la messe, dont on ne sait presque rien.

Puis son avocat.

Mais aucune de ces vies ne remplacera ce qu’elle a vu là-bas.


Chris Noël ne retourne pas vraiment au cinéma.

Elle reste fidèle aux vétérans.

Elle écrit.

En 1987 : Matter of Survival: The WarEn 2011 : Vietnam and Me

Elle chante. Elle parle. Elle agit.

En 1981, des anciens combattants entament une grève de la faim à l’hôpital des vétérans de Los Angeles pour obtenir de meilleurs soins. L’administration de Ronald Reagan ne sait pas comment gérer la situation. On fait appel à Chris Noël. Elle est la seule à pouvoir leur parler.

Elle négocie la fin de la grève.

En 1985, elle fonde le Women’s Interactive Network pour aider les femmes souffrant de stress post-traumatique.

En 1993, elle ouvre un refuge en Floride pour accueillir des vétérans en sevrage.

Elle y met son argent. Sa vie.


Elle est invitée d’honneur à l’inauguration du mémorial des vétérans du Vietnam à Washington en 1982.

En 2019, elle reçoit le Silver Helmet Award.

En 2022, le Heroes Honor Lifetime Award — le plus grand honneur de sa vie.

Elle est honorée comme un héros de guerre.

Un documentaire lui est consacré en 2004 :The Blonde Bombshell: The Incredible True Story of Chris Noël.


Et puis il y a cette phrase, qu’elle a dite un jour : « Je ne savais pas combien de personnes allaient se souvenir de moi. Mais partout où j’allais, des vétérans venaient me remercier J’avais parfois l’impression d’être de retour au Vietnam. »


Aujourd’hui, elle a plus de quatre-vingts ans.

Et ce que l’on voit, ce n’est pas une beauté passée.

C’est un visage accompli.

Chris Noël n’a pas laissé de grands films.

Elle a laissé quelque chose de beaucoup plus rare.

Une présence.

Et pour certains hommes, ceux qui étaient partis en héros, revenus en assassins, cela vaut toutes les étoiles d’Hollywood.

Celine Colassin


QUE VOIR?


1963: Soldier in the Rain: Avec Steve McQueen

1964: Diary of a Bachelor: Avec: Joe Silver et Dom DeLuise

1965: Beach Ball: Avec Edd Byrnes

1967: The Glory Stompers: Avec Dennis Hopper


1971: The Tormentors: Avec James Craig

 
 
  • YouTube - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle

© 2025 GEORGE MACGREGOR PRODUCTIONS

bottom of page