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VALERIE LEON


Lorsque le public, essentiellement mâle, découvrit en 1966 les premières photos de Valérie Leon en bikini, on n’eut rien de plus pressé que d’en faire une actrice exotique. Si brune, si pulpeuse, avec un tel patronyme elle ne pouvait qu’être une fournaise espagnole ou un volcan mexicain, pourquoi pas ? Or, rien n’est plus fondamentalement british que miss Léon.

On mettra donc les pendules affolées à l’heure en gratifiant la jeune demoiselle de l’affolant slogan « La Raquel Welch anglaise ». Ceci dès que ladite Raquel deviendra le nec le plus ultra des aphrodisiaques filmés. Ce en sortant d’une grotte en plastique préhistorique, vêtue d’un bikini en fourrure, de faux ongles et de faux cils dans « 100 millions d’années avant Jésus Christ ».


Valérie Thérèse Léon vint au monde le 12 novembre 1943 à Hampstead un quartier du centre de Londres pilonné en 1941 par les bombes ennemies. Sa naissance dans la capitale en ruines est déjà un petit miracle en soi. Près de 43.000 civils ont péri sous le feu dévastateur de l’ennemi mais ses futurs parents ont survécu.


Le père de Valérie, Henry, est directeur d’une petite usine textile, sa maman Daphné est une comédienne qui renoncera aux planches pour élever ses quatre enfants dont Valérie est l’aînée.

Devenue une ravissante jeune fille affublée d’une paire de lunettes en hublots de paquebot, Valérie ne se trouve pas très jolie. Elle rêverait d’être actrice comme le fut sa maman mais avec sa paire d’épais lorgnons, elle doute d’avoir la moindre chance. Elle choisit alors de se placer comme jeune fille au pair à Paris. Un autre de ses rêves. Paris.

Ses valises sont bouclées lorsqu’elle reçoit un appel inattendu. Elle est retenue pour un spectacle. La première de ses auditions qui a donné quelque chose. Mais son choix est fait. Ce sera Paris. Elle n’a que 17 ans, ça lui paraît plus sérieux et plus enviable que de se précipiter au premier appel téléphonique pour jouer les troisièmes couteaux dans un spectacle dont elle ne sait rien.

De retour de France avec son éternelle paire de carreaux, elle trouve à se placer comme vendeuse chez Harrods. Quand je vous disais qu’on ne pouvait pas plus british.


Derrière son comptoir, la petite vendeuse bigleuse n’a pas oublié ses rêves d’enfant. Elle envoie ses photos aux agents et aux castings et court les auditions. Quelques photos de mode plus tard, la chance se présente sous l’étrange aspect de Barbra Streisand qui triomphe avec « Funny Girl » avant que le spectacle ne devienne un film à Oscar. Valerie n’est pas particulièrement affolée. Elle avait déjà été choisie pour une comédie musicale « La belle de New-York » mais l’entreprise avait fait un flop mérité et elle était revenue chez Harrods.


Valerie intègre le chorus derrière la future star Streisand et très vite se fait repérer par un agent. Un agent qui lui fait quitter le spectacle de Barbra outragée pour donner la réplique à Roger Moore dans un épisode de sa série triomphale « Le Saint ».


Si Barbra Streisand est volontiers odieuse parce que ça convient à sa légende, Roger Moore est le gentleman absolu et fort drôle qui sera le meilleur ami de Valérie pour la vie.

C’est son deuxième coup de chance. Le troisième va suivre. Elle est choisie pour être une jeune fille hospitalisée dans « Carry on…up the Khyber ». Rien de bien palpitant à ceci près que…Le film qui ne casse pourtant pas trois roues à une brouette fait un énorme succès. Des suites sont immédiatement mises en chantier. Toute l’équipe du film est reprise, les contrats le stipulaient en cas de suite et Valerie sera de plusieurs « Carry on ». La série complète en compte 24 ! Sa plus grande surprise lors de ces tournages ? Le jour où on lui demande de porter des lunettes et qu’elle sort les siennes de son sac, ses bons vieux hublots qui conviennent parfaitement au réalisateur. Ce sera le seul tournage où Valérie aura tout vu dans les moindres détails.


Entre le tournage du « Saint » et le premier « Carry on », Valérie avait pas mal tourné pour la télévision où elle commençait à être connue des téléspectateurs. Le cinéma la sanctifie avec les « Carry on ».


Très belle, fine comédienne, elle a toutes les cartes en mains pour devenir une superstar. Mais un grain de sable inattendu va venir enrayer la belle mécanique. Valérie n’y est pour rien. De 1945 à 1965, le cinéma britannique a vécu son âge d’or. Mais soudain tout s’enraye, le monde change, le cinéma anglais rate le coche et brille de ses rares derniers feux.

Outre les impôts faramineux qui frappent les gens de cinéma en Angleterre, le travail se met à manquer et ce qu’il reste à tourner est souvent médiocre. Les jeunes actrices choisissent l’exil. La France pour Birkin, l’Italie pour Rampling, Hollywood pour Bisset. Valerie Leon reste. Londres est sa ville. L’Angleterre est son pays. Elle y a sa famille, ses amis, son public et si le cinéma s’arrête tout à fait et bien tant pis, il y a toujours Harrods.


La fidélité absolue et quoi qu’il en coûte de Valerie Léon est peut-être sa caractéristique première. Elle est loin de se prendre pour le nombril du monde et encore moins pour une star. Elle a vu Barbra Streisand de très près, ça lui a semble-il suffi.


Valérie Léon n’aura qu’un seul homme dans sa vie. Son mari, le père de ses deux enfants, le producteur Michal Mills. Le couple se marie en 1974 et Michael laissera Valérie veuve en 1988. Son fils Leon n’avait que 13 ans et sa fille Mérope 11.


Elle n’aura même qu’une seule voiture dans sa vie. Elle la traînera jusqu’à l’usure et un fan absolu lui offrira 20.000 livres pour acquérir le vénérable engin.

C’est toujours une histoire d’indéfectible amitié, avec Roger Moore en l’occurrence, qui fait qu’elle se retrouve en « James Bond girl » dans « L’espion qui m’aimait ». Ils s’étaient bien entendu retrouvés dans « Amicalement vôtre » et seront encore partenaires dans « The Wild Geese ». Elle remettra le couvert James Bondesque avec Sean Connery, cette fois dans « Jamais plus jamais ».

Entretemps, Valerie Léon fait avec ce que le cinéma de son pays a à lui proposer et puisque c’est la haute époque des films d’horreur à trois sous de la Hammer, elle tournera « La tombe de la momie » avec autant de sérieux et d’implication que si c’était « Autant en emporte le vent ». Dans le double rôle d’une princesse égyptienne et de sa réincarnation contemporaine elle donne une interprétation saisissante qui fera de ce film un grand classique du catalogue Hammer, voire même un classique du cinéma anglais.


A partir du moment où elle accepte un film, et même pour une seule scène, elle considère qu’elle a à donner le meilleur d’elle-même et n’a pas à juger de l’intérêt général de l’entreprise, qu’il soit artistique ou intellectuel. Elle mettra autant de qualité dans son travail pour tourner des publicités pour un after-shave qui deviendront célèbres que si elle jouait Hamlet à Elseneur.

C’est l’époque où Joan Collins largement son aînée revient en Angleterre avec sa carrière hollywoodienne en berne. Mais même à la Hammer, on lui préfère Valérie Léon dont on fait une princesse égyptienne alors qu’elle doit se coltiner une invasion de fourmis géantes. Joan Collins ajoute le nom de Valérie Léon à la liste des actrices qu’elle haïra souverainement jusqu’à la nuit des temps. Chose dont Valérie se fiche complètement.


L’actrice continuera son petit bonhomme de chemin jusqu’à l’avènement des années 80. Le cinéma anglais ne retrouvera plus jamais son âge d’or et Valérie Léon préfèrera retourner au théâtre pour avoir ses journées de libres avec ses enfants qui désormais grandissent sans père.

Le temps passant a fini par sacraliser Valérie Léon dans son cher pays natal. Elle reste comme le symbole de toute une époque où l’Angleterre brillait aux yeux du monde avec ses films et ses inoubliables séries télévisées. Scandaleusement belle, dans une forme éblouissante, Valérie Léon va triompher dans un spectacle dont elle est l’interprète et le sujet. Un genre de spectacle où ne peuvent se risquer que les plus grands noms. Après Gregory Peck, Cary Grant ou Lana Turner c’est Valérie Léon qui donnera sold out ses « Up front with Valerie Léon ». Le principe est risqué. La star seule en scène, réponds aux questions du public. Un travail sans filet où il faut autant de métier que d’humour et d’audace.


Valérie Léon a renoué avec les plateaux de tournages depuis 1990 et tient désormais des rôles de guest star de grand prestige mais n’hésitant jamais à s’enlaidir ou se ridiculiser car l’idée reste la même : Tout donner.

Celine Colassin

QUE VOIR ?

1966 : That riviera touch : Avec Suzanne Lloyd et Eric Morecambe

1968 : Carry On… Up the Khyber : Avec Joan Sims et Sidney James

1969 : A promise of Bed : Avec Vanessa Howard et Victor Spinetti

1969 : Carry on Camping : Avec Joan Sims et Sydney James

1969 : Carry on again Doctor : Avec Sidney James et Joan Sims

1969 : The Italian Job : Avec Michael Caine et Noël Coward

1970 : Carry on up the jungle : Avec Sidney James et Joan Sims

1970 : The Man Who Had Power Over Women : Avec Rod Taylor et Carol White

1972 : Carry on Matron : Avec Joan Sims et Sidney James

1973 : Carry on Girls : Joan Sims et Sidney James

1978 : The Wild Geese : Avec Roger Moore et Richard Burton

1983 : Never say never again : Avec Sean Connery, Kim Basinger et Barbara Carrera

2016 : Pitfire of Hell :  Avec Elizabeth Berhop et Samantha Michelle

 
 
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