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HELEN TWELVETREES

  • il y a 5 heures
  • 6 min de lecture

Lorsque naît Helen Marie Jurgens le 25 décembre 1908 à Brooklyn, elle est encore loin de s’appeler Helen Twelvetrees.

Son père, Herman Jurgens, est courtier en assurance, un métier très new-yorkais de la petite bourgeoisie active du début du siècle. Sa mère, Helen Marie Eccles a pour sa part des origines britanniques. Rien, dans ce milieu relativement stable et respectable, ne prédestine particulièrement la jeune Helen à une carrière de cinéma. Elle grandit dans un environnement où l’on attend plutôt d’une jeune femme qu’elle mène une vie ordonnée et discrète.

Très tôt pourtant, Helen se sent attirée par la scène.


Elle commence par le théâtre et apparaît à Broadway à la fin des années 1920. Elle est encore très jeune lorsqu’elle se marie avec Leroy Clark Twelvetrees en 1927. Elle l’a rencontré à l’académie d’art dramatique. Aspirant à la gloire comme sa jeune épouse, le beau Leroy Clark ne trouve ni sa chance ni sa place. Très vite c‘est l’alcool, la brutalité ; La déchéance de l’orgueil masculin dans un couple où la chance ne sourit qu’à la femme, l’homme s’effaçant dans l’ombre des lumières qui la nimbent. Ivre de jalousie professionnelle, au cour d’un dîner mondain dans un hôtel de Manhattan, Leroy Clark tente de se suicider en se jetant par la fenêtre. Il traverse deux auvents avant de s’écraser sur un taxi stationné dans la rue. Il survit mais reste hospitalisé pendant plusieurs mois. Le couple sera enfin divorcé en 1931. Devant l’afflux de témoignages en ce sens, Helen reconnaîtra avoir été plusieurs fois battue comme plâtre.


Ce mariage tragique ne sera jamais tout à fait derrière elle. Appelée à Hollywood en 1929 avec tout un contingent de vedettes de Broadway « sachant parler », la Paramount, le studio qui l’engage, trouve aussi chic qu’exotique une Helen Twelvetrees à son catalogue de stars et lui impose de garder le patronyme sous lequel elle avait débuté.

Leroy Clark Twelvetrees ne fera jamais carrière et mourra de ses blessures quelques années plus tard après une bagarre de rue.

Elle gardera donc son nom de femme tragiquement mariée pour sa carrière.


Lorsque Hollywood la remarque au tournant du cinéma parlant, Helen Twelvetrees possède déjà une présence très particulière. Elle n’est pas une beauté glacée ni une vamp spectaculaire. Son charme tient à quelque chose de plus fragile, presque douloureux. Son visage exprime l’émotion avec une intensité rare. Très vite, les studios comprennent qu’elle possède un talent singulier pour le mélodrame. Dès son tout premier film, dès 1929, Helen est tête d’affiche et il sera toujours ainsi.


Au début des années 1930, elle devient ainsi l’une des actrices marquantes de la Paramount. C’est l’époque pré-Code. Lorsque les films hollywoodiens osent encore raconter des histoires de passions malheureuses, de femmes abandonnées, d’adultère, de tragédies sentimentales. Helen Twelvetrees incarne parfaitement ce type d’héroïnes. Elle pleure à l’écran avec une sincérité qui bouleverse le public. Mais pas seulement. Helen est entrée dans le cinéma par la grande porte des comédies musicales dont la mode fait fureur. Si Hélène pleure, elle chante et danse aussi. Et à ravir. Pendant une décennie, elle est une vedette très populaire. Même Maurice Chevalier pourtant propriété personnelle de Marlène Dietrich passe après elle sur l’affiche de « Bedtime Story ». Autre indice qui ne trompe pas : Le plus prestigieux de tous les studios , la Metro Goldwyn Mayer l’emprunte volontiers. C’est elle qui essaie le beau Robert Taylor avant Greta Garbo soi-même.

Dès son divorce prononcé en 1931 Helen Twelvetrees se remarie rapidement avec Frank Woody, qui est alors son agent artistique. Le mariage a lieu en 1931, au moment même où sa carrière commence vraiment à prendre de l’ampleur à Hollywood. On pourrait imaginer que ce soit là un mariage stratégique, une manière de sécuriser sa carrière. Mais rien n’indique que Frank Woody ait été un négociateur particulièrement redoutable dans l’univers des studios. Qu’Helen demande le divorce au moment où sa carrière s’essouffle n’est probablement pas un hasard mais plutôt une conséquence.


Paramount, à ce moment-là, est un studio rempli de personnalités redoutables. Marlene Dietrich, mystérieuse et sophistiquée, domine les écrans  et fait perdre beaucoup d’argent sous la protection de Josef von Sternberg. Miriam Hopkins, brillante et ironique, est réputée pour son intelligence et sa capacité à négocier avec les producteurs. Constance Bennett, de son côté, obtient un salaire extravagant, assorti d’une clause étonnante : son cachet est versé net d’impôt, ce qui oblige le studio à payer les taxes en plus de sa rémunération. Ces deux mots feront d’elle la femme la plus riche d’Amérique, battant le record jusque-là détenu par Mary Pickford.

Et puis surgit un phénomène supplémentaire mais absolument unique : Mae West.

Mae West ne débarque pas chez Paramount comme une actrice docile. Elle vient du théâtre et possède déjà une immense assurance. Elle écrit ses dialogues, réécrit ses scènes et impose son style. Lorsque le studio lui demande quel salaire elle souhaite, elle demande simplement combien gagne la vedette masculine. La réponse lui convient, à condition d’ajouter un dollar de plus. Question de prestige, explique-t-elle.

Dans ce studio où certaines actrices savent négocier leurs contrats, manipuler les producteurs ou imposer leurs conditions, Helen Twelvetrees apparaît comme une personnalité très différente. Elle ne semble pas avoir possédé ce talent stratégique. Elle appartient plutôt à la catégorie des actrices qui croient que leur travail suffit. Elle joue avec une intensité réelle, presque douloureuse. Les réalisateurs racontent qu’elle se plonge complètement dans ses rôles, qu’elle ressort parfois épuisée des scènes les plus dramatiques.

Mais Hollywood est un système dur, où le pouvoir compte autant que le talent. Au milieu des années 1930, l’industrie change brutalement avec l’application stricte du Code Hays, qui impose une morale beaucoup plus rigide aux scénarios. Les héroïnes tragiques et moralement ambiguës disparaissent peu à peu des écrans. Or c’était précisément le territoire dans lequel Helen Twelvetrees excellait. Sa carrière décline alors rapidement mais Helen saura donner son baroud d’honneur et se retirer toujours en tête d’affiche. Elle est la star de son ultime film « Unmarried » en 1939.

Elle continue de travailler quelque temps au théâtre et à la radio, mais la grande époque des studios est terminée pour elle. L’actrice qui avait incarné certaines des héroïnes les plus poignantes du début du cinéma parlant s’éloigne progressivement des projecteurs.

En 1936, elle avait épousé Jack Woody, un ancien joueur de football américain devenu pilote et instructeur d’aviation. Ce troisième mariage sera, semble-t-il, le plus stable de sa vie. Ils auront un fils, et elle restera mariée avec lui jusqu’à sa mort en 1958.


Ces mariages successifs racontent aussi quelque chose de la vie d’Helen Twelvetrees. Son premier mariage fut violent et chaotique. Le second, peut-être trop lié aux affaires et à Hollywood. Le troisième paraît plus calme, presque une tentative de retrouver une vie plus normale après les années tumultueuses des studios.


Et cela renforce encore l’impression que laisse sa carrière : Helen Twelvetrees n’était pas une stratège d’Hollywood. Elle semblait plutôt chercher, à travers ces différentes vies, un équilibre qui lui avait longtemps échappé. La presse de son côté s’amusa bien un peu de madame Woody divorcée épouse un autre monsieur Woody, la surnommant durant quelques semaines madame Woody-Woody

Helen Twelvetrees meurt le 13 février 1958 à Harrisburg, en Pennsylvanie, à l’âge de quarante-neuf ans, emportée par un cancer. Hollywood l’avait déjà presque oubliée.

Pourtant, pendant quelques années au début des années 1930, elle avait été l’une des figures les plus émouvantes du mélodrame américain. Dans un studio où certaines femmes apprenaient à dominer le système et à négocier leur pouvoir, Helen Twelvetrees appartenait à une autre espèce : celle des actrices qui se contentaient de jouer avec leur cœur. Et dans la jungle hollywoodienne, cette qualité n’a jamais été la meilleure protection.

Celine Colassin

QUE VOIR ?

1929 : The Ghost Talk : Avec Charles Eaton

1930 : The Grand Parade : Avec Fred Scott

1931: Chicago: Avec Ricardo Cortez

1932 : Panama Flo : Avec Robert Armstrong

1932 : Is My Face Red ?  Avec Ricardo Cortez

1933 : A Bedtime Story: Avec Maurice Chevalier

1933 : My Woman : Avec Wallace Ford et Victor Jory

1933: Disgraced: Avec Bruce Cabot

1933: King for a Night: Avec Chester Morris

1934 : One Hour Late : Avec Conrad Nagel et Joe Morrison

1934: She Was a Lady: Avec Donald Woods et Frank Morgan

1935: Time Square Lady: Avec Robert Taylor et Virginia Bruce

1935: She Get’s her Man: Avec Zasu Pitts

1936: Thoroughbred : Avec Frank Leighton

1937: Hollywood Round-up: Avec Buck Jones

1939: Persons in Hiding : Avec Patricia Morrison et Lynne Overman

1939: Unmarried: Avec Buck Jones et Donald O’Connor

 

 
 
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