VIVIEN LEIGH
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Le 5 Novembre 1913 naît à Darjeeling aux Indes Britanniques Vivian Mary Hartley dans une élégante famille de la gentry. Son père, Ernest Richard Hartley est agent de change, sa mère, Gertrude Harltey née Jackjee, se coiffe, s’habille, prend le thé, reçoit, plus une multitude d’autres choses propres à son rang qui la laissent exténuée en fin de journée. Parfois, pour distraire leurs invités, Ernest organise de petites représentations théâtrales privées dans le parc ou le jardin d’hiver de leur somptueuse résidence coloniale.
La chose fascine la jeune Vivian.
Ça, les défilés militaires et les éléphants peints lors des parades.
Vivian vit dans un pays de contes de fées mais elle est en sursis.
Dès qu’elle a sept ans, elle se fait embarquer pour l’Angleterre afin d’y recevoir entre les murs d’un couvent la stricte éducation religieuse indispensable à une jeune fille de son rang.
Le hasard lui donne une compagne d’infortune en la personne de la future madame Tarzan née Maureen O ‘Sullivan. Elle se souviendra de la jeune Vivian Hartley comme de la plus belle et la plus charmante de toutes les pensionnaires, de son humour délicat assorti à ses manières et aussi... de ces crises de violence et de colère que rien ne pouvait maîtriser.
Ses hurlements faisaient alors trembler les murs séculaires et les insultes pleuvaient sur les cornettes qui n’avaient d’autre choix que d’enfermer au cachot la créature diabolique qu’était devenue Vivian en attendant que le calme revienne.
La tempête passée laissait la jeune Vivian exténuée, hagarde pour des heures avant que son charme et sa bienséance reprennent leurs droits. Elle regagnait alors sa cour comme si de rien n’était.

Vivian était si merveilleuse en tous points que jamais les autorités écclésiastiques ne mentionnèrent ces crises de fureur dans les courriers envoyés à Darjeeling.
Il est plus valorisant pour le couvent du « Sacré Cœur de Jésus » de vanter les progrès en toutes les matères enseignées mais aussi en violoncelle, en danse et les succès récoltés par la merveilleuse Vivian lors des spectacles de fin d’année que de s’épouvanter sur ces crises de harpie vociférante et déchaînée.
En 1927, Les Hartley ont regagné l’Europe, Vivian peut à nouveau voir son père et sa mère lors des vacances.
Un père et une mère éblouis d’avoir une fille si merveilleuse, d’une beauté racée, d’une distinction exemplaire, qui en plus d’une passion pour les arts se révèle douée pour les langues.
Apprendre l’Allemand et le Français, ça l’amuse, la distrait.
Lorsqu’en 1932 elle termine enfin ses études, ses parents ne voient aucun inconvénient à ce qu’elle suive des cours d’art dramatique. On n’est plus au XIXème siècle que diable ! La reine anoblit des acteurs, c’est tout dire !
La jeune fille aura même droit à des cours privés donnés par une de ces dames de la comédie française ! On sait faire les choses chez les Hartley ! Actrice soit, mais les convenances sont les convenances.

Après les études, ces demoiselles font leur entrée dans le monde et sont officiellement présentées à la reine. Il est temps alors de se trouver un mari.
Vivian jette son dévolu sur l’avocat de sa famille, maître Leigh Holman, fascinée par sa ressemblance avec l’acteur Leslie Howard, le grand séducteur distingué de l’écran mondial.
L’année suivante, toujours selon les bonnes traditions, Vivian met au monde une petite Suzanne.
Il n’est pas question pour la jeune mère de regretter la naissance de sa fille, mais enfin, à peine sortie du couvent, la voilà mère et mariée, c’est tout de même aller un peu vite.
La jeune Vivian a l’impression tenace de passer à côté de sa propre vie, elle se désintéresse de sa fille, de son mari, de la décoration de son appartement qui l’amusait tellement quelques mois auparavant. Vivian sombre en dépression. Ce n’est pas une chose rare chez les jeunes accouchées. Les nourrices et les nurses entrent alors en scène. Mais chez Vivian, la fêlure est profonde, incommensurable. Sous cet aspect parfait de femme joyeuse, comblée et insouciante, sa raison vacille, vacille depuis longtemps, peut-être depuis toujours.
Prostrée au fond de son lit, Vivian passe ses journées à lire et à se morfondre, la biographie de Lilli Langtry, actrice tapageuse et scandaleuse entre toutes, et qui sera immortalisée au cinéma par Ava Gardner tombe entre ses mains. Elle dévore littéralement le bouquin, se lève et annonce qu’elle reprend ses études d’art dramatique. Elle sera actrice !

Son mari n’apprécie pas vraiment l’idée, mais après tout, sa femme est sortie de son marasme et a retrouvé tout son entrain. Ce qui ne veut pas dire qu’elle se prenne de passion pour les langes et les berceuses. Cette toquade finira bien par lui passer et n’est pas Eleonora Duse qui veut !
C’est mal connaître la jeune mère dépressive et fragile qui en quelques mois a un agent et a tourné un premier film. Un rôle minuscule mais un rôle tout de même. Nous sommes en Septembre 1934, en Novembre, Vivian aura 21 ans.
Elle est toute excitée à l’idée d’aller voir sur scène ce jeune acteur dont on parle tant pour dire qu’il est si beau et dont on murmure ensuite qu’il est le petit ami de Noël Coward, l’icône absolue du théâtre londonien. Cet acteur de 27 ans. Laurence Olivier.
Elle voit la pièce et en reste subjuguée, le soir même, en sortant du théâtre pour aller souper, une amie lui demande comment elle a trouvé la pièce et Vivien répond : « La pièce, je ne sais pas mais je vais épouser cet homme ! »
Qu’il ne la connaisse même pas et qu’ils soient tous les deux mariés de leur côté ne lui paraît pas être un obstacle digne d’être mentionné.

En son fort intérieur, dès ce soir de Septembre, Vivian scelle son destin. Elle renonce à son mari, à sa fille et à son statut social. Elle entre en campagne militaire. Elle sera madame Laurence Olivier car tel est son destin, car telle est sa décision.
Elle accepte maintenant les nombreuses propositions de photos de mode qui lui sont faites, non qu’elle ait besoin d’argent ou que ça l’amuse, mais la multiplication de son visage dans les journaux favorise ses plans. Et s’il la remarquait ? Ça s’est déjà vu plus d’une fois.
Les photos ne retiendront pas l’œil de Laurence Olivier mais bien d’un metteur en scène qui a besoin d’une fille sublime pour le premier rôle de sa pièce. Vivian, devenue Vivien devient aussi « Le Masque de la Vertu » au théâtre. Le 15 Mai 1935 a lieu la première de la pièce. Vivien est sur scène comme dans son salon, légère, gracieuse, envoûtante, naturelle en diable, le public est subjugué, lorsque le rideau tombe, Vivien est une star. Dès le lendemain son nom est partout, elle est la nouvelle reine de Londres.

La pièce fait salle comble. Tous les soirs, la capitale se presse pour voir la fabuleuse découverte, Alexander Korda et son épouse Merle Oberon la félicitent dans sa loge. Merle est une star d’Hollywood, Korda le plus prestigieux metteur en scène Anglais. Il propose à Vivien un contrat de cinq ans, dans la foulée, elle apprend que Laurence Olivier était dans la salle. Il l’a, paraît-il, trouvée jolie…sans plus.
S’auto persuadant d’être sur la bonne voie, Vivien prend les choses en mains. Elle cherche activement de bons rôles, sacrifie aux interviews, reçoit, peaufine son élégance. Le plus prestigieux magasine du monde, VOGUE dépêche Cecil Beaton, photographe officiel de la famille Royale pour la photographier à son tour. Ils ont les mêmes origines et le même référenciel culturel. Beaton est célèbre, Vivien sait parfaitement tout ce qu’il peut pour elle. Ils deviendront amis pour la vie et Beaton deviendra son photographe attitré… Lorsque Garbo ne l’exige pas dans son entourage immédiat, bien entendu.
Dans le tourbillon mondain qu’est devenu sa vie, se souvient-elle avoir une fille et un mari ?
Il est probable que non.

Laurence Olivier est en scène avec « Roméo et Juliette », tremblante comme une feuille, Vivien vient le féliciter dans sa loge, jouant les actrices friandes de conseils. Laconique, Olivier lui fait sa réponse habituelle à ce genre de questions : "Seul Shakespeare existe, le cinéma et le théâtre contemporain sont des choses absolument inutiles, des pollutions de l’esprit."
Olivier ignore bien sûr que Vivien se démène pour être sa partenaire dans un film que Korda prépare : « l’Invincible Armada » le réalisateur étant connu pour faire tourner sa femme dans ses films, Vivien ne devrait pas avoir une chance.
Vivien obtient pourtant le rôle, ce qui est une évidence de casting. La chose ne plaît pas à Merle. Vivien s’en fiche comme d’une guigne, elle est dans les bras de Laurence Olivier. Elle est sa partenaire.
Le scénario de Korda multiplie les scènes sentimentales et Vivien arrive à ses fins : à la fin du tournage Laurence Olivier est son amant. Conquis, il la choisit pour être son Ophélie dans son « Hamlet » monté au château d’Elseneur, lieu réel de la tragédie Shakespearienne.
La pièce est un triomphe, le prince du Danemark les félicite le soir de la première, Vivien explore pour son rôle les méandres de la folie. Rentrée à Londres, la jeune actrice se débarrasse purement de son mari. Elle lui donne son congé, confie sa fille à sa mère et s’installe à demeure chez Laurence Olivier.
La carrière de Vivien est sur les chapeaux de roues, elle cumule pièces et films en alternance et fête sa dixième pièce et son dixième film au réveillon de 1938.

En Angleterre, Vivien est plus célèbre, plus admirée qu’Olivier, mais sa gloire reste nationale.
Lui, par contre est une star dont la réputation rejaillit jusqu’à Hollywood où se trouve d’ailleurs Merle Oberon. Vivien tourne en Angleterre, avec Rex Harrison, nouvelle toquade du public londonien quand Laurence est appelé à Hollywood pour donner la réplique à Merle Oberon qui le réclame pour « Les Hauts de Hurlevent ».
Vivien n’aimera jamais que qui que ce soit d’autre qu’elle donne la réplique à « son » Laurence, fût-ce Merle Oberon. De plus, elle se voyait bien en Sophie. Décidément non, ça ne va pas.
A Londres, son emprise est totale sur Laurence, elle est son égale professionnelle et aucune autre actrice ne peut lui être comparée, ni en grâce, ni en beauté ni en talent, mais là-bas…
Vivien a besoin d’un plan, et vite, il FAUT qu’elle rejoigne Laurence, son « Larry » à Hollywood toutes affaires cessantes. A Hollywood précisément, les choses ne sont pas au beau fixe sur le plateau des « Hauts de Hurlevent ». Laurence Olivier s’entend comme larrons en foire avec David Niven mais ses méthodes de travail ne s’accordent pas avec celles de Merle Oberon.
De plus, l’actrice souffre de règles particulièrement fréquentes et abondantes et ses incessants va et viens entre le plateau et les « ladies’s room » l’exaspèrent au plus haut point.
Laurence a le très mauvais goût de se confectionner un collier de tampons qu’il se met autour du cou pour « Qu’elle n’ait plus qu’à se servir ». Plus jamais de sa vie, Merle Oberon n’adressa la parole à Laurence Olivier.

De son côté, Vivien ayant appris que David O’selznick se démène pour trouver son héroïne du film le plus cher de tous les temps, sa Scarlett O’Hara pour « Autant en Emporte le Vent », elle lit le livre et reste sidérée des similitudes de caractères entre elle et Scarlett. La conduite obsessionnelle de la belle du sud pour son Ashley doit lui rappeler quelque chose, c’est évident !
C’est décidé : elle sera Scarlett comme elle devait être madame Laurence Olivier.
Elle s’embarque à son tour pour Hollywood dans le but avoué de retrouver son Larry qui se désespère d’elle sur ce film avec cette horrible femme Oberon, le tout en suivant heure par heure l’évolution du casting « Scarlett ». Toutes les stars d’Hollywood sont prêtes à assassiner pour tourner le film, sauf Katharine Hepburn initialement engagée qui déteste le rôle et Bette Davis qui s’est ravisée. Carole Lombard, Ginger Roger, Joan Bennett, Paulette Goddard, Joan Crawford, Margaret Sullavan, Norma Shearer et même Tallulah Bankhead se livrent une lutte sans merci. Les bookmakers font fortune, on parie les noms des actrices comme ceux des lévriers. La politique s’en mêle, Hollywood est menacé d’attentat si une « sale yankee » joue une fabuleuse belle héroïne du glorieux sud !
Sur le paquebot qui l’amène d’Angleterre, Scarlett naît, Vivien Leigh y travaille.

Le tournage est commencé, Gable tourne les scènes dont Scarlett n’est pas, dont celle du grand incendie d’Atlanta avec une doublure. Paulette Goddard est pour l’heure la tenante du titre de « Scarlett Idéale » et a signé pour le film sur lequel elle travaille déjà.
C’est au milieu des flammes des anciens décors de King Kong que Vivien Leigh est présentée à Selznick. Il se retourne, la voit, elle est engagée.
Paulette ne fera pas trop de foin pour regagner ses foyers, le chèque de dédommagement que lui offrira Selznick lui rapportera plus d’argent que si elle avait terminé le film.
Selznick avait prévenu Vivien : « Scarlett doit être comme possédée du diable, chargée d’électricité, elle est jeune, attirante mais surtout cruelle implacable et très sotte ! »
Sa présence sur le plateau ? Un hasard ! Enfin presque…un hasard dû à l’agent américain de Vivien : Myron Selznick, frère de David qui vient présenter sa nouvelle cliente…en passant.

Scarlett est là, sortie en droite ligne des pages du roman dans les moindres détails (Y compris l’accent du Sud que Vivien aurait attrapé comme une grippe, en jouant Ophélie au Danemark par exemple).
L’actrice tourne donc le film le plus cher et le plus attendu de tous les temps, s’en rend-elle compte ? Toute à sa passion pour laurence Olivier. Par contre, les actrices évincées s’en rendent parfaitement compte…elles sont 1400 à avoir passé le test.
Pour son premier film hollywoodien, Vivien tourne le rôle le plus convoité de tous les temps, avec la star numéro un du cinéma mondial, Clark Gable et son idole de jeunesse, Leslie Howard qui a joué un rôle bien involontaire dans le premier mariage de Vivien.
Le tournage commencé en janvier par Georges Cukor se termine en Juin par Victor Flemming au rythme harrassant de 10 heures de tournage par jour imposé par Selznick. Vivien déteste Flemming surtout parce qu’elle adorait Cukor. Elle se porte comme un charme sur le plateau mais dort peu et devient particulièrement nerveuse et irascible.
Elle termine le film sur les genoux.

« Autant en Emporte le Vent » a englouti quatre millions de dollars à une époque où des films peuvent se tourner pour cent mille mais il en a rapporté plus d’un milliard et restera des décennies durant le plus grand succès du cinéma Américain de tous les temps.
Dans la foulée, le film remporte dix Oscar. Vivien a le sien mais Clark Gable est évincé au profit de Robert Donat pour « Goodbye Mister Chips ». Recevant sa statuette, Vivien se lance dans un discours pacifiste, nous sommes aux portes de la guerre et offre au film un record supplémentaire : le plus long discours de remerciements de toute l’histoire des Oscar : une demi-heure !
L’académie inclura un timing maximum de 10 minutes par discour dans ses statuts dès l’année suivante.
Nantie de son Oscar et de son Larry, Vivien est la plus grande star du monde et la femme la plus heureuse de l’univers.

Elle l’est plus encore en recevant de son mari des félicitations pour son travail et une acceptation de divorce à condition qu’il ait la garde exclusive de leur fille Suzanne.
Ça tombe bien, Vivien comptait bien là-dessus.
Toute à son bonheur, elle ne s’est pas rendue compte du malaise qu’elle a provoqué chez Alfred Hitchcock. Elle passe pour lui un test pour être « Rebecca », la timide héroïne de Daphné du Maurier et échoue. « Hitch » confie le rôle à l’excellente Joan Fontaine, effrayé par la schizophrénie inconsciente de Vivien Leigh. « La personnalité de Scarlett O’hara était encore impregnée en elle et parfois l’actrice s’effaçait et Scarlett prenait sa place, tout se modifiait : voix, intonation, gestes, jusqu’à la couleur de ses yeux. ». Toute sa vie, Hitchcock fuira Vivien Leigh comme la peste, littéralement terrorisé. L’anecdote est célèbre. Vivien s'en fiche, elle enchaîne avec le tournage de « La Valse dans l’Ombre » avec Robert Taylor et son personnage de jeune ballerine est aux antipodes de celui de Scarlett O’hara.
Elle incarne donc une improbable ballerine réduite à la prostitution et le film fait un triomphe inouï, jamais autant de larmes n’avaient été versées dans les cinémas depuis son invention !
Son interprétation est très pointue et aux antipodes d’une Scarlett O’hara.
Le film terminé, Vivien devient légalement madame Laurence Olivier, le 31 Août 1940, dans une cérémonie à la limite du secret dans une petite chapelle de Santa Barbara. Le couple Olivier ne souhaitant pas que s’ébruite l’abandon d’enfant dont Vivien serait inévitablement coupable aux yeux des ligues bien pensantes.

Le couple Olivier traverse les années 40 auréolé de gloire, symbole d’élégance, de culture et de talent. Vivien est au sommet. Elle le sait, tous ses rêves se sont accomplis, elle savoure bonheur et triomphe en tournant avec Laurence « Lady Hamilton » pour Korda. Le film est magnifique, Vivien bouleversante, phénoménale, étourdissante, malgré les difficultés d’un tournage en temps de guerre. « Nous n’avions rien, c’était la guerre, je tournais de profil parce qu’il n’y avait plus assez de maquillage pour tout un visage ! »
Affecté dans l’aviation, Laurence obtient une dispense spéciale pour le film de Korda, mais la Vivien qui l’attend, tremblante à son retour n’est pas la Vivien qu’il a laissée en partant.
Affaiblie par les privations, elle est complètement ébranlée par les bombardements sur Londres et sa santé déjà fragile s’en ressent. Elle mettra pourtant une énergie incroyable dans le film, c’est l’énergie du désespoir.

Alors qu’elle a enfin conquis tous ses paradis, le monde se met à feu et à sang. Chaque jour, elle risque d’être ensevelie sous des décombres, Laurence a tous les jours rendez-vous avec la mort dans le ciel.
Lady Hamilton ne joue pas l’annonce de la mort de l’amiral Nelson, c’est Vivien Leigh qui vit devant les caméras celle de Laurence Olivier.
Winston Churchill en personne les félicite pour le film qui selon lui vaut bine dix cuirassées et devient un de leurs intimes comme le sont déjà la plupart des grands de ce monde.
En 1944, Vivien qui a vécu sa première grossesse comme un fâcheux incident est au comble de la joie : elle est enceinte et va tourner Cléopâtre. L’actrice qui apparaît sous les dorures de la reine d’Egypte semble être le spectre de la fougueuse lady Hamilton. Vivien est affaiblie, maigre, blafarde sous son maquillage et semble « ailleurs ».
Elle fait une chute sur le plateau, est emmenée inconsciente à l’hôpital. Elle se réveille pour apprendre qu’elle a perdu l’enfant et qu’elle est atteinte de tuberculose.

Elle terminera Cléopâtre, y sera mauvaise, écrasée par le rôle, cette femme a 31 ans, elle en fait dix de plus dans le film et soudain a l’air d’en avoir douze.
Le malheur est sur elle, elle le sent s’insinuer dans ses veines à la place de son sang, Laurence n’est pas là, il se bat.
Vivien aussi, contre elle-même.
La guerre ne l’oublie pas cependant.
Son magnifique appartement a été réduit en cendres.
Pour Vivien commence une longue et lente descente aux enfers, l’actrice est maniaco dépressive à une époque où cette maladie n’est pas diagnostiquée et ses symptômes iront en s’accentuant. Les crises d’euphorie frôlant la folie deviendront pénibles à supporter pour son entourage. Les crises d’abattement deviendront des naufrages dans des gouffres sans fin et sans fond.

La guerre terminée, Laurence Olivier fait l’acquisition de l’abbaye de Notley, estimant la campagne préférable à la ville pour Vivien.
Le changement semble en effet salutaire, Vivien se charge des aménagements, de la décoration, tout passe sous son contrôle vigilant et d’un goût parfait, de la moindre petite cuillère au moindre buisson de roses, tout est luxe, calme et volupté. Le couple se met à recevoir dans le faste et l’élégance et les célébrités se pressent à Notley pour d’agréables week-ends.
Bogart et Bacall, les Windsor, les Churchill, Spencer Tracy et sa Katharine sont parmi les plus fidèles habitués.
Les invités partis, les Olivier répètent leurs rôles et madame s’occupe de ses chats siamois qu’elle adore.
Tout semble parfait mais ne l’est pas.
La carrière de Laurence est au sommet et le cinéma le réclame.
En 1948, il réalise un ses veux les plus chers : mettre en scène Hamlet au cinéma.
Vivien partage sa joie, mais quand elle apprend qu’elle est évincée du rôle d’Ophélie au profit d’une petite débutante nommée Jean Simmons, elle s’effondre. En fait, elle n’est pas évincée, elle n’a jamais été envisagée, ce n’est pas la même chose.

A 35 ans, elle vit dans la terreur de la vieillesse.
Vieillir et perdre Laurence, c’est plus qu’elle ne peut en supporter, d’autant qu’elle en est maintenant certaine : elle ne lui donnera jamais d’enfant.
Les Olivier restent pour les anglais le couple royal de la scène, ils ont maintenant leur propre théâtre à Londres : le Saint James. Et là, pas question pour Laurence de paraître en scène sans Vivien, le public ne le permettrait pas, il vient pour les deux.
Vivien lutte, fait bonne figure à la ville et « performe » à la scène, mais depuis le refus obstiné de Laurence Olivier de lui donner le rôle d’Ophélie au cinéma quelque chose s’est cassé en elle.
L’actrice survit, la femme se dégrade.
La tuberculose progresse.
C’est Cecil Beaton, le fidèle ami de toujours qui la ramène au cinéma.

Le projet est d’envergure et propre à refaire de Vivien la star numéro un à Hollywood.
Elle serait Anna Karénine, dirigée par Duvivier et habillée par lui : du sur mesure.
Vivien accepte, et dès que son état de santé le lui permet, elle commence le tournage.
Malheureusement, Duvivier n’est pas le metteur en scène qu’il lui faut et la dirige froidement.
De son côté, elle a perdu sa belle assurance qui faisait toute sa superbe, elle minaude, se cache, se dissimule à la caméra. Voilettes, chapeaux, ombrelles, tout est bon pour masquer ce visage qui, croit-elle, la trahit alors qu’elle n’a jamais été plus belle.
Le public espère trouver en Anna Karénine une fougueuse héroïne romantique, mais Vivien l’a jouée comme Tolstoï l’a écrite, c'est-à-dire comme une faible à la limite de l’imbécilité.
L’échec est cuisant.
On félicite beaucoup Beaton, un peu Vivien et pas du tout le film.

Vivien est mortifiée, Laurence vole de triomphe en triomphe.
Il faut cependant bien admettre que le film de Duvivier est un milliard de fois meilleur que les mises en scènes en carton pâte des adaptations de Shakespeare dont il s’est fait une spécialité.
Laurence récupère Vivien au sortir du tournage complètement possédée par Anna Karénine, comme Hitchcok avant lui il en est mortifié.
Après chaque rôle, l’actrice est littéralement possédée par le personnage, et depuis « La valse dans l’Ombre », elle n’accepte que des rôles tragiques de femmes aux destins fracassés.
La même année, la reine d’Angleterre anobli Laurence Olivier et il est considéré comme le plus grand acteur de son époque, Vivien n’est plus qu’un faire valoir de prestige à son bras, la « femme de l’acteur ». Une femme d’acteur qui va mal.
Au cours d’une tournée mondiale, le couple arrive en Australie accueilli par toutes les sommités locales. Il fait très froid et il faut attendre plus d’une heure sur le pont du bateau que Vivien soit présentable. Elle paraît enfin, souriante dans son vison noir mais sans prononcer un mot, le regard complètement vide.
Elle interrompt soudain le discours de bienvenue par un « Où sont les kangourous ? » resté dans les mémoires puis sombre à nouveau dans le mutisme sans s’inquiéter de la réponse.
Une heure plus tard, au dîner, elle sort soudain de son hébétude une nouvelle fois : « Comment ça, pas de Kangourous ? »

Après avoir pris un certain temps des airs ravis ou admiratifs selon les circonstances au bras de Laurence qui fait passer ses intempérances pour de l’humour anglais et ses états seconds pour des décalages horaires, Vivien dans une crise de rage spectaculaire lui aboie au visage entre deux insultes qu’elle l’a assez vu et que dorénavant elle le déteste.
Le couple ne se sépare pas, restant pour leurs admirateurs le symbole même du couple parfait, mais leur vie privée est devenue un enfer.
La santé de Vivien continue lentement à se dégrader.
L’alcool et les stupéfiants envahissent sa vie. Son comportement vire parfois à la folie furieuse.
En scène elle reste ahurissante de talent et de présence, chaque soir est un triomphe.
Laurence Olivier sillonne le monde, allant lui aussi de triomphe en triomphe.

Vivien reste à Londres et fait la découverte fatidique des textes de Tennessee Williams et de la Blanche Dubois d’un « Tramway nommé Désir ».
Elle crée la pièce sur scène et son triomphe est colossal. Mais cette fois, le personnage qui l’envahit ne la quitte plus, Vivien Leigh devient Blanche Dubois pour le reste de sa vie.
Elle boit plus que de raison, augmente encore ses quantités de stupéfiants et son comportement vire à la nymphomanie. Elle passe ses journées à appeler des livreurs qu’elle reçoit nue ou à prendre des taxis les uns après les autres, nue sous son vison, demandant au chauffeur de la posséder sur la banquette arrière. Bientôt sa réputation s’étend dans certains milieux et la star ne devra plus prendre la peine de téléphoner pour que ces messieurs se présentent. Lors des rares passages de Laurence au domicile conjugal elle est parfois violente et l’entrevue tourne au match de catch.
Ces violences conjugales deviennent elles aussi un secret de polichinelle.
Arletty qui joue la pièce de Tennessee Williams à Paris vient la voir et reste estomaquée de sa performance. Vivien sera la seule personne à qui Arletty demandra un autographe de toute sa vie, mais lorsqu’elle se présente à sa loge pour la féliciter, Vivien est dans un état complètement second. « Elle était complètement camée cette poule-là ! » commentera Arletty.

Lorsque le « Tramway nommé Désir » est porté à l’écran, il n’est pas question que qui que ce soit d’autre puisse jouer Blanche à la place de Vivien, elle EST Blanche. Le triomphe est magistral et fera la gloire de Marlon Brando.
Un second Oscar vient couronner sa performance et Vivien peut croire aux beaux jours revenus.
Elle joue en alternance à Broadway avec Laurence « César et Cléopâtre » de Shaw et « Antoine et Cléopâtre » de l’inévitable Shakespeare. Le succès est au rendez-vous, ils tiennent la saison sur scène, une saison de bagarres dans leur suite d’hôtel.
La chose étant de notoriété publique, le jour où Vivien se retrouve affublée d’un œil au beurre noir, elle se promène gaillardement en ville avec un bandeau de pirate sur l’œil.
Gros succès dans les médias.

Redevenue une valeur sûre, Vivien s’envole pour Ceylan pour le tournage de « la Piste des Eléphants ». Malheureusement pour elle son partenaire refuse de céder à ses avances et c’en est trop pour ses nerfs, elle s’effondre littéralement. Vivien rapatriée d’urgence, on expédie dare-dare Elizabeth Taylor sauver la situation. Rongée par sa tuberculose dont elle refuse désormais les traitements, elle s’enfonce dans la drogue et l’alcool et perd complètement le sommeil.
Envers et contre tout, en scène elle reste magnifique et crée une lady Macbeth d’anthologie avant de subir une première série d’électrochocs à la suite d’une violente crise de rage incontrôlable qui a duré des heures.
Une nouvelle fois, Laurence l’évince de l’adaptation filmée d’une pièce qu’ils ont jouée ensemble : « le Prince Endormi » qui devient « Le Prince et la Danseuse » à l’écran avec la voluptueuse Marilyn Monroe dans le rôle autrefois dévolu à Vivien. Vivien va faire à Laurence une vie d’enfer durant tout le tournage et avec les névroses de Marilyn qui complètent le tableau, c’est Laurence Olivier qui est maintenant au bord des électrochocs.

Le tournage terminé, Marilyn envolée vers d’autres souffrances, Laurence Olivier admet ne plus éprouver pour Vivien qu’une immense pitié et reconnaît sa liaison avec une très jeune actrice : Joan Plowright.
Le couple Olivier divorce en 1960, Notley est vendue.
Vivien s’amourache du jeune et beau Jack Merrivale sans réellement admettre au fond d’elle-même qu’elle n’est plus lady Oliver. Merivale a été la doublure de Laurence Olivier, les deux hommes se connaissent très bien et Olivier, de son côté, reste en contact par le biais de Merivale, demandant chaque semaine des nouvelles de son ex femme.
On retrouve à nouveau Vivien où on ne l’attendait pas : Elle se lance dans la comédie musicale, chante et danse sur scène dans « Tovaritch » avec Jean-Pierre Aumont qui succombe à ses charmes et elle reçoit un Tony Award pour sa performance.
Aux journalistes qui s’étonnent de la voir passer à la chanson elle rétorque : « Et pourquoi est-ce que je ne chanterais pas, moi aussi ? Vous me croyez plus idiote qu’une vedette yéyé ? Il ne faut plus savoir chanter aujourd’hui pour le faire ! »

Mais un soir, devant une salle comble, il n’y aura ni danse ni chants, Vivien perd le contrôle pour la première fois en public. Elle lit son courrier personnel sur scène et s’emmêle complètement dans son texte.
Sa doublure la remplace dare-dare, alors Vivien entre dans une colère irraisonnée, elle se barricade dans sa loge et hurle ses répliques tellement fort que sa voix couvre celle de sa doublure tétanisée en scène.
Elle reviendra encore au cinéma pour deux rôles d’anthologie, deux rôles de femmes obsédées par l’âge et le sexe.
Ce sera « Le Printemps Romain de Miss Stone » et « La Nef des Fous ».

Elle est très malade sur le tournage de ce dernier film mais ne laisse rien paraître. Le soir, elle invite Simone Signoret sa partenaire chez elle en lui disant : « Quand ils seront tous partis, nous pourrons un peu bavarder entre personnes civilisées ». Mais en fait Vivien bavarde avec ses plantes vertes et Simone fait la vaisselle.
Laurence Olivier a épousé Joan Plowright et lorsque Vivien apprend la naissance de leur premier enfant, elle est complètement anéantie puis se souvient qu’elle a aussi une fille, sa chère petite Suzanne. Elle se précipite pour la retrouver mais est étonnée de se trouver face à une femme mariée et mère de famille !

Elle se prendra de passion pour ses petits enfants, Suzanne ne lui tient aucune rancune pour les années passées, ne voulant pas priver ses petits d’une aussi adorable grand’mère sous prétexte qu’elle avait disparu de sa vie quand elle-même avait quatre ans.
Vivien semble calme et apaisée mais sa maladie ne l’est pas.
Elle décède subitement d’un violent accès de tuberculose qui la tue longtemps après que cette maladie n’ait plus tué personne.
Elle répétait encore avec acharnement un drame d’Edward Albee, sachant à peine se tenir debout.
Le comédien Michael Redgrave répétait avec elle tous les jours dans son appartement qu’elle ne quittait plus guère. Seule cette perspective d’une prochaine sensationnelle rentrée sur scène lui donnait la force de se lever, de travailler, de faire face à son partenaire qui chaque soir la quittait bouleversé de tant de désespoir.
C’est lui qui la trouvera un matin inanimée au pied de son lit.
Vivien Leigh s’éteint le 7 Juillet 1967.
Le 8 Juillet, les théâtres de Londres n’allumeront pas leurs enseignes.
L’art est en deuil.
Celine Colassin

QUE VOIR ?
1934 : Things are looking up : A peine une figuration mais Vivien se reconnaît au premier coup d’œil, sa peau semble irradier sa propre lumière comme si elle se nourrissait d’ampoules !
1935 : The Village Squire
1935: Gentlemen’s Agreement : Pas Vu
1935: Look up and Laugh: pas Vu.
1936 : l’Invincible Armada : Korda était considéré en son époque comme un « maître » depuis son cinéma est un peu tombé en désuétude, c’est fort dommage, ses films sont de véritables chef d’œuvres portés par un véritable souffle épique que l’on serait bien en peine de trouver ailleurs.
1937 : Tempête dans une Tasse de Thé :Vivien rencontre celui qui deviendra une icône du cinéma british : Rex Harrison
1937: Dark Journey : Très curieusement traduit par « L’espion de la section huit ».
1937: Vingt et Un Jours : Ce film incroyablement méconnu réunit pourtant le couple de prestige de la scène et des écrans britanniques et l’histoire est plutôt bien ficelée.
1938 : Et Vivent les Etudiants : Vivien Leigh qui a décidé de ne plus rien se refuser donne la réplique à Robert Taylor en personne ce qui n’empêche pas le film d’être idiot.
1938: Vedettes du Pavé : Vivien face à Charles Laughton.
1939 : Autant en Emporte le Vent : Vivien, actrice rigoureusement inconnue en Amérique porte le rôle au triomphe, Scarlett entre dans la légende du cinéma à la toute première place et y reste pour l’éternité, sainte mère des actrices.
1940 : La valse dans l’Ombre : le film préféré de Vivien Leigh, elle y danse, conseillée par son amie très chère la prima ballerine Margot Fonteyn et y meurt d’amour pour Robert Taylor.
1941 : Lady Hamilton : Tourné sous les bombes par des morts en sursis, ce film est un chef d’œuvre absolu et Vivien y prouve sa supériorité définitive sur le jeu de son mari qui porte ses décorations guerrières comme un sapin porte ses boules.
1945 : César et Cléopâtre : Une Cléopâtre anglaise, comme celle qui lui succédera en 1960, une Cléopâtre vidée, épuisée qui frôle pour la première fois les portes de la folie, le malaise ressenti en voyant le film est assez pénible, ce qui justifia je crois son échec.
1948 : Anna Karénine : Vivien Leigh n’est autre qu’Anna Karénine dans la vie, une Anna Karénine douée d’intelligence. Il semble que Tolstoï ait écrit la biographie de Vivien avant sa naissance plutôt qu’un roman. Vivien dira elle-même : « J’ai joué Anna Karénine comme Tolstoï l’a écrite : comme une connasse »
1951 : Un Tramway nommé désir : Accrochez vos ceintures, vous allez visionner un des meilleurs films de tous les temps, tout est absolument parfait et Vivien méritait bien son second Oscar. Brando en fait des milliards de tonnes, mais Kim Hunter et Karl Malden sont époustouflants.
1955 : The Deep Blue Sea : Personne ne sait que ce film existe, fascinant, n’est-ce pas ? Le titre français est « L’Autre Homme ».
1961 : Le Printemps Romain de Miss Stone : Dommage que Vivien soit affublée de cette perruque d’une étrange couleur (assortie à sa Lincoln Continental), le film est fascinant et Warren Beatty très à sa place, Jill St John louche. l’état nerveux de Vivien devenait critique mais ça se comprend très bien.
1965 : la Nef des Fous : Ce sera la dernière apparition de Vivien au cinéma, mais quel départ!
Lee Marvin : « je ne comprends pas, chez moi, au Texas, jamais personne n‘emmerde les Juifs »
Vivien : « Vous êtes sans doute trop occupés à lyncher les nègres ! »
LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS
(Avec Vivien Leigh)
La piste des Eléphants : Vivien a commencé le film mais Elizabeth Taylor l’a terminé (je ne crois pas qu’il faille s’en plaindre, Liz y était sublime).
Cyrano : Ce projet avorté en 1947 devait réunir Vivien et Laurence.
Black Ivory : Après le triomphe du tramway, il fut longtemps question de réunir à nouveau Vivien Leigh et Marlon Brando dans ce film où Marlon aurait incarné le flibustier Jean Lafitte.
Ma cousine Rachel : Zanuck qui produisait le film tenait absolument à Vivien dans le rôle. Elle l’avait d’abord refusé, puis réfléchi, puis oui, puis non puis peut-être…Il annonça alors qu’il attendrait Vivien le temps qu’il faudrait... à Olivia de Havilland d’être fin prête à tourner.
Soudain l’été Dernier : C’est initialement Vivien qui airait dû camper le rôle de vielle piquée finalement dévolu à Katharine Hepburn.
Tables Séparées : C’est maintenant Rita Hayworth qui succèdera à Vivien puisque Gilda a épousé le producteur du film !
Hush, Hush sweet Charlotte : Après le succès phénoménal de « Qu’est-il arrivé à Baby Jane », on remet dare-dare en chantier un autre film « horrifique » pour réunir à nouveau l’infernal tandem Bette Davis-Joan Crawford. Joan se faisant porter pâle, Aldrich sollicite d’autres vétéranes dont Loretta Young, Katharine Hepburn ou Barbara Stanwyck. Vivien également envisagée se fait récuser par Bette Davis qui refuse de tourner avec elle.


