LILLI PALMER

La petite Lilli Marie Peiser vient au monde le 24 mai 1914. Deux mois plus tard, c’est la guerre, le monde s’embrase.
Elle aurait pourtant dû avoir une enfance gaie, insouciante, heureuse et choyée, car ses parents font partie de l’élégante bourgeoisie intellectuelle allemande. Ils ont les moyens d’être heureux et les idées larges, que demander de plus à la vie lorsque l’on est une petite fille ? Lilli a même une grande sœur pour jouer : Irène.
Son père, Alfred Peiser, est un chirurgien très bien coté et, à l’époque, qu’il soit juif ne dérange guère son entourage. Qui songerait, dans cette Allemagne-là et dans le milieu qui est le sien, à imaginer ce que ce simple fait signifiera quelques années plus tard ?
Sa maman, Rose, est une comédienne qui a renoncé à son métier pour se marier, ce qui fascinera immédiatement la petite Lilli. Et que Rose soit juive elle aussi ne semble davantage préoccuper personne. N’est-elle pas ravissante ? N’est-elle pas remarquable ?
En 1918, la guerre prenait fin, l’Allemagne contemplait ses ruines et comptait ses morts dans l’humiliation de la défaite.
La famille Peiser gagna Berlin où, Lilli le racontera elle-même bien plus tard, un chirurgien ne pouvait qu’être utile puisque c’est là que l’Allemagne concentrait notamment ses « gueules cassées », blessées physiquement mais aussi psychologiquement par quatre années de carnage.
Pour la petite Lilli, Berlin, c’était une grande ville, une capitale un peu mythique où il faisait bon flâner sous les tilleuls des grandes avenues devant les magasins chics..

Pourtant, si la guerre est terminée, l’Allemagne est en pleine révolution !
En 1919, le Parti communiste allemand est créé et les révoltes sont étouffées dans le sang qui coule à nouveau dans les rues de la capitale aux tilleuls.
En outre, le pays vaincu est soumis à un blocus, l’inflation gagne et il faudra bientôt compter les billets de banque au poids pour avoir un pain.
La monnaie allemande perd tellement de valeur qu’elle dévalue d’heure en heure.
On verra des gens ouvrir les fenêtres de leur appartement et jeter toutes leurs économies qui ne valent plus rien. Le vent charrie des billets de banque dans les caniveaux sous l’œil indifférent des passants.
Les Peiser feront du mieux qu’ils peuvent pour épargner à leurs trois filles, car une petite Hilde est venue transformer le duo en trio, les misères du temps.
Paradoxalement, si les Peiser traversèrent plutôt bien les conflits de leur temps, il va en éclater un au sein même de la famille et c’est Lilli qui en sera la cause !
La petite fille n’a pas abandonné ses rêves d’enfant et n’a jamais changé d’avis. Elle veut être actrice comme maman ! D’ailleurs, sa grande sœur veut être chanteuse, alors ? Où est le problème ?
Le problème, c’est le papa ! À sa grande stupéfaction, alors que Rose est flattée de voir sa vocation artistique se perpétuer, Alfred refuse catégoriquement que sa fille se lance dans une carrière aussi incertaine. Il la verrait bien médecin comme papa.
Les temps violents et troublés dans lesquels elle grandit ne lui ont donc rien appris ?
Le siècle semble bien parti pour être un siècle belliqueux et qui a besoin d’une actrice lorsque le monde s’embrase pour un oui ou pour un non ?
Objectivement, personne ne peut donner tort à Alfred, mais que peut la raison face à la détermination d’une jeune adolescente qui veut être actrice ?
Rien !

Lilli réussit finalement à arracher l’autorisation de suivre des cours d’art dramatique, tout en donnant à son père les garanties d’une jeune fille sérieuse qui ne renonçait pas pour autant à des études solides.
La légende se chargera plus tard du reste et, notamment à Hollywood. On lui prêtera volontiers des études de médecine qu’elle n’avait jamais menées à leur terme. Lilli Palmer avait l’élégance, la culture et l’intelligence de l’emploi : puisqu’elle avait un père chirurgien et qu’elle semblait tout savoir, pourquoi n’aurait-elle pas fait médecine ? Cette petite invention biographique aurait un jour des conséquences beaucoup moins amusantes.
Vers dix-huit ans, Lilli était prête à tenter ses premières auditions au théâtre !
En 1933, elle obtient un rôle et plane littéralement dans les airs pour se rendre aux répétitions.
Elle va être descendue en flèche.
Un soir, on lui interdit l’entrée du théâtre.
Éberluée, elle s’exclame :
« Mais je joue dans la pièce ! »
« Pas de Juives sur les scènes allemandes », lui fut-il répondu !
Plus tard, Lilli réussirait à évoquer la situation avec humour :
« J’ai enfin obtenu un rôle au théâtre et Hitler a obtenu le pouvoir ! »
Avec la crânerie de la jeunesse, Lilli et sa grande sœur Irène, qui se rêve toujours chanteuse, créent un numéro de cabaret et se font appeler « Les Sœurs Viennoises » !
Mais, comme on s’en doute, les choses vont continuer à s’envenimer et la famille Peiser ne va pas demander son reste ni rester dans une Allemagne où leurs filles sont désormais considérées comme des sous-citoyennes.
Ils quittèrent Berlin et s’installèrent à Paris.

C’est Irène qui, la première, avait sauté le pas. Lilli avait renâclé : elle était amoureuse d’un bel étudiant en médecine ! Mais comme il était juif lui aussi, finalement la voie de l’exil lui parut sage à lui aussi et Lilli débarqua à Paris amoureusement escortée.
Elle trouva, grâce à Irène, quelques engagements dans des cabarets dont la mode faisait autant fureur à Paris qu’à Berlin, mais elle était mortifiée au fond d’elle-même.
Elle avait beau chanter avec sa sœur au Moulin Rouge « Qui a peur du grand méchant loup ? », cette nouvelle vague d’antisémitisme prenait de l’ampleur et, elle n’en doutait pas, allait faire d’elle et de sa famille les parias du siècle. Elle était pourtant allemande jusqu’aux tréfonds de son âme.
Elle adorait l’Allemagne, sa culture, sa littérature, ses poètes, sa musique, ses opérettes et son folklore. Lilli était chassée de chez elle et tout ce qu’elle adorait du plus profond de son cœur devait être laissé à l’apanage exclusif des fauves sanguinaires, ses compatriotes nationaux-socialistes.
Mais être réfugiés à Paris pour des Juifs allemands dans les années 30 est certes préférable à Berlin, mais on n’en est pas tiré d’affaire pour autant.
En France aussi l’antisémitisme gronde, la propagande avance et les idées du Reich se répandent dans la population plus qu’on ne pourrait le croire.
Après tout, depuis que cet Hitler est au pouvoir, les Allemands ont l’air ravis et le pays prospère ! L’Allemagne paraît en effet plus prospère que cette France en crise.
Les héros de son cinéma ne sont-ils pas des prolétaires désespérés aux destins sans issue qu’incarne Jean Gabin, qui n’a d’autre choix dans ses films que de tuer ou de mourir pour échapper à la fatalité (Pour un soir, Pépé le Moko, Quai des brumes, Le Jour se lève, Gueule d’amour) ? Les héroïnes ne sont-elles pas des putains à bon marché, fortes en gueule mais bonnes filles, poussées sur le tapin par la misère, qu’incarnent Arletty, Viviane Romance ou Ginette Leclerc ?

Non, décidément, Lilli est dans une impasse et ses jours risquaient fort d’être comptés à brève échéance si, pour une fois, le destin ne lui avait pas donné un petit coup de pouce qu’il lui devait depuis déjà bien longtemps.
À son arrivée à Paris, Lilli avait envoyé ses photos et son CV dans toutes les maisons de production et elle avait retenu l’attention de la Gaumont.
On parlait beaucoup de l’Allemagne, le monde avait les yeux rivés sur Berlin qui allait bientôt accueillir les Jeux olympiques. Avoir une actrice allemande dans ses fichiers, ça pouvait servir.
Et cela servit d’une manière inattendue qui, probablement, sauva la vie de l’actrice.
La Gaumont coproduisait un film britannique, Crime Unlimited, où il y avait, qui l’eût cru, un rôle de réfugiée allemande.
Lilli avait tenu un court rôle dans un film dont les vedettes étaient Albert Préjean et Suzet Maïs. Elle avait donné satisfaction même si elle était trop « exotique » pour que la Gaumont envisage d’en faire une star française : on l’expédia donc à Londres.
Son père venait de mourir à Paris. Plus que jamais, il s’agissait pour Lilli comme pour ses sœurs de prendre au plus vite leur destin en main.
Elle tourna son film anglais, resta à Londres, frappa à toutes les portes, faisant de son mieux pour singer Marlène Dietrich qui lui semblait le nec plus ultra du glamour à l’allemande.
Elle réussissait surtout à ressembler furieusement à Carole Lombard !

Elle eut la chance d’être choisie par un metteur en scène, jeune encore, mais qui allait devenir un des maîtres du cinéma : Alfred Hitchcock, qui l’engage pour Secret Agent.
Devenue une actrice connue mais non pas célèbre, Lilli est à Londres lorsque l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne.
Son histoire avec son bel amoureux importé d’Allemagne touche à sa fin. Un soir, il refuse de l’accompagner à un gala quelconque, estimant futile et même déplacé de valser pour la sortie d’un film alors que le monde s’apprête à basculer dans le chaos.
Elle y va seule et fait la rencontre d’un des acteurs les plus en vue du moment, surtout depuis que Laurence Olivier est à Hollywood : Rex Harrison.
Harrison, nonobstant le fait qu’il est marié et père de famille, a déjà une solide réputation d’invétéré coureur de jupons doublé d’un joyeux compagnon de la dive bouteille.
Bien que le coup de foudre entre ces deux-là ait été immédiat, ils attendront le divorce de Rex pour s’afficher officiellement ensemble.

Ils se marièrent en 1943 et que l’acteur épousât une « boche » ne plut pas à tout le monde.
En fait, si Londres est bombardée le jour et flambe la nuit, si on manque de tout, à commencer par le papier pour imprimer les derniers potins mondains, pour Lilli, c’est une chance.
Londres est en pleine apocalypse, alors qui se soucie de cette Allemande, cette boche, cette schleu qui, accueillie à Londres, en profite pour détourner un homme de ses devoirs conjugaux et de ses devoirs de père ?
N’est-elle pas la preuve vivante de la vilenie allemande ?
Si l’opinion publique avait eu cinq minutes pour penser à Lilli, nul doute qu’elle eût été passée par les armes séance tenante !
En 1944, la naissance de leur fils Carey Harrison vient couronner leur union.
En 1945, ils fêtent dignement la victoire en étant partenaires à l’écran et signent ensemble un contrat pour Hollywood.
Hollywood, la ville de tous les espoirs et de tous les possibles où attendent à la fois la gloire et les heures sombres pour Lilli Palmer.
On était trop à la liesse de la victoire pour songer encore à s’offusquer de Lilli Palmer et penser à la tondre ! Car l’Amérique aussi s’est battue contre les Allemands ; en Amérique aussi, on louange les héros, on pleure les morts et les disparus.
Pourquoi faut-il qu’Hollywood fasse un pont d’or à cette boche alors que la guerre vient à peine de s’achever et que l’Amérique sort elle-même de ses années d’internement des populations considérées comme ennemies, les citoyens d’origine japonaise ayant payé de très loin le plus lourd tribut à cette politique ?

Bien sûr, Marlène Dietrich, plus allemande qu’Hitler lui-même, s’était érigée en parangon des vertus américaines, mais quand même !
Pour débarquer en Amérique, allemande comme si de rien n’était, c’était un peu tôt et, pour éventuellement jouer les Juives en fuite, c’était un peu tard.
Pour Hollywood, la passe d’armes était quand même un peu délicate et il n’y avait pas trente-six solutions : il fallait que Lilli Palmer fasse un triomphe dès son premier film et que les raisons de son engagement soient pour tous une stupéfiante évidence : sa grande beauté doublée de son talent inouï ! Il fallait refaire le coup de Vivien Leigh ou d’Ingrid Bergman !
Elle débuta donc dans un grand premier rôle face au géant du box-office qu’était alors Gary Cooper. Lilli en trembla d’émotion. Gary était son idole absolue depuis toujours et la simple idée de tourner dans ses bras la fait défaillir.
Hélas, Cloak and Dagger ne fut pas le triomphe espéré et même la postérité, souvent clémente pour les chefs-d’œuvre inconnus, ne l’a jamais hissé parmi les grands Fritz Lang.
Mais les ennuis de Lilli ne s’arrêtaient pas là.
L’essentiel de ses tourments venait de Rex Harrison, ce qui allait devenir une triste habitude.
Dès son arrivée à Hollywood, ignorant les mœurs mais surtout les pouvoirs qui régissaient Hollywood, la première chose qu’il fit fut d’envoyer bouler en termes choisis la redoutable Louella Parsons. Ces deux-là se prirent en grippe en trois secondes ; en une minute, ils se haïssaient.
Rex Harrison, tout de flegme cinglant et de distinction hautaine, ne voyait pas bien ce qu’un acteur de sa qualité avait à redouter de cette « vieille rombière ».
Il allait vite le découvrir.

Louella rentra chez elle et se rua sur sa machine à écrire.
Mais la rouée potinière s’abstint de déverser sa hargne dans ses colonnes.
Au contraire !
Elle parla tous les jours dans sa rubrique meurtrière de Rex Harrison, ne l’appelant plus autrement que « Sexy Rexy ».
Elle forgeait jour après jour, avec une obstination d’écureuil, une image de l’acteur qui tenait à la fois du sex-toy et du bichon maltais.!
Mais Rex n’était pas Clark Gable et encore moins Louis Jourdan. Il n’était pas à Hollywood pour jouer de la prunelle de velours.

Rex trouvait tout cela absolument absurde, mais le studio le somma de régler immédiatement le problème avec Louella, faute de quoi Sexy Rexy et sa boche de femme, qui n’avait pas réussi à faire crouler Gary Cooper au box-office mais presque, reprendraient pour l’Angleterre un bateau qu’ils paieraient eux-mêmes après s’être acquittés d’un dédit envers le studio.
Le studio ne pouvant d’ailleurs pas admettre qu’il s’était peut-être trompé en faisant venir Lilli à Hollywood attendit avant de lui offrir un autre grand rôle, mais il lui en offrit un.
Face à John Garfield cette fois.
Garfield, qui était à l’époque une star de l’importance d’un futur Robert De Niro ou Al Pacino.
Ce n’était pas n’importe quoi !
Et cette fois, Body and Soul fut un véritable succès, critique mais également commercial. John Garfield fut nommé aux Oscar et le film s’imposa comme l’une des grandes réussites de son époque.
Quant à Lilli, même si elle tenait officiellement le premier rôle féminin, la publicité du film s’était largement orchestrée autour des charmes vénéneux de la belle Hazel Brooks.
Le film ouvrit la voie à toute une lignée de grands films de boxe et reste aujourd’hui un classique du genre.

Les destins les plus éblouissants prenant parfois d’étranges détours, le studio avec lequel Lilli avait signé pour trois films la parachuta ensuite dans une œuvre plus modeste, My Girl Tisa.
Lilli y fut sensationnelle comme toujours et, sans devenir le raz-de-marée que certaines gazettes voulurent bien annoncer, le film confirma surtout une chose : Lilli Palmer pouvait porter un film sur ses épaules et Hollywood n’en avait pas encore fini avec elle.
L’Allemande avait gagné sa place.
La pire période de sa vie pouvait commencer.
Rex Harrison, qui n’avait jamais pu résister à une partie de « jupon vole », avait un impressionnant tableau de chasse à son actif.
Lilli avait espéré que le mariage tempérerait un peu ses ardeurs, ensuite la paternité, ensuite encore l’exil à Hollywood, mais rien n’y avait fait.
Rex Harrison restait un invétéré coureur de guilledou.
Lilli n’espérait plus.
En 1948, il vivait une liaison avec la belle Carole Landis et, si la presse n’en faisait pas ses choux gras, tout le monde à Hollywood était au courant. Mais cette liaison dura un peu plus que les autres et Carole finit par s’impatienter.
Le 4 juillet, jour de fête nationale, un grand pique-nique eut lieu à Hollywood.
Rex et Lilli étaient là. Carole aussi. Elle portait une simple jupe à carreaux, un petit pull et des sandales plates : c’était la mode. Carole rit et s’amusa beaucoup, n’apportant, semblait-il, que peu d’attention à Rex et Lilli.

Mais, en fin d’après-midi, Rex Harrison vint trouver Lilli qui bavardait avec sa voisine et amie Esther Williams pour lui dire qu’il ramenait Carole chez elle car elle était souffrante.
Évidemment, on ne revit plus aucun des deux au pique-nique.
Et surtout, on ne revit plus Carole Landis vivante.
Le lendemain, 5 juillet 1948, elle serait trouvée morte chez elle, portant encore les vêtements de la veille. La version qui s’imposa fut que Carole n’avait pas réussi à convaincre Rex Harrison de quitter Lilli pour elle et que, désespérée, elle s’était donné la mort.
On répandit des soupirs navrés sur cette jeune vie encore pleine de promesses qui s’achevait sur une tocade digne d’une adolescente et le temps passa.
On découvrait encore chaque jour des horreurs de la guerre, des familles attendaient encore des disparus. Qu’était, en regard de cela, la fin volontaire d’une actrice d’Hollywood que certains déjà déclaraient d’ailleurs « finie » ?
Pourtant, les choses étaient troubles.

Rex Harrison aurait laissé Carole chez elle et serait rentré retrouver Lilli avec qui, selon la version qu’ils défendirent, il aurait passé le reste de la soirée et la nuit.
Le lendemain matin, pris d’un étrange pressentiment, il serait retourné chez Carole et l’aurait trouvée morte. Elle avait laissé des lettres, dont une pour lui.
Celle-là disparut.
Lilli confirma la version de Rex mais… pas Esther Williams.
Esther jura ses grands dieux — et le racontera encore dans son autobiographie — qu’elle était rentrée avec Lilli car on n’avait plus revu Rex Harrison au pique-nique.
Les deux femmes étaient restées à papoter sagement chez Lilli jusqu’à ce qu’Esther réalise que le jour pointait. Elles étaient donc restées à bavarder toute la nuit.
Esther se faufila chez elle et… Rex Harrison n’était toujours pas rentré.
Ensuite, le comportement de Rex Harrison lorsqu’il découvrit le corps et le temps qui s’écoula avant que les autorités soient prévenues alimentèrent encore les soupçons.
Plus tard, on raconta qu’il y avait bien eu une lettre à son intention et qu’elle avait disparu avec l’intervention de ses avocats.

Le couple resta soudé.
La mort de Carole Landis fut officiellement considérée comme un suicide, mais cela n’empêcha nullement les spéculations de s’écheveler autour des zones d’ombre de cette dernière nuit.
Les photographies prises après la découverte du corps furent examinées, réexaminées, commentées par tous ceux qui voulaient trouver dans un détail la confirmation de leur théorie.
L’actrice portait encore les vêtements de la veille. Sa coiffure sophistiquée semblait à peine dérangée.
Avait-elle dormi ?
Était-elle restée éveillée ?
À quelle heure avait-elle absorbé le Seconal ?
Qui était encore auprès d’elle ?
Chacun reconstruisit bientôt la nuit à sa façon.
Carole Landis fut trouvée figée par la mort dans ce qui semble être un dernier geste pour se relever.
Les choses n’étaient pas claires et elles ne s’éclaircirent jamais complètement.
Il y eut ceux qui se souvinrent opportunément que l’actrice avait déjà commis quelques tentatives de suicide et l’on parla avec un mépris dédaigneux de « coup d’esbroufe » qui aurait mal tourné.
Et puis il y eut les autres.
Ceux-là se souvinrent que Lilli Palmer, la « boche », l’épouse bafouée, avait la réputation d’une intellectuelle à qui Hollywood prêtait même des études de médecine.. La médecine était une légende, mais à Hollywood on la croyait. Dès lors, pourquoi Lilli n’aurait-elle pas su exactement quelle dose de Seconal verser dans le verre de Carole Landis ?
Elles étaient au même pique-nique !
Il n’en fallait pas davantage aux gazettes et aux mauvaises langues pour transformer l’épouse trompée en empoisonneuse potentielle.
Rex Harrison et Lilli Palmer étaient enfin reconnus et acceptés par Hollywood.
Il fallait maintenant que le parfum sordide du scandale vienne entacher leur réputation.
La carrière américaine de Rex Harrison subit durement les conséquences de l’affaire et le couple finit par quitter Hollywood pour New York où Broadway les attendait.

Leur présence aux obsèques de la pauvre Carole fut très mal perçue et on critiqua Lilli pour avoir eu cette invraisemblable audace de porter le deuil de la maîtresse de son mari !
Or, si la robe de Lilli Palmer apparaît noire, c’est que les photos sont en noir et blanc.
Elle était sobrement vêtue d’une robe de soie bleu encre.
Malgré les triomphes, l’Europe manque à Lilli.
L’Allemande se sent en exil.
En 1954, elle revient dans son pays natal, son fils sous le bras, pour réaliser un de ses rêves : jouer dans une opérette, Feu d’artifice.
Rex Harrison et Lilli Palmer venaient de connaître un triomphe commun avec The Four Poster, un film où ils étaient pratiquement seuls à l’écran et où la performance de Lilli, plus en beauté que jamais, lui avait valu une reconnaissance internationale et notamment la Coupe Volpi de la meilleure actrice au Festival de Venise.

L’Allemagne n’était pas tendre pour les « traîtresses ».
Marlène Dietrich elle-même découvrirait encore, lors de son retour en tournée en Allemagne en 1960, que tout le monde ne lui avait pas pardonné d’avoir choisi le camp américain.
Pour Lilli, le retour avait une autre dimension.
C’est Erik Charell, lui-même émigré juif revenu en Europe, qui la fait revenir en Allemagne et lui confie le grand rôle féminin de Feu d’artifice.
À ses côtés se trouve une jeune fille encore presque inconnue : une certaine Romy Schneider.
Le choix de jouer avec Romy montre assez à quel point Lilli Palmer tenait à passer l’éponge, oublier la guerre et les humiliations que l’Allemagne nazie lui avait fait subir sans pour autant oublier ce qui s’était passé.
Romy est la fille de Magda Schneider, dont les rapports avec le monde de Berchtesgaden et l’entourage du pouvoir nazi ne sont pas un secret pour Lilli.
Mais Lilli égarée chez les Teutons, engoncée dans les froufrous de ses héroïnes d’opérettes nationales, Rex s’amourache de sa dernière partenaire en date, la sensation du moment, sa gracieuse et fantasque compatriote Kay Kendall.
Mais Kay n’est pas Carole Landis !

Elle a gravi en un temps record les sommets de la gloire, apportant au cinéma quelque chose de nouveau, ou plus exactement de réinventé : une jeune femme à l’élégance parfaite dans des tenues sensationnelles, aussi linotte que sarcastique et n’hésitant devant aucune extravagance pour faire rire. Carole Lombard, Ginger Rogers et Katharine Hepburn avaient déjà donné dans le genre, mais Kay lui apporte en virtuose ses titres de noblesse et plus personne, jamais, ne pourra la surpasser dans l’emploi. Kay, cette étourdissante bourrasque, a une haute estime, d’ailleurs parfaitement justifiée, d’elle-même.
Après avoir rompu avec Sydney Chaplin, ne lui prêtera-t-on pas jusqu’à une aventure clandestine avec Philippe d’Édimbourg soi-même ?
Kay Kendall, qui soudain connaît une vogue étourdissante qui doit d’ailleurs autant à son audace et à son franc-parler qu’à son talent, ne risque pas d’être faite du bois dont on fait les cinquièmes roues du carrosse.
Qui imaginerait cette fantasque créature confite dans une liaison clandestine à la Back Street ?
Pas Lilli en tout cas, qui, déjà lassée d’un Rex Harrison ayant usé sa patience jusqu’au point de rupture, voit poindre un nouveau scandale aussi sûrement que le jour se lève chaque matin.
Non que sa dignité soit sans cesse mise à mal et que le respect qui lui est dû soit sans cesse bafoué, mais elle a un fils à protéger.
Elle en était là de ses réflexions lorsqu’un événement imprévu mais de taille joua en sa faveur, même s’il était trop pitoyable pour qu’elle puisse s’en réjouir.
Kay Kendall, ignorante de son état, est atteinte de leucémie et ses jours sont comptés.
La presse va alors se pâmer littéralement sur la grandeur d’âme et l’abnégation de Lilli Palmer face à l’adversité.

Pour peu, on dirait des messes et on bâtirait des chapelles !
L’admirable épouse, ayant appris l’infortune de la maîtresse de son mari, avait accepté de divorcer afin que sa rivale puisse exaucer le plus doux de ses rêves avant de passer de vie à trépas : épouser Rex Harrison et mourir en épouse légitime et non en maîtresse clandestine.
Rex Harrison et Kay Kendall se mariaient en 1957.
Deux ans plus tard, gardée dans l’ignorance de la véritable gravité de son état, Kay s’endormait pour toujours.
Si la maladie de Kay joua effectivement un rôle singulier dans les conditions du divorce des Harrison après quatorze ans de mariage, lorsque celle-ci eut rendu son âme à Dieu, Lilli se garda bien de renouer une relation matrimoniale avec son ex-mari, bien qu’objectivement plus rien ne les en empêchât.
Trop contente de sa liberté retrouvée, Lilli avait fait la rencontre de l’acteur Carlos Thompson qui, bien qu’argentin, était d’origine allemande et qui, tout comme Rex Harrison, avait la réputation d’un fieffé coureur de jupons.
Elle était enfin libre de vivre son nouvel amour au grand jour !

Bien qu’on ne prête qu’aux riches, le tableau de chasse de Carlos comporterait quelques flamboyants trophées tels que Lana Turner, Yvonne De Carlo ou Eleanor Parker.
Lilli devint madame Juan Carlos Mundin Schaffter, dite madame Carlos Thompson, dès qu’elle ne fut plus madame Rex Harrison.
On se gaussa un peu de leur différence d’âge, bien que Carlos Thompson n’ait que neuf ans de moins que sa chère épouse, et personne ne paria un radis sur les chances qu’avait Lilli de garder un tel séducteur à son usage personnel après ce que lui avait fait endurer Rex Harrison.
On se trompait.
Ces deux-là s’adoraient et allaient s’adorer jusqu’à la mort.
Lilli vécut après son divorce les plus belles années de sa vie, mais aussi de sa carrière.
En 1958, elle est couronnée du prix d’interprétation au festival de Bruxelles pour Montparnasse 19.
C’est l’année de l’Exposition universelle et Bruxelles est le centre du monde.
Lors du grand bal qui suit la cérémonie, un admirateur ne cesse de lui dire, tout le temps d’une danse, l’admiration qu’il a pour elle depuis qu’elle l’a subjugué dans La Fosse aux serpents.
Son cavalier suivant, jouant les sauveurs mieux informés, lui susurre :
« N’écoutez pas cet idiot, il vous prend pour Olivia de Havilland ! Comment peut-on être bête à ce point ! Moi, c’est avec Jeunes filles en uniforme que vous m’avez fait tomber irrémédiablement amoureux de vous. »
Le film étant encore au montage, Lilli se rua sur Daniel Gélin et ne le lâcha plus de la soirée.

Elle était revenue en Allemagne, elle y renouait avec ses racines et sa culture.
En 1958, elle connaissait un succès énorme avec Jeunes filles en uniforme où elle avait une relation pour le moins tendancieuse avec la petite jeune fille qu’elle avait déjà côtoyée dans Feu d’artifice : Romy Schneider. Et cette fois, la sentant prête à entendre la vérité, Lilli n’allait pas y aller de main morte pour lui faire découvrir la réalité hitlérienne dans toute son ignominie, même si le prestige de « Magda de Berchtesgaden » devait en prendre un coup.
Romy elle-même racontera plus tard le bouleversement provoqué par ces révélations de Lilli Palmer, au point de ne plus savoir, disait-elle en substance, si elle devait la remercier, l’adorer ou la maudire. Lilli venait de fracasser un morceau de son enfance.
Romy en restera profondément marquée.
Et si l’histoire préfère parfois retenir que c’est Marlène Dietrich qui dessilla les beaux yeux gris de Romy, elle oublie le témoignage de Romy elle-même.
Marlène avait quitté l’Allemagne pour Hollywood avant l’arrivée officielle d’Hitler au pouvoir. Elle avait compris très tôt ce qui se préparait, refusé ensuite de travailler pour le régime et combattu le nazisme avec un courage qui n’est plus à démontrer.
Mais son expérience n’était pas celle de Lilli.
Marlène était devenue l’adversaire du nazisme.
Lilli en avait été personnellement la victime.

Elle avait été cette jeune Allemande juive à qui l’on avait un jour interdit l’entrée de son propre théâtre parce qu’elle était juive, puis qui avait dû quitter son pays, sa langue et sa culture parce que l’Allemagne avait décidé qu’elle n’était plus digne d’en faire partie.
Ce n’est pas tout à fait la même chose.
C’est donc bien à Lilli que revient, dans le souvenir que Romy en a elle-même livré, le mérite — ou le crime, selon l’humeur dans laquelle Romy se trouvait lorsqu’elle y repensait — de l’avoir brutalement confrontée au passé trouble de son peuple et de sa propre famille.
Avec les années 60, Lilli aborde paradoxalement, avec la jeunesse qui s’en va, les rôles les plus prestigieux d’une carrière pourtant déjà fertile en pépites. Bien qu’installée en Allemagne, Hollywood la rappelle pour faire d’elle l’épouse de Fred Astaire avant que la France ne la sollicite pour être celle de Jean Gabin.
Très active à la télévision comme au cinéma, il n’y a plus guère de trace de film véritablement « alimentaire » dans sa carrière.
Et même si certains n’ont pas marché ou n’ont pas tenu leurs promesses, il est aisé de comprendre, à la lecture du scénario ou à celle de la fiche technique, pourquoi Lilli Palmer, la star internationale, les a acceptés.

Les années 70 n’affaibliront pas son prestige, bien au contraire.
Lilli Palmer est devenue une des plus prestigieuses actrices européennes de dimension internationale et elle reste une actrice de première force, parfaitement dans son époque.
En 1975, alors que les starlettes sont intégralement nues sur la plage, c’est elle qui met le Festival de Cannes à genoux avec pourtant une robe du soir fermée jusqu’au cou.
Avec ses talents d’actrice que plus personne n’oserait songer à discuter, ce sont ses talents de peintre et d’écrivaine qui sont à leur tour reconnus.
Mais le destin, hélas, va la rattraper et mettre fin à une vie prodigieuse.
C’est le cancer qui aura raison d’elle et la laissera vaincue après une lutte opiniâtre.
Il y a des années que l’opulente chevelure de la star n’était plus qu’une perruque lorsqu’elle succombe le 27 janvier 1986.
Elle a 71 ans.
Elle s’était réinstallée à Los Angeles où elle estimait recevoir de meilleurs traitements.
Mais ils ne furent pas suffisants pour prolonger son existence.

De nombreux proches connaissaient la violence de son mal, mais le secret avait été gardé du public.
Nombreux furent ceux qui s’étonnèrent de cette fin qui leur sembla subite alors qu’elle était inexorable depuis longtemps.
Comme on avait toujours beaucoup aimé cancaner à propos de Lilli Palmer, on évoqua même la thèse du suicide.
Carlos Thompson fut anéanti par la perte de Lilli.
Il se battit pour survivre, mais tous ses proches s’accordèrent à dire qu’il sombrait dans un abîme de souffrance et de dépression.
Le 10 octobre 1990, il se tirait une balle dans la tête et rejoignait Lilli Palmer dans la mort.
Quatre mois avant Carlos Thompson, c’est Rex Harrison qui s’éteignait, lui aussi emporté par le cancer, à l’âge de 82 ans.
Rex Harrison avait encore connu d’autres amours et d’autres gloires.
Il s’était encore remarié trois fois après la mort de Kay Kendall et avait seulement connu ses plus grands triomphes après son divorce d’avec Lilli et la fin de Kay : My Fair Lady et Cléopâtre.
Soudain, les pages de la grande histoire du cinéma s’étaient mises à tourner plus vite.
Celine Colassin

QUE VOIR?
1933 : Rivaux de la Piste : La piste en question est celle du vélodrome d'hiver !
1937 : Good Morning, Boys : Une comédie anglaise sans grand intérêt autour d’un professeur peu scrupuleux et Lilli, chanteuse de cabaret du « gai paris »
1937 : The Great Barrier : Lilli Palmer avec Richard Arlen s’atèle à la construction de la ligne de chemin de fer canadian-Pacific Railway.
1937: Command Performance : Lilli en tête d’affiche face à Arthur Tracy. Celui-ci, chanteur à succès s’enfuit avec un groupe de gitans !
1939 : A Girl Must Live : La « girl » en question est la brune Margaret Lockwood qui ici s’échappe de son collège pour devenir « chorus girl » et chasser le millionnaire.
1940 : Blind Folly : Une comédie anglaise assez amusante mais déjà très usée, celles du dadais se retrouvant fortuitement plongé dans un univers de criminels.
1940 : Sunset in Vienna : Lilli sert de partenaire à Tullio Carminati, rossignol italien dont le gazouillis était très à la mode.
1943 : The Gentle Sex : Un film plein de ravissants minois british dont Joan Greenwood, Rosamund John et Joan Gates
1946 : Cloak and Dagger : Lilli palmer obtient sous la direction de Fritz Lang ses galons de superstar hollywoodienne à crédit puisque la voici standing lady de Gary Cooper dans son premier film américain.
1947 : Body and Soul : Deuxième film Hollywoodien pour Lilli face à John Garfield qui sera nommé aux Oscar pour son rôle.
1948 : My Girl Tisa : Un véhicule ouvertement destiné à faire de Lilli une star. Elle brille seule à l’affiche.
1948: No Minor Vices : Lilli aux prises avec Dana Andrews et Louis Jourdan.
1951 : The Log Dark Hall (L’Assassin Frappe à Minuit) : Une excellente occasion de voir le couple légitime Lilli Palmer-Rex Harrison en action et sur une autre partition que celle de l’humour sur laquelle ils excellent en virtuoses. Un film « de tribunal » qui vaut bien « Témoin à Charge »
1952 : The Four Poster Bed : Ce film est un petit bijou et une véritable prouesse artistique : Rex et Lilli sont les deux seuls acteurs à apparaître à l’écran sur toute la durée du film !
1954 : Feuerwerk : Voici Lilli dans une pâtisserie allemande connue également sous le titre de « Ô mon Papa » et dont le but avoué est de faire rire et pleurer aux aventures de la jeune Romy Schneider qui ici souhaite à la fois travailler dans un cirque et épouser son jardinier
1956 : Teufel in Seide (Le Diable en personne ou Le Diable dans la Soie (ce qui est plus littéral)) : Lilli face au très prestigieux numéro un allemand de la décennie : monsieur Curd Jurgens. Lilli, riche, a épousé Curd pauvre, mais comme il la trompe, elle se suicide ! Cette prouesse lui vaudra le grand prix du cinéma allemand.
1956 : Anastasia Die letzte Zarentochter (Anastasia, Fille du Dernier Tsar) : Evidemment le film de Lilli passa complètement inaperçu puisqu’en même temps, Anatole Litvak dirigeait Ingrid Bergman à Hollywood sur le même sujet. Ingrid jouait face à Yul Brynner, Lilli face à Ivan Desny. C’est Ingrid qui eut l’Oscar !
1958 : Eine Frau, Die Weiss, Was sie Will (Une Femme qui sait ce qu’elle veut) Lilli palmer hérite d’une fortune colossale et accessoirement des costumes de scène d’une grande tante, ce qui lui chamboule quand même les neurones malgré le titre du film qui est en fait le titre d’une chanson d’Oscar Straus. Sans doute un des succès de la tantine défunte.
1958 : Jeunes Filles en Uniforme : Supportant mal l’univers quasi carcéral du pensionnat, Romy Schneider s’entiche de Lilli palmer, le clame sur tous les toits et provoque un joli scandale.
1958 : Montparnasse 19 : Un petit joyau du cinéma français avec Gérard Philippe en Modigliani torturé, Anouk Aimée en Jeanne Hébuterne fataliste et Lilli en riche masochiste.
1960 : Frau Warrens Gewerbe : Face à O.E. Hasse, Lilli Palmer s’empare d’un personnage de George Bernard Shaw et donne une interprétation si bouleversante qu’aujourd’hui frau Warrens lui appartient au moins autant que Scarlett O’hara appartient à Vivien Leigh.
1960 : Conspiracy of Hearts : En pleine tourmente nazie, des religieuses téméraires exfiltrent des enfants juifs d’un camp de concentration.
1961 : Le Rendez-vous de Minuit : Film policier français réunissant Lilli et Michel Auclair
1961: L’Amore Difficile : Un film à sketches dont la mode bat son plein en Italie et où l’on verra également Claudia Mori, Nadja Tiller et Catherine Spaak.
1961 : For the pleasure of is company (Mon séducteur de père) : Cette adaptation d’un succès théâtral entièrement tournée en studio faisait de Lilli Palmer l’ex épouse de Fred Astaire et la mère de Debbie Reynolds. Le tout est ennuyeux, artificiel et bête à souhait. Pourtant ce fut un triomphe critique et public.
1962 : Finden Sie, Dab Constanze Sich Richtig Verhält ? : Lilli et Carlos Thompson ensemble au doux temps des jours heureux.
1962 : The Counterfeit Traitor : William Holden, ici d’origine suédoise accepte de jouer les infiltrés pour espionner les nazis. Il est aidé dans sa mission par Lilli jouant ici les grenouilles de bénitiers. Le film est solide et tient la route, sans doute parce qu’il est inspiré de faits réels. On retiendra la surprenante apparition de Klaus Kinski en réfugié juif mourant et de la très blonde actrice bergmanienne Eva Dahlbeck en épouse de William Holden.
1963: Miracle of the White Stallions (Le Grand Retour): Au rayon des inattendus, voici Lilli face à Robert Taylor pour…Disney !
1964 : Le Grain de Sable : Film pourtant ambitieux sorti complètement des mémoires. Le film réunissait pourtant Lilli, Laurent Terzieff et Pierre Brasseur !
1965 : Le Tonnerre de Dieu : Jean Gabin, vétérinaire à la retraite, bougon et alcoolique fait subir à son épouse désabusée Lilli Palmer toutes ses excentricités. La dernière en date : installer à demeure une prostituée qui n’est autre que Michèle Mercier flanquée de Robert Hossein comme proxénète ! Un film d’anthologie et des numéros d’acteurs grandioses. De Gabin en grande forme mais surclassé par Lilli écossant ses haricots la clope au bec ou faisant des scènes de ménage nocturnes au milieu de la porcherie à un Gabin fin saoul ! Bref un bijou assez méconnu du cinéma français.
1967 : Zwei Girls vom Roten Stern (Duel à la Vodka) : Lilli retrouve Curd Jurgens et découvre Pascale Petit pour une gracieuse parodie de films d’espionnage.
1968 : Oedipus the King : Voici Lilli aux prises avec les grands classiques et accessoirement avec Christopher Plummer et sa jolie toge.
1968 : Sébastian : Comment ce film britannique a-il pu disparaître à ce point des mémoires ? Lilli et John Gielgud y côtoyaient Suzannah York et Dirk Bogarde .
1968 : Hard Contact : Inspiré d’une série noire, le film ne cache pas ses visées et l’affiche clamait haut et fort : « An Unmoral Movie ». Lilli tient ici tête à James Coburn et Lee Remick et même à Karen Black, Burgess Meredith et Sterling Hayden.
1970 : Hauser’s memory : D’abord tourné pour la télévision, ce film sortit en salles sans doute grâce à la qualité de ses effets spéciaux et le modernisme de son sujet. Davi McCallum, savant atteint d’une maladie incurable transfert sa mémoire dans le corps de quelqu’un d’autre. Le rôle de Lilli Palmer fut malheureusement découpé en fines rondelles de saucisson sans intérêt.
1971 : Murder in the Rue Morgue : Lilli est ici la mère de Christine Kaufman, et un malheur n’arrivant jamais seul, elle est également assassinée à la hache.
1972: The Other Side of the Wind: Une étrangeté dans l’univers cinématographique! Orson Welles met en scène le couple Stéphane Audran-Claude Chabrol, face à Lilli Palmer et John Huston. Orson Welles avait commencé ce film en 1969 avec, comme à son habitude un manque criant de budget. Mais cette fois, malgré une pléiade de stars qui travaillèrent au rabais, il ne réussit pas à terminer le film qui resta inachevé. Les parties du film terminées sont généralement visibles dans les documentaires sur Orson Welles ou en bonus sur les éditions luxe des DVD de ses films. Je n’y ai hélas jamais vu Lilli.
1972 : Diabolica Malicia : Ceci est un film d’épouvante mené par Britt Ekland elle-même terrorisée par le très vilain Hardy Krüger !
1975 : Lotte in Weimar : Ce film d’Allemagne de l’Est fut sélectionné à Cannes et Lilli en profita pour subjuguer le festival de sa grâce éblouissante !
1978 : The Boys from Brazil : Lilli dans un film de grand prestige à la distribution époustouflante menée par Gregory Peck, James Mason et Laurence Olivier. On est en pleine chasse aux anciens nazis au Paraguay, il était normal qu’Hollywood songe à Lilli, Marlène ne tournait plus .
1982 : Feine Gesellschaft - beschränkte Haftung : Un OVNI du cinéma d’auteur germanique qui mettait en présence deux des plus illustres icônes nationales : Lilli et Elisabeth Bergner. C’est la dernière apparition d’Elisabeth au cinéma, à l’âge de 82 ans, mais elle tournera encore pour la télévision avant de s’éteindre à 88 ans.
1985 : The Holcroft Covenant : L’ultime apparition de Lilli palmer au cinéma face à Michael Caine et sous la direction de John Frankenheimer.
Les films que vous ne verrez pas
(Avec Lilli Palmer)
Bell Book and Candle : Lilli et Rex Harrison faisaient un triomphe avec la pièce à Broadway. Jennifer Jones l’ayant adorée fit acheter les droits à son intention par son mari David O ’Selznick. Le projet fera le tour des studios Century Fox-MGM-Paramount et enfin Columbia où Harry Cohn les racheta pour sa protégée Kim Novak.


