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SHIRLEY TEMPLE

  • 12 avr.
  • 17 min de lecture

Dire que la carrière de Shirley Temple démarra sur les chapeaux de roues semble tomber sous le sens. Et pour cause ! Elle débutait à quatre ans, minaudant devant sa bouillie, assise dans sa chaise haute. Pourtant les débuts de « la petite fiancée de l’Amérique » deuxième du nom après Mary Pickford ne furent pas aussi fulgurants qu’on veut bien s’en souvenir aujourd’hui.

 

Shirley Jane Temple Black naît le 23 Avril 1928 à Santa Monica. Une famille on ne peut plus modeste et pour tout dire banale. Trois enfants, une maman au foyer pour s‘occuper d’eux, un papa employé de banque, emploi on ne peut plus tranquille…Pour un an encore.

Le crash de 1929 va bientôt ébouriffer quelque peu la profession.


Plus tard le département du studio fera de ce modeste employé un important banquier. Ça faisait mieux dans le tableau et justifiait que tous les gains de la minuscule idole transitent sur le compte de son daddy.

 

Gladys, la maman de Shirley adore le cinéma et a nourri durant des années une folle passion pour Mary Pickford, la petite fiancée de l’Amérique déjà évoquée. Avoir une fille après ses deux garçons l’enchante. D’autant que la bambine aux boucles blondes lui rappelle furieusement sa chère idole. Gladys passe de longues heures à coiffer Shirley, bouclant ses cheveux « à l’anglaise » comme Mary, ignorant, la pauvre, que les illustres boucles de miss Pickford étaient postiches. Elle aurait été bien surprise si on lui avait dit que bientôt, elle aussi collerait des boucles postiches, une à une sur la tête de sa fille adorée pour les besoins du cinéma.

 

Gladys n’a pas manqué de s’apercevoir que sa fille chérie est très en avance sur son âge. A deux ans et demi à l’âge ou d’autres enfants braillent pour qu’on les nourrisse et change leurs couches, Shirley fait sa toilette elle-même, s’exprime clairement et est d’une sagesse exemplaire. Et comme elle ne cesse de s’agiter dès que sa mère met la radio, Gladys se propose de l’inscrire à des cours de danse pour la distraire en attendant l’âge de l’école.

Shirley est positivement ravie. Elle a trois ans et pourra montrer aux amis de la famille éberlués la petite chorégraphie qu’elle a apprise pour ses 4 ans ! Quant à l’école, elle n’enverra pas l’ombre avant ses 12 ans.

 

Quelques semaines après ces premiers exploits, un « talent scout » visite l’école de danse à la recherche de nourrissons doués ou effrontés, ce qui a cet âge là peut revenir au même, pour créer les « baby Burlesk ». Une troupe de bébés professionnels qui parodieront le comportement des adultes dans des court-métrages supposés êtres hilarissimes. Il s’agira de monter des enfants presque nus se livrant aux travers de la société de l’époque. Dans ces courts métrages désopilants, les poupons dénudés boivent, jouent au poker, se battent, font du strip-tease, s’entre tuent ou se prostituent sur fond de musique guillerette censée faire passer ces abominations pour de la joyeuse rigolade.

En ces heures héroïques où l’Amérique n’avait pas encore découvert la censure, ces courts métrages eurent leurs amateurs jusqu’à ce qu’ils soient enfin interdits pour ce qu’ils sont : des films pédopornographiques.

 

C’est dans ces curiosités de très mauvais goût que Shirley débute. On la sent timide encore, parfois maladroite, cherchant des yeux sa mère ou la caméra. Mais elle a quatre ans. Qu’il lui soit pardonné. Elle est déjà en toute objectivité tout à fait extraordinaire. Elle fait déjà preuve d’un abattage certain et pour tout dire d’un professionnalisme dont nombre de débutantes avec quinze ans de plus ne peuvent pas se vanter.

 

Et puis le souvenir de Mary Pickford alors aussi récent que vivace est dans toutes les mémoires. Si on compare Shirley à Mary, ce qui ne manquera pas d’arriver, Shirley est nettement plus moderne et spontanée. Ne fut-ce parce qu’elle est vraiment une toute petite fille dans des rôles que Mary tenait…déjà mariée ! Shirley fera donc partie des « Baby Burlesk » même si le jour de son audition, elle s’était planquée derrière le piano, tétanisée d’effroi et de timidité.

 Plus tard elle se souviendra : « Ces films étaient très cyniques et notre innocence était exploitée mais en ce qui me concerne, je trouve que c’est ce que j’ai fait de mieux ! »

 

Il n’y a d’ailleurs pas que son innocence qui était exploitée. Les « Baby Burlesk » étaient payés 10$ par jour de tournage, ce qui est le double du salaire d’un adulte à l’usine. Ce que le contrat ne disait pas c’est qu’ils devaient répéter deux semaines non payées pour des tournages expédiés en deux jours. Ce qui équivaut à être payés 20$ pour 16 jours de travail. La production comptait sur la fierté orgueilleuse des parents et sur le plaisir des enfants pour faire passer le tout.

Même si dans ces courts métrages, pour une petite fille qui s’amuse comme Shirley, on ne peut s’empêcher de voir nombre d’enfants terrifiés à l’idée de mal faire. Plus que leur quasi nudité et les situations graveleuses, c’est leur absence complète de spontanéité qui est la plus choquante. A propos de scène graveleuses, je recommande la scène où un petit garçon presque nu, fesses relevées s’adonne à un exercice buccal de haute voltige sur un doigt de gant de caoutchouc pour en faire gicler du lait dans « War Babies ». Shirley de son côté traira une chèvre d’une manière plus qu’équivoque et se prendra avec délectation le jet de lait dans la figure. Dans un autre encore, elle embrasse à pleine bouche un pouponnet de son âge puis avec des airs goulus en embrasse un second. Comparaison faite, elle part s’isoler avec celui qui embrasse le mieux.

 

Après huit films, les exploits des « Baby Burlesk » seront interdits. La société de production sera mise en faillite en 1933 et il sera demandé 25$ au père de Shirley pour la libérer de son contrat. Un dernier petit profit au passage n’était pas à dédaigner.

 

La production hollywoodienne plus sérieuse ne se faisait pas défaut d’aller chercher des enfants dans les « Baby Burlesk » lorsqu’on en avait besoin pour un film ou pour une publicité. Ils étaient une véritable aubaine puisque « professionnalisés », j’ai failli dire « dressés ».

C’est ainsi que Shirley sera prêtée comme un parapluie à la Paramount, chez Universal ou à la Warner.


A la fin des Baby Burlesk, Shirley Temple aurait pu retourner à l’anonymat et avoir une vie normale comme toutes les petites filles américaines si un des producteurs de la FOX ne l’avait pas remarquée. C’est en effet la FOX films qui distribuait les « Baby Burlesk ». Shirley passa un bout d’essai au studio et le jour même, elle était engagée à 150$ par semaine pour…2 semaines !

Il s’agissait pour le studio de la « bloquer « en attendant de savoir si on avait que faire d’elle ou non. Rien n’était moins sûr.

 Finalement elle sera gardée par le studio au même tarif pendant un an et sa maman sera engagée à 25$ par semaine comme coiffeuse et assistante personnelle de sa fille.

Mais en 1934, tout bascule. Prêtée à un autre studio pour un film mineur « Stand up et Cheer », Shirley explose !

 

Pourtant le tournage commence mal. Considérée comme une attraction parmi d’autres, on ne lui laisse pas le temps d’apprendre la chorégraphie de son numéro. La petite fille s’insurge : « Alors tant pis, vous n’aurez droit qu’à ma routine que je maîtrise parfaitement ! » Et Shirley de danser, très bien il est vrai, ce qu’elle connaît. A la fin de sa chanson elle loupe la dernière note et demande à la refaire. Le producteur refuse, elle est encore plus sensationnelle comme ça, plus vraie, plus adorable, plus mignonne et pour tout dire plus humaine.

 Quand le film sortira le monde entier va s’enticher de la petite fille prodige. Mais en 1934, Shirley a 6 ans, c’est à dire le double de l’âge ou peu s’en faut de ses personnages.


L’Amérique avant le reste du monde se toque de l’enfant star. La FOX se frotte les mains et enchaine les tournages.

A la fin de l’année, elle donne la réplique à l’acteur numéro un au box office : Gary Cooper qui s'entiche complètement d'elle. Quelques mois plus tard, elle le relègue à la seconde place du box office, Shirley Temple est la première!

Une fielleuse commère, range exceptionnellement son venin et déclare: "S'il est une chose que je ne puis plus tolérer, c'est que l'on compare Shirley Temple à un petit singe savant. Moi qui l'ai reçue en interview, Je rêve qu'il y ait d'autres vedettes de l'écran aussi avisées qu'elle. Shirley sait de quoi elle parle et pourrait en remontrer à quelques jeune starlettes qui ont l'âge d'être sa grand'mère voire même à quelques une de nos grandes vedettes. Shirley ne leur donnera hélas pas de talent mais peut-être un peu de plomb dans la cervelle."


Sa gloire est maintenant telle qu’un des plus importants agents d’acteurs d’Hollywood propose à son père un petit « cadeau » de 200.000$ pour avoir l’honneur de représenter Shirley. C’est l’équivalent de 4.500.000$ d’aujourd’hui. Voilà qui situe la valeur de l’enfant.


Marlène Dietrich lui voue une véritable haine ! « Cette petite allumeuse a le droit de montrer sa petite culotte à tout le monde sous prétexte qu’elle n’a que 7 ans ! » L’église et les ligues puritaines et bien pensantes lui emboîtent le pas ! Ça peut nous sembler surréaliste aujourd’hui mais Shirley Temple a moins de détracteurs que d’admirateurs, certes mais ils sont plus véhéments !

Bientôt ses parents mèneront de nombreux procès pour le respect de la dignité humaine de leur fille.


A l’âge de 21 ans, Shirley entrera en possession des dommages et intérêts et la somme lui permettra de créer une école en Angleterres, construction des bâtiments comprise.


 Les critiques ne seront pas forcément tendres non plus. On va beaucoup la comparer à deux animaux bien précis : les singes et les perroquets. Mais Shirley Temple n’est ni singe ni perroquet ! Elle est une actrice douée, une bonne chanteuse, une bonne danseuse et elle s’était d’ailleurs amusée à singer Marlène dans son numéro de « Blonde Venus ». On peut avoir 7 ans et le goût de la vengeance.

 

Lorsque le studio a la curieuse idée de faire tester son quotient intellectuel le verdict tombe. On n’a affaire ni à un singe ni à un perroquet, on a affaire à un génie.

Sa gloire est telle que son effigie se retrouve partout et les poupées à son image s’arrachent partout dans le monde. Qu’elles soient d’une hideur rare ne fait pas fléchir leur succès. La FOX qui n’a jamais été particulièrement rapide à adapter les salaires de ses stars à leur valeur commerciale devra se faire tirer l’oreille par avocats.

La star numéro un du box office mondial gagnait toujours 150$ par semaine.

Son salaire passera à 1500$, celui de sa maman à 250. Elle recevra une prime de 15.000$ à chaque film terminé et surtout, elle touchera des royalties sur tout ce qui est vendu à son image. Poupées jouets, bonbons, vêtements, céréales, savon. Ce qui n’était pas le cas jusque là.

 

Shirley Temple devient une des plus colossales fortunes du monde, elle n’a pas dix ans ! Sa villa est une des plus vastes et des plus luxueuses de Beverly Hills. Piscine, limousines, chauffeur, domestiques, rien n’est trop beau pour Shirley. En 2019, la maison de Shirley sera mise en vente à 9 millions de $.

Elle mène une vie d’adulte, n’est pas scolarisée, n’ayant affaire qu’à des précepteurs privés. Elle ne fréquente que des adultes même si pour la satisfaction des journalistes ses fêtes d’anniversaires font courir le tout Hollywood.


Shirley s’y ennuie, elle ne connaît aucun des enfants invités. Maria Riva, la fille de Marlène Dietrich y rencontre Judy Garland et se demandent ce qu’elles font là.

Shirley n’a qu’une seule amie d’enfance : la fille d’Harold Lloyd et Mildred Davis dont la propriété jouxte la sienne. Mais pas question pour les petites filles de se héler par-dessus les clôtures d’un « hé, tu viens jouer ? ». La propriété des Lloyd fait 62.000 hectares.

Shirley est déposée par son chauffeur quand elle va jouer chez les Lloyd. Sa petite voisine dispose d’une véritable maison à son échelle avec vraie cuisine et vraie salle de bains ainsi qu’une ferme avec des animaux bien vivants. Et puis il y a la fontaine interdite ! Une fontaine dont il est défendu de faire le tour sous peine de grand malheur !

Seul Harold Lloyd s’y risquera. Le dernier jour de sa vie.

 

En 1935, l’académie des Oscar lui remet un « mini oscar » spécial pour…ses 4 derniers films, 4 triomphes. Shirley dit merci en recevant la statuette puis demande à sa maman si elle peut enfin aller dormir en se frottant les yeux comme un bébé fatigué. Elle a sept ans et pour les caméras elle se conduit comme si elle en avait quatre.


La même année elle a droit à la cérémonie des empreintes dans le ciment devant le Grauman’s Chinese Theater.

 

Bientôt dix-neuf scénaristes travailleront à plein temps pour elle. Et sois dit en passant aucun ne méritera le moindre dollar de salaire. Les sociologues les plus éminents se pencheront sur « le cas » Shirley Temple ! On conseille d’ailleurs la diffusion de ses films aux criminels emprisonnés et les résultats de l’expérience dépassent de loin tous les pronostics les plus optimistes !

 Franklin Delano Roosevelt se fend d’un discours « Le pays sort à peine d’une terrible dépression et qui aurait cru qu’un seul sourire de cet enfant balaierait le souvenir des jours les plus sombres ! »

 

Les dix-neuf scénarises au service de Shirley Temple ne font guère d’étincelles comme je l’ai dit et l’idole semble jouer sans cesse le même film. Orpheline, malheureuse, souvent avec un chien, elle met tout le monde de bonne humeur avec un optimisme qui frise l’obsession et joue les petits cupidons pour réunir un couple qui va se marier et pouvoir l’adopter ! Cerise sur le gâteau, les films de Shirley sont tournés rapidement et à très bon marché. Ils rapportent donc leur investissement au centuple. Un film de Shirley Temple vise le million de recettes au grand minimum. Il ne coûte que 200.000 dollars au grand maximum .


Bientôt son contrat passera à 2.500$ par semaine. Ça reste une broutille en regard de ce qu’elle rapporte au studio.

 

Lorsque Daryl Zanuck prendra en main la destinée de la Century Fox, il n’aura rien de plus urgent que de donner à Shirley dont il est littéralement fou des écrins enfin dignes d’elle. J’entends par là des superproductions en technicolor, quitte à multiplier les budgets de ses films par 10 ! De 200.000$, les films de Shirley Temple passent à un coût de 2.000.000$

 Pourtant l’Amérique entière et Hollywood en particulier vit dans une angoissante tourmente. Shirley Temple ne va t-elle pas grandir ? Ne va t-elle pas devenir une adolescente, pire même, devenir une femme ? C’est tout à fait impensable et Zanuck se refuse à y croire.

Samuel Goldwyn non plus. Le contrat de Shirley arrivant bientôt à expiration à la Century Fox, la MGM offre un pont d’or pour qu’elle incarne Dorothy dans « Le Magicien d’Oz » mais il n’en sera pas question.

Judy Garland sera Dorothy bien qu’elle soit trop âgée pour le rôle et que Goldwyn la déteste. La Century Fox offrira à Shirley un film encore plus cher, plus luxueux plus coûteux : « L’Oiseau Bleu ». Un flop retentissant. Shirley dans un rôle antipathique et comble de l’effroi : une petite fille de 4 ans, actrice sur le film qui meurt brûlée vive.

Le film est un drame en soi.

L’Amérique est bouleversée.

Bien que la mort de Caryll Ann Ekelund n’ait rien à voir avec l’échec du film. Le public boude, se détourne. De la première place au box office, Shirley glisse à la cinquième.

Est-ce le technicolor qui fausse la donne ?

Même si l’écart entre l’âge de l’actrice et celui de ses personnages est sans comparaison avec l’écart qui séparait Mary Pickford des siens, Shirley a quand même 11 ans quand elle tourne l’Oiseau Bleu.


Dans ces films précédents elle porte toujours des robes « premier âge » et des sous-vêtements bouffants qui font croire à l’existence de couches culottes. Mêmes ses souliers sont des souliers de bébé et aucune petite fille de six, sept ou huit ans n’est affublée comme ça dans la vraie vie. Le public n’y voyait que du feu et était absolument ravi. Mais combien de petites filles de 4 ans ont t-elle fait le désespoir de parents qui les croyaient arriérées en regard de Shirley Temple ?

 

Ses parents sont les premiers à réaliser ce changement de cap. Contrairement au reste du monde, ils ont toujours su que l’enfance de leur fille était un état temporaire même si Hollywood l’avait nettement prolongé. Ils ont d’ailleurs élevé Shirley en lui inculquant un solide sens des réalités et la superstar savait que lorsque l’heure sonnerait, elle serait bonne pour filer à l’école comme n’importe quelle petite fille.

L’heure sonna donc, Shirley avait 12 ans, jouait toujours les petites filles de six, ses parents ne renouvelèrent pas son contrat. Sa fortune était faite, bien gérée et bien placée, adieu Hollywood, bonjour l’école.


 Mais Sam Goldwyn n’avait pas dit son dernier mot. Il briguait Shirley depuis des années, il n’allait pas s’avouer vaincu aussi facilement. Un an après sa retraite officielle, il avait convaincu l’icône de signer un contrat MGM pour rejoindre Mickey Rooney et Ann Rutherford dans la série des « Andy Hardy ».

Le projet échoua.


Tout populaires et rentables qu’ils soient, les Andy Hardy étaient des séries B et ce n’était pas là la place d’une star ! Il délégua donc Judy Garland qu’il détestait toujours autant, une série B, pour « la petite grosse à voix de négresse » c’était déjà bien beau.

Il préféra mettre un film à gros budget en chantier pour faire rutiler sa juvénile étoile enfin ravie à la Century Fox.

Judy triompha avec Mickey Rooney, le film de Shirley fit un four complet!

Les parents de Shirley Temple l’avaient dissuadée de signer le contrat MGM puisque le vent semblait avoir tourné. Après l’échec du film, ils la persuadèrent de rompre son contrat « a l’amiable » et de faire une croix sur le cinéma.

Shirley obéit.


En 1943, l’Amérique entrait officiellement en guerre avec l’Allemagne du Reich et au passage prenait un solide coup de vieux.


Shirley Temple qui hier encore jouait Heidi et avait six ans à peine était fiancée à un beau militaire du nom de John Agar !

Le monde marchait sur la tête !

La sœur de John Agar était une copine de collège de Shirley. Ils se sont rencontrés à une fête où Shirley était venue accompagnée de David O ’Selznick qui à son tour lui offrait un rutilant contrat.

 

John était beau, il était en uniforme et avait 9 ans de plus qu’elle. La jeune madame Agar aura 17 ans et monsieur 26.

En 1945, la guerre terminée, John Agar rentré indemne, Shirley temple se mariait !


Shirley Temple mariée!  Comment était-ce possible ? Mais alors dieu du ciel, quel âge avait-on ?

 

Selznick a pris la carrière de Shirley en mains. Il lui donne Cary Grant comme partenaire et compte bien faire d’elle le numéro un d’Amérique. Lui rendre la place au sommet qui était sienne et n’aurait jamais dû cesser de l’être. Pour faire plaisir à Shirley il offrira à John Agar un contrat à 150$ par semaine, ce que sa femme gagnait 10 ans plus tôt !


Les jeunes mariés tourneront deux films ensemble, deux films sans grand intérêt et bientôt, Shirley deviendra la maman ravie d’une petite Linda Susan.


 Shirley Temple maman !

 

Mais la guerre n’a pas laissé John Agar tout à fait indemne et être « monsieur Shirley Temple » n’est pas une chose facile à assumer. Bientôt le jeune acteur, père et mari trouve le réconfort dans l’alcool. En 1949 le couple Agar divorce. Shirley a découvert épouvantée lors des procédures interminables que son mari adoré avait surtout voulu épouser une star pour se faire connaître et donner un coup d’accélérateur à sa carrière. Même si cela n’empêche pas les sentiments, Shirley est blessée.


Elle a un nouvel homme dans sa vie, le jeune industriel Charles Blake. Mais lorsqu’on lui demande si elle compte l’épouser elle répond sèchement : « Voilà bien le genre de projet que je ne compte pas mettre à l’ordre du jour ! »

 

Shirley Temple divorcée ! On nageait dans le délire, dans la science fiction !

 A l’heure où se défait son mariage, Shirley a également la surprise de voir son producteur David O ’Selznick se détourner complètement d’elle. Depuis qu’il se passionne pour la carrière de Jennifer Jones, celle de Shirley ne présente plus aucun intérêt à ses yeux.

Un jour, lassé, il lui lance : « Je ne sais plus quoi faire de vous, vos films ne perdent pas d’argent mais c’est parce que je vous distribue avec d’autres grands noms. Votre image passée vous colle trop à la peau et votre talent d‘actrice adulte n’est pas suffisant pour la faire oublier. Je ne sais pas quel conseil vous donner, essayer Broadway ou même l’Europe, faites quelque chose, changez de nom, pourquoi pas ? Mais il n’y a plus rien pour vous à Hollywood puisque la Shirley Temple que le public adorait n’est plus ! »

 

Cette fois, Shirley se le tint pour dit et sa vie d’actrice s’arrête ici.

 

Elle tentera sur le conseil de Selznick la carrière Broadwayrienne, mais après avoir raté le rôle de Peter Pan au profit de Phyllis Calvert, Shirley jeta l’éponge.


Elle est donc fraîchement divorcée et retraitée lorsqu’elle accepte de mettre son projet de mariage à l’ordre du jour. Charles Alden Black sera son second mari et accessoirement un des hommes les plus riches du pays.

 500 invités s’étaient rués à son premier mariage en très grandes pompes. Cette fois, Shirley convole « à la maison » et n’entend plus être un personnage public. C’était le 16 Décembre 1950.

 

Le couple restera marié 54 ans, jusqu’à la mort de Charles le 4 Août 2005.

Les Alden Black auront deux autres enfants : un garçon et une fille, Charles et Lori.


 Shirley reviendra à la télévision à la fin des années 50, mais sa carrière est désormais ailleurs.

Peu à peu l’ancienne « petite chérie de l’Amérique » a gagné une conscience politique jusqu’à faire carrière.

Après avoir été évincée aux élections de 1967 en Californie, elle sera nommée par Richard Nixon aux Nations Unies et sera même ambassadeur américain au Ghana et en Tchécoslovaquie. Elle sera présente sous toutes les présidences jusqu’à celle de George Bush.

 

Le temps passant, le souvenir de Shirley Temple enfant va devenir un véritable phénomène de société et l’Amérique va l’idolâtrer. Les poupées, les jouets, les films seront sans cesse réédités toujours avec succès et générant à chaque fois des bénéfices énormes.

Et maintenant, Shirley a droit à ses royalties qui lui assurent un revenu de plusieurs millions de dollars par ans sans même qu’elle ne lève le petit doigt.


Chacun des évènements de sa vie sera largement médiatisé et le choc sera colossal lorsqu’au début des années 70 elle déclare publiquement se battre contre le cancer du sein et avoir subi une mastectomie.

 

Shirley Temple ! Un Cancer ! Le monde croit avoir la berlue !

Elle triomphera de la maladie et ne détestera pas venir se montrer de ci de là avec son petit Oscar miniature reçu en 1935 !

 

Elle a gardé envers Shirley Temple l’enfant star un souvenir tendre et n’a de rancœur envers rien ni personne. Fumeuse invétérée elle ne sera jamais vue en public avec une cigarette.

 

Shirley Temple la clope au bec ! Il ne manquerait plus que ça !

 

Et puis le 10 Février 2004 la chose la plus improbable, la plus impensable de toutes allait se produire : Shirley Temple mourait.

Elle mourait à 85 ans.

Shirley Temple morte !

Shirley Temple âgée de 85 ans !

Qui croirait pareille sornette ?

Personne.

Celine Colassin

 

 

QUE VOIR ?


 1932 : Runt Page : Premier court métrage, à ma modeste connaissance en tout cas de Shirley Temple.

 1932 : War Babies : Court métrage supposé être drôlissime : le tout est joué par des nourrissons étrangement presque nus, tenant tous les rôles dans un bar plutôt mal famé. Shirley joue les aguicheuses et suit le premier qui lui propose une sucette, lui tâtant les fesses au passage d’un œil expert et d’une main franche ! Plus tard un nourrisson noir fait un strip-tease lascif debout sur une table ! Aujourd’hui cette production vaudrait la prison à toute l’équipe.

1933 : Dora’s Dunking Doughnuts : Encore un court métrage pour valoriser les dons de Shirley. Nous assistons ici aux mésaventures d’un instituteur benêt amoureux d’une marchande de beignets.

1933 : Out All Night : Universal « loupe » le petit phénomène en la distribuant dans un rôle très anecdotique dans une série B.

1934 : Stand up and Cheer : L’histoire du cinéma aurait à jamais oublié l’existence de ce film qui n’avait d’autre but que de faire valoir une ribambelle d’acteurs venus du burlesque si Shirley ne s’y était pas taillé un petit succès personnel qui va la propulser vers les sommets.

1934 : Carolina : Team de superstars au sommet de l’affiche : Janet Gaynor et Lionel Barrymore.

1934 : Now and Forever : Le film le plus intéressant de la carrière de Shirley où elle s’immisce entre Carole Lombard et Gary Cooper sous la direction d’Henry Hathaway.

1935 : Curly Top : Boucles d’Or !

1935 : The Littles Rebel : Sorte d’Autant en Emporte le Vent à la sauce Shirley Temple 

1935: Bright Eyes: Shirley aviatrice!

1936: Poor Little Rich Girl : Shirley dans le remake d’un succès de Mary Pickford en 1917

1936 : Stowaway : Shirley, sous contrat à la Century Fox donne la réplique à la « money maker » numéro un du studio : Miss Alice Faye.

1937 : Heidi : La petite sauvageonne des alpages ne pouvait échapper à Shirley Temple.

1939 : The Little Princess : Shirley joue les petites filles et c’est très mignon, mais elle a quand même 11 ans ! Le film restera son film le plus cher et son dernier succès d’enfant star.

 

1940 : The Blue Bird : Shirley grandit un peu, le technicolor ne la flatte étrangement pas et cette pièce mille fois porté à l’écran n’a jamais fait recette.

1944 : Since you Went Away : Film sur la difficulté pour les femmes restées au pays d’être séparées de leurs braves partis au front

1947: That Hagen Girl: Shirley entre spécialistes du western bien que le film n’en soit pas un : Ronald Reagan et Rory Calhoun.  

1947: The Bachelor and the Bobby-Soxer: Shirley entre Cary Grant et Myrna Loy

1948 : Fort Apache : Shirley entre John Wayne et Henri Fonda, c’est un peu le choc des mondes.

1949 : Mr Belvedere Goes to Collège : Un épisode des aventures de ce bon monsieur Belvédère alias Clifton Webb. Shirley donne la réplique à Tom Drake, l’amoureux de Judy Garland dans « Meet me in St Louis »

1949 : A Kiss for Corliss : Baroud d’honneur pour Shirley face à David Niven.


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Le Magicien d'Oz: Sam Goldwyn voulait Shirley à toute force, la Paramount ne voulait pas...A toute force aussi

 
 
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