BRIGITTE BARDOT
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En 1961 le magasine « ART » posait la cruciale question à ses lecteurs : « Qui est la plus mauvaise actrice du monde ? »
Brigitte Bardot emporta la palme haut la main avec 40% des voix, Pierre Fresnay faisant lui aussi un joli score chez les messieurs.
Il est cependant croustillant de souligner à quel point le prestige de la plus mauvaise actrice du monde surpassa celui du magazine.
Il est rigoureusement impossible aujourd’hui de parler de l’actrice sans la resituer dans son contexte social et historique. Oui, historique. Quand le pape ou le président de la république française entrent en polémique à votre sujet, vous faites partie de l’histoire, c’est indubitable.
Le mythe Bardot (la « Bardomania » comme on disait à l’époque) a eu la vie si dure que la planète entière en débattait. l n’était pas nécessaire de l’avoir vue dans un film pour avoir un avis sur elle, et souvent très tranché la plupart du temps. Amour dévot ou haine incoercible, pas de demi-mesures.
L’actrice elle-même a subi tellement de pressions aux heures les plus chaudes de sa gloire qu’elle affirmait :
« Il n’y a personne qui déteste Bardot autant que moi ! »

Brigitte Bardot (son vrai nom) naît en 1934, dans la banlieue chic de Paris, quelques semaines après une certaine Sophia Loren dans une banlieue pauvre de Naples.
Elle sera suivie quelques années plus tard par sa sœur Marie Jeanne, alias Mijanou. Dans la famille, on aime les diminutifs, Brigitte est Bribri et son père Pilou, plus tard Vadim sera Vava.
Malgré ce côté bon enfant, on est sévère chez les Bardot, la cravache est de rigueur et l’on vouvoie ses parents. Brigitte d’une évidente hypersensibilité vit déjà mal cette rigueur corsetée qui va volontiers à la brutalité.
Un de ses premiers souvenir d’enfance c’est son père dans la cave de la maison qui tue les souris à coup de balais ou râteau. Tétanisée d’horreur impuissante, elle se précipite sur les infortunées souris et les emmène dans l’espoir fou de les soigner et de les sauver.
Evidemment elles meurent toutes et la petite enfant se referme déjà dans un désespoir absolu qui va se teinter de rejet. Plus tard elle ne supportera plus aucune autorité, aucune contrainte, aucune brutalité.
Heureusement que Brigitte et Mijanou ont un grand père un peu fantasque et très tendre, il lit le latin comme un polar et s’enferme tout un week-end dans sa chambre pour étudier le Mexique ou la Laponie afin de les raconter ensuite à ses petites filles comme s’il en revenait.
Brigitte n’aime pas trop l’école mais adore la danse. Elle est inscrite au conservatoire et fait ses premiers entrechats dans l’antichambre du vedettariat en côtoyant des futures stars : Leslie Caron et Cécile Aubry.
Née en 1934, Brigitte Bardot a donc 6 ans lors de l’occupation. On ne souffre pas trop de la guerre dans les banlieues chic, mais n’empêche…le carcan bourgeois est ébranlé, les hommes sont partis, les femmes conduisent les bus et les metros, faute d’étoffe les jupes fleuries raccourcissent. Bientôt la libération viendra et les parisiennes court vêtues danseront le swing dans les bras de vigoureux G.I.’S. Noirs ou blancs, peu importe, Vive la liberté !

Brigitte a 11 ans et grandit dans les flonflons bleus, blancs rouges de cette liberté toute neuve.
Or, à peine 2 ans plus tard, Dior impose le new look. De vastes jupes en corolle tombant jusqu’à la cheville et taillées dans des parachutes recyclés. Voilà le retour de la grande bourgeoise corsetée et nantie de caniches enrubannés, après la résistance en semelles de bois, les Parisiennes découvrent les concours d’élégance automobile en talons hauts.
Le qu’en dira-on, les préjugés bourgeois refleurissent, plus austères et puissants que jamais.
Ce sont de véritables dictats.
Le marché du cinéma est libéré lui aussi. Déferlent sur les écrans les nouvelles stars made in Hollywood, corsetées de satin noir et endiamantées jusqu’au stérilet, à savoir Rita Hayworth, Ava Gardner, Lana Turner et consœurs dont l’embargo Allemand nous avait privés.
Les promesses de liberté n’ont pas été tenues. La France libérée est une France qui juge !
Les « vraies jeunes filles » sont particulièrement surveillées et deviennent des « dévergondées » pour un oui ou un non.
Les personnages de prostituées rigolotes à la Arletty des années 30 sont inenvisageables à l’écran et que passent discrètement à la trappe les vamps de l’occupation.
Adieu Viviane Romance, Ginette Leclerc ou Mireille Balin. On ne veut plus que de l’actrice embourgeoisée et pétrie de bonnes manières, Michèle Morgan et Danielle Darrieux l’ont bien compris et tiennent le haut du pavé en robes de soir Balmain et étoles de vison.

La mère de Brigitte, grande élégante du faubourg St Honoré est une amie d’Hélène Lazareff, fondatrice du journal « Elle ». Hélène veut Brigitte pour ses pages « jeune fille », par amitié, maman Bardot accepte bien que « cela ne se fasse pas ». On n’est pas loin de considérer le métier de « cover girl » comme de la prostitution. D’autant que le métier de mannequin (on ne dit pas encore top model) n’est pas beaucoup mieux rétribué que celui de baby sitter et n’a aucun prestige. L’anonymat est même une condition sine qua non pour travailler.
La clientèle doit vous admirer sans savoir qui vous êtes afin de pouvoir s’identifier : « cette jolie fille, c’est n’importe qui, ce n’est personne, pourquoi pas moi ? » Brigitte deviendra l’égérie des limonades « Pam-Pam ».
Devenue une superstar planétaire, le magazine ELLE lui vouera une indéfectible fidélité et il n’y aura jamais d’anti Bardot dans les pages du magazine, pas plus que dans celles de Match ni même de VOGUE.
Un jeune journaliste, immigré d’origine Russe connu sous le nom de Roger Vadim la voit dans « Elle » et lui propose de faire un essai pour le film « Les Lauriers sont Coupés » d’Allégret.
Le film ne se fera jamais et Allégret décrète que « Brigitte Bardot n’est pas faite pour le cinéma ! »

Mais entre Brigitte et Roger le coup de foudre est instantané.
Les parents de Brigitte exigeront pourtant que leur fille ait 18 ans avant de laisser le jeune couple « convoler en justes noces » comme on disait à l’époque.
Brigitte n’avait pas tout à fait quinze ans lors de sa première rencontre avec Roger Vadim.
Bribri épouse donc son « Vava » et c’est la dernière fois qu’elle mettra les pieds dans une église pour des années. Ils auront le couple de vedettes Danielle Delorme et Daniel Gélin pour témoins puisqu’ils étaient un peu plus tôt les témoins au mariage de ceux-ci.
B.B. et Vadim vont devoir se débrouiller pour vivre. Brigitte fait des photos, du cinéma et même du théâtre. Elle est Isabelle dans L’Invitation au Château d’Anouilh et déteste l’expérience.
Mais il n’y a pas que Roger Vadim qui ait remarqué Brigitte en couverture du magazine ELLE.
Odette Joyeux feuillette un numero du magazine et tombe sous le charme de la jolie jeune fille qui pose en couverture. Ignorant qui est Brigitte Bardot, Odette voit une petite jeune fille déjà femme avec encore un peu d’espièglerie d’enfance dans le regard.
Une jeune fille qui fait très bonne famille mais qui est déjà cover girl.
Odette se plaît à imaginer l’histoire de cette jouvencelle sur la couverture du magazine ELLE. Elle prend sa machine à écrire et invente Chouchou, l’héroïne de « La mariée est trop belle ».
Son roman est un succès et la petite jeune fille de la couverture l’achète, le dévore et…L’adore. Lorsqu’elle referme le roman elle dit à son jeune mari Vadim épousé de frais « Oh comme j’aimerais jouer un rôle comme ça au cinéma ! J’adore Chouchou ! C’est tout à fait moi ! ».

Il n’y a pas que Brigitte qui a adoré ce roman, gros succès de librairie, il réjouit tout autant Pierre Gaspard Huit qui décide de l’adapter au cinéma. Et pourquoi pas avec dans le rôle, la petite demoiselle de la couverture de « ELLE ». Brigitte Bardot est aux anges. Elle sera chouchou qui après avoir été un succès de librairie sera un succès au cinéma.
Brigitte Bardot sera plus heureuse encore lorsqu’Odette Joyeux qui a tenu à écrire les dialogues demande à Brigitte de collaborer à leur écriture. La voilà autrement considérée que sur le plateau de son premier film où on la traitait au mieux comme une idiote au pire comme une grue. On se contentait alors de lui barbouiller la figure d’un fond de teint orange périmé dont la puanteur rance la rendait malade. Odette Joyeux lui demande de créer, de s’exprimer. Brigitte est si totalement heureuse qu’elle convainc Pierre Balmain de créer la fameuse robe de mariée avec la promesse de se faire habiller par lui à la ville comme à l’écran.
Elle s’astreindra à porter des talons aiguilles invraisemblables sous la robe pour avoir une silhouette plus élancée, plus couture, plus « Balmain ». Elle qui déteste les talons très hauts, c’est la seule fois qu’elle en portera.
La collaboration d’Odette Joyeux et Brigitte Bardot sera pour l’une comme pour l’autre un moment suspendu de bonheur complet. Leur amitié durera toujours
En attendant que Brigitte soit assez célèbre pour qu’on lui confie un rôle de l’importance de celui de Chouchou, pour faire bouillir la marmite, Vadim travaille toujours pour Paris Match.
Enfin libérée du carcan familial et bourgeois des Bardot, Brigitte est littéralement grisée par le mode de vie de Roger Vadim.

Il est alors, comme le veut la mode de son temps une sorte de dilettante, brassant mille projets avec mille copains en grattant de la guitare jusqu’au bout de la nuit. On fume, on boit, on pense, on chante et on vit pieds nus en conspuant le système établi tout en rêvant de devenir riche.
Brigitte est éblouie et se sent elle aussi une nouvelle révolutionnaire en traînaillant toute la journée sans se peigner.
Mais elle restera toujours une sage petite bourgeoise dans l’âme, aimant par-dessus tout que la maison soit bien rangée et que les comptes tombent justes.
Dès ses premières apparitions, aussi mineures soient-elles, les pour et les contre B.B. commencèrent. Ce fut instantané et sa prestation théâtrale fut pour les « contre » un joli moment de satisfaction. Le célèbre peintre Van Dongen faisait partie de ceux-là.
En 1958 Brigitte Bardot participe à un reportage télévisé consacré à Van Dongen. Le peintre était connu pour ces célèbres portraits de « parisiennes », ceux qu’il avait faits de Coco Chanel ou Arletty entre les deux guerres étaient particulièrement célèbres. Lorsque l’illustre artiste de 81 ans voit le modèle qu’on lui destine pour le reportage il s’écrie : « C’est tout ce que vous m’avez trouvé comme modèle pour représenter la parisienne ? C’est tout sauf ça ! Je ne suis pas un peintre animalier, je ne peins pas les pékinois ! »
Pour ne pas désobliger certains de ses amis, Van Dongen exécute donc bon gré mal gré le portrait de Brigitte et estime que c’est ce qu’il a fait de plus mauvais dans toute sa carrière !
A la fin du reportage, il refuse de conserver la toile et veut l’offrir aux techniciens de la télévision qui…n’en veulent pas non plus ! Plus tard, devenue la star que l’on sait, Larousse choisira le portrait de Van Dongen pour illustrer la fiche du peintre. Van Dongen clamant sur tous les toits que le portrait de Brigitte est son chef-d’œuvre absolu, son tableau préféré. Ce sera son ultime portrait et son avant dernier tableau. Picasso aurait moins fait la fine bouche !

Il faut d’ailleurs à propos de Picasso rendre à César ce qui est à César. Contrairement à la légende, ce n’est pas du tout Brigitte Bardot qui a « fait » Saint Tropez mais bien Picasso.
Brigitte, elle cherchait une maison du côté de Cassis.
Après quelques films et deux festivals de Cannes, en 1955 et 1956 où Brigitte est considérée comme une sorte de potiche souriante, les paparazzi sont alors bien plus intéressés par la « romance » entre Giselle Pascal et Gary Cooper. Et ce malgré un Kirk Douglas visiblement sous le charme de Brigitte qui lui propose un contrat hollywoodien. Elle va refuser le pont d’or de l’acteur à la célèbre fossette et il devra se « contenter » d’Elsa Martinelli pour être sa partenaire dans « La Rivière de nos Amours » Vadim de son côté réussit enfin à produire « Et Dieu créa la Femme ».
Bien que Brigitte Bardot soit une « starlette » en renom et qu’elle ait eu son nom à l’affiche de films prestigieux et de succès populaires, il est encore impossible de monter un budget sur son nom. Il aura fallu attendre l’accord de l’acteur Allemand Curd Jurgens pour que les fonds se débloquent comme par enchantement.
Et Dieu créa la Femme » était un film de Curd Jurgens et non de Brigitte Bardot. Christian Marquant, Curd, Marie Glory, Georges Poulougy, Jane Marken, Jean-Louis Trintignant, que du beau monde pour soutenir Brigitte dans ce premier vrai grand rôle après « la lumière d’en face » trop souvent négligé.

Curd Jurgens de son côté comprit tout de suite que le film serait un film de Brigitte Bardot et non de lui, il proposa que le nom de l’actrice rejoigne le sien en haut de l’affiche. Pourtant, le film sort en France dans l’indifférence générale, le flop est total.
Sans doute lassée par ces années de vaches maigres, au cours du tournage, Brigitte succombe à la fois au charme de St. Tropez et de son partenaire Jean-Louis Trintignant. Le couple Vadim-B.B. aura vécu ce que durent les roses, comme d’ailleurs la liaison Brigitte - Jean-Louis Trintignant, car celui-ci est appelé sous les drapeaux et Brigitte n’est pas d’un naturel patient.
Jean-Louis Trintignant est sous les drapeaux et n’a pas voulu prêter foi aux commérages qui font des amants de Brigitte Bardot et Gilbert Bécaud. Bécaud a une réputation de mari modèle et Brigitte l’aime tant.
Pourtant un jour qu’il rentre de permission, c’est Gilbert Bécaud en robe de chambre et en pantoufles qui lui ouvre la porte. Une situation grotesque, très Feydeau où ni Bécaud ni Trintignant ne croient vraiment. Trintignant demande sur un coup de tête un chèque énorme à Gilbert Bécaud pour lui céder la place. Bécaud signe le chèque séance tenante et Trintignant s’en va. Il jettera le chèque déchiré dans la première poubelle qu’il croise.
Jean-Louis Trintignant se consolera dans les bras de Stéphane Audran qui deviendra sa première épouse.

Le film, sorti comme une curiosité exotique aux Etats-Unis fait un triomphe. B.B. devient outre Atlantique l’incarnation de la femme et du péché, dans les états du sud son film est interdit aux noirs ! On craint qu’ils ne contrôlent plus leurs pulsions sexuelles en la voyant !
Bien sûr, aujourd’hui cela fait rire, mais à l’époque, un débarquement de martiens aurait eu bien moins d’effet !
Cette jeune fille toute simple devient du jour au lendemain la star planétaire « number one », dans quelques années, elle payera plus d’impôts que la régie Renault.
En quatre ans, ses cachets de starlette à 200 000 francs par film passent à 4.000.000, plus une indemnité de 100.000 francs par minute de retard. Lorsque Brigitte fête ses 25 ans, elle gagne une moyenne d’ 1.000.000 de francs par jour et totalise plus d’heures de studio que n’importe quelle autre actrice Française.
Elle en profite pour prendre sa revanche sur le festival de Cannes et invite tous les journalistes à une fête « Brigitte Bardot » pendant l’édition 1957.
Du coup la croisette est déserte et le festival se déroule tristement dans l’indifférence générale.
Brigitte avait une dent contre le festival de Cannes. Invitée sur l'insistance de Vadim, elle n'était qu'une starlette comme une autre. On ne lui demandait rien de plus que de materner la petite Brigitte Fossey, parce qu'elles avaient le même prénom.

En réalité, le sphotographe sn'attendent qu'une chose: L'arrivée de Kim Novak. Dès l'américaine débarquée, ils se volatilisent. Mais la fantasque KIm s'enferme dans sa suite. Elle a oublié son séche cheveux et refuse que l'on approche de son auguste caboche un outil d'une autre marque. Faute de star hitchockienne, ces messieurs se rabattent sur Brigitte corvéable à merci. Dès que miss Novak sera peignée, ils disparaîtront et Brigitte désoeuvrée s'ennuie chez le coiffeur et...Devient blonde à jamais.
Hollywood la réclame à corps et à cris, le plus acharné des acharnés est Frank Sinatra (juste avant Kirk Douglas et Anthony Quinn) qui fait des ponts d’or à Brigitte à chaque nouveau projet de film où il s’implique.
Mais Hollywood et son glamour la gonflent.
Le soleil, la mer, le sable, un beau mec, un petit vin de pays et une robe toute simple taillée dans un torchon de cuisine. Voilà la liberté ! Même si, Brigitte collaborera avec les plus grands dont Balmain et Dior.

Qu’importe que les hommes soient riches pourvu qu’ils soient beaux !
Le message de Bardot est clair ! Clair et accessible car copier Brigitte Bardot ne coûte pas cher.
En tournage en Espagne, elle délaisse une floppée d’admirateurs éperdus prêts à faire pleuvoir les diamants sur sa tête parce qu’elle trouve le jeune portier de nuit bien plus mignon et intéressant qu’eux. Elle l’invite dans sa chambre mais cette fois elle en sera pour ses frais.
Le bel éphèbe andalou venait d’enterrer sa grand’mère qu’il adorait et passera la nuit à pleurer la disparue dans les bras de Brigitte.
Son importance personnelle dépasse immédiatement celle de ses personnages au cinéma, Brigitte tournera de bons films, de mauvais films, mais tout le monde ira les voir, que l’on soit pour ou contre B.B. Car elle est devenue une nouvelle affaire Dreyfus !
Quelqu’un qui n’aurait pas d’opinion sur Brigitte Bardot n’existe pas ! La bonne ville d’Ostende en Belgique s’enorgueillit de son club « Antibardotiste » aux statuts très officiellement déposés au greffe du tribunal de commerce !
L’idole des plages de Saint Tropez est choisie par le Vatican pour représenter l’image du mal à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Le Pape qui sait faire la distinction entre le bien et le mal, entre les communs des mortels et les saints ne sait pas faire la différence entre une actrice et ses personnages et dévoile donc universellement son ignorance des choses cinématographiques.
Dès lors les parents de Brigitte passeront le reste de leur vie à défendre la dignité humaine de leur fille devant les tribunaux. Et pour l’anecdote, « Pilou » Bardot gagnera son procès contre sa sainteté, mais les combats ne font que commencer.

Brigitte Bardot est menacée de mort par des groupements terroristes. Après avoir fait vaciller la chrétienté elle devient la femme à abattre pour la liberté de l’Algérie. Elle refuse de payer la rançon réclamée pour sa vie. Brigitte Bardot n’obéit pas à la peur, seulement à l’inconscience de sa jeunesse. Elle estime que c’est à son gouvernement de la défendre, elle, la principale ressource en devises étrangères de la France !
Elle répond aux terroristes par voie de presse en achetant toutes les premières pages des quotidiens qui titrèrent à l’unisson :
LA REPONSE DE BRIGITTE BARDOT AUX TERRORISTES : « DES CLOUS ! MOI JE NE MARCHE PAS ! »
Brigitte ne peut plus sortir dans la rue. Elle est assaillie par ses fans, insultée par ses détracteurs. Partout, tout le temps les paparazzis la harcèlent. Ils offrent des sommes mirobolantes à son entourage pour obtenir des informations, aussi insignifiantes soient-elles.
Dans les années soixante, son secrétaire particulier, Alain Carré va céder pour soixante millions de francs ses révélations sur Brigitte et l’avarice révélée de Brigitte Bardot deviendra légendaire.
Pas de caviar ni de foie gras chez Bardot, la star compte ses pommes de terre.
Sans secrétaire, le courrier s’entasse dans l’appartement de l’avenue Paul Doumer. En quelques jours il remplit toute une pièce jusqu’au plafond. Brigitte pense à faire appel aux camions de la voirie de Paris pour débarrasser son appartement du courrier qui s’y entasse si elle ne trouve pas très vite la perle rare du secrétariat.
La secrétaire qui succèdera à l’indélicat personnage fera cette déclaration riche d’enseignement
« Contrairement à mon prédécesseur, je ne trahirai pas Brigitte Bardot…au prix qu’elle paye mon silence ce serait ridicule de ma part ». Quant à l’avarice de Brigitte, ce n’est que son éducation bourgeoise qui parle. On ne gâche pas, on ne gaspille pas. Quand il s’agira de venir en aide à tous ceux qui le demandent elle déliera sans compter les cordons de la bourse. Mais il convient quand même d’accommoder les restes et de bien se garer pour ne pas prendre une prune.

Ils feront de son mariage avec Jacques Charrier un véritable enfer. Les paparazzi déferlent dans la mairie, Pilou en vient aux mains. Brigitte craque, ne veut plus se marier. Le maire épouvanté expédie la galère en trois minutes chrono.
Aucune maternité, aucune clinique ne voudra assumer l’accouchement de la star. Aucune ne dispose d’un service d’ordre et de sécurité. Elle vit sa grossesse séquestrée dans son appartement Avenue Paul Doumer.
Une épreuve d’autant plus cruelle que Brigitte qui avait déjà subi un avortement ne voulait à aucun prix d’un enfant. Tombée enceinte lors de sa liaison avec Jacques Charrier, elle choisit de ne rien dire et cherche par tous les moyens à se faire avorter quitte à payer des millions.
Mais ce qui est presque enfantin pour une demoiselle de magasin est impossible pour la femme la plus célèbre du monde. Personne n’est assez fou pour prendre le risque. Au comble du désespoir, Brigitte Bardot attente à sa vie. Sauvée in extrémis, elle survit et…l’enfant aussi.
Finalement elle cède. Et si après tout, tout le monde avait raison ?
Si être mère allait être une aventure merveilleuse ?
Elle se confie à Jacques Charrier et ivre de bonheur, il veut à tout prix épouser la mère de son futur enfant. Mariage il y eut donc.
Brigitte n’y croyait pas une seconde.
Plus tard elle laissera tomber un débonnaire « j’aurai essayé ».
Plus tard encore elle se révoltera envers toutes les langues de concierges qui la fustigent pour ne pas être une bonne épouse et surtout une bonne mère.
« J’ai le droit de ne pas vouloir être mère, j’ai le droit de ne pas vouloir fonder une famille et de vivre ma vie comme je l’entends ! Ça ne regarde que moi ! »

Plus tard elle développera : « On dirait qu’en tant que femme on est obligée d’être mariée à un certain âge, être mère à un certain âge, en arriver à chaque étape de sa vie dans les règles sinon on n’est pas normale, on est marginale, on est à côté de la plaque, qu’on n’est pas quelqu’un de bien ! » Elle se garde d’ajouter que bien d’autres actrices contemporaines vivent libres et sans enfants comme Arletty, Edwige Feuillère ou Martine Carol sans que personne n’y trouve à redire. Bardot est encore la seule à qui la société bien-pensante exige des comptes.
Songeuse et exceptionnellement oisive elle songe à se diversifier et il est question d’une association avec un grand parfumeur pour le lancement de trois parfums Brigitte Bardot.
L’actrice dépose même les trois noms : « Et Dieu Créa la Femme », « En Cas de Malheur » et « La Parisienne ». Une activité sans lendemain mais qui la distrait de cette future maternité détestée. Mijanou, pendant ce temps là a la jambe plâtrée après un accident de ski et ne peut lui être d’aucun secours.
Brigitte ne se montre pas, elle ne veut pas être vue enceinte
Les loyers les plus chers du monde sont ceux des petites chambres de bonne donnant sur les fenêtres de la star. La photo de la célébrissime maman et du bébé vaut des millions.
L’heureux père devra descendre à la rencontre des journalistes qui habitent littéralement dans l’escalier pour leur annoncer la bonne nouvelle et sabler le champagne avec eux pour tenter de les calmer un peu…en vain.
Charrier va craquer, comme Sami Frey, comme Sacha Distel, comme Bob Zaguri, comme Olivier Despax, la pression est incroyable autour de la star, prise au piège d’un véritable cyclone incontrôlable.

On peut à ce propos souligner encore l’intelligence des détracteurs de Brigitte dont certains dans leur acharnement manquèrent autant de discernement que de bon goût et surtout d’infomations sur le sujet qu’ils traitaient.
Olivier Despax était un chanteur aussi doué que beau et Brigitte en avait fait son partenaire pour chanter « La leçon de Guitare ». Sinatra lui-même avait choisi Olivier Despax pour faire la première partie de son spectacle lors de sa tournée européenne.
La liaison d’Olivier Despax et Brigitte Bardot terminée, le jeune chanteur-acteur disparut peu à peu de la circulation. A la fin des années 80, un magazine des plus sérieux reprocha à Brigitte d’avoir brisé net la carrière du jeune Olivier à cause de cette tapageuse liaison, tapage dont les protagonistes n’étaient pas responsables. Ce vindicatif reporter afficha lui aussi son ignorance, le cancer avait emporté Olivier Despax à l’âge de 35 ans.
Brigitte devra aussi entendre : « Brigitte ! C’est pathologique de tomber automatiquement amoureuse de vos partenaires au cinéma, faites-vous soigner ! » Réponse : « Oh Oui, ça m’est arrivé deux fois en 30 films ! ». Et de s’en aller jouer les « monsieur loyal » au gala de l’union des artistes vêtues d’un smoking et d’un haut de forme de satin blanc.

Pour son film « Vie Privée » Louis Malle ne peut envisager d’avant première sans déclencher d’émeutes. Il y aura une projection clandestine à minuit trente, les invités étant conviés par un coup de fil top secret quelques heures avant la projection. On y verra pourtant s’y presser Michèle Morgan, Marie Bell, Marie-José Nat, Mylène Demongeot, Mélina Mercouri, Annie Ducaux, Pascale Petit et bien d’autres.
Dans la même veine lorsque l’on apprend que Brigitte « cherche une chanson » pour son nouveau disque en 1964, elle reçoit en 24 heures plus de 300 chansons originales des compositeurs les plus cotés du moment. On est un peu ébouriffé chez les mélomanes bien pensants. Pourquoi tant de merveilleux talent gâché à vouloir faire chanter Bardot alors qu’il existe des Georgette Lemaire, des Mireille Mathieu, des Nana Mouskouri, des Catherine Sauvage ? Voilà des chanteuses dignes de ce nom, mais pas Bardot quand même !
Et lorsque Brigitte choisit « Ne me laisse pas l’aimer », œuvrette de Jean Michel Rivat, parfait inconnu et fils de dentiste on crie à la provocation, à l’outrage aux génies plumitifs de la chansonnette. Et comme on n’accorde aucun entendement en quoi que ce soit à Brigitte, on en déduit qu’elle a choisi la chanson parce que l’auteur doit être beau, forcément !

Les liaisons de Brigitte avec Serge Gainsbourg ou Gilbert Bécaud restent secrètes en leur temps pour ne pas subir l’incroyable pression mondiale.
Moins d’un an après leur mariage, Brigitte Bardot et Jacques Charrier sont séparés. Dans la foulée, Brigitte quitte son appartement de l’avenue Paul Doumer et s’installe dans un luxueux penthouse de la rive gauche, le peintre Jacky Dussart succède à Jacques Charrier.
Souvent, lorsque l’on s’extasie sur sa beauté, elle répond :
« Marilyn Monroe est beaucoup plus belle que moi ! »
Son admiration est réelle.
Marilyn disparue, la réponse deviendra :
« Claudia Cardinale est beaucoup plus belle que moi ! ».
Quoi qu’elle fasse, qu’elle se lève le matin ou pas devient une affaire d’état.
En 1961, Brigitte s’improvise productrice de son prochain film « La bride sur le cou » avec Claude Brasseur et Michel Subor. Au bout de trois jours seulement, elle perd toute confiance en Jean Aurel qu’elle avait choisi pour diriger le film. Incapable de s’adapter à sa méthode de travail qui n’est qu’improvisation elle appelle Vadim au secours.
Jusque-là, rien que de très normal. C’est à la fois son image et son argent qui sont en jeu. Il lui semble que Jean Aurel n’aborde pas du tout le projet de manière sérieuse, voire rationnelle.
N’importe quelle actrice-productrice dans sa situation aurait fait pareil.
Mais quand c’est Brigitte Bardot c’est un caprice de vedette stupide et capricieuse « Depuis quand Brigitte Bardot connaît-elle quoi que ce soit au cinéma ? ».

Truffaut qui n’a rien à voir là-dedans et idolâtre Brigitte Bardot monte au créneau et insulte vigoureusement Vadim dans un article virulent. Il s’ébouriffe en écrivant noir sur blanc que l’improvisation est le droit le plus sacré d’un réalisateur alors qu’il est devenu le plus directif de sa génération.
Vadim outragé porte plainte. Truffaut est aux anges.
De la publicité gratuite, son péché mignon.
Tout ce petit monde se retrouve devant une cour de justice où on attend de pied ferme une certaine Brigitte Bardot à la barre. L’affaire fera vendre des tonnes de papier, elle va passionner l’opinion publique. « Bardot devant ses juges ». Alors que l’affaire ne concerne que Vadim et Truffaut. Finalement Vadim l’emporte. Truffaut est condamné à lui verser un franc de dommages et intérêts.
Vadim reprend la direction du film et accouche d’un invraisemblable navet. L’homme n’est pas fait pour la comédie. Truffaut de son côté continue son travail de sale gosse « Au fond je n’en avais rien à cirer, d’ailleurs j’aurais mieux défendu Vadim. Mieux que Vadim lui-même ».

Brigitte résiste malgré tout : Fidèle à elle-même, à ses convictions et ses libertés, déjà elle intervient pour la protection des animaux, elle est en direct, en 1962, au journal télévisé pour dénoncer les traitements barbares infligés aux animaux dans les abattoirs où l’on tue encore à la massue.
En 1964, lorsque Joséphine Baker ruinée pour avoir adopté 12 enfants est jetée à la rue par les huissiers, Brigitte bondit et lui envoie un chèque colossal qui règle toutes les factures en suspens. La postérité préfèrera retenir le geste de Grâce Kelly qui prêta une maison à la panthère noire tombée en disgrâce.
Brigitte Bardot résiste mais jusqu’à un certain point. L’année 1962 débute devant les tribunaux et une nouvelle fois la presse à scandale fait de cette période un véritable cirque.
Brigitte divorce d’avec Jacques Charrier. Un divorce que l’on aurait voulu plus spectaculaire mais les ex époux partagent fort aimablement la garde de petit Nicolas. Il est officiellement confié à son papa mais sa maman peut le voir quand et tant elle veut et peut même le garder avec elle jusqu’à six mois d’affilée. En somme ces deux-là inventent la garde partagée et on est loin de « l’abandon d’enfant » qu’on lui jettera toute sa vie à la figure.

Mais BB n’en est pas quitte avec les tribunaux car Sami Frey excédé par le tohu-bohu déclenché par les révélations de sa liaison avec BB dans la presse porte plainte contre les journaux et Brigitte est citée comme témoin.
Charrier de son côté fait des aller-retours entre Paris et Rome où il tourne une nouvelle version de Carmen avec Giovanna Ralli qui est tombée follement amoureuse de lui, ne le lâche pas d’une semelle et se répand en confidences désespérées dans les gazettes.
Charrier aurait volontiers étranglé la belle Giovanna mais en gentleman déclare qu’il y a hélas pour la belle italienne une autre femme dans sa vie.
Qui ? S’interroge la presse ? Serait-ce BB ? Et voilà le manège médiatique reparti pour un tour.
Déjà très affaiblie physiquement et nerveusement par le tournage de « La Vérité » plus éprouvant que les autres, après l’inévitable rupture avec Sami Frey, Brigitte Bardot tente de se suicider. Jacques Charrier fera aussi une tentative de suicide.
Sami Frey deux. Brigitte est sauvée de justesse et la presse se déchaîne contre ce suicide théâtral, mais à l’époque, si Brigitte cuit un œuf, c’est théâtral, cette femme n’a plus aucun droit. Ni celui de vivre, ni celui de mourir.
Elle avait quitté Paris le lundi. A un ami qui la croise, elle refuse de dire où elle va.
« Personne ne saura où je suis sauf mes parents, je suis crevée par ce film et par toutes les salades qui m’arrivent, je vais me reposer jusqu’au 16 Octobre. »

Le lendemain, elle arrive chez une de ses amies sûres, Mercédès Simon qui a loué une villa pour l’automne : « Les Coberolles » entre Roquebrune et Menton. Elle loue une petite Floride Blanche et rejoint Henri Georges Clouzot à la Colombe d’Or à Saint Paul de Vence.
C’est son anniversaire, elle fête ses 26 ans en déjeunant en tête à tête avec le metteur en scène qui essaye de lui extirper la promesse de venir avec lui à New-York présenter « La Vérité ».
Brigitte accepte, elle ne tiendra pas parole.
Le soir, Mercédès attend Brigitte pour dîner, le couvert est mis mais Brigitte ne répond pas. Sa chambre est vide mais la Floride est au garage, il est 20 heures, la nuit est tombée.
Mercédès la cherche et la trouve inanimée près d’un vieux puits au fond du jardin.
Brigitte s’est taillé les veines et a pris tous les somnifères qui lui restaient.
Dans un état comateux, elle est emmenée d’urgence à la clinique Saint François de Nice.
Le lendemain, un communiqué de la clinique annonce que Brigitte Bardot est hors de danger mais encore dans un état crépusculaire.
Elle reçoit des lettres d’encouragements : « La prochaine fois, ne vous ratez pas, ça fera une salope de moins sur la terre » Le premier télégramme « ami » qui cueille Brigitte à son réveil lui vient de Martine Carol, bouleversée du désarroi de Brigitte qu’elle aime et admire alors que la presse en fait sa mortelle ennemie.

Tout ce qui concerne Brigitte Bardot de près ou de loin est critiqué, dépecé : Sa coiffure, son maquillage, ses vêtements, ses cachets, ses amours.
Sa voiture est une simple Mini, on la critique, elle en change pour une Rolls blanche, on la recritique ! Brigitte Bardot dans une Rolls ! Pour qui se prend-elle ? Alors que Jeanne Moreau et Martine Carol ont la même et que tout le monde trouve ça normal !
Parfois elle trouve un soutien inattendu comme celui de Marlène Dietrich au cours d’une interview qu’elle accorde en 1962. La vétérane installée à Paris dit volontiers pis que pendre sur le « relâchement des mœurs » de ses contemporains.
Le journaliste espérant déclencher ses foudres prussiennes lui dit : « Vous vous rendez compte, chère Marlène ? On annonce le nouveau film de Brigitte Bardot. On ne sait encore rien du sujet mais on sait déjà qu’elle tournera nue ! » et Marlène, éructant : « Evidemment qu’elle tournera nue ! Avec ce que le percepteur nous laisse vous croyez qu’on peut encore s’offrir des fringues ? »
Brigitte Bardot a repris sa vie de folle. Des liaisons officielles, des amours clandestines, des films, où là aussi elle bouleverse les règles établies.
Son propre personnage revêt une telle importance que les films se doivent de « coller » à la réalité de Brigitte Bardot qui ne peut plus jouer que …Brigitte Bardot !

Dans « la vérité » de Clouzot encore, la scène où Sami Frey fait un scandale à Brigitte assise dans la voiture d’un autre au sortir d’une boîte de nuit est calquée sur la réalité, Jacques Charrier ayant fait un esclandre à Brigitte devant la « Rhumerie » alors qu’elle était dans la voiture de…Sami Frey !
Clouzot incorpore le fait divers à son scénario.
Dans « Vie Privée » de louis Malle, Brigitte joue carrément Brigitte. Une scène la montre étouffée par la foule lors d’un gala à un point tel qu’elle perd connaissance. Cela s’était déjà produit dans la réalité, et lors du tournage, les figurants mirent tant de zèle à essayer d’approcher la star que Brigitte s’évanouit réellement, à moitié broyée et asphyxiée par la foule !
Elle se découvre une nouvelle passion : la chanson. C’est elle qui souhaite la bonne année 1967 aux téléspectateurs de l’O.R.T.F. Au passage, Serge Gainsbourg lui écrira quelques succès planétaires. Harley Davidson reste le plus célèbre et le plus spectaculaire de ses succès, même si Brigitte a une trouille bleue de la vitesse et de la moto en particulier.
Vadim est resté un ami très proche. Il lui propose toujours les rôles de ses films, avant de les céder à ses épouses du moment si Brigitte refuse. C’est ainsi que Jane Fonda devient l’héroïne de « La Ronde » et de « Barbarella », et qu’il avait négocié les droits d’Angélique Marquise dans Anges pour Brigitte.

Brigitte est sur l’écran comme dans la vie, toute d’instinct. La première prise est en général la bonne, en avance sur son époque, elle est incomprise alors qu’elle relègue aux oubliettes les jeux compassés d’actrices réputées divines comme « La » Feuillère par exemple.
A l’époque, le style « comédie française » est encore de rigueur, pour un Bernard Blier, une Simone Signoret, on compte une pléiade d’acteurs grandiloquents. Brigitte, quoi que l’on en dise, ouvre enfin la voie à des actrices comme Isabelle Huppert ou Nathalie Baye : Le but du jeu : Etre naturelle, à l’écran comme dans la vie, Les critiques, l’académie, tout le monde s’insurge.
La nouvelle vague ne s’y trompe pas et lui ouvre grandes les portes d’un cinéma jeune et libéré, en effet, seules Bardot et Moreau trouvent grâce aux yeux de la nouvelle génération de cinéastes.
Le jeune François Truffaut va écrire un article dans les « Cahiers du Cinéma » pour défendre avec véhémence le jeu de Brigitte Bardot qui fera date dans l’histoire de la presse et du cinéma.
Pour lui, elle était, sans la moindre contestation possible la meilleure de toutes et seule Jeanne Moreau pouvait soutenir la comparaison.

On ignore également que Jacques Demy avait choisi Brigitte pour « Les Demoiselles de Rochefort » et « Peau d’Ane ». Tourner une comédie musicale était un de ses grands rêves mais les projets capotèrent, Audrey Hepburn refusant net d’incarner la sœur de Brigitte Bardot et celle-ci n’ayant plus envie de tourner lorsque « Peau d’âne » lui fut proposé.
Après avoir été le numéro un mondial des années 50 elle sera celui des années 60 puis des années 70. Elle caracole encore en tête des sondages des actrices les plus populaires de l’écran des années après avoir cessé de tourner.
Sa route croise celle du milliardaire Allemand Gunther Sachs Von Opel, il s’est mis en tête de devenir le troisième monsieur Bardot dès leur première rencontre, sans doute plus pour le défi qu’autre chose croit-on alors. Brigitte n’est-elle pas le personnage le plus célèbre de la planète et la plus belle femme du monde tout à la fois ?
C’est l’été 1966, Brigitte est alors « fiancée » à Bob Zaguri, mais lorsque l’heure est venue de gagner Saint Tropez pour les vacances, Bob reste bloqué à Paris pour affaires. Brigitte part seule.
Arrivée à Saint Tropez, Brigitte retrouve ses copains qui hantent déjà la madrague où on entre et sort comme d’un moulin lorsque l’on a la confiance de l’actrice.
Elle décide avec trois d’entre eux d’aller manger à Gassin, au restaurant de son amie Picolette. Brigitte remarque Gunther Sachs assis, seul, à une table voisine. Elle connaît le richissime play-boy de réputation et sait qu’il habite Saint Tropez comme elle, mais ils ne se sont encore jamais rencontrés.
A la fin du repas ils sont déjà très proches, Gunther n’est pas impressionné par la gloire de BB, il vient d’ailleurs de rompre avec l’ex impératrice Soraya, époustouflant sosie d’Ava Gardner.
Après le restaurant, ils décident de prendre un dernier verre au « Papagayo » sur le port.
Chacun est venu avec sa Rolls, ils quittent le restaurant en roulant côte à côte.
Le conte de fée commence.

Brigitte ne voulait pas rentrer à la madrague parce qu’il y avait « trop de monde chez elle ». Le futur couple descend alors à « L’Hôtel de la Ponche » où la patronne Margot s’effraie de ce qu’elle va bien pouvoir dire aux journalistes, mais Brigitte lui répond un « Nous serons déjà partis » sans réplique. Brigitte prend la suite numéro 1, Gunther la 15. Elles deviendront les suites « Bardot » et « Sachs ». Le couple ne va plus se quitter, dès le lendemain ils ont rendez-vous chez Picolette ; Gunther offre trois bracelets à Brigitte, parce qu’elle symbolise alors Marianne dans toutes les mairies, ils sont bleu blanc et rouge.
Saphir, diamants et rubis.
A force de parachuter des tonnes de roses par-dessus de la Madrague, il arrive à ses fins et l’épouse lors d’un mariage éclair à Las Vegas. Les photos montrent le couple seul à Las Vegas, mais Brigitte commente : « Tu parles, il y avait tout un charter de copains qui suivaient Gunther partout ! Je suis partie en voyage de noces avec dix mecs » (Et dans un avion privé prêté par Edward Kennedy. La presse qui suivait alors Brigitte partout et tout le temps au centimètre près est très vite au courant des nouvelles amours de la star.
Brigitte fait alors une déclaration : « Hollywood m’appelle, je pars avec Gunther, nous avons loué un bungalow au Beverley Hills hôtel, mais ne le dites à personne, nous voudrions être un peu tranquilles ! »Toute la presse mondiale se rua au Beverley Hills hôtel qui n’avait plus vu pareille affluence médiatique depuis que Marilyn Monroe et Arthur Miller y occupaient le pavillon voisin d’Yves Montand et Simone Signoret. Ravi de son leurre, le couple décollait pour Las Vegas sous des noms d’emprunt dans le jet privé mis à leur disposition et qu’Edward Kennedy avait eu la délicatesse de faire orner d’un énorme bouquet de roses blanches.

Mais la plus grande star du monde, épouse du richissime et très titré Gunther reste Brigitte Bardot avant tout.
Dès le lendemain de ce mariage, elle se précipite chez son agent et amie Olga Horstig : Il y a des robinets en or et des maîtres d’hôtel en gants blancs chez son mari ! Ce n’est pas son truc ! Rien à faire, elle rentre chez elle et point barre. Olga se souviendra longtemps de l’anecdote suivante : Brigitte n’aime rien tant qu’une soirée passée à chantonner, gratter la guitare et boire un petit vin autour d’un feu de bois, mais ce rituel met son richissime époux Gunther en transes, il est terrorisé par les feux de bois. Perplexe, Brigitte questionne même un psychiatre, inquiète de savoir si cette phobie des flammes ne cache pas « un truc bizarre ». Réponse du psy : « Il a peut-être vu brûler trop de ses voitures Opel ? »
Cette année là, le couple est pris pour cible au carnaval de Cologne. Brigitte est représentée sur un char, embrassant un Gunther en forme de coq. Autour d’eux, une foule d’autres coqs, tous morts, et cette pancarte : « Brigitte continue le carnage ».
Gunther est stupéfié de la rapidité avec laquelle Brigitte Bardot renonce à rester sa richissime épouse, leur mariage n’aura duré que trois ans. D’autant qu’elle ne manifeste aucune exigence financière lors du divorce, son ex mari lui offrira en guise de cadeau d’adieux un somptueux pendentif de diamants, je ne souviens pas l’avoir vue un jour porter la chose !

Véritable icône mondiale, divinité vivante, elle continue sa vie tant professionnelle que personnelle aux yeux du monde entier, elle n’a pas le choix. Seule Elizabeth Taylor lui dame parfois le pion en première page, mais pour cela il faut qu’elle divorce, se remarie, soit mourante ou reçoive un Oscar, Brigitte, elle, n’a qu’à se lever le matin…Ou pas !
Loin des révolutions estudiantines, elle passe l’été 1968 à saint Tropez avec le Play boy italien Luigi Rizzi qui se vante beaucoup de sa bonne fortune dans la presse, il fait partie d’un groupe de play-boys réputés de la côte d’azur, spécialisés dans la conquête de femmes aussi riches que belles et célèbres, Pol Loup Sulitzer fait partie du lot et tente sa chance auprès de Natalie Wood puisque B.B. est déjà « en mains ».
Pieds nus et en mini robe, Brigitte est à nouveau la « jet setteuse » numéro un de la côte d’Azur et les tropéziens qui s’étaient jadis plaints de son tapage sont bien contents de la retrouver, car quand Brigitte n’est pas là, c’est mauvais pour les affaires. Le vent de liberté qui souffle sur la France souffle aussi sur la Madrague, il y a en permanence une dizaine d’invités qui entrent, sortent, dorment et mangent à toute heure du jour ou de la nuit, Brigitte trouve ça très bien et ne se fâche que si l’un de ses hôtes a le toupet d’ennuyer un de ses animaux. Des invités d’accord, mais priorité à ses chiens, ses chats, ses perroquets et ses ânes !

Brigitte, on le sait moins, est tout aussi sensible à la détresse humaine. En 1969, sur le tournage du film de Jean Aurel en Italie, « Les Femmes », elle remarque une toute jeune fille en complet désarroi parmi la figuration. Elle s’en inquiète et la prend sous son aile, toute étonnée d’apprendre qu’elle est la fille illégitime de son ancien partenaire Daniel Gélin : Maria Schneider.
Maria Schneider qui toute sa vie portera une véritable adoration à Brigitte, la seule à lui avoir tendu la main dans la détresse que fut sa vie. L’automne viendra, et « Gigi » alias monsieur Rizzo, passera à la trappe, abandonné par son « raton » alias Brigitte Bardot. La presse, très occupée avec la révolution estudiantine, n’en oublie pas pour autant son menu de prédilection : B.B.
Que la France entière soit paralysée par les grèves, qu’il n’y ait plus d’essence et que les rues de Paris disparaissent sous des tombereaux d’immondices n’est rien en comparaison de Brigitte Bardot ! La star a 34 ans et son nouvel amour 24 ! A côté de ça, qu’est-ce que ça peut bien faire si on arrache les pavés de toutes les rues de Paris ?
Lors de son voyage aux USA pour la sortie de « Viva Maria » l’année précédente, film dont elle partageait la vedette avec Jeanne Moreau, le déploiement de forces de polices pour contenir la foule est colossal, et ses conférences de presse sont gérées par l’ancien staff du président Kennedy. La presse demande à Jeanne Moreau si elle ne craint pas de jouer au côté de Brigitte Bardot qui est beaucoup plus belle qu’elle. C’est Brigitte qui répond à sa place :« Il faut bien que je sois un peu jolie, puisque Jeanne, elle, a du talent !

Louis Malle emmène les deux actrices au Mexique pour un tournage long et éprouvant, l’affaire est incroyablement médiatisée, on dirait que la terre tourne autour du film, portant le succès ne sera pas à la hauteur des ambitions de Louis Malle.
Et malgré l’affection que Brigitte Bardot porte au film, il faut bien reconnaître que ce n’est pas un chef d’œuvre. Aussitôt la presse mondiale déclare Brigitte Bardot « finie » !
Elle a 33 ans !
On considère que son prochain film « A Cœur Joie » sera le film de la dernière chance, elle a, paraît-il, une carapace de maquillage pour masquer ses rides et sa fatigue, son cou la « trahit » !
Et surtout, une certaine Raquel Welch vient de débarquer sur les écrans.
Ou plus exactement sur les couvertures des magazines. Car aucun des films de Raquel n’est encore sorti en France qu’elle est déjà l’actrice préférée des Français nous dit-on dans les milieux bien informés. Je me demande d’ailleurs comment, puisqu’elle n’a encore fait vendre aucun billet de cinéma !
« A Cœur Joie » aura beaucoup moins de succès encore que « Viva Maria » mais Brigitte est et restera la plus grande star du monde, peu importe les « nouvelles » que la presse lui imposera comme prétendues remplaçantes toutes les trois semaines. Annette Stroyberg, Mylène Demongeot, Senta Berger, Jane Fonda, Virna Lisi, Barbara Bouchet, Raquel Welch et même Sophie Daumier et Catherine Deneuve ont eu droit au titre de « menaces ».
Tout autour d’elle, tous les jours, tout le temps, le moindre arbre se couvre de paparazzi dans ses branches, Brigitte appelle ça des arbres à cons !

Les tournages de « Vie Privée » et « Le Mépris » en Italie sont de véritables enfers.
Pour le film de Godard, le cachet de Brigitte Bardot atteint des records : 250 millions de l’époque.
Et puisque Godard veut rajouter une scène supplémentaire avec Brigitte nue pour appâter le public, il lui en coûtera 10 millions de plus !
Elle rencontre un jeune comédien sur le tournage de « Don Juan », Laurent Vergès, il fait de leur aventure son fond de commerce, vend à la presse les photos qu’il a prises de Brigitte à la Madrague, nue bien entendu et se lamente d’avoir été quitté par la star sur un disque « C’est dommage » .
En 1973, affublée d’un costume ridicule au fin fond du Périgord, celle qui clame à chaque film qu’il sera son dernier se regarde dans un miroir et… « Y en a marre ! » Cette fois la décision est irrévocable.
Tous les cinéastes essaieront de la faire changer d’avis, en vain.
Sept ans après avoir annoncé cette décision, personne n’y croit encore. Sa rentrée est annoncée à grands fracas dans une comédie musicale à Broadway !

Brigitte est encore en 1980 au cœur d’un tempétueux débat qui se terminera devant les tribunaux entre Marlon Brando et Anthony Quinn. C’est la guerre entre les deux acteurs qui se battent pour incarner Picasso dans un film où jouerait Brigitte.
Mais la star restera inflexible.
Personne ne s’était dit que la retraitée de Saint Tropez refuserait un cachet d’un million de dollars pour ce film, soit le double d’Elizabeth Taylor à la même époque
Même Vadim qui a la réputation de « l’avoir faite » est envoyé sur les roses.
Le producteur Raoul Lévy se vantait lui aussi d’avoir fomenté « l’opération B.B. » et annonçait en 1961 à une presse impatiente sa nouvelle opération encore plus fracassante : l’opération « Danielle Gaubert ». Ça vous rappelle quelque chose ? On parla également beaucoup de « l’affaire du film de Jacky Dussart ». Jacky Dussart avait en 1970 réalisé un film destiné à la télévision sur le phénomène de société qu’était l’association BB-Saint Tropez.
Brigitte avait aimé l’idée, elle aimait beaucoup Jacky Dussart, elle participa au film sans compter, fit de la « mini-moto » servit de Cicérone au volant de sa minimoke et bien entendu ouvrit les portes de sa Madrague et prit moult bains de soleil, nue comme il se doit, oubliant dans le climat de confiance et d’amitié du tournage que les caméras tournaient.
Elle avait confiance en Jacky et savait que se serait simple et beau et il y avait belle lurette qu’à Saint Tropez la nudité était dans les mœurs.
A ma connaissance malheureusement, aucune chaîne ne prit le risque de diffuser l’œuvre bucolique, estivale et charmante.
Le petit bijou doit dormir dans un tiroir secret quelque part et qui sait si un jour…

Fatiguée de tout, la star met en vente sa chère Madrague, lassée du harcèlement ininterrompu des photographes autour de chez elle, elle en demande la colossale somme de trois millions de nouveaux francs (calcule qui pourra) et les candidats affluent pour acquérir la mythique maison sur la plage, puis, Brigitte se ravise et garde sa maison pour finalement en doter sa fondation 30 ans plus tard.
Elle vendra de nombreux biens et effets personnels pour doter sa fondation, y compris l’inestimable joyau de Gunther. Brigitte le met en vente, Gunther le rachète et le lui offre une seconde fois. Brigitte le refuse !
Restée très proche de son troisième ex mari comme elle l’était restée du premier, Brigitte sera littéralement dévastée lorsque le milliardaire allemand mettra fin à ses jours en 2011. Elle déclarera à la presse : « Malgré notre séparation, Gunther était resté très proche de moi, il voulait m’emmener en hélicoptère vers des cliniques privées pour me faire soigner. Il est le seul de tous les hommes que j’ai aimé à prendre soin de moi, il est le seul à avoir donné des centaines de milliers d’euros à ma fondation »
Depuis 1973, depuis son dernier film, l’eau a coulé sous les ponts, Brigitte a vieilli sans tenter de faire survivre son image ou sa beauté.

Les rides sont venues, celle qui fut probablement la plus belle femme du XXème siècle vit entre Barzoches et Saint Tropez, bien que le moindre de ses gestes ou la moindre de ses déclarations fasse de nouveau se dresser les boucliers.
Sa chère madrague compte aujourd’hui plusieurs centaines de tombes de chien et Brigitte a accepté que soient dispersées parmi elles les cendres d’une jeune fille, admiratrice de la star et grande amie des animaux et qui emportée par une leucémie foudroyante avait exprimé ce dernier souhait.
Pour ou contre Brigitte aujourd’hui ? Car la question n’est pas vaine. Que la star se soit éteinte le 28 décembre 2025,
Peu importe.

La Diva de Saint Tropez resta toujours fidèle à ses principes, ses convictions et ses règles de conduite et…Elle n’en changea pas.
Impolitiquement correcte elle était, mais impolitiquement correcte, elle a toujours été. Fidèle à ses convictions, entêtée comme un troupeau de bourricots si la cause qu’elle défend lui semble juste et même si elle était la seule à le penser elle ne dévia jamais.
Son combat pour l’interdiction de la chasse aux bébés phoques commencé sur la banquise en 1973 prit fin par la victoire de Brigitte et des associations pour la protection animale en…2012.
Grâce vous soit rendue, madame.
A 85 ans, Brigitte est sollicitée par VOGUE pour une longue interview. Le prestigieux magazine se range désormais dans la mouvance bio-nature et titre : « Sans nature, pas de futur ». A cette occasion Brigitte déclare : « J’ai 85 ans ? Vous faites bien de me le rappeler, je vis comme si j’en avais 40, je conduis ma voiture, je bouge tout le temps, je travaille tous les jours, dimanche, noël, anniversaire peu importe. Je vis très entourée : 12 chiens, 20 chats, mes chevaux, mes Poneyttes, mes ânes, mes chèvres, mes cochons, mes oies, mes poules, mes canards, une tortue et un perroquet ! Tous en liberté, bien sûr ! »
Brigitte Bardot avait la grâce de la danseuse et les manières de son milieu mais un franc parler qui n’appartenait qu’à elle. Elle a 91 ans lorsqu’elle décède sans apaiser pour autant la polémique de tempêtes qu’elle déclenchait à chaque battement de cœur depuis 70 ans.
Peu avant sa mort Brigitte avait d'une certaine manière renoué ave cle cinéma en accordants a confiance au réalisateur belge Alain BErliner pour un film documentaire "Bardot" qui sera présenté à Cannes. "Elle était incroyable! A son âge ce n'ets pas qu'ele avait un pied dans l'avenir, c'était toute une jambe".
Celine Colassin

QUE VOIR ?
1952 : Le Trou Normand : Pauvre Brigitte, la voilà en Javotte, fille de la charcutière Jane Marken, cousine de Bourvil et séduite par Roger Pierre !
1953 : Le Portrait de son Père : Une comédie familiale gentillette qui se laisse voir avec Jean Richard en père de Brigitte.
1953 : Manina la fille sans voiles. Brigitte alanguie sur les rochers en noir et blanc se lance dans le bel canto, c’est d’une crédibilité folle !)
1953 : Act of Love : Débuts américains pour Brigitte dirigée par Litvak
1954 : Le Fils de Caroline Chérie : Une abomination sans bornes avec Magali Noël qui fait de son mieux pour se tirer de ce guêpier !
1954 : Tradita (Haine Amour et Trahison) : Intrigue d’espionnage un peu simplette sur fond de guerre 14-18.
1955 : Futures Vedettes : Brigitte Bardot a tourné 7 films depuis « Manina » mais ils sont rarement intéressants et elle y est peu présente, mieux vaut s’attarder à ces « futures vedettes » pour apprécier les entrechats de Brigitte qui partage l’affiche avec Isabelle Pia et…Jean Marais !
1955 : Toubib en Mer : Brigitte est recrutée par le cinéma Anglais et donne la réplique à Dirk Bogarde
1955 : Les Grandes Manœuvres : Un fort joli film de René Clair avec Michèle Morgan et Gérard Philipe en tête d’affiche, Brigitte en grisette 1900 doit cependant laisser Gérard Philipe à Michèle Morgan et être amoureuse d’Yves Robert !
1955 : Cette Sacrée Gamine : Le premier rôle titre de Brigitte après Manina, elle est très à l’aise dans ce film un peu nunuche mais entièrement consacré à la mettre en valeur, un must pour les fans de B.B.
1955 :La Lumière d’en Face : Je suis stupéfiée que ce film n’ait pas fait de Brigitte la star mondiale numéro un. Sans doute parce que le couple qu’elle forme avec Raymond Pellegrin n’est pas très crédible.
1956 : Hélène de Troie : Ce péplum est une coproduction américaine tournée en Italie et en Anglais ! Le rôle d’Hélène était prévu de longue date pour Marilyn Monroe. Finalement, le rôle échoit à Rossana Podesta qui n’est plus débutante mais toujours inconnue et ne parle pas un mot d’anglais
1956 : Les Week-ends de Néron : Gloria Swanson est à l’affiche et trimballe des serpents dans son sac à main. Sa rencontre avec Brigitte Bardot est un véritable télescopage historique.
1956 : En effeuillant la Marguerite : Brigitte en sœur de Darry Cowl doit faire un strip tease pour récupérer ses bêtises et se fait remplacer au pied levé par Nadine Tallier plus connue aujourd’hui sous le nom de Nadine De Rothschild !
Le tournage se déroule aux studios Photosonor. Ils sont tristes, les loges sont grises humides et sans fenêtre. Alors Brigitte gare sa petite Simca décapotable au milieu de la cour et s’en sert comme loge. Elle s’y coiffe, s’y maquille et attend qu’on l’appelle en écoutant de la musique à l’air libre.
1956 : Et Dieu créa la Femme : Film mythique dont tout est dit 1000 fois et 999 fois à tort.
1956 : La Mariée est trop Belle : Pierre Gaspard Huit aux commandes, un scénario d’Odette Joyeux.
1957 : Une Parisienne : Brigitte vue par Michel Boisrond qui est sans doute le metteur en scène à avoir le mieux compris et dirigé Brigitte Bardot. Balmain est aux commandes de la garde-robe de Brigitte !
1958 : les Bijoutiers du Clair de Lune : Le monde entier a considéré ce film comme un échec total, à commencer par Stephen Boyd, le partenaire de Brigitte qui la détestait. Un raz de marée va dévaster complètement la côte Espagnole lors du tournage et rayer les décors du film de la carte. La place nette laissée par la catastrophe permettra une reconstruction plus moderne de Torremolinos.
1958 : En cas de Malheur : B.B. confrontée à Gabin dans ce polar d’après Simenon avec aussi Edwige Feuillère et la malheureuse Nicole Berger, jeune actrice prometteuse disparue dans un accident de voiture. Un film magnifique, des acteurs grandioses et sans doute une des meilleures adaptations de Simenon au cinéma.
1958 : La Femme et le Pantin : Brigitte succède à Marlène Dietrich ! (Et flanque une trempe à Dario Moreno !)
1959 : Babette s’en va en guerre : Un nouveau public découvre Brigitte Bardot : celui des enfants. Brigitte était ravie de signer enfin pour un film qui devait s’adresser à un jeune public. Lorsqu’elle lut le scénario, elle entra dans une rage démentielle. On faisait d’elle une Mata-Hari de la place Pigalle aussi vulgaire que bête. Elle rendit le scénario au producteur avec toutes les pages rageusement barrées de rouge avec à la fin ce texte gracieux : « Jamais je ne tournerai une merde pareille ! Plutôt crever ! » L’affaire fut remanièe, Michel Audiard s’y colla, Brigitte se calma et réécrivit ses propres répliques à la stupéfaction d’Audiard.
1959 : Voulez-vous Danser avec Moi ?: Excellent policier humoristique. B.B. dans son look mythique pour un film maudit : L’actrice Sylvia Lopez, atteinte de leucémie mourut après quelques jours de tournage, Dawn Addams la remplace avec une perruque de la foire du trône, Henri Vidal décède à son tour quelques jours après le bouclage.
1960 : La Vérité : Le meilleur film de Brigitte et peut-être le meilleur de Clouzot, un scénario d’enfer, une distribution magistrale. Brigitte s’était liée d’une solide amitié pour Véra Clouzot qui avait coécrit le scénario et Vera l’avait beaucoup épaulée lors du tournage. Quelques semaines plus tard, au Georges V, Véra succombait à une crise cardiaque dans sa salle de bains. Brigitte, effondrée de chagrin vint aux obsèques de son amie avec Sami Frey.
1961 : la bride sur le cou : Brigitte tombe dans le piège de la « Bardomania » : un film avec elle, bon ou mauvais ne peut faire qu’un triomphe financier, l’histoire prouva que non ! Mireille Darc débutante est assez rigolote.
1961 : Les Amours Célèbres : film à sketches prestigieux, où le moins bon est malheureusement celui de Brigitte, pourtant filmée à nouveau par Michel Boisrond avec Alain Delon, Jean-Claude Brialy, Pierre Brasseur et Suzanne Flon. La réunion des deux monstres sacrés du cinéma Français Alain Delon-Brigitte Bardot ne donne rien à l’écran. Quelques jours avant le tournage, Delon se désista, Brigitte Bardot se retrouvait sans partenaire. Seul un inconnu, Pierre Massini, pouvait correspondre au rôle et était libre. Mais la plus grande star du monde partenaire d’un inconnu ? « Pourquoi pas ? » Fut la réponse de Brigitte. « Si ce garçon est bien pour le rôle qu’on le lui donne ! » Les choses en étaient là et Pierre Massini tout à sa joie lorsque Delon revint sur sa décision. Brigitte Bardot conclut : « Bon ! Mais il faut donner un rôle à l’autre garçon dans le film, nous ne devons pas le décevoir ! » Ce qui fut fait.
1962 : Vie Privée : Mis en scène par Louis Malle avec Marcello Mastroianni, Brigitte Bardot interprète Jill, un personnage qui s’inspire directement de sa propre vie. Durant le tournage à Spoleto, la réalité rejoint à nouveau la fiction : photographes, curieux et journalistes collent littéralement aux semelles de Brigitte. D’abord coopérative et souriante, elle pose sans relâche, mais dès qu’elle demande un peu de paix, l’ambiance tourne à l’aigre. Brigitte fait tomber l’appareil d’un photographe qui se met à hurler. Il lui tire sur les tresses mais elles sont postiches et lui restent dans la main. On en est presque à la bagarre générale lorsque Brigitte retourne brillamment la situation devenue inextricable en mettant les rieurs de son côté. Lorsqu’un homme hurle « Je vais porter plainte ! » Brigitte répond du tac au tac : « Et contre qui ? » Malle introduit la séquence au scénario.
1962 : Le Repos du Guerrier : Avant la sortie du film, tout le monde savait que Brigitte Bardot y passait l’aspirateur en étant complètement nue, les files devant les cinémas étaient incroyables. Robert Hossein est insupportable, Michel Serrault en petit notaire de province est parfait et Brigitte Bardot semble s’ennuyer ferme.
1963 : Le Mépris : Le Mépris de, par et selon Jean-Luc Goddard. On est souvent surpris des budgets pharaoniques octroyés par la Paramount à Jean-Luc Godard peu réputé pour remplir les caisses. Mais ce que l’on ignore lorsque l’on s’interroge sur ce plantureux budget, c’est que le film devait initialement se faire avec Frank Sinatra ! Ceci expliquant, aussi, cela.
1963: Une Ravissante Idiote : avec Anthony Perkins. le rire de Brigitte est « doublé » par des bruits de casseroles pour bien faire comprendre que Brigitte est idiote. Quant à la ville de Londres, la présence de la star provoqua de telles émeutes que ceux qui les vécurent ou les subirent s’en souviennent encore et qu’elles restent marquées dans les anales de la capitale parmi les grands évènements des années.
1965 : Viva Maria : de Louis Malle avec Jeanne Moreau et Georges Hamilton.
1966 : Masculin-Féminin : Jean-Luc Goddard sollicite Brigitte Bardot pour une courte séquence dans son film, histoire probablement de remplir les caisses et démentir les rumeurs de mésentente.
1967 : A Cœur Joie : Un très joli film de Serge Bourguignon tourné dans le « London des swinging sixties » avec Laurent Terzieff, James Robertson Justice et Jean Rochefort. Celui-ci était particulièrement fier d’avoir été choisi pour être le mari de Brigitte dans le film. Mais dès le premier jour de tournage à Orly, alors qu’il embrasse Brigitte, un badaud s’écrie : « Ils savaient pas trouver un type encore plus moche pour jouer avec Brigitte ? » ce qui a douché l’orgueil de l’acteur pour longtemps.
1968 : Histoires Extraordinaires : Un film à sketches d’après l’œuvre de Poe où Brigitte, flanquée d’une perruque brune fume le cigare, joue aux cartes et se fait cravacher sévère par Alain Delon.
1968 : Shalako : Brigitte passe de Delon à Sean Connery pour le plus mauvais film de sa carrière qui ne comporte déjà pas que des merveilles.
1969 : Les Femmes : avec Maurice Ronet, Jean-Pierre Marielle et Annie Duperey, ce n’est pas un chef d’œuvre, mais c’est sympa-kitsch et Bardot est vraiment très drôle.
1970 : L’ours et la poupée : Avec Jean-Pierre Cassel et Daniel Ceccaldi, une comédie à l’américaine bien vieillie même si je sais que Brigitte Bardot aimait beaucoup ce film.
1970 : Les Novices : Brigitte Bardot et Annie Girardot dans un scénario bien ficelé et malgré cela, le film rate sa cible.
1971 : Boulevard du Rhum : Brigitte somptueuse en star du muet et Lino Ventura en amoureux fou.
1972 : Les pétroleuses : Brigitte n’est pas très bien servie dans ce néo western bébête.
L’auteur du scénario qui avait emballé BB et CC dès la première lecture avait exigé de mettre lui-même son film en scène, sinon il gardait son « œuvre ». Le tournage débuta sous sa direction et ce fut de l’aveu même de Brigitte « tout et n’importe quoi ». Les deux actrices se mirent « en grève » n’ayant pas « signé pour faire un film de quatrième zone ». C’est ainsi que Christian Jacque fut appelé à la rescousse et tenta un laborieux sauvetage. La bagarre Bardot-Cardinale reste néanmoins un morceau d’anthologie !
1972 : Don Juan 73 : Sous la houlette de Vadim, Don Juan devient une femme et pousse ces messieurs à leur perte ! Maurice Ronet, Robert Hossein, Mathieu Carrière, Robert Walker Jr. sont ses victimes. Jane Birkin est particulièrement en beauté dans le film.
1973 : l’Histoire très bonne et très joyeuse de Colinot Trousse Chemises : Nina Campanez dirige Brigitte Bardot dans son dernier film qui n’est ni très bon ni très joyeux !
LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS
(Avec Brigitte Bardot)
Rocco et ses frères : C’est Brigitte Bardot qui était pressentie pour le rôle qu’Annie Girardot marquera de son empreinte.
Le Grand Dadais : En 1960, le tournage de « La Vérité » prend un tel retard que Brigitte ne peut honorer son contrat suivant. « Le Grand Dadais » que devait diriger Norbert Carbonneau mettra sept ans avant d’être finalement réalisé par Pierre Granier Deferre avec Danièle Gaubert dans le rôle initialement prévu pour Brigitte.
Cherchez l’Idole : Brigitte décline, C’est la toujours serviable Mylène Demongeot qui s’y colle.
Une Femme est une femme : Godard annonce son film avec Bardot. Belmondo et Brialy s’empressent de signer leur contrat. Godard fait alors tourner Anna Karina.
Les Demoiselles de Rochefort : Demy n’avait pas pensé aux sœurs Dorléac pour sa comédie musicale mais à Brigitte et Audrey Hepburn. C’est Audrey qui refusera le film comme elle refusera tous ceux qu’on lui proposera durant 9 ans.
Le Vice et la Vertu : Vadim préparait son film en grand stratège de la publicité et réservait le rôle du vice à Brigitte et celui de la vertu à Annette Stroyberg. Elles refusèrent toutes les deux et les rôles iront respectivement à Annie Girardot et Catherine Deneuve.
Peau d’âne : Demy toujours, fan inconditionnel de Brigitte la voulait en peau d’âne, mais cette fois c’est la comédienne qui refuse, déjà passablement lassée du cinéma en 1970.
Mayerling : Brigitte en fille d’Ava Gardner, cela aurait valu le détour. C’est Catherine Deneuve encore qui hérite du rôle
Angélique : Dès la naissance du projet, les « Angélique » étaient taillés sur mesure pour Brigitte Bardot, elle refusa sur un coup de tête et s’en mordit les doigts quelques années plus tard en dévorant littéralement les romans durant le tournage de « Viva Maria » au Mexique. Entretemps, Michèle Mercier avait fait ses choux gras du personnage.
Galia : Encore un projet refusé par Brigitte, C’est Mireille Darc qui incarnera le personnage et deviendra l’étandard de la nouvelle liberté féminine des années 70 grâce au film. Les femmes subitement voulurent toutes devenir « Galia »
Mistinguett : Brigitte déclina l’offre de Maurice Chevalier pourtant prêt à assurer la production du film si elle acceptait d’incarner la « Miss ».
La vie de Gaby Delys : Bien qu’elle ait annoncé son intention d’abandonner le cinéma après « Le Repos du Guerrier » en 1962, ce film est annoncé avec Georges Chakiris dans le rôle d’Harry Pilcer.
Apprenez-moi l’amour : Il n’y a pas que Maurice Chevalier qui rêve de Brigitte. En 1964 Charles Aznavour lui soumet un scénario qu’il a lui-même écrit à son intention.
Castle Keep : Dès que l’accord de Brigitte pour Shalako fut confirmé, Hollywood crut enfin son heure venue et dans le tumulte du festival de Venise 1967, le producteur du film jura ses grands dieux que Brigitte enchaînerait avec ce film de guerre où Sydney Pollack la dirigerait face à Burt Lancaster.
La sirène du Mississippi : Il n’y a pas que Jacques Demy qui rêvait de Bardot. Truffaut en était fou. Pourtant il tenait absolument à Catherine Deneuve au point de refuser une proposition faramineuse de la Columbia pour faire le film avec Brigitte.
Pauline à la Plage : Encore un refus de B.B. qui condamne le scénario à vingt ans de réclusion dans des armoires avant que la route d’Eric Rohmer ne croise enfin celle de sa Pauline réincarnée en la personne d’Arielle Dombasle.
La Main Chaude : Brigitte avait donné son accord pour être la star du premier film de Gérard Oury. Enceinte de Nicolas, elle doit renoncer au rôle.
Cléopâtre : Aussi incongru que cela puisse paraître, après Susan Hayward, Gina Lollobrigida, Sophia Loren et Jennifer Jones, c’est à Brigitte Bardot que l’on songe à la Century Fox pour incarner la reine d’Egypte
Piège pour Cendrillon : Cayatte voulait BB pour son adaptation du roman éponyme de Sébastien Japrisot. Après le refus Bardotesque, il proposa le rôle à Jane Fonda et c’est finalement Dany Carrel qui en hérita !
L’affaire Thomas Crown : Un projet mis en chantier 100% pour Brigitte Bardot. Et un refus tout net de l’actrice.
Une Tragédie : En 1971, Vadim annonce ce film en préparation pour Brigitte, il s’isole même sur un yacht en haute mer pour ne pas être troublé durant son écriture, on n’eut ensuite plus jamais de nouvelles du projet.
A La Recherche du Temps Perdu : Alors que Vadim navigue avec son scénario, Luchino Visconti annonce cette adaptation de l’œuvre de Proust où il compte réunir Brigitte, Alain Delon, Annie Girardot et Edwige Feuillère, Marie Bell et Simone Signoret.
« Cette jeune personne a une dignité de bon aloi »
Charles de Gaule
« Brigitte Bardot est une enfant, donnez-lui un jouet et elle est heureuse pour la journée »
Georges Hamilton


