JANE DARWELL
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Jane Darwell naît le 15 octobre 1879 à Palmyra, dans le Missouri. Elle s’appelle alors Patti Woodard. Sa mère est actrice de théâtre, ce qui, à l’époque, vous classe immédiatement dans une catégorie à part : ni tout à fait respectable, ni tout à fait infréquentable.
Elle grandit dans les coulisses, entre les loges, les tournées, les trains, les hôtels de passage. Elle voit très tôt les femmes devenir d’autres femmes chaque soir, puis redevenir elles-mêmes dans le silence d’après. Elle comprend que ce métier n’offre aucune stabilité… mais qu’il offre une forme de vérité.
Elle fait pourtant des études, devient même institutrice un temps. Une tentative de vie normale. Qui ne tient pas. Elle revient au théâtre comme on revient à une évidence.
Quand Hollywood s’ouvre à elle, elle n’est plus jeune. Et c’est capital. Elle arrive sans illusions, sans beauté spectaculaire, sans ce mystère fabriqué que les studios adorent. Elle comprend immédiatement qu’elle ne sera jamais une ingénue, jamais une héroïne romantique. Là où d’autres s’accrochent, elle bifurque. Très tôt, elle accepte de vieillir à l’écran. Mieux : elle en fait sa place.

Elle devient la mère. Pas une mère. La mère de tout le monde.
Jane Darwell ne se mariera jamais.
À Hollywood, pour une femme, c’est presque une anomalie. Elle adopte un enfant, seule, un garçon, qu’elle élève en parallèle de sa carrière. Sans mise en scène. Sans discours. Une vie tenue, simplement. Ce choix, discret en apparence, est en réalité d’une grande modernité.
Elle tourne énormément. Des centaines de films. Souvent des rôles secondaires, parfois minuscules. Des femmes du peuple, des voisines, des silhouettes familières. On ne va pas voir un film pour Jane Darwell. Et pourtant, on la reconnaît toujours. Parce qu’elle ne compose pas.
Elle est.

Et puis arrive 1940. “The Grapes of Wrath”. Elle incarne Ma Joad. Et là, il ne s’agit plus de jouer.
Henry Fonda dira plus tard qu’elle ne jouait pas. Qu’elle était réellement cette mère. Entre les prises, elle restait attentive, présente, presque protectrice. Pas une méthode. Une nature.
Ma Joad ne pleure pas. Elle tient. Et c’est précisément pour cela qu’elle bouleverse.
Jane Darwell reçoit l’Oscar.
Mais ce n’est pas une ascension. C’est une reconnaissance tardive de ce qu’elle a toujours été.
Sur les plateaux, elle a une réputation qui traverse les années : une gentillesse absolue. Elle parle à tout le monde. Techniciens, figurants, habilleuses. Sans distance, sans hiérarchie. Elle ne joue pas les mères uniquement à l’écran. Elle l’est aussi dans la vie.
Et puis, comme souvent avec ces carrières-là, le temps passe sans faire de bruit.
Elle continue à travailler. À apparaître. À exister dans les films sans jamais les envahir. Elle ne prend pas la place. Elle la remplit.
Mais la fin est plus rude.

Comme beaucoup d’acteurs de sa génération, elle n’a pas construit de sécurité financière. Elle vieillit, travaille moins, s’efface. Et c’est John Ford qui veille sur elle. Celui-là même qui l’avait dirigée dans Les Raisins de la colère. Il l’aide. Il s’assure qu’elle ne sombre pas dans l’oubli complet. Et surtout, il lui offre un dernier rôle.
En 1964, elle apparaît dans Mary Poppins. Une vieille femme aux oiseaux. Quelques instants. Presque rien.
Et pourtant, tout est là. La douceur. La fatigue. La bonté.
La fin.

Jane Darwell meurt le 13 mars 1967 à Woodland Hills, en Californie. Elle avait 87 ans.
On raconte qu’à la fin, diminuée, en fauteuil roulant, elle conservait ce même sourire tranquille. Comme si elle n’avait jamais quitté ce qu’elle avait toujours été.
Jane Darwell n’a jamais été une star. Elle n’en avait ni le besoin, ni les armes.
Elle a été une présence.
Une femme qui ne jouait pas la vie, mais qui la laissait passer à travers elle. C’est beaucoup plus rare.
Celine Colassin

QUE VOIR?
1913: The Capture of Aguinaldo : Court métrage avec Francis Ford
1914 : The man in the Box: Avec Max Figman
1914: Rose of the Rancho: Avec Bessie Barriscale
1931: Huckleberry Finn : Avec Jackie Coogan et Mitzi Green
1932: Young America: Avec Doris Kenyon et Spencer Tracy
1933: Murder in the Zoo: Avec Gail Patrick et Charles Ruggles
1933: Jennie Gerhardt. Avec Sylvia Sydney et Mary Astor
1933: Only Yesterday: Avec Margaret Sullavan et John Boles
1933 : Ann Vickers : Avec Irène Dunne et Walter Huston
1934: Scarlett Impress: Avec Marlène Dietrich et John Boles
1934 : One to Every Woman : Avec Fay Wray
1934 : Embarrassing Moments : Avec Marian Nixon et Chester Morris
1934 : Fashions of 1934 : Avec Bette Davis et William Powell
1934 : The Firebird : Avec Verree Teasdale et Ricardo Cortez
1934: Journal of a Crime: Avec Ruth Chatterton et Adolphe Menjou
1934: Wonder Bar: Avec Kay Francis et Dolorès del Rio
1935: We’re only Human: Avec Jane Wyatt et Preston Foster
1935: Bright Eyes: Avec Shirley Temple
1935: Curly Top: Avec Shirley Temple et Rochelle Hudson
1936: Laughing at Trouble : Avec Brook Byron
1936: Star for a Night: Avec Claire Trevor et Arline Judge
1936: Craig’s Wife: Avec Rosalind Russell, Billie Burke et John Boles
1938: Three Blind Mice: Avec Loretta Young, Joel McCrea et David Niven
1939: Gone with the Wind: Avec Vivien Leigh et Clark Gable
1939: Jesse James: Avec Tyrone Power et Henri Fonda
1940: The Grape of Warth : Avec Henri Fonda
1940: Untamed: Avec Patricia Morison et Ray Milland
1940 : Brigham Young: Avec Linda Darnell et Tyrone Power
1942: All Through the Night : Avec Karen Verne et Humphrey Bogart
1942: The Loves of Edgar Allan Poe: Avec Linda Darnell et Shepperd Strudwick
1943: Government Girl : Avec Olivia de Havilland et Anne Shirley
1943: Tender Comrade: Avec Ginger Rogers et Ruth Hussey
1946 : The Dark Horse : Avec Ann Savage et Phillip Terry
1946 : My Darling Clementine : Avec Linda Darnell et Henri Fonda
1946: Three Wise Fools : Avec Margaret O’Brian
1947: Keeper of the Bees : Avec Gloria Henry et Michael Duane
1947: The Red Stallion: Avec Robert Paige
1950: Father's Wild Game : Avec Raymond Walburn
1950: Wagon Master: Avec Joanne Dru et Ben Johnson
1950 : Caged : Avec Eleanor Parker et Agnès Moorhead
1952: We’re not Married: Avec Marilyn Monroe et David Wayne
1955: Hit the Deck : Avec : Jane Powell et Debbie Reynolds
1956: There’s Always Tomorrow: Avec Barbara Stanwyck et Joan Bennett
1956: Girls in Prison: Avec Joan Taylor et Adèle Jergens
1958: The Last Hurrah : Avec Spencer Tracy et Dianne Foster
1959 : Hound-Dog Man : Avec Carol Lynley et Fabian
1964 : Mary Poppins : Avec Julie Andrews


