CYD CHARISSE
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Cyd Charisse voit le jour le 8 Mars 1922 à Amarillo au Texas.
Elle est Tula Ellice Finklea pour l’état civil
Son père Ernest est bijoutier, sa mère Lela se contentera de s’occuper de ses enfants. Ce qui n’est pas une tâche aussi aisée qu’il n’y paraît.
La petite fille est frappée du mal qui ravage toute une génération d’enfants : la poliomyélite.
Ce virus que contractent les enfants atteint la moelle épinière qu’il enflamme plus ou moins gravement et peut provoquer des paralysies voire des déformations des membres. Elle peut aussi provoquer des dysfonctionnements respiratoires graves.
Le fils d’Anna Magnani en était frappé, et beaucoup plus gravement que la future danseuse étoile Cyd Charisse.
La petite fille a six ans lorsque l’on considère que le virus est enfin éradiqué. On peut imaginer le calvaire que fut cette maladie pour l’enfant mais aussi pour sa mère qui avait donné le jour à un petit garçon après Cyd, or cette maladie virale est terriblement contagieuse. Il fallait donc soigner Cyd et protéger son petit frère du risque que représentait pour lui sa grande sœur adorée.
Fragilisée par la maladie et comme toujours dans ces cas d’enfants ayant souffert de poliomyélite, on conseilla la danse à la petite fille afin de fortifier une musculature déficiente. On conseillait le sport aux petits garçons dans le même cas. La petite Tula, surnommée Sid à cause de son petit frère incapable de prononcer « Sister » dansa donc, dès l’âge de six ans.

Pour cette petite texane, la danse ne fut pas seulement une véritable passion, elle fut aussi le symbole de sa victoire contre la maladie et l’adversité.
Pour elle la danse ne serait pas une discipline, elle serait la vie même.
A douze ans, Cyd se révèle aussi douée qu'acharnée.
Ce qui s’exprime également par un mépris souverain pour les bancs de l’école trop statiques à son goût.
La petite Sid est autorisée à suivre des cours de danse d’une qualité nettement supérieure à ce qui peut se trouver au Texas : Les cours de Bronislava Nijinska à Los Angeles, la sœur comme on l’aura compris de Vaslav Nijinski.
Madame Nijinska est restée longtemps après ses exploits de prima ballerina une des chorégraphes les plus admirées des ballets russes après avoir été celle du ballet impérial.
Et je tiens à souligner ici qu’elle chorégraphia bien avant monsieur Béjart le Boléro de Ravel ; d’ailleurs dansé par Carole Lombard et George Raft dans « Boléro ».

Nous sommes maintenant au milieu des années 30. Depuis le XIXème siècle, il y a une forte population russe sur la riviera française et l’Opéra de Monte Carlo reçoit chaque année les ballets russes pour de nouveaux triomphes saupoudrés de délicieux scandale.
Mais maintenant, Monte Carlo a ses propres ballets et ne reçoit plus que les grands danseurs étoile, mais les liens entre les ballets russes et Monte Carlo sont toujours très forts.
Madame Nijinska va faire auditionner la petite Tula du Texas pour les très prestigieux ballets monégasques, en ayant eu bien soin il va sans dire, de lui trouver un patronyme mieux adapté.
C’est donc une Felia Siderova de 14 ans qui passera brillamment les auditions.
Siderova ne plaisant que moyennement, elle deviendra Maria Istomina ! On ne peut plus texan !
Cyd avait également eu parmi ses professeurs de Los Angeles le très beau Nico Charisse dont elle avait été très amoureuse. Elle va le retrouver fortuitement lors d’une de ses tournées en Europe et cette fois, Sid n’a plus 14 ans.

Le couple se marie à Paris en 1939. Nico Charisse est alors un danseur célèbre. Le physique avantageux, un rien ténébreux à la Rudolph Valentino. Il fera de sa jeune épouse sa partenaire de prédilection bien qu’elle l’éclipse complètement et…est un peu plus grande que lui.
Nico Charisse a également une fille d’un premier mariage : Sheila Charisse, laquelle perdra la vie dans une catastrophe aérienne.
Bien que les Charisse aient un fils, le petit Nicky né en 1942 quand sa maman a 20 ans tout frais, ils divorceront en 1947.
Mais la guerre va éclater, le monde se bouleverse, de nationalité américaine, Sid a la chance de pouvoir regagner les USA avec son petit garçon pour se mettre à l’abri.
Elle pourrait alors retourner au Texas et attendre à la fois Nico et la fin des hostilités. Elle pourrait même qui sait trouver du travail ou enseigner la danse à son tour, mais Sid est littéralement mordue par son métier et elle a même fait une apparition dansante dans un film avec Nico.
Elle va pousser toutes les portes, passer toutes les auditions même si pour les engagements de danseuses on n’est pas fanatiques des mères de famille.
Et pour une fois, Sid va enfin avoir de la chance.
Car il faut bien admettre que jusqu’ici, tout ce qu’elle a obtenu, elle ne le doit qu’à son courage son travail et son obstination.

Frappée par la maladie dans son enfance, elle ne débute dans la danse qu’au prix de l’exil et lorsqu’enfin elle rencontre l’amour et que tous les espoirs lui sont permis, le monde entre en guerre et réduit son univers à néant.
Sid avait déjà été filmée avec les ballets de Monte Carlo mais n’avait aucune expérience dans le cinéma. David Lichine, autre danseur et chorégraphe russe de ses relations va lui trouver un petit travail à se mettre sous le talent : il s’agit de donner un numéro de flamenco dans un film dont la vedette est Betty Compson « Escort Girl ».
Rien de bien palpitant, ni pour le spectateur ni pour Sid, mais pour les uns comme pour l’autre, c’est toujours mieux que de rester à ne rien faire à la maison.
Son coup de chance viendra du fait que le chorégraphe Robert Alton a accepté de superviser le numéro espagnol. Alton dont le nom est bien oublié aujourd’hui a longtemps été le collaborateur attitre de Fred Astaire avant de faire les plus beaux jours des musicals MGM et accessoirement de découvrir un certain Gene Kelly.
Il va également remarquer cette danseuse magnifique aux longues jambes, au port de reine et au sourire fabuleux.

C’est lui qui la recommande à la MGM qui vient précisément de décider que sa voie était le musical en technicolor et truffé de stars de première grandeur.
La MGM l’engage comme danseuse, on la rebaptise Lili Norwood, on prend quelques photos et l’on s’obstine à lui trouver une ressemblance avec Yvonne de Carlo, plus tard on lui trouvera une ressemblance avec Esther Williams et on aura essayé de lui faire refaire le nez, ce qu’elle refusa et qui vexa beaucoup.
Elle va danser jusqu’à l’armistice puis obtenir enfin un rôle en 1946 entre Judy Garland et Angela Lansbury dans « The Harvey Girls ». Entretemps on s’était dit que « Lili Norwood » ce n’était vraiment pas possible et comme tout le monde l’appelait déjà Sid Charisse elle devint Cyd Charisse, c’est l’orthographe qui fait tout.
A tout prendre, la MGM a tout lieu d’être satisfaite du contrat de Cyd Charisse.
La ponctualité est sa vertu première, elle ignore même que la notion de retard existe, elle accepte toutes les fantaisies du studio même s’il faut faire des pointes et des pirouettes dans du bain moussant, elle ne mégotte pas sur son salaire, ne rechigne pas sur la couleur de ses robes ou l’haleine de ses partenaires.

Et le soir venu elle rentre directement à la maison retrouver son mari et son fils sans faire la tournée des bars et des tripots.
Cyd Charisse est la plus sagement bourgeoise des actrices sous contrat à Hollywood.
Elle-même se considère plutôt comme une ouvrière dans l’industrie du film à ceci près qu’on la recouvre régulièrement de paillettes roses.
Jusqu’à la fin de la décennie on va la coiffer comme Yvonne de Carlo et l’employer comme faire valoir dansant dans des productions en technicolor.
Le studio a engagé Esther Williams qui ne tourne que des films où elle nage, Cyd ne fait que danser dans des seconds rôles souvent teintés d’exotisme espagnol.
Elle va même se retrouver fourguée dans un film d’Esther : « On a Island with You ».
Le seul évènement « crucial » est la rencontre du crooner Tony Martin, lui aussi sous contrat chez MGM.

Cyd divorce de Nico Charisse en 1947, elle épouse Tony Martin, Alvin Morris pour l’état civil, acteur-crooneur de 9 ans son aîné et accessoirement ex mari d’Alice Faye et « fiancé » en date de la belle Marguerite Chapman.
Nous sommes en 1948 et ces deux-là resteront unis et partenaires pour la vie.
Cyd Charisse tourne pour la MGM depuis plus de dix ans lorsqu’elle trouvera enfin sa chance au cinéma. Jusque là elle n’avait trouvé qu’un emploi.
Elle avait d’ailleurs eu le temps de mettre au monde son second fils, Tony Martin jr né le 28 Août 1950.
Le studio s’apprête à mettre en chantier « Chantons sous la Pluie », Stanley Donen dirigera le film, véritable véhicule pour Gene Kelly, Donald O’connor sera son pendant comique, Jean Hagen jouera Lina Lamont, la star du muet à voix de perruche et la jeune première sera Debbie Reynolds créature que le studio a littéralement fabriquée avant de s’en enticher complètement.

Le casting est donc bouclé, mais oh, épouvante, horreur et stupéfaction : Debbie Reynolds chante comme une armada de rossignols mais danse comme une lessiveuse en panne.
Gene Kelly se charge de la prendre en mains et la soumet à un écolage intensif, se faisant fort d’en faire sa digne partenaire.
Mais à l’impossible nul n’étant tenu, la date fatidique du tournage approchait, Debbie pourrait faire illusion, mais tout aussi charmante soit-elle, elle ne serait jamais la Pavlova.
On eut alors l’idée de bidouiller le scénario pour y ajouter une séquence onirique où Gene pourrait danser avec une créature imaginaire, rôle pour lequel on pourrait alors choisir une danseuse de première force qui permettrait à Kelly d’afficher tout son art au lieu de seulement besogner avec Debbie.
On lui proposa miss Charisse, cette danseuse des ballets russes que le studio payait depuis un lustre pour ne pas faire grand-chose et Kelly refusa tout net !

Il avait déjà refusé d’en entendre parler un an plus tôt lors de la préparation d’un « Américain à Paris », préférant faire venir de France Leslie Caron, parfaitement inconnue à Hollywood et inexpérimentée dans le cinéma.
Sans doute l’idée de se compromette avec une danseuse qui besognait depuis dix ans sans succès dans le même studio n’était-il pas assez valorisant à ses yeux, je l’ignore.
Ou alors avait-elle trop dansé avec Ricardo Montalban ?
Je présume que pour lui une danseuse de 30 ans qui n’avait pas encore connu la gloire ne la connaîtrait jamais. Tout simplement.
Certes elle venait d’aligner deux rôles secondaires dans des films un peu plus important et elle avait donné la réplique à James Mason et Barbara Stanwyck, mais la MGM l’avait prêtée à d’autres studios.
Un peu comme une voiture de courtoisie.
Quant au film de série B où elle tenait la vedette féminine avec des tresses face à Stewart Granger et Wendell Corey, personne ne l’avait vu et il était certain qu’on n’allait pas revoir « La charge de la brigade légère » !

Mais on ne prépare pas un musical MGM comme une tarte aux pommes, il faut que tout soit parfaitement au point pour le premier jour de tournage.
Chaque pas chaque décor chaque réplique chaque costume, il faut que tout soit répété jusqu’à la perfection.
Il ne s’agissait que de deux numéros, l’un de deux minutes, l’autre de trois, on ne cherchait pas non plus la nouvelle Scarlett O’hara.
Le rôle était d’ailleurs trop court pour être proposé à une danseuse connue comme Vera Ellen par exemple, il n’y avait pas une seule réplique !
Alors soit monsieur Kelly faisait avec ce que le studio avait sous la main, soit on en revenait au scénario original sans séquence rêvée et Gene Kelly ne danserait qu’avec Debbie Reynolds.
C’est ainsi que la corvéable Cyd Charisse fit son apparition sur le plateau de « Chantons sous la Pluie », un film où personne en voulait d’elle !

Dès les premières minutes de répétitions, Gene Kelly fut convaincu. Non seulement elle « pigeait » tout de suite mais en plus, elle n’était pas si grande que cela !
Les deux numéros furent mis en boîte en deux temps trois mouvements et tout le monde continua ses occupations, tout le monde ignorant encore que le processus était enclenché et que la bombe Cyd Charisse allait bientôt exploser !
Dès la sortie du film ce fut un délire inouï. On n’avait plus vu ça depuis « Gilda ». En une seule danse, miss Cyd Charisse allait incarner à jamais tout l’univers de la comédie musicale hollywoodienne dans ce qu’elle a de plus brillant et de plus abouti.
Son nom allait se graver en lettre d’or au panthéon des plus grandes gloires du film, son prestige et son aura traverser le temps, à tout jamais sublime, érotique, fabuleux, parfait…A cause d’une courte apparition muette de eux minutes, décidée à la hâte parce que Debbie Reynolds était insuffisante.
A ce titre la danse de Cyd en robe verte dans « Chantons sous la Pluie » est la plus sensationnelle réussite de toute l’histoire du cinéma.

Dorénavant, lorsque l’on parle de cinéma, le nom de Cyd Charisse suit toujours ceux de Marilyn Monroe, Rita Hayworth ou Ginger Rogers comme un des symboles les plus représentatifs du septième art.
Après la silhouette de Chaplin, le fourreau noir de Rita Hayworth et la robe blanche virevoltante de Marilyn, C’est Cyd Charisse en robe verte qui se positionne comme le symbole le plus reconnaissable du cinéma.
Le public sait-il ce qu’elle a tourné avant, ce qu’elle a tourné après ? Non.
Le public sait-il seulement qu’elle ne faisait que passer dans le film dont elle n’était pas la vedette ? Non.
La seule chose que l’on croit savoir, que l’on veut savoir, c’est que Cyd Charisse est une des plus belles, des plus grandes et des plus prestigieuses d’entre toutes les stars d’Hollywood, que son aura est absolue et indétrônable.

La MGM et Gene Kelly complètement éclipsé par sa belle partenaire furent les premiers surpris de ce qu’il fallait bien appeler un phénomène de société.
Un phénomène d’autant plus étrange que si Donald O’connor recevait un golden globe largement mérité pour sa prestation et que Cyd déchaînait soudain les passions admiratives, le film peinait à faire ses frais lors de sa sortie. Des applaudissements pour les seconds rôles, un succès d’estime mais commercialement rien de comparable avec le bien moins coûteux « Les Hommes Préfèrent les Blondes » qui sortira l’année suivante.
A la limite, on se demandait où était passée cette Cyd Charisse depuis le tournage !
Elle était « bien « dans le film de Donen et Kelly, Qu’en avait-on fait ?
Elle semblait plaire au public.
Elle tournait « Sombrero » un film absurde à propos d’une rivalité entre villages mexicains à propos de fromage !
Dare-dare il fallut mettre sur pied un « véhicule » pour la nouvelle star, tant pis si ca devait être le film le plus cher de l’histoire de l’humanité !

Ce serait « Band Wagon » avec Fred Astaire où Cyd ne cesserait de danser dans des robes inouïes des ballets magnifiques parmi les plus époustouflants jamais filmés.
Plus tard Fred Astaire affirmera n’avoir atteint la perfection qu’une seule fois dans sa carrière : dans la scène du parc ou il danse tendrement avec Cyd en robe blanche.
Gene Kelly reviendra à la charge avec dans les bras un rôle en or pour Cyd, un rôle de grande star face à lui : celui de la belle écossaise de « Brigadoon ».

Jusqu’à la fin de sa vie on demandera à Cyd : « Avec qui avez–vous préféré danser ? Fred Astaire ou Gene Kelly ? » Et près de soixante ans durant elle répondra « Mon dieu ! Quelle étrange question ! J’avoue que je n’y ai jamais pensé, ils étaient tous les deux extraordinaires, disons que Fred était plus technique, plus gracieux et Gene plus athlétique et plus inventif ! »
Cyd Charisse va alors bénéficier d’un statut à part à la MGM : Celui d’attraction dans des films conçus uniquement pour mettre son talent en valeur. Seuls Mario Lanza, Kathryn Grayson et Esther Williams ont ce privilège.
Les films mettant Cyd en vedette sont parmi les plus chers et les plus soignés de toute l’histoire de la MGM.
A la fin de la décennie, Cyd Charisse est au sommet de la gloire, elle a un statu de très grande star et tourne avec Fred Astaire le remake musical d’un ancien succès de Greta Garbo « Ninotchka », ce sera « La Belle de Moscou ».

Mais pour quelques pépites, essentiellement d’ailleurs tournées avec Cyd, le cinéma musical a également perpétré d’épouvantables navets qui malgré des distributions grandioses et des budgets spectaculaires sont difficilement regardables aujourd’hui.
Le genre ne se renouvelle pas, il s’englue, il passe de mode après quelques fours grandioses comme « Sweet Charity », « Hello Dolly », « Blanches Colombes et Vilains Messieurs », « Melinda » et Cyd elle-même se montre très décevante dans « Meet me in Las Vegas ».
La MGM tente alors de recycler sa très prestigieuse star dans des films « dramatiques », comme c’est le cas pour Esther Williams.
Cyd est distribuée face à Robert Taylor dans « Party Girl » mais l’actrice hélas est surtout une danseuse. Mal distribuée dans un rôle d’entraîneuse à bon marché, elle est bien trop classieuse pour être crédible et n’est nullement aidée par le luxe inouï de ses robes que la pauvre fille qu’elle incarne aurait mis trois vies à payer à crédit !
Danseuse de cabaret minable, elle participe à une « party » destinée à distraire quelques gangsters de bas étage parce qu’elle a absolument besoin des cinquante dollars de cachet et elle arrive avec une robe rouge à dos nu d’une somptuosité telle qu’aucune star d’Hollywood n’en eut jamais de semblable pour aller chercher son Oscar !

Le studio ajoute dare-dare quelques séquences dansées dont une dont on ne sait que faire et qui servira en fond de générique !
Malgré cela, l’insuffisance de Cyd dans le jeu d’actrice est sévèrement épinglée par la critique.
Pourtant le public vient la voir, dans les salles on applaudit ses danses, sublimes, il est vrai et comble de l’ironie on pourra lire qu’elle « relance » la carrière de Robert Taylor !
Cyd, que voulez-vous est une star immense et Hollywood peut bien bruler de fond en comble, peu importe elle le restera à jamais.
Mais après les années cinquante, vinrent, comme on le sait les années soixante.
Hollywood se cherchait d’autres voies que celles qui avaient fait son empire.
On se cherchait une nouvelle jeunesse du côté des rockers, des espions et des nymphettes.

Cyd va continuer à tourner, des films qui bien entendu n’ont plus le luxe et le prestige des précédents puisque, tout simplement, on n’en tourne plus.
Elle va donc se faire occire dans un Matt Helm en plein numéro de danse, mais après avoir tourné trois films en 1961, on ne la verra plus que quatre fois en douze ans.
Elle avait été de l’aventure avortée de « Something’s Got to Give » suite au renvoi puis au décès de Marilyn Monroe.
Elle y tenait le rôle de sa rivale, seconde épouse de Dean Martin et reprenant le rôle de Gail Patrick dans la version précédente avec Irène Dunne et Cary Grant.
Elle prendra d’ailleurs fort mal, tout comme Dean Martin, le renvoi de Marilyn. Dean Martin refusa de tourner avec une autre actrice que Marilyn, argumentant qu’il avait signé pour un film de Marilyn et pas pour un film de « n’importe qui ».

Cyd quant à elle, plus excédée encore elle menaça la Century Fox d’un plantureux procès que le studio ne pouvait pas se permettre. La Fox lui fit alors miroiter un film tout à sa gloire, « Calypso », qu’elle tournerait avec Ray Milland en Yougoslavie.
Lorsque Cyd abandonna ses velléités de procès, on n’entendit plus parler de « Calypso ».
Cyd Charisse apparaît encore au cinéma plus ou moins vaguement jusqu’en 1978 puis devinent une assidue des plateaux télés, toujours avides de gloires d’antan pour orner les séries à succès comme « Love Boat » ou « Murder She Wrote ».
Elle tournera jusqu’en 1995 avec une certaine régularité et toujours fidèle à elle-même : Gracieuse, élégante, distinguée pour la pérennité de sa légende. Un peu aussi pour la promotion de son programme de remise en forme.

A l’avènement des années 60, Cyd avait investi Las Vegas en compagnie de son mari Tony Martin et le spectacle drainait un public aussi conquis que fidèle.
Cyd affichait une beauté insolente dans des robes moulantes telles que seule Abby Lane aurait osé les envisager.
Par contre, elle restera sourde aux appels de Broadway.
Sans doute échaudée par les critiques acerbes que lui ont toujours valu ses performances d’actrice, elle savait le public et les critiques de Broadway impitoyables.
Elle attendra le milieu des années 90 pour s’y risquer et…y triompher !
Cyd Charisse, le temps passant et la nostalgie aidant vit sa gloire se perpétuer et son aura de star irradier de plus belle.

Elle est déifiée par une foule qui ne connaît d’elle que les deux minutes mythiques de « Chantons sous la Pluie ».
Georges Bush la reçoit à la maison blanche pour lui décerner la plus haute récompense qu’un artiste puisse recevoir pour son travail.
Elle ne se montra jamais qu’au mieux de sa forme, rédigea avec son époux une autobiographie à quatre mains et défila à soixante dix ans passés pour Thierry Mugler dont elle était une des égéries.
En 2008, après treize ans de retraite filmée, elle accepte de revenir à la télévision pour un téléfilm « Meurtre à l’Empire State Building ».
Pour le plaisir sans doute d’y donner la réplique à Mickey Rooney et son partenaire de « Quinze Jours Ailleurs » Kirk Douglas.

Mais le 17 Juin de la même année, une crise cardiaque l’emporte laissant Hollywood et son public dans la stupéfaction avant le deuil. Cyd avait fêté ses 87 ans trois mois plus tôt.
Elle laisse Tony Martin, son époux depuis soixante ans dans le deuil bien qu’il soit son aîné de 9 ans.
Il rejoindra son grand amour dans la mort le 27 Juillet 2012 à l’âge de 98 ans
Celine Colassin

QUE VOIR ?
1941 : The Gay Parisian : Première apparition de Cyd au cinéma dans les ballets de Monte Carlo.
1941: Escort Girl : Cyd effectue un numéro de flamenco dans ce film noir.
1943 : Something to Shout About : Voici la première apparition de Lili Norwood sur un générique.
1943: Thousand Cheers : Un film « All Stars » mené par Kathryn Grayson et Gene Kelly.
1945 : Ziegfeld Folies : Un spectacle musical « all stars » de la MGM.
1946 : The Harvey Girls : Un second rôle encore, cette fois dans l’ombre de Judy Garland dont elle joue la sœur.
1946 : Till the Clouds Roll By : Comme dans « Ziegfeld Folies », c’est sur Lucille Bremer que compte la MGM pour le succès dansant de l’entreprise.
1946: Three Wise Fools: Margaret O'Brian perdue dans une foule de vétérans
1947 : Fiesta : Cyd rejoint le team de l’équipe Esther Williams. L’une nage l’autre danse.
1948 : On a Island with You : On prend les mêmes: Esther, Cyd et Ricardo Montalban
1948 : The Kissing Bandit : Véhicule pour le duo Sinatra-Kathryn Grayson.
1948 : Words and Music : Un musical MGM où June Allyson mène la danse.
1949 : Tension : Un film noir en diable où Cyd est une très jolie voisine qui vient tout compliquer.
1949 : East Side, West Side : Film noir encore, avec cette fois une experte du genre, miss Barbara Stanwyck.
1952 : The Wild North : Cyd Charisse en vedette dans un film d’aventures avec Stewart Granger
1952: Singing in the Rain : Faut-il encore présenter le chef d’œuvre ?
1953 : Sombrero : La distribution de ce film laisse rêveur ! Vittorio Gassman, Cyd Charisse, Ricardo Montalban, Pier Angeli, Yvonne de Carlo et Nina Foch.
1953: The Band Wagon : La MGM met les petits plats dans les grands et offre à Cyd Charisse un film à sa gloire et dans les bras de Fred Astaire.
1954 : Brigadoon : Revoici Cyd et Gene Kelly dans un film poético-merveilleux qui pourrait bien loucher du côté du « Magicien d’Oz ».
1956 : Viva las Vegas : N’ayons pas peur des mots, ce film est une horreur.
1957 : Silk Stockings : Cyd retrouve Fred Astaire plus en forme que jamais pour un remake comédi-musicalisé d’un ancien succès de Greta Garbo : « Ninotchka ».
1958 : Party Girl : La comédie musicale prend du plomb dans l’aile à Hollywood ! Terriblement coûteux, ces films sont un gros risque et même en cas de succès leur marge est faible.
1961 : Les Collants Noirs : Il s’agit en réalité de quatre ballets de Roland Petit filmés par Terence Young alors qu’il préparait James Bond ! Cyd joue la « Veuve Joyeuse ».
1962 : Two Weeks in Another Town : Un court rôle au côté de Kirk Douglas pour Cyd mais un des looks les plus époustouflants de sa carrière, elle y sera d’ailleurs fidèle au moins 35 ans !
1965 : The Silencers (Matt Helm Agent Très Spécial) Cyd retrouve Dean martin avec qui elle avait commencé « Something’s got to Give.
1976 : Won ton ton, le Chien qui sauva Hollywood : Cette horreur n’avait pour seul mérite que de montrer à l’image toute une panoplie de vétérans de l’âge d’or, parfois hélas pour une ultime sortie comme Broderick Crawford ou Barbara Nichols. Cyd créa le seul intérêt du film. Le public retrouva sa silhouette inchangée depuis ses plus grands triomphes moulée dans un fourreau de perles de cristal bleu glacier digne de Marlène Dietrich où chatoyait un paon multicolore. Cette apparition surréaliste sidéra la planète, Cyd n’avait pourtant que la cinquantaine, mais ses triomphes semblaient déjà si lointains.
1978 : Warlords of Atlantis : Cyd ne fait que passer dans une idiotie menée par Doug McClure.
LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS
(Avec Cyd Charisse)
The Girls : La MGM souhait réunir à l’écran Leslie Caron, Cyd et Jean Simmons. Finalement George Cukor fera un chef d ‘œuvre avec les noms de Mitzi Gaynor, Kay Kendall qui remplace Cyd et Taïna Elg qui remplace Jean Simmons.
Something’s got to Give : On le sait, Cyd avait commencé le tournage de ce film resté inachevé après la mort de Marilyn Monroe en 1962. Elle y était l’épouse de Dean Martin.
Calypso : En compensation du film avorté de Cukor, la Fox promit ce film à Cyd Charisse en 1962. Elle aurait dû le tourner avec Ray Milland en Yougoslavie.


