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JOAN BENNETT

  • il y a 2 jours
  • 16 min de lecture

Il est à Hollywood des stars qui peuvent s’enorgueillir d’une longue lignée d’ancêtres comédiens.

Et sur ce continent en manque de repères historiques qu’est l’Amérique du Nord, ces généalogies artistiques sont un bonus non négligeable sur la voie de la gloire ou tout du moins de la reconnaissance.

Bon sang ne sachant mentir, il est de bon ton de se dénicher une quelconque arrière tante bien oubliée mais qui hanta les planches en son temps, applaudie par Lincoln, ou Henri IV, qui sait ?

A ce niveau, n’en déplaise à Tyrone Power, personne n’arrive à la cheville des sœurs Bennett !


 Joan est la cadette des trois filles de l’acteur Richard Bennett et de l’actrice Adrienne Morrison.

 Joan naît le 27 Février 1910, après Constance née le 22 Octobre 1904 et Barbara née le 13 Août 1906.


 Si elle est la cadette elle est aussi le désespoir inavoué de ses parents. Si les deux filles aînées ont l’esprit vif et le tempérament curieux de tout, Joan passe ses journées à rêvasser.

Lorsque le clan Bennett s’enthousiasme pour un nouveau projet théâtral des augustes parents, Joan sort à peine de sa torpeur pour demander « Est-ce qu’il y a de belles scènes d’amour ? »

 Ce qui bien entendu désole les deux augustes qui savent mieux que personne que les scènes d’amour romantique sont les plus nigaudes, les moins intéressantes à jouer et de toute façon plus de leur âge.

 Et donc, comme ils lui répondent d’un ton vaguement outragé « Non, absolument pas ! Dieu merci ! », Joan, l’œil torve se désintéresse aussitôt de toute l’affaire et s’en retourne à ses molles rêvasseries.

Comme je le disais en préambule, la tradition familiale des planches remonte au moins au XVIII ême siècle avec l’actrice Rose Wood. C’est dire si la passion pour les scènes d’amour romantiques à la sauce midinette de la cadette désespère tout le clan.

Rose Wood, illustre en son temps avait épousé l’acteur Lewis Morrison, resté célèbre pour avoir promené le théâtre Shakespearien dans les dangers du « nouveau monde ».

Avec un tel lignage, rien d’étonnant à ce que la petite Joan, blonde comme les blés fasse une première apparition au cinéma dès l’âge de 6 ans dans un film où jouent également son père et ses sœurs : « La Vallée de la Décision ».

 

Le monde découvre la cinquième génération de Bennett comédiens. Mais ces débuts ne sont pour Joan qu’une récréation dans les études imposées à l’époque aux jeunes filles de bonne famille.  

Et tout particulièrement à Joan car il semble clairement établi qu’on ne pourra jamais rien en tirer !

Des études…C'est-à-dire celle des « arts d’agréments » que sont la broderie, la musique et…Les bonnes manières.

Après un sérieux collège du Connecticut, Joan ira compléter son vernis mondain de vraie jeune fille à Versailles, lieu bien connu pour sa bienséance. Bien mal en prit à la famille Bennett que d’y envoyer leur romanesque Joan.

 

La demoiselle apprend, croit-on, les mille et uns raffinements qui font d’une jeune fille une « dame » et lui permettront de « tenir salon » sans faire rougir un mari bien né et fortuné comme il se doit. Le mariage étant encore à l’époque la meilleure réussite sociale dont une femme puisse rêver.

Actrices, écrivaines et autres peintres ou couturières ne sont qu’exceptions, et encore…Est-ce bien comme il faut ?

 

Et donc, notre petite Américaine rêveuse, apprenant à touiller son thé versaillais avec énormément de technique distinguée s’enflamma comme de l’étoupe dès qu’un jeune godelureau passa dans les parages et la remarqua jolie.

Il s’appelait John Marion Fox. Il était américain lui aussi. Il était beau.

C’est tout ce qu’il importait de savoir !

Joan Bennett, 16 ans s’échappa du collège tel un canari d’une cage pour épouser son beau John.

Très vite, une petite fille allait naître et couronner cet imprudent mariage adolescent. Rien n’anéantit plus sûrement les romanesques illusions d’une jeune fille que la vie conjugale, les factures et la maternité.

Joan, rentrée en Amérique à 18 ans est déjà divorcée, une petite fille sous le bras.


 Elle donne la réplique à son père dans une pièce à Broadway, pièce qui connaît un franc succès et sa jeune ingénue blonde de belles critiques qui font la satisfaction du père et la confirment dans son envie d’être actrice. Ce qui est bien plus drôle que la broderie.

Mais il y a un hic : le regard dépité que portent toujours sur elle ses sœurs et sa mère. Avec cette blondeur et ces yeux pâles, son front court, son maintient un rien godiche malgré Versailles, Joan n’a pas la grâce hautaine et altière de ses sœurs Constance et Barbara, en un mot comme en cent, elle est le vilain petit canard des trois.


Quelle était donc la conception de la beauté dans cette famille? Si Joan n’est en effet pas encore l’élégante star que nous connaîtrons plus tard, moi je veux bien être moche comme elle .

Est-ce une question de photogénie ? De maintient ? De canons de beauté propres à l’époque ? Quoi qu’il en soit, la beauté de Joan nous apparaît aujourd'hui nettement supérieure à celle de ses sœurs.

 

Cette impression désastreuse qu'elle donne à sa propre famille date de ses débuts à l’écran.

Constance faisait également partie de la distribution de « Valley of Décision » Elle y jouait une âme pas encore née.

Et dès la projection, les jeux furent faits. Constance était tellement plus belle !

Elle avait une telle présence, ce serait elle la star ce serait elle qui assurerait la relève et la pérennité du nom glorieux des Bennett. Et le clan Bennett n’a pas tout à fait tort. Le public américain tombe en pamoison devant Constance. Bientôt elle sera l’actrice la mieux payée de toutes. (Ceci grâce à deux mots lancés lors de la négociation de son contrat : « Net d’Impôts ! »)

 

Joan elle aussi fait du cinéma, grâce semble-il à l’insistance de sa sœur auprès de son studio RKO. Mais non seulement le contrat de Joan spécifie en toutes lettres qu’il ne sera fait aucune allusion à sa vie privée dans les journaux mais la famille l’a installée dans un petit appartement où elle vit seule avec sa fille. Il ne faudrait pas que son inconstance versaillaise nuise à la réputation de sa sœur divine.

 

Joan Bennett continue donc une honorable et discrète carrière à l’écran. Elle vivra seule avec sa petite fille dans son appartement quatre ans durant et s’il semble impossible qu’elle n’ait pas eu au moins quelques flirts, aucun nom, aucune indiscrétion ne filtreront jamais.

Blonde, charmante et dotée d’un sens de l’humour qui semble faire défaut à son illustre sœur, elle est particulièrement convaincante dans le rôle d’Amy March dans « Les Quatre Filles du Docteur March » avec Katharine Hepburn.

Joan est une actrice appréciée à qui sa grande sœur fait de l’ombre et nantie d’un léger handicap naturel pour jouer les frêles héroïnes victimes et martyres auxquelles il ne manque qu’une paire d’ailes : elle est affublée d’une voix exceptionnellement rauque qui donne à ses fragiles héroïnes des airs de travestis de chez madame Arthur.

 

Elle tourne malgré tout, et beaucoup, mais le cinéma des années 30 est un cinéma prolifique.

Un film par jour sort sur les écrans. Il y a bien dans cette multitude une petite place pour une actrice de qualité, eût-elle la voix d’Humphrey Bogart. Elle donnera d’ailleurs la réplique aux plus importantes stars masculines de son époque dont Henri Fonda, Fredric March, Charles Boyer et Spencer Tracy qui l’appréciait tout particulièrement.

 

Le 16 Mars 1932, Joan Bennett se marie pour la seconde fois, avec le producteur Gene Markey, comme pour son union précédente, celle-ci se dénouera, le 3 Juin 1937 après avoir donnée naissance à une petite fille : Melinda, née le 27 Février 1934. Markey n’était pas que producteur et scénariste, il était aussi un des plus séduisants et des plus redoutables don juan d’Hollywood.

Un soir, la belle Hedy Lamarr fit partie de son tableau de chasse ! Joan qui avait accepté sans sourciller et pour tout dire assez soulagée de divorcer entra dans une colère homérique et faillit étriper l'autrichienne. Sa véhémence et sa combativité dans une lutte hélas perdue stupéfia sa famille qui l’ignorait incapable de tels emportements.

 

Joan Bennett à la fin des années 30 a cumulé dix ans de tournages et tous les styles de rôles allant de la comédie légère au film d’aventures en passant par le sombre drame.

L’actrice a acquis un métier, une présence et surtout une élégance qui font d’elle une star sans devenir toutefois une « first lady » de l’écran américain comme le sont Irène Dunne, Claudette Colbert, Carole Lombard et bien entendu sa sœur Constance.

Il manque quelque chose, le petit détail qui fera de Joan Bennett l’actrice Joan Bennett l’icône.


L’idée, en soi toute simple viendra du producteur indépendant Walter Wanger. Fasciné par l’actrice depuis sa performance en Amy March en 1933, Wanger a pris Joan Bennett sous contrat et dirige, ou du moins conseille sa carrière.

Mais c’est en 1938 qu’il aura l’idée de génie.

Il va imposer à Joan une chose invraisemblable : Alors que toutes les actrices Hollywoodiennes se décolorent à qui mieux mieux pour captiver la caméra, Joan qui est naturellement blonde va passer au noir geai.

 

Ce sera la fin définitive et instantanée de sa première partie de carrière.

 Joan aux cheveux sombres fascine, captive, ensorcelle, déroute, séduit, bref fait un triomphe. Et l’actrice elle-même se sent plus sûre, plus forte plus sereine. Jusque-là, mortifiée des attaques de Louella Parsons, la commère qui l’avait prise en grippe, Joan devenue brune, envoya une magnifique cage contenant un magnifique putois lorsque Louella déversa à nouveau son fiel.

 

Fritz Lang en particulier va se monter fasciné par la nouvelle Joan Bennett et lui confier à quatre reprises le premier rôle de films noirs, lesquels seront les plus grands succès de l’actrice. Sa popularité et son box office montent en flèche, et, délicieuse revanche pour le vilain petit canard d’autrefois, elle est souvent comparée, voire confondue avec Hedy Lamarr, sa rivale, son ennemie mortelle et vendue par son studio en qualité de « plus belle femme du monde ».

Selznick lui-même est ébloui, et elle fut longtemps envisagée pour le rôle de Scarlett O'hara dans « Autant en Emporte le Vent ». C’est Paulette Goddard jugée plus « pétillante » qui lui succèdera dans les pronostics avant d’être évincée à son tour par…Toutes les autres actrices d’Hollywood de plus de douze ans et moins de soixante.


En 1940, au faîte de la popularité, elle épouse son protecteur Walter Wanger qui attendait ce doux moment depuis sept ans.  Joan a 30 ans et lui 45.

45 ans et la réputation nullement usurpée d’être un des plus grands producteurs d’Hollywood, réputation doublée par celle de véritable créateur. C’est lui qui avait fait de Greta Garbo la reine Christine, c’est lui qui s’est battu pour qu’existe « La Chevauchée fantastique ».

Le couple convole le 12 Janvier 1940 à Phoenix en Arizona et va rester unis un quart de siècle.

Joan mettra au monde deux autres filles : Stéphanie et Shelley, respectivement nées en 1943 et 1948.

 

Le couple formera sa propre maison de productions avec Fritz Lang. En 1945, le dernier des quatre films où Lang dirigera Joan Bennett fera d’elle une des stars les plus populaires de son temps. « La Rue Rouge » est le remake d’un film français : « La Chienne » de Jean Renoir, Edward J Robinson succède à Michel Simon, Joan succède à l’infortunée Janie Marèse qui décéda à la fin du tournage du film de Renoir. C’est avec ce rôle de prostituée aussi vulgaire que bête et victime de ses sens que Joan Bennett écrira son nom en lettres de feu au panthéon des plus grandes stars Hollywoodiennes.


Les réalisateurs Européens eux-mêmes s’avoueront éblouis par la Joan aux cheveux sombres puisque Renoir et Ophüls souhaiteront la diriger.

 

En 1950, Joan a 40 ans et est une des stars les plus importantes d’Hollywood, son talent et son élégance sont devenus légendes.

(Même si l’académie des Oscar se désintéressera toujours de ses faits et gestes).

Elle assied cette renommée en étant très présente à la radio depuis les années 30 et elle est une des pionnières de la télévision.

Joan Bennett aime prévenir les choses et non les subir, 40 ans en 1950 est un âge déjà vénérable pour une star de l’écran, et là aussi Joan Bennett prend les devants.

Bette Davis, Gloria Swanson, Ginger Rogers, Claudette Colbert et Barbara Stanwyck ont mis la star vieillissante à la mode, Joan leur emboîte le pas.


Elle apparaît soudain en mère de famille de grands enfants (dont Elizabeth Taylor) dans le chef d’œuvre de Vincente Minnelli : « Le Père de la Mariée » où elle retrouve d’ailleurs son cher Spencer Tracy.

 

Le film triomphe et Joan est étourdissante et fort drôle dans ce rôle de femme vieillissant avec charme et élégance. La réussite est telle que le film connaîtra une suite dès l’année suivante et qu’une nouvelle fois, Joan Bennett change de visage à l’écran.


Adieu les vamps vénéneuses aux lourdes boucles sombres, les héroïnes nimbées de mystère et de passion.

Joan s’embourgeoise, a des enfants, une maison, une famille et conduit des breaks, pourquoi pas ?

 

Il manquait à cette carrière fort sérieuse le vent de folie et de scandale propre aux plus grandes personnalités de l’écran. A ce niveau là aussi, Joan aura mis le temps mais comme toujours avec elle, le public en aura pour son argent.

 

Les choses se préparent pour la Noël 1951, le 13 Décembre très exactement.

Joan Bennett conduit une sublime Cadillac convertible reconnaissable entre toutes puisqu’elle est assortie comme il se doit à la couleur de ses yeux.

Son mari, Walter Wanger a vu la voiture de Joan garée en début d’après-midi devant les bureaux de son agent Jennings Lang.

Wanger n’est pas un fan de Jennings, après tout c’est lui seul qui a initialisé le changement radical de 1938 qui a valu la gloire à Joan, Jennings n’a fait son apparition que l’année suivante lorsque le plus dur était fait, en quelques sortes.

Lorsque Wanger est repassé par Santa Monica Boulevard quelques heures plus tard, la voiture de Joan était toujours étrangement là.

Il s’est alors garé et a décidé d’attendre sa femme. Quand plus tard Joan Bennett est sortie de l’immeuble, elle était accompagnée de Jennings, lequel l’a escortée jusqu’à sa voiture.

Joan s’est assise au volant. Jennings s’est penché à sa portière.


Il lui parlait, les deux mains posées sur ses épaules (paraît-il) lorsque Walter Wanger a surgi et a tiré deux coups de revolver sur Jennings Lang, l’atteignant à la cuisse et dans l’aine.

Joan derrière son volant commenta : « Je n’ai pas entendu les coups de feu, j’ai seulement vu le visage de Jennings pâle comme la mort se contorsionner en une grimace horrible avant qu’il ne s’écroule inanimé près de ma voiture. J’ai alors vu mon mari l’arme au poing ».

Le scandale est à son comble, passionne les foules qui simultanément se précipitent pour voir « Sunset Boulevard » qui sort sur les écrans et où Gloria Swanson en Norma Desmond star vieillissante tire sur son amant William Holden.

Le succès du film de Wilder fait le succès du fait divers de Monica Boulevard. Comme Norma Desmond dans le film, Joan Bennett est une star vieillissante éclaboussée de sang dans un scandale retentissant. Mais contrairement à Norma recluse et oubliée du cinéma, Joan est une star de première grandeur.

 

Hollywood en frémit d’extase et les « gazettes » jamais mieux ne se vendirent. La villa du couple devint une attraction touristique, et un livre que Joan avait naguère écrit « Comment être Désirable » fut remis sous presse et les ventes explosèrent.

Le procès fut retentissant, aussi merveilleux que ceux qui éclaboussèrent Lana Turner et Rita Hayworth et relayé de secondes en secondes par les journaux.


Les déclarations de Joan secouèrent quelque peu le lectorat.

Elle nia mordicus une quelconque liaison entre elle et son agent, plaida contre son mari (puisqu’ il avait été arrêté arme à la main il lui était difficile de faire autrement)

Elle souhaita la clémence de la cour et argumenta l’état dépressif de son mari pour cause d’échec professionnel. Ses derniers films (dont elle n’était pas, tint-elle à préciser) s’étaient vautrés au box office et avaient poussé le pauvre homme dans ses derniers retranchements.

Au point, vous rendez-vous compte, de provoquer chez lui des hallucinations où sa femme embrassait son agent dans des parkings !


On s’arrangea entre gens du beau monde et Walter Wanger purgea une peine de…Quatre mois de prison ferme, la thèse de la démence momentanée ayant été retenue.

Joan Bennett avait à la fois tort et raison de parler de son mari comme d’un has been complet.

Il était vrai que sa situation financière était en complète capilotade mais son talent n’était pas en cause. Il avait produit « Jeanne d’Arc » avec Ingrid Bergman. Le film avait englouti des budgets colossaux et se dirigeait en droite ligne vers les sommets du box-office.

Et puis il y eut le scandale Ingrid Bergman et le film fut purement et simplement déprogrammé avant que le public ulcéré ne boute le feu aux cinémas qui le diffusaient.


A l’heure du fameux drame, le couple vivait en effet sur les seuls revenus de madame.

Le couple Wanger restera uni encore quatorze ans avant de finalement divorcer en 1965.

Walter Wanger s’était refait une réputation et une fortune mais une autre actrice aurait raison de cette seconde carrière. C’est lui qui produisait le « Cléopâtre » de Liz Taylor dont la maladie à Londres suffit à anéantir tous les avoirs de Walter Wanger.

  

Ce divorce hâta selon certains la mort de cet homme ruiné pourtant considéré par ses pairs comme un génie et qui s’éteindra en 1968, à 74 ans, emporté par une crise cardiaque.

L'Amérique des années 50 avait quand même tenu une relative rigueur à Joan Bennett après « le scandale ». Cette star si irréprochablement mondaine avait déçu, avait choqué.

La belle s’était d’ailleurs éclipsée pour raison théâtrale dès la fin du procès. Elle jouait en tournée le rôle de la séduisante sorcière de « Bell, Book and Candle », rôle qu’immortalisera Kim Novak à l’écran.


Elle revint à Hollywood comme si rien ne s’était passé, mais d’autres vétéranes moins tapageuses tenaient déjà le haut du pavé, à commencer par Bette Davis, Barbara Stanwyck et Joan Crawford. Joan Bennett ne retrouva pas sa place, secoua sur Hollywood la poussière dorée d’un souverain mépris et se consacra aux autres modes d’expression que sont la scène, la télévision et la radio où elle restait fort demandée.


 Elle ne tournera que cinq films en dix ans et il faudra toute la persévérance de son ami de toujours Humphrey Bogart pour qu’elle puisse conserver son rôle à ses côtés dans « We ’re not Angels ».

Joan avait été pressentie et engagée de longue date, Bogey dut menacer de quitter lui aussi le film si le studio maintenait sa décision de la renvoyer.


A l’heure de son divorce la presse ne l’épargna pas et la considéra comme une écervelée qui baignait toujours dans ses rêves de grand amour d’adolescente qui ne pouvaient pas tenir le coup devant les réalités de la vie. On en profita pour mettre dans le même sac d’imbéciles incurablement romanesques Lana Turner, Rita Hayworth et Ava Gardner.


On fit au passage mine d’ignorer que le couple Wanger était resté uni tout un quart de siècle.

 

Jusqu’à la fin de sa vie, Joan Bennett restera active et fidèle à sa couleur de cheveux noir geais qui lui avait valu la gloire. Ce caprice qui longtemps l’a embellie va au fil du temps la durcir et la vulgariser, la rendre laide et un rien effrayante avec cette voix caverneuse d’outre tombe.

Dario Argento ne s’y trompe pas et lui confie un rôle d’effroyable sorcière dans « Suspiria » en 1977.

 Il y avait longtemps déjà que Joan jouait sur les planches et les « petits écrans » les sorcières de tous acabits mais Argento leur donna leur ultime titre de noblesse.

 

Joan Bennett s’était remariée une dernière fois en 1978 avec l’éditeur David Wilde qu’elle laissera veuf en 1990.

Joan Bennett décède d’une crise cardiaque dans sa fastueuse demeure de Scarsdale le 7 Décembre 1990 à l’âge de 80 ans.


 L’Amérique pleura cette « grande dame » du cinéma d’autrefois et les « gazettes » ressortirent le scandale de 1951 qui fit à nouveau recette. Il est des choses dont on ne se lasse pas.

 

A chacune de ses apparitions, lors de toutes ses interviews et jusqu’à la fin de sa vie, Joan Bennett entendit invariablement la même phrase : « Dites donc, Joan, maintenant vous pouvez bien nous le dire…Vous aviez une liaison avec votre agent n’est-ce pas ? Que faisiez-vous dans la voiture quand Wanger a tiré ? ». Miss Bennett avait la candeur de mimer un étonnement effarouché face à la question puis de sa voix ferme faisait claquer un « JAMAIS ! » qui résonnait longtemps aux oreilles des journalistes trop impertinents avec les gloires d’autrefois.

 « Je ne me fais aucune illusion sur mon talent ni sur la qualité des films que j’ai tournés, mais par contre, j’ai adoré être une starCe scandale a ruiné ma carrière et à ce niveau là, il aurait mieux valu que je me tire moi-même la balle dans la tête » JOAN BENNETT.

 Celine Colassin

 

QUE VOIR ?

 

1916 : La Vallée de la Décision : Première apparition pour Joan enfant dans un film dont son père est la vedette.

 

1929 : Disraeli : Biographie filmée de l’ancien ministre Anglais campé par Georges Arliss.

1929: Bulldog Drummond : Ronald Colman mène l’enquête sous ce doux patronyme dans cet ancêtre du film noir.

 

1930 : Maybe it’s Love : Selznick lui-même concocta le scénario à l’intention de cette jolie blonde de vingt ans qu’il trouvait fort à son goût.

1931 : Many a Slip : Joan caracole en tête d’affiche.

1932 : Elle veut un Millionnaire : Ca me rappelle quelque chose…N’est-ce pas Marilyn ?

1932: Me and My Gal : Première version avec Spencer Tracy d’un film qui connaîtra la postérité musicalisé et interprété par Mickey Rooney et Judy Garland.

1933 : Les Quatre Filles du Docteur March : Joan précède Elizabeth Taylor dans le rôle de la très coquette Amy March.

1935 : Mondes Privés : Joan, Claudette Colbert et Charles Boyer.

1935 : Mississipi : Plus blonde que jamais, Joan Bennett se retrouve dans les bras de Bing Crosby.

1936 : Big Brown Eyes : Ce film de Raoul Walsh sortira sous nos cieux avec un titre savamment traduit : « Empreintes Digitales » !

1936 : Le Billet Fatal : Joan partenaire de Joel McCrea que tout Hollywood s’arrache à l’époque

1938 : I Met My Love Again : Joan se pavane dans des robes insensées au bras d’Henri Fonda

1938 : Vogue 1938 : Tourné l’année précédente, le film n’a d’autre de but que d’époustoufler le public avec le talent des costumiers hollywoodiens.

1938 : Artists and Models Abroad : Paramount entendait bien donner une suite à son triomphal « Artistes et Modèles » tout en permettant à Joan Bennett de continuer son rôle de luxueux porte-manteau, égérie du chic hollywoodien.

1938 : Trade Winds : Film policier dirigé par Tay Garnett où Joan accusée de meurtre s’enfuit en paquebot vers Hawaï.

1939 : The House Keeper Daughter : Joan entre Adolphe Menjou et Victor Mature.

1939 : L’Homme au Masque de Fer : Soulignons l’altière présence de la star du muet Doris Kenyon donc ce sera l’ultime apparition au cinéma dans le rôle de la reine Anne.


1940 : Le Fils de Monte Cristo : Film d’aventures pour jeune public

1940 : Green Hell: .

1940 : The House Across the Bay: Joan et Georges Raft dirigés par Archie Mayo.

1941 : Elle Connaît Toutes les Réponses : Joan Bennett riche héritière entichée d’un Franchot Tone coureur de dot.

1941 : Confirm or Deny : La Century Fox donne Don Ameche à Joan en guise de partenaire

1942 : Lits Jumeaux : Un vaudeville bien éculé qui connaissait là sa troisième version.

1945 : La Rue Rouge : Lourde tâche pour Edward G. Robinson que de succéder à Michel Simon.

1947 : L’Affaire Macomber : Ce film réunit une Joan Bennett sensationnelle à Gregory Peck.

1947: La Femme sur la Plage : Jean Renoir dirige ce film un rien mélo où Robert Ryan après avoir séduit Joan la rend à son mari aveugle.

1948 : Le Secret derrière la Porte : Impossible de parler du film sans trahir son intrigue

1948: Le Balafré : Joan continue son épopée du film noir.

1949 : The Reckless moment : Joan Bennett est ici dirigée par le génie qu’était Max Ophüls.


1950 : Le Père de la Mariée : Ce film connut un triomphe insensé et qu’il méritait amplement. Le nom de Joan précède celui d’Elizabeth Taylor au générique.

1950: On Va se Faire Sonner les Cloches  : Evidemment, on ne peut pas être toujours filmée par Vincente Minnelli ou Fritz Lang.

1951 : The Guy Who Come Back : Duel de brunes à l’affiche : Joan Bennett et Linda Darnell.

1951: Allons Donc, Papa : Suite du triomphal « Père de la Mariée » qui a la chance de réunir tout le casting précédent.

 

1960 : Le Désir dans la Poussière : Voici Joan mariée à l’homme de fer Raymond Burr.

 

1977 : Suspiria : Ultime apparition de Joan Bennett au cinéma sous l’œil de Dario Argento. J’ai vu le film à l’époque et sa musique m’impressionne toujours autant.

 

LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS

(Avec Joan Bennett)

 

New-York Miami : Après Myrna Loy et Carole Lombard, c’est Joan Bennet qui refuse ce film auquel il faut bien le dire, personne ne croit !


Autant en Emporte le vent: Joan première Scarlett pressentie

 


 
 
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