MARILYN MONROE
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La petite Norma Jean Baker nait en Californie par un clair matin de Juin 1926. Le premier Juin très exactement. Son père, Martin Edward Mortensen, séduisant jeune homme d’origine norvégienne employé à la compagnie du gaz pour relever les compteurs avait épousé la belle Gladys Pearl Baker.
Gladys avait déjà été mariée. Le couple avait eux deux enfants. Robert et Bernice. Mais le premier mari de Gladys a quitté le domicile conjugal en emmenant les deux enfants avec lui.
Mais hélas, quelques mois avant la naissance de Norma Jean, Martin, à son tour abandonne Gladys. Gladys obtiendra le divorce de son premier mari en 1928.
La santé mentale de Gladys est ébranlée selon la légende. C'est en réalité une femme passionnée qui ne supporte pas l'abandon et s'est réfugiée dévastée de chagrin chez sa propre mère pour avoir son enfant. La douleur sera plus intense encore lorsqu'elle apprendra la mort de son petit Robert.
Norma Jean née de mère folle, internée, confiée aux bons soins de famille d’accueil d’abord et d’un orphelinat ensuite. On connaît tous la chanson. Ici commence la légende, car légende il y a. Tout à faut fausse comme il se doit pour toute légende bien construite et qui se respecte.
Si Marilyn n’a jamais eu son pareil pour éblouir, séduire, attendrir et faire rire les foules, elle était également incomparable pour brouiller les pistes et réécrire son histoire à sa manière.
Aucune hésitation lorsqu’il s’agissait pour le bien de sa cause de passer au mensonge le plus éhonté et revenir pour les mêmes raisons à la franchise la plus désarmante. Voir même en quelques occasions propices, à la confidence risquée.

C'est elle-même qui affirmera toute sa vie avoir été ballotée de famille d’accueil en famille d’accueil. Servant dit-elle à la fois de bonne à tout faire et à tout se faire faire. Livrée aux mains baladeuses des pères, grands pères, oncles et grand frères provisoires entre deux corvées lessive et vaisselle. Le seul cadeau qu’elle n’aurait jamais reçu durant toute son enfance serait une orange un soir de Noël (Ce qui lui fait un point commun avec Elke Sommer) Abandonnée dans sa solitude, elle gardait une photo de Clark Gable en rêvant qu’il était son papa et viendrait un jour la chercher.
Elle a beaucoup décrit la petite fille qui se hissait sur son lit la nuit dans le dortoir de l’orphelinat pour voir à travers les barreaux des fenêtres, les trois lettres lumineuses des studios R.K.O. briller dans la nuit.
Ce qui est vrai, c'est que Marilyn est une Californienne pure souche née à deux pas des studios RKO en question.
Sa mère y travaille. Elle est monteuse, elle est douée et très appréciée de sa supérieure Grace que Marilyn appellera tante Grace. Les deux femmes sont toujours ensemble et Grace s'est entichée de Marilyn. Les photos d’enfance de Marilyn montrent une petite fille rieuse et tirée à quatre épingles, parfois à la plage dans les bras de sa maman. Les orphelins encagés ne sont pas photographiés. Ils n’ont pas de photos d’enfance. Pas de maman pas de plage.
Marilyn a également toujours passé sous silence l’existence de son demi-frère décédé très jeune et de sa demi soeur Bernice. Marilyn n’est pas une petite fille abandonnée.
Elle ne l’a jamais été.

Dès sa naissance, sa grand mère l'emmaillote et...traverse la rue. Les voisins d'en face gardent des enfants. Ils peuvent peut-être s'occuper de la petite Marilyn? Ce petit ange dont la mère est si triste et n'a ni le coeur ni le courage de s'occuper d'elle. Le couple Ida et Wayne Bolender acceptent avec joie. Ils ont plusieurs enfants légitimes et s'occupent d'enfants placés. Et surtout, Ida vient de mettre au monde un petit garçon. Alors entre voisins...Il n'y a qu'une rue à traverser.
C'est chez les Bolender que Marilyn grandit, fait ses premiers pas, apprend à marcher, lire et faire mille bêtises. Elle grandit là jusqu'à ses 7 ans à faire les 400 coups avec son frère de lait. 400 coups et la coqueluche qui a failli les emporter tous les deux en même temps. Il y a une scène, rarement racontée correctement, qui dit beaucoup plus que tous les récits larmoyants que Marilyn Monroe a pu fabriquer plus tard.
La petite Norma Jeane vit chez les Bolender. La maison est simple mais agréable, un cottage propre avec une pelouse, loin de toute idée de misère. Une famille religieuse, structurée, des enfants, de l’ordre. Rien d’un enfer. Et pourtant, tout est là.
Dans cette maison, les enfants appellent Ida et Wayne “maman” et “papa”. Sauf elle.
Ida Bolender lui rappelle régulièrement :" Ta maman, ce n’est pas moi, c’est la dame de la maison d’en face." Alors la petite s’assoit dans l’herbe. Elle regarde cette maison. Elle attend. Que le soir tombe, que les fenêtres s'allument.
Elle ne sait pas que sa mère, Gladys Pearl Baker, travaille souvent la nuit à la RKO Radio Pictures, dans un système industriel où le montage et le travail sur pellicule se font en décalé, parfois à contretemps du jour. Elle attend quelqu’un qui ne viendra pas à cette heure-là. Gladys n'est pas là, la nuit. Le jour elle dort.

Ce n’est pas une enfance de privation.
C’est une enfance de déplacement.
Tout est à portée de main. Une maison, des adultes, des enfants, un cadre — mais rien ne lui appartient. Même les mots lui sont retirés. Elle vit dans une famille où elle n’a pas le droit d’en être une. C’est peut-être là que tout commence. Pas dans l’abandon absolu qu’elle racontera plus tard, mais dans quelque chose de beaucoup plus subtil et beaucoup plus cruel :
être là, et ne pas avoir de place.
Elle est une enfant solitaire. C’est très différent. Sa mère ne l'élève pas. Elle doit travailler.
Alors elle donne a à sa fille de quoi aller au cinéma en attendant qu’elle rentre du travail.
« J’adorais être cette petite fille toute seule, au premier rang d’une salle bondée, le nez rivé sur l’écran immense ». Les petites orphelines encagées ne vont pas au cinéma. Ni seules ni accompagnées.
Marilyn va au cinéma. Mais pas seule. Avec sa maman "voir les stars. Voir Jean Harlow" les Bolender ne l'auraient pas laissée aller seule où que ce soit et au cinéma moins qu'ailleurs. Ils n'y vont pas. Ils sont contre. Mais Gladys travaille dans le cinéma. Elle est du métier. Alors que dire. C'est la mère et une femme si bien. Jamais un cent, jamais un jour de retard pour la pension de l'adorable petite.
Et puis cette pauvre madame Baker a déjà tellement fort à faire avec sa satanée mère qui perd la raison. Cette folle qui hurle, menace, brise et démolit puis tombe en état d'hébétude complète. Un jour qu'elle hurle et brise plus que de coutume, Gladys est contrainte d'appeler les secours qui ne viennent pas à bout de la possédée. C'est la camisole de force pour tenter de la maîtriser. Le coeur n'y résiste pas; Elle meurt en camisole sous les yeux de la petite Norma Jean attirée par le raffut comme tout le quartier.

Si Marilyn est persuadée que sa mère ne l'aime pas, dans ses heures sombres, Gladys a toujours la même plainte. Un soir elle lui écrit « Pourquoi mon enfant, ma fille ne m’aime-elle pas ? »
Marilyn garde la lettre dans son sac à main toute sa vie. Mais elle n’y répondra jamais.
Marilyn, dès sa première interview affirmera que sa mère est morte. Durant le tournage de « Chérie je me sens rajeunir », la presse apprendra que non seulement la défunte se porte bien mais qu’elle s’est remariée et qu’elle a même offert à Marilyn un piano à queue pour ses huit ans. Lequel acheté dans une vente aux enchères aurait appartenu à Fredric March et sera repeint en blanc par sa nouvelle propriétaire.
Gladys n'a pas qu'un nouveau mari et sa fille un piano. Elle avait toujours promis à Marilyn qu'un jour elles auraient une maison. Une vraie. Rien qu'à elles. Gladys la décrivait durant des heures. La petite fille s'y endormait déjà.
Or le président américain lance un plan social pour faciliter l'accès à la propriété aux mères élevant seule leurs enfants. Gladys tente sa chance, elle a sa maison.
Marilyn emmènage dans son rêve avec son piano peinturluré. Elle est folle de joie même si cela implique de quitter les Bolinger.
Comme pour la lettre dans son sac, Marilyn ne se séparera jamais de son piano.
Elle le trimballe même lors de ses aller-retour Hollywood-New-York. Il trônera à la place d’honneur dans sa maison de Brentwood où elle s’éteindra.
Les petites orphelines en cage n’ont pas de pianos. Elles ne savent pas en jouer.
Elles n’ont pas appris.

La légende reste nébuleuse jusqu’à ce qu’à l’âge de 16 ans, la future Marilyn Monroe devienne pour un temps l’épouse de Jim Dougherty pour échapper dit-elle à l’orphelinat. Orphelinat qu'elle n'a pas connu, étant externe et rentrant tous les jours chez les Bolinger puis chez elle. Elle n'est d'ailleurs pas scolarisée dans un orphelinat mais dans une école qui accueille aussi des internes.
Cet éphémère mari écrira ses mémoires en 1976 sous le titre assez prétentieux dit-on alors de « le Bonheur Secret de Marilyn Monroe ». Ceci étant dit, reconnaissons que si Jim Dougherty fait figure de pis-aller et de benêt sans intérêt aux yeux des biographes de Marilyn, J’ignore s’il y eut bonheur, mais il y a polémique.
Jim Dougherty affirme dans ce livre que sa jeune épouse était vierge lors du mariage et d’une naïveté parfaite.

Marilyn jurera toute sa vie avoir été violée par le mari de sa tante Grace et ensuite par un de ses cousins, et ensuite encore lors d’un séjour dans une famille d’accueil…Et s’être retrouvée enceinte. Elle aurait mis au monde un garçon. Que sa tante Grace, n’ayant pas les moyens d’élever aurait confié à l’assistance publique et fait adopter.
Devenue la plus grande star du monde, Marilyn continuera à se lamenter sur cette séparation d’avec son enfant adoré mais n’entamera aucune recherche en vue de le retrouver.
Elle ne cherche pas son enfant adoré, elle ne va pas voir sa mère. Elle préfère se lamenter de leur intolérable absence.

Jim Dougherty, n’ayant jamais voulu se confier sur Marilyn à ces messieurs de la presse, se réservant pour son livre, on lui a bien sûr fait dire n’importe quoi durant des années.
Il faudra la vigilance de Jane Russell pour remettre les pendules des jeunes années à l’heure.
La seule chose que l’on peut constater sinon déduire, c’est que sur les rares photos du couple Dougherty, ces deux-là se tiennent tendrement par la main et affichent un air serein.
Chose qui deviendra de plus en plus rare chez la star. Et si Jane Russell est un témoin digne de foi c'est parce qu'elle est la "petite fiancée depuis toujours" du meilleur copain de Jim. Ces quatres là sont toujours fourrés ensemble avec leur bandes de copains dont un certain...Robert Mitchum. Tous se vantent d'être les stars de demain, aucun n'y croit vraiment Sauf...Jane.
Le couple passe peu de temps ensemble car Jim, pompier de son état est appelé sous les drapeaux. Sa jeune épouse, rousse et plutôt replète travaille dans une usine d’armement.
Effort de guerre oblige nous dit une fois encore la légende. Elle est donc, revenons à la légende, photographiée une hélice à la main dans son atelier à la faveur d’un reportage et attire l’attention des studios. Le mythe est lancé.
En réalité, sur les photos d’usine, la jolie rousse est déjà maquillée par Max Factor.
Elle roule depuis longtemps sa bosse sur Hollywood boulevard avec sa copine aspirante à la gloire Shelley Winters.

Qu’elle soit arrivée à l’atelier avec le photographe et en soit repartie avec lui fait partie du domaine des possibles, voire même des évidences.
Ces célèbres photos sont la propriété de Conover.
L’agence Conover d’où viendra l’appellation « Cover Girl » est spécialisée en pin-up.
C'est-à-dire que les jeunes filles sous contrat à l’agence sont trop petites pour satisfaire aux exigences des couturiers mais très belles, pour ne pas dire affolantes.
Elles sont parfaites pour vanter toute une multitude de produits comme les sodas, les shampooings, les pneus, les cigarettes et bien sûr illustrer les articles de presse et…Les calendriers ! La future Marilyn Monroe est bel et bien une conovergirl sous contrat avec l’agence Conover et elle est également bookée chez Blue Book. Agence mieux réputée et à la concurrence moins rude.

Plus tard, Marilyn n’hésitera pas à raconter aux journalistes qu’elle avait dû suivre son mari à Catalina où il était caserné. Elle s’y ennuyait tellement que lorsqu’il était en mer, elle s’adonnait parfois à la seule distraction de l’île pour femmes esseulées : la prostitution.
On connaîtra même de sa bouche le prix de la passe : 15$.
La brave épouse de militaire pose aussi depuis longtemps pour les photographes avec ou sans vêtements et elle a plus éclusé de bourbon que boulonné d’hélices d’avion.
Divorcée en 1945, Marilyn obtient un premier contrat avec la FOX en 1946.
Elle apparaît pour la première fois à l’écran dans l’ombre de Betty Grable dans « The Shocking Mrs Pilgrim ».
C’est le moment où la légende va encore s’éloigner un peu plus de la réalité.
Marilyn qui aimait à s’épancher sur ses débuts difficiles à Hollywood, allant d’auditions en bouts d’essai, son volume de Proust sous le bras n’est pas l’oie blanche qu’elle aimait à romancer.

Elle est très proche de Joseph Schenk. L’homme qui n’est plus un jeune perdreau de l’année a été le mari de Norma Thalmadge. Il a été libéré de prison à la faveur d’une grâce présidentielle.
Il affiche la jeune Marilyn Monroe partout comme son ultime conquête. La blonde starlette jouant volontiers l’amoureuse pendue à son bras. Cette relation très affichée par le vieillard n’aide pas les studios à prendre Marilyn au sérieux.
Elle est l’archétype de la pépée du gangster.
Image qui va encore s’améliorer lorsque Schenk la présente à John Roselli dont elle devient illico la maîtresse. Roselli est un gangster notoire. Il est le lien direct d’Al Capone à Hollywood.
Il a extorqué plusieurs millions de dollars à l’industrie du film au profit du syndicat du crime.
C’est chez lui qu’Harry Cohn a trouvé un financement pour sauver, une fois de plus, son studio de la faillite. Harry Cohn qui n’a plus rien à refuser à John Roselli lui propose de faire de son épouse la belle actrice June Lang une star de la Columbia. John Roselli refuse l’offre et exige qu’Harry Cohn fasse plutôt une star de sa petite amie Marilyn Monroe. Schenk voyant sa blonde lui échapper, lui obtiendra un contrat à la Century Fox où il fait la pluie et le beau temps.
Ainsi la blonde et douce jeune fille innocente passe en réalité ses nuits dans des lits criminels et n’hésite pas à mettre ces messieurs en concurrence pour le lancement de sa carrière.

C’est grâce à Roselli qu’elle tournera « Ladies of the chorus » et grâce à Schenk qu’elle tournera « Asphalt jungle » et « All about Eve ». Schenk mourra en 1961 d’une attaque cérébrale massive et Roselli sera assassiné par ses plus chers amis en 1976.
Marilyn quant à elle, effacera tous les premiers films de ses débuts pour faire commencer officiellement sa carrière avec « Scudda ho-Scudda Hey ». Elle estimait probablement qu’il n’était pas bon pour son image d’avouer tant de temps à végéter sans succès dans les rangs de la figuration et des quatrièmes rôles malgré ses très sérieuses protections.
Au début de sa gloire, un calendrier où Marilyn posait nue sur un drap de velours rouge va faire sa réapparition. Dans l’Amérique puritaine de l’époque cela aurait suffit à anéantir toute star naissante. Marilyn au contraire se répandit en justifications qui auraient fait pleurer le code Hayes en personne. La pauvre jeune fille avait faim.
Elle allait être jetée à la rue de l’hôtel pour femmes où elle vivait et où elle devait déjà trois mois de loyers nous dit-elle. A l’époque, Marilyn ne vit plus dans cet hôtel depuis longtemps.
Si elle a en effet des traites en retard, ce sont celles de sa nouvelle décapotable.
Elle avouera elle-même des années plus tard : « On s’émeut plus sur une fille qui a faim que sur celle qui craint pour sa voiture ! »

L’orphelinat sera lui aussi utilisé avec une régularité efficace par la star qui le ressort à la moindre remarque un tant soit peu désobligeante ou à la moindre occasion de dire merci.
« Vous ne savez pas ce que cela représente pour une petite orpheline comme moi ».
Marilyn aurait été traitée comme un souillon digne des pires cauchemars de Cendrillon. pour être tolérée dans la macabre institution. Laquelle institution, encore aujourd’hui se doit de se défendre régulièrement contre les attaques de l’actrice qui perdurent par-delà sa mort.
Tant la légende est ancrée dans l’imaginaire collectif.
La pauvre orpheline reprendra régulièrement du service lorsque Marilyn mettra les pieds dans une famille, que ce soit chez les Di Maggio, les Miller ou les Milton Greene. « C’est la première fois que je suis dans une vraie famille depuis que je suis née ». Jusqu’à « Est-ce que je peux vous appeler maman et papa ? »
La douce Marilyn transforma le piège du calendrier en avantage et l’anecdote lui valut plus de renommée encore. D’autant que Marilyn était hospitalisée lorsque « L’affaire du calendrier » éclata et qu’elle répondit bravement à ses accusateurs depuis son lit d’hôpital comme un courageux petit soldat souriant malgré toutes ses infortunes.
Les cœurs fondirent. Avec ou sans vêtements, peu importe.
Elle a tapé dans l’œil d’un producteur réputé qui a le triple de son âge et elle pose aimablement en sa compagnie. Elle n’en est plus à un vieux tromblon près à regarder d’un air éperdu d’amour et à appeler « daddy » en société.

Elle partage également, comme je l’ai dit déjà, un appartement avec une autre actrice, plus âgée qu’elle et pour qui Hollywood n’a pas encore été très tendre : miss Shelley Winters.
Shelley, comme Marilyn est divorcée et elle a eu un rôle suffisamment intéressant pour lui permettre de s’offrir un vison, toute sa richesse. « Marilyn et moi faisions une solide équipe ! Elle avait des bikinis pour les séances de photos cheese-cake, j’avais un vison pour les invitations à dîner, que nous fallait-il d’autre ? » Les deux femmes resteront amies jusqu’à la mort. Shelley aura bien plus d’influence sur Marilyn qu’on veut bien lui en accorder généralement.
Aimer les hommes, la bonne table et les alcools forts n’empêche pas Shelley Winters de se cultiver aussi l’esprit. Si on voit souvent Marilyn poser l’air absorbé devant des livres, ce sont ceux de Shelley. Bientôt la blonde enfant ira partout avec un gros bouquin sous le bras. Un auteur français de préférence. C’est également Shelley qui lui mettra l’actor’s Studio en tête.
Bien avant cela encore, c’est elle qui lui apprendra à poser la tête penchée en arrière, les lèvres entrouvertes et les yeux mi-clos.
L’homme que Marilyn fréquente, Johnny Hyde peut beaucoup pour elle. Pour commencer il lui fait raboter le nez, gonfler la poitrine et décolorer les cheveux.
Elle n’hésita pas à raconter à tout venant que l’homme était obnubilé par les seins. Elle se rendait chez lui dans sa somptueuse villa, buvait du champagne et se gavait de caviar pendant qu’il lui tripotait les seins en lui racontant des anecdotes croustillantes sur Rudolph Valentino ou les épisodes les plus sordides de la vie de Jean Harlow.
Un récit que bien des années plus tard, Marilyn va s’accaparer.
Non plus pour émouvoir son public mais pour berner ses psychiatres.

Très vite Hyde l’impose dans quelques films mémorables d’intelligence comme « Le petit train du far west » avant de l’imposer avec le concours de Roselli pour un rôle important dans « Chorus girls » au côté d’Adèle Jergens qui joue sa mère. Suit un petit rôle mais dans un film de John Huston : « Asphalt Jungle » où l’excellente Jean Hagen est la vedette. Consciente du prestige de John Huston, Marilyn minaude tant et plus et lui sort l’artillerie lourde de sa séduction. Elle lui susurre de sa voix de bébé « Je vais beaucoup travailler pour mériter votre confiance et me montrer digne du rôle ». Huston lui répond : « Pas besoin de travailler, c’est le rôle d’une petite putain qui couche avec tous les vieux gangsters sur le retour, tu n’auras qu’à faire comme d’habitude ! On m’a dit que c’était vraiment très bien. »
Johnny Hyde lui présentera aussi quelques uns de ses amis intimes dont l’actrice Sarah Churchill, fille de l’illustre Winston et son mari, le photographe Anthony Beauchamp qui prendra une incroyable collection de clichés de la jeune Marilyn. Dont celles du fameux calendrier.
Une anecdote souligne à quel point la « pauvre petite orpheline » est déjà à l’époque de ses débuts une créature rouée et prête à tout pour parvenir à ses fins. Sur le tournage du « Petit Train du Far-West », son rôle est encore tellement insignifiant qu’il pourrait être tenu par un vase.
Durant une longue pause, elle se faufile jusqu’au bureau du costumier William Travilla.
William Travilla a été découvert par Ann Sheridan qui en avait fait son costumier personnel.
C’est lui qui l’a drapée dans des kilomètres de satin doré et lui a donné son image de femme fatale absolue. Ann Sheridan doit tout à Travilla et Marilyn sait parfaitement qui il est.
Elle sait aussi qu’il est peut-être le seul costumier hétérosexuel d’Hollywood.
Elle se faufile donc jusqu’à son bureau et lui demande se sa petite voix de bébé timide si elle peut utiliser son vestiaire pour se changer car elle doit enfiler un maillot pour une séance photo.
Travilla accepte, elle se change, réapparaît en maillot et demande à Travilla comment il la trouve. Lorsqu’il pose les yeux sur elle, la bretelle du maillot craque et sa poitrine « surgit » selon les mots de Travilla lui-même.
« Elle l’avait clairement fait exprès je ne suis pas nigaud à ce point-là »
Peut-être. Mais quoi qu’il en soit, il dessinera la totalité de ses costumes.

C’est à Travilla que Marilyn doit sa virevoltante robe de mousseline blanche, son fourreau rose de « Diamonds are the girls best friends », sa robe rose de Niagara, son fourreau de paillettes rouges, sa robe dorée pour « Les Hommes Préfèrent les Blondes ».
Et même le maillot vert à pampilles dorées de « Bus Stop » qu’elle prétendra toute sa vie avoir déniché au département costumes.
Marilyn imposera même Travilla lorsqu’elle tournera son unique film chez MGM !

Et j’ajouterai que la star la plus difficile, la plus vindicative et la plus capricieuse d’Hollywood sera durant ses dix années de collaboration avec Travilla une douce créature, affable, acceptant le sourire aux lèvres des heures d’essayage où elle n’eut jamais un dixième de seconde de retard.
Lorsque Travilla entendait parler de Marilyn autour de lui il avait toujours l’impression qu’il s’agissait d’une autre personne tant « la sienne » était délicieusement facile et coopérative.
John Huston, pour sa part, s’amusera plus tard à dire qu’il avait immédiatement ressenti un « déclic » en voyant la jeune starlette pour la première fois sur le plateau de son film. Le lendemain il prétendait aux mêmes personnes qu’il n’avait rien remarqué du tout.
Quant à Billy Wilder, il se réservait le droit d’attendre de la diriger pour se faire une opinion.
Il fut vite fixé. Le premier jour du tournage de « 7 ans de Réflexion » aux studios Fox, Marilyn attendue à huit heures, arrive à 11h30 l’air complètement affolé. « Excusez-moi, monsieur Wilder, mais je me suis perdue dans Los Angeles, je ne trouvais pas les studios de la Century Fox ! » Tête de Billy Wilder !
Elle y était sous contrat et y venait presque tous les jours depuis six ans.
Elle y avait même son emplacement parking.

Mais revenons-en aux débuts de Marilyn.
C’est elle qui donnera la réplique à Robert Wagner pour son premier essai devant la camera pour la Century Fox. Le studio va les distribuer tous les deux dans un navet de série B où Claudette Colbert est la vedette : « Chérie divorçons ».
Hélas, Hyde son protecteur est condamné par une maladie cardiaque et sait ses jours comptés.
Il propose le mariage à celle qui est devenue Marilyn Monroe afin qu’elle soit financièrement à l’abri après sa mort.
Marilyn affirmera toute sa vie avoir refusé, n’aimant pas Hyde d’un amour sincère et désintéressé. Il est plus probable que la mort ait emporté Hyde avant la cérémonie nuptiale.
Dépourvue de protection, Marilyn a néanmoins mis le pied dans le monde du cinéma.
Elle travaille comme une acharnée. Danse, gymnastique, maintient, diction, jeu d'actrice.
C'est incontestable. Il est incontestable aussi qu'elle fabrique déjà méticuleusement sa légende. Elle essaie volontiers de nouvelles idées puis n'hésite pas à laisser tomber.
Sur le plateau de "Love Nest" le réalisateur Joseph Newman n'allait pas l'oublier de si tôt.
Elle se trimballe partout avec son énorme bouquin. L'intégrale de Proust. Premier rôle ou pas, elle quitte régulièrement le plateau pour aller passer ses coups de fil.
Et puis c'est sur le film qu'elle essaie un nouveau truc de "pauvte petite orpheline jetée en pêture aux hommes. La première fois que JOseph Newman lui adresse la parole, elle bredouille une réponse inaudible. L'homme s'ébouriffe "Mais? Ne me dis pas que tu bafouilles, en plus?" Et elle "Pou-pou-pou-pourquoi du-dites vous vous ça?"
Un jour qu'elle a oublié son énorme bouquin pour filer téléphoner, Joseph Newman qui ne l'a jamais vue l'ouvrir a la curiosité de le faire et découvre sidéré qu'il est en français.

Hélas, chaque contrat signé ne sera jamais renouvelé. Elle peut malgré tout payer son loyer, liquider sa vieille Pontiac verte et s’acheter une Ford Thunderbird d’occasion; Donner la réplique à Cary Grant et Ginger Rogers ou encore Barbara Stanwyck.
Les films sont des séries B en noir et blanc.
Mais chaque fois qu’elle apparaît à l’écran, le public réagit positivement.

La critique la remarque et les studios, peu à peu tiennent compte de son existence.
Elle va même avoir l’occasion de s’essayer au drame en jouant une baby-sitter psychopathe digne d’Anibal Lechter dans « Le démon s’éveille la nuit » face à l’excellent Richard Widmark.
Et bien sûr déjà habillée par Travilla.
Marilyn qui tient pour la première fois un vrai rôle est malade de peur et passe ses journées à vomir. Un jour où l’on s’inquiète de sa mine défaite et de son amaigrissement, elle fond en larmes « C’est une épreuve terrible ! Je dois jouer le rôle de ma propre mère ! » Tête de Gladys qui apprend dans la presse qu’elle est une psychopathe qui jette les petites filles par les fenêtres des immeubles !
Les critiques concluront :
« Marilyn Monroe s’essaye au drame, nage ou coule ? Comme elle ne fait ni l’un ni l’autre, disons qu’elle flotte ! »
On parle beaucoup de cette blonde bien roulée. La Fox qui avait résillé son contrat la réengage pour « Niagara » avec Joseph Cotten et Jean Peters, vedettes du film.
Ce n’est pas un cadeau sensationnel. Le scénario est une vieille lune de 1940 initialement prévu pour Carole Landis !
Mais si Rose Loomis est un personnage secondaire… quel personnage !
Marilyn en état de grâce porte littéralement le film.
Dorénavant, il va falloir compter avec elle.

C’est bien simple, le film est captivant dès que son personnage entre en scène.
Lorsque Rose se fait étrangler aux deux tiers du film, l’intérêt retombe complètement alors que le clou du film arrive. Les scènes spectaculaires et très réussies où Jean Peters et Joseph Cotten dérivent dans un petit bateau vers les chutes mortelles et le sauvetage in extremis de Jean en hélico ! Mais tout le monde s’en fout !
Lorsque dans le film, son mari s’amuse à bricoler une maquette de petite voiture ancienne de la marque Maxwell, Marilyn après s’être montrée douce lui lance « Tu n’es qu’un minable tout juste bon à jouer avec une Maxwell ». Or une autre blonde la concurrence à ce moment-là : Marilyn Maxwell.
Marilyn et Jean Peters étaient très amies dans la vie et s’étaient même déjà retrouvées sur un « plan foireux » de la Century Fox. Elles avaient commencé ensemble « Scudda Ho, Scudda Hey », mais Jean fut remplacée par June Haver et les scènes de Marilyn furent coupées.
Pour « Niagara », les choses furent plus plaisantes. Marilyn était très amie avec Jean, mais Jean était elle-même une amie très proche de Joseph Cotten.
Certes, « Niagara » est un excellent film. Mais en 1952, ce que l’on veut c’est revoir Marilyn dans sa robe rouge chanter « Kiss Me » D’ailleurs la Fox va dorénavant éviter de la liquider avant la fin du film. Ca n’arrivera plus jamais.
Elle rejoint ensuite Lauren Bacall, Betty Grable et William Powell sur le plateau de « Comment épouser un millionnaire ». Même si la Fox mise encore sur la « Pin-up girl » des années guerre, Betty Grable, celle-ci ne s’y trompe pas et lance à Marilyn : « Vas-y Baby, mon temps est passé, maintenant c’est ton tour ! »
A cette époque, la renomée de Marilyn prend tellement d’ampleur qu’elle est invitée par Jack Benny à l’émission de télévision la plus populaire du continent américain.
Elle y est pétillante, ravissante, drôle et très sûre d’elle.
L’émission filmée en direct pulvérise tous les records d’audience.
Jack Benny est si satisfait de la collaboration de Marilyn qu’il lui offre, de ses propres deniers, une superbe Cadillac cabriolet flambant neuve en plus de son cachet !

Elle devait tenir un sketch de 20 minutes. Jack Benny était terrifié.
Sa réputation d’actrice bègue, toujours en retard, bredouillant ses répliques et ne connaissant jamais son texte était déjà bien établie. Elle va tenir son rôle de bout en bout sans un faux pas, sans une hésitation, sans une erreur.Ce qui prouvera pour longtemps à ses metteurs en scène que lorsqu’elle veut, elle peut. Mais il semble qu’elle ne veuille jamais.
Par contre après cette expérience du direct elle laissera tomber le coup du bégaiement.
Déjà, le tempérament belliqueux et réfractaire de la blonde commence à se faire sentir.
Déjà commencent les premiers accrochages avec la FOX. On pourrait légitimement croire Marilyn follement heureuse d’être distribuée en vedette dans un film de prestige et au milieu d’une distribution de très grande classe.
De plus, « Comment Epouser un Millionnaire » est un des premiers films en « cinémascope » et l’argument de « Marilyn Monroe en technicolor et cinémascope » booste le film et lui sert de publicité. Pour convaincre les exploitants de salles de la qualité de ce nouveau procédé qui rencontrait quelques réticences, la Fox décida de filmer quelques extraits avec Marilyn pour montrer aux moins téméraires la qualité du résultat. Elle jouerait quelques-unes de ses scènes face caméra et cela suffirait pour éblouir qui que ce soit !
Or, la blonde refusa catégoriquement !
« Si Bacall et Grable ne le font pas, je ne vois pas pourquoi, moi, je devrais le faire ! »
On lui argumenta que contractuellement elle était tenue de faire ce que son studio lui demandait et qu’ensuite Bacall et Grable jouissaient d’un prestige autrement grandiose que le sien. Mais la blonde ne voulut rien savoir et ne céda ni aux menaces ni aux suppliques.

En réalité, elle pestait surtout parce que le studio allait mettre en chantier un film en 3D « The French Line » dont la vedette serait Jane Russell et la publicité sous-entendait que c’était le seul moyen valable pour admirer la fabuleuse poitrine de Jane !
C’est donc la jeune starlette Charlotte Austin qui s’y colla et joua ces « échantillons ».
Elle paraîtra dans le film, portant une tenue en vichy lors du défilé de couture sous le regard hautement méprisant de Marilyn. Charlotte Austin avait déjà eu affaire à elle dans « Monkey Business » et la croisera encore dans « There no Business like Show Business ».
En 1957, juste retour des choses, c’est elle qui héritera du rôle de Marilyn dans la version télévisée de « Comment Epouser un Millionnaire ».
Marilyn, de son côté, embraye illico sur le mythique « Les Hommes préfèrent les blondes » avec Jane Russel. Diva du balconnet qu’elle connaît depuis des années qui elle aussi s’incline devant la suprérmatie de celle qui vient d’inventer un mythe à la vie dure : la blonde idiote.
Les répliques de blondes naïves dont Marilyn agrémente ses films et ponctue ses interviews deviennent si célèbres qu’on les appelle des « Monroismes ». Jane Russell était une star incontestée et bénéficiait de la haute protection de Howard Hugues. Pour la Fox, c’était elle la star du film et non Marilyn. Et qui de plus est, Jane se sentait chez elle sur le plateau puisque l’on réutilisait les décors de « The French Line ».
Pour elle il n’y avait à peu près que le titre du film qui changeait et elle restait grassement payée par Hugues, que le film marche ou non, qu’il soit bon ou non.
Mais la légende a besoin d'un peu de piquant. Alors voilà:

Il n’y avait donc qu’une seule loge de star sur le plateau.
Celle de Jane. La production en bricola une vite fait pour Marilyn dans un placard !
Marilyn n’apprécia pas la plaisanterie : « Le titre de ce film c’est les hommes préfèrent les blondes, et la blonde, c’est moi ! » Contre toute attente, Jane Russell estima que Marilyn avait raison. Elle partagea son territoire et l’entente fut cordiale entre les deux plus célèbres bustes du cinéma américain des années 50 !
C'est évidemment tout à fait faux. Elles sont amies depuis des années et tout le monde a sa loge au studio à fortiori la vedette du film!
Jane Russell déjà contrite en dévotions tenta de convertir Marilyn Monroe à la religion et pour lui prouver son grand cœur se montra d’un protectionnisme exacerbé envers sa partenaire.
« Je ne comprends pas que l’on critique sans arrêt Marilyn Monroe pour cette histoire de calendrier, Je l’ai vu ce calendrier et je trouve ces photos assez artistiques et sans aucune vulgarité. D’ailleurs si j’en avais un exemplaire je n’hésiterais pas à l’afficher sur le mur de mon salon ! » .Marilyn quant à elle, cumulant les audaces dans une seule phrase déclara : « Elle était très gentille avec moi mais très déboussolée avec ces histoires de religion, j’aurais bien voulu lui présenter Freud mais elle n’a pas voulu ! » oubliant sans doute que Freud était sous terre depuis 1939.
Jane eut la délicatesse de ne pas relever l’anachronisme et ne rappela pas non plus à Marilyn qu’elle la connaissait déjà sous le nom de Norma Jean Dougherty.
Billy Wilder à qui l’anecdote revint aux oreilles déclara : « Moi ça ne me paraît pas impossible ! Elle vit entournée d’une flopée de médecins en tout genre, de tout ce qui existe. Ça va du psychiatre au médium, alors pourquoi pas Freud ? »

Les deux stars s’entendant comme larrons en foire, elles poseront dans leurs robes de sirènes une bouteille de soda à la main. Le penchant pour l’alcool des deux actrices était déjà connu et les photos signifiaient« Regardez comme nous sommes bonnes copines, sages, sobres, gentilles et ponctuelles ». Et surtout il faut le dire, terriblement belles.
Le seul véritable accrochage sur le plateau vint de manière inattendue de Tommy Noonan qui joue le milliardaire benêt amoureux de Marilyn. Alors qu’il vient de terminer une scène de baiser avec Marilyn, un journaliste se jette sur lui et lui demande « Alors ? Qu’est-ce que ça fait d’être embrassé par Marilyn Monroe ? » Et lui : « Comme d’être avalé vivant par un boa constrictor ».
Hélas Marilyn avait entendu et Jane Russell eut fort à faire pour la ramener sur le plateau !
Sur le plateau, Marilyn essaie un nouveau truc des plus étranges. Quand elle chante "Bye Bye Baby" au pauvre Tommy Noonan, elle fait voyager sa mâchoire degauche à droite comme si elle s'était décrochée et ne retrouvait pas sa place. SAns doute trouve t'elle ça sexy ou original, je l'ignore. En tout cas, l'excellente EDie ADams saute sur l'occasion et offre une imitation hilarante de Marilyn dans un show TV avec sa mâchoire valdinguant à tout va. Marilyn abandonne l'idée séance tenante. Mais il faut bien reconnaître que ça reste tout à fait surprenant à revoir le film aujourd'hui.

Jane Russel et Betty Grable restèrent avec Shelley Winters les deux meilleures amies de Marilyn. Lauren, pour sa part, femme à l’esprit vif et acéré s’agaçait de la lenteur de Marilyn et considérait ses doutes et ses retards comme d’énervantes minauderies et d’exécrables enfantillages. Ces dames gardèrent un quant à soi poli l’une envers l’autre.
Jane Russell sera la seule à nier la théorie du suicide à la mort de Marilyn. Avec sa franchise habituelle, dès le décès de son amie elle déclare : « Marilyn se suicider ? Jamais ! Elle allait se remarier avec Joe Di Maggio et elle avait signé un nouveau contrat avec la FOX ! Personne ne se suicide quand tous ses rêves sont sur le point de s’exaucer ! »
Quelques semaines plus tard elle ajoute : « J’ai croisé Bobby Kennedy par hasard, il m’a regardée tellement méchamment et avec tellement d’insistance que je me suis dit que je serais peut-être bien la prochaine à y passer si je ne fermais pas mon grand clapet ! »
Jane évoquera son amie dans toutes ses interviews jusqu’à sa propre fin.
Elle adorait imiter Marilyn et le faisait à merveille. Elle effectuera sa dernière apparition publique à un âge très vénérable pour recevoir un award en Floride. Lorsqu’elle le tient en mains elle le lève vers le ciel et s’exclame « Regarde, baby, c’est pour nous deux ! » Et l’assistance de crouler sous les applaudissements.
Jane et Marilyn étaient ensemble pour la consécration des empreintes des pieds et des mains dans le ciment, rituel exclusivement réservé aux plus grandes gloires. Marilyn proposa que l’on mette un diamant en guise de point sur le i de Marilyn et que l’on saupoudre le béton de poudre d’or. La Fox proposa un strass. Jane, elle, proposa que Marilyn y laisse plutôt l’empreinte « de son cul et de ses nichons ! »
Le strass fut posé et volé au bout de quinze secondes. Il reste un petit trou.
Initialement, Jane devait partager l’affiche avec Mae West, la scandaleuse des années 30 qui n’avait plus tourné depuis plus de 10 ans et voguait allègrement vers la soixantaine.
Lorsqu’elle déclina, le rôle revint à Betty Grable avant d’échoir à Marilyn. C’est dire le crédit que la Fox accordait à Marilyn ! Les droits du roman d’Anita Loos avaient quant à eux été achetés par la Columbia pour Rita Hayworth qui ne voulut rien savoir !
Rita, qui de son côté, sentit sa couronne de reine incontestée de Hollywood lui glisser des mains au profit de la nouvelle venue. Elle voua à Marilyn une haine inextinguible, estimant qu’elle ressemblait à une pomme de terre à côté d’elle.
Pauvre Rita, son propre studio, la Columbia lui mettra une autre blonde, Kim Novak dans les pattes.

Le public est amoureux fou de la belle Marilyn.
Ses partenaires masculins et ses metteurs en scène un peu moins.
La nouvelle coqueluche d’Hollywood est atteinte d’une timidité maladive et bredouille dit-on ses répliques. Ses scènes doivent être filmées mot à mot. Elle est une inconditionnelle des caprices, des retards comme des soirées trop arrosées.
Si elle se fait des amies de Jane Russell et de Betty Grable, ses partenaires masculins la prennent automatiquement en grippe. Il lui faut trente prises pour une phrase de trois mots.
Si eux sont mauvais quand Marilyn articule correctement, tant pis. Plus tard ses plus grands fans emboîteront le pas à Jack Lemmon qui déclare sur le tournage de « Certains l’aiment Chaud » : « Elle fait refaire les prises parce qu’elle a un sixième sens, elle sait quand ça sonne juste ou non et tant que son sixième sens ne lui dit pas OK c’est bon, elle n’est pas satisfaite et ne peut se contenter d’un résultat qui ne serait pas parfait ».
Mais si le monde entier voit en Marilyn la nouvelle star mondiale numéro un, son studio reste le dernier à ne pas en être convaincu.
La Fox propose à Marilyn « How to be very very Popular » où elle servira à nouveau la soupe à Betty Grable. Marilyn refuse. La Fox se vexe.
Sheree North qui triomphe à Broadway dans « Hazel Flag » est sommée de rapatrier ses fesses à Hollywood. La Fox la lance sur le marché comme la nouvelle « super-Marilyn ». Elle aurait d’ailleurs les mêmes mensurations. Elle le prouve en posant dans les robes du film « Les Hommes Préfèrent les Blondes ». On ne s’appesantit pas sur le fait que l’on a retouché dans la foulée et à son usage les robes de Marilyn …Et de Jane Russell !
Sheree est littéralement flanquée dans « How to be very very Popular » au côté de Betty Grable.
Le film fait un succès honnête mais rien en comparaison de ce que la Fox pouvait espérer avec Marilyn à l’affiche.
Sheree sera très vite abandonnée par la Fox et cette excellente actrice devant qui s’ouvrait une prometteuse carrière se verra condamnée à être pour le public « celle qui voulait être Marilyn ».
Alors que rien n’était plus faux.

Hollywood s’obstinera longtemps à lancer des « nouvelles Marilyn » dans les pattes de l’ancienne. Il y eut Sheree bien entendu, Kim Novak chez Columbia.
Mais d’abord et surtout Jayne Mansfield avec son monsieur muscles et ses chihuahuas.
Et qui de plus est, Jayne faisait partie du même studio que Marilyn.
Pour être tapageuse et plutôt vulgaire, Jayne n’en était pas moins bonne actrice et fort populaire. Malheureusement pour la Fox, et bien que dans un autre style, elle n’était pas plus manipulable que Marilyn.
Jayne adorait être une star de toutes les fibres de son corps. A l’époque de la grande rivalité entre elle et Marilyn, elle avouait sans fausse honte et avec énormément de sincérité être une admiratrice inconditionnelle de Marilyn. La réciproque était loin d’être vraie.
Un jour Marilyn déclara : « Je devrais être flattée que Jayne Mansfield s’efforce de m’imiter en tout, mais elle est tellement vulgaire qu’elle me fait honte, je la hais pour détruire ce personnage que j’ai mis si longtemps à fabriquer ! » Jayne envoya une multitude d’invitations à Marilyn mais elle n’eut jamais de réponses.
Dans les années 50, toute star bien née doit afficher son nom au générique d’un western.
Marilyn aura le sien avec « La rivière sans retour » avec Robert Mitchum. Mitchum me fait peur affirmait Marilyn à qui voulait bien l’entendre et surtout le publier. Mais dès le premier tour de manivelle dans le Montana, ils affichent une solide amitié.
Et pour cause !
Ils se connaissaient mieux que bien avant leur arrivée respective à Hollywood.
Marilyn était une habituée chez le couple Mitchum à qui elle rendait de fréquentes visites.
Le fils de Robert Mitchum gardant d’une de ses rencontres avec elle un souvenir ébloui.
Un jour de déluge, le petit garçon est assis près de la cheminée où flambe un grand feu.
Marilyn arrive, entre dans la pièce, se retourne dos à la flambée et soulève sa jupe pour se réchauffer les fesses, offrant au petit garçon une vue parfaite sur une lune resplendissante à la flambée. Mitch entre dans la pièce et dit simplement à Marilyn : « Tiens, est-ce que je t’avais déjà présenté mon fils ? » Et Marilyn se retourne, gratifiant le petit garçon d’un sourire attendri mais sans aucune gêne pour lui avoir montré son postérieur avant même de lui avoir dit bonjour ! « Mitch » restera toujours un ardent défenseur de Marilyn.
Il défendra toujours la femme, l’actrice et sa mémoire.

Des photos de la courageuse Marilyn la jambe dans le plâtre et souriant bravement sur ses béquilles affluent dans la presse. Refusant de se faire doubler dans les scènes périlleuses, la courageuse actrice s’est brisé la cheville en sautant d’un radeau dans les eaux glacées d’une rivière en furie.
Le monde entier s’émeut et admire. La dumb blonde a toujours eu le sens de la publicité.
Les scénes de radeau en question sont filmées en studio devant une transparance avec un accessoiriste qui éclabousse les acteurs avec un arrosoir.
Dans les années 50 toujours, l’Amérique possède une star plus importante que tous les John Wayne réunis : Le champion de base ball : Joe Di Maggio. En 1955 Marilyn Monroe devient madame Di Maggio. Lequel était engagé de longue date à Gloria de Haven.
Greta Garbo et Marlène Dietrich avaient misé sur un public européen pour garantir les recettes de leurs films plus intellectualisés que la moyenne hollywoodienne. Marilyn mise sur l’Amérique profonde pour asseoir sa popularité en épousant leur idole absolue. Sitôt le mariage prononcé, le jeune couple s’envole pour un voyage de noces qui fera date avant de faire des émules.
Plutôt que de s’offrir une petite quinzaine de jours aux Bahamas, Le couple est en Corée où la guerre fait rage. Marilyn chante pour le moral des troupes.
Elle surgit en scène devant 17.000 hommes qui n’ont pas vu une femme depuis des mois.
Elle se sent comme chez elle et déclarera plus tard « Je n’ai même pas songé à avoir peur ! » Lorsqu’un de ses psychiatres lui demandera quel était son plus beau souvenir, ce sera celui-là.
Jayne Mansfield, Raquel Welch, Dolly Parton et Cindy Crawford prendront la relève lors des conflits armés suivants. Il faut pourtant rendre à César ce qui lui appartient : C’est Terry Moore qui vint la première en Corée se faire applaudir. Mais Terry portait pour se faire un minuscule bikini d’hermine tellement scandaleux que l’armée s’offusqua et que toute l’affaire faillit terminer jugée en haut lieu.
Marilyn se contentera d’une sobre petite robe à bretelles.

Si Marilyn est californienne de pure souche, Joe, lui est d’origine italienne et ne rêve que d’une chose. Une gentille petite épouse bonne cuisinière pour regarder la télévision avec lui.
Or il a épousé le fantasme de toute l’Amérique
Elle vient de tourner dans « Sept ans de réflexion », la scène d’anthologie où sa jupe de soie blanche se soulève au dessus d’une grille de métro. Pour l’heure, tous les bus de New York trimballent la silhouette de madame Di Maggio exhibant sa petite culotte.
Pour la première fois, l’affichage publicitaire ne s’étale pas seulement sur les côtés des bus, mais aussi sur leur toit. Afin que l’on puisse admirer la star à la jupe virevoltante depuis les fenêtres des gratte-ciels New-Yorkais. Innovation géniale qui ne se reverra qu’une fois : avec Marilyn dans « Bus Stop » !
Sa silhouette dans 7 ans de réflexion s’affiche sur 20 mètres de haut sur un immeuble.
Marilyn est la plus grande star du monde même si l’académie des Oscar nie jusqu’à son existence et monsieur Di Maggio demande le divorce.
C’en est trop pour lui.
La fameuse scène où la robe de Marilyn se soulève a paraît-il, eu raison de sa patience et de sa tolérance.
Le tournage avait débuté en extérieurs. Mais la foule de badauds attirés par Marilyn comme des guêpes par la confiture même à 5 heures du matin preturbe le tournage. La production arrête les frais et préfére reconstituer la rue de New-York bien à l’abri des murs du studio. Marilyn l’ignore encore mais cette demande de divorce met fin, déjà, aux plus belles années de sa vie.
Marilyn s’empresse de reprendre à son compte la phrase de Rita Hayworth « Les hommes veulent coucher avec Marilyn Monroe mais ils se réveillent avec moi ».
Pour l’instant elle nage dans l’euphorie de la gloire. Son contrat a été remanié et elle a un droit de regard sur tout. La même année elle doit tourner le remake de « l’Ange Bleu » qui fit la gloire de Marlène Dietrich. Elle choisit l’acteur Allemand Curd Jürgens comme partenaire.
Le film se prépare. Les photos de Marilyn accoutrée de la panoplie fétichiste du personnage de Lola-Lola paraissent dans la presse.
Elles font en réalité partie d’un reportage d’Avedon où Marilyn imitait les plus grandes stars du passé : Lillian Russell, Clara Bow, Theda Bara, Jean Harlow et Marlène…C’est donc un hasard.
Mais le hasard existe-il à Hollywood ?
Et puis le film se fait. Avec Curd mais sans Marilyn remplacée par une jeune actrice Suédoise, May Britt. Le film sera un four d’envergure !

Elle décrète alors qu’elle veut absolument jouer le rôle de Grushenka dans « Les frères Karamazov » La Fox fait aussitôt la sourde oreille et engage Maria Shell. Marilyn est en furie et déclare à qui veut l’entendre qu’elle s’en fiche. Que le producteur Dino De Laurentis lui propose de tourner le film en Europe et qu’elle a engagé Marlon Brando comme partenaire !
Aucun de ces arrangements n’a bien sûr jamais existé.
On se moqua beaucoup de cette ambition, toute la presse étant persuadée qu’il s’agissait là d’une opération publicitaire. Marilyn effectua pourtant un travail préparatoire important sur le personnage et se fit photographier en Gruschenka. Elle porte sur les clichés soumis à la Fox le costume de Jennifer Jones dans « le Chant de Bernadette » où celle- ci campait Bernadette Soubirous.
Maria Shell quant à elle déclare : « Je ne comprends pas ! Si Marilyn Monroe tient tellement à ce rôle, qu’on lui donne et qu’on me laisse tranquille ! » Maria s’était mariée à Munich quelques jours avant le tournage et ne rêvait que de rentrer en Europe pour retrouver son mari tout neuf.
Lorsque l’on regarde les photos de Marilyn en Grushenka qu’elle a soumises au studio, on y voit une Marilyn en pauvresse au visage d’ange apeuré.
Mais est-ce bien là Grushenka ?
Tous ceux qui ont lu « Les Frères Karamazov » savent que le personnage du dernier roman de Dostoïevski n’est pas un petit ange pauvre et apeuré comme le propose Marilyn.
Patronne de taverne, usurière et aussi menteuse et manipulatrice qu’alcoolique, Grushenka est une fieffée roublarde. Si sa garde-robe n’est pas celle de la fille du Tsar elle est loin de traîner en loques dans les rues. Se peut-il que les détracteurs de Marilyn aient eu raison et qu’elle n’ait lu le roman qu’en diagonale, voire pas lu du tout ?
C’est la seule explication plausible.
A moins de considérer que Marilyn était rigoureusement incapable de composer un personnage.
Son travail sur « Bus Stop » prouvera assez que non.
Marilyn doit aussi incarner Jean Harlow dans le biopic qui se prépare. Une nouvelle fois, les photos de Marilyn accoutrée en Jean Harlow paraissent dans la presse. Puis on déclare que Marilyn est remplacée par sa seule rivale sérieuse à Hollywood : Kim Novak. On lance cette histoire d’adaptation de la vie de Jean Harlow comme une bombe. Le projet courrait depuis 1950 et c’est Margaret Lockwood qui aurait dû tenir le rôle. La FOX donne ainsi l’illusion de mettre en chantier ses cerveaux pour trouver des projets palpitants à Marilyn Monroe.Elle ne fait que dépoussiérer ses vieux rossignols.
En réalité, le nom de Kim est également lancé pour dépiter Marilyn. Le film se fera avec Carrol Baker...Huit ans plus tard ! Il est à noter que chaque fois que la Fox a refusé un rôle à Marilyn ou l’a remplacée par quelqu’un d’autre, elle n’a eu qu’à s’en mordre les doigts. Qui donc a vu May Britt en Lola Lola ou Maria Schell en Grushenka ?

Marilyn choisit son prochain script. Ce sera « Bus stop »
Elle choisit son metteur en scène : Ce sera Joshua Logan. Elle admire ce qu’il a fait pour Kim Novak dans le tout récent « Pic-Nic » qui triomphe et a fait de Kim Novak une star planétaire en un seul film. Elle peut choisir son partenaire : Ce sera Don Murray, un acteur de télévision.
L’acteur est fiancé à la jeune et jolie comédienne Hope Lange. Marilyn la fait engager pour un joli second rôle.
On a beaucoup admiré Marilyn pour avoir donné sa chance à Don Murray dans le film.
En fait, tous les acteurs de la planète furent passés au crible. Marilyn avait choisit Rock Hudson qui signa le contrat. Mais l’actrice se ravisa. La popularité de Rock était alors immense.
Marilyn ne souhaitait pas que SON film devienne un film de Rock Hudson avec Marilyn Monroe.
Don Murray hérite du rôle pour la raison essentielle qu’il correspond au personnage, soit, mais surtout qu’il est libre de suite. En réalité, tous les acteurs qu'elle a choisi ont fait stipuler par contrat qu'ils ne tourneraient pas avec elle. Paul Newman, Gregory Peck, Marlon Brando, tous refusent.
Elle voudra un vilain costume (Allô Travilla chéri ?), un vilain maquillage et une vilaine coiffure.
Elle voudra chanter faux, son personnage est une paumée de la cambrousse. Pas une star de Hollywood !
Le studio cède sur tout. Avec raison.
Le film est un triomphe critique et public. Marilyn est la meilleure, la préférée du public, la plus rentable.
Dans la foulée, elle rejette les scénarii qu’elle n’aime pas dont « La diablesse en collants roses ».
Collants que Sophia Loren s’empresse d’enfiler afin de tourner un des plus mauvais films de sa carrière.
Marilyn, croyant avoir gagné le respect de ses employeurs avec le triomphe de « Bus Stop » veut ensuite interpréter la prostituée de « Sanctuaire » d’après Faulkner
Le studio l’évince et lui préfère Lee Remick qui ne vaut pas encore un clou au box office.
Pour la faire mousser un peu plus, la FOX choisit Yves Montand pour donner la réplique à Lee.

Il est fascinant de noter à quel point l’actrice Lee Remick est présente dans la carrière de Marilyn. Elle l’évince de « Sanctuaire ». Elle signe pour continuer « Quelque chose va craquer » après le refus momentané de Doris Day. Elle modifie son contrat qui spécifiait que Miss Remick ne tourne pas nue pour pouvoir à son tour minauder sans voiles dans la piscine.
Marilyn partie, elle s’empressera de reprendre « Bus Stop » sur scène. « Sanctuaire » et la reprise théâtrale de Bus Stop sont des fours. Doris, quant à elle reviendra sur sa décision et succèdera à Marilyn dans la reprise ratée du film inachevé.
Grisée de gloire mais néanmoins furieuse, Marilyn s’exile à New-York et s’inscrit à l’actor’s studio. Elle fréquente les « intellectuels » de la côte Est. Elle rencontre et épouse l’écrivain Arthur Miller.
La Fox est fatiguée du comportement anarchique de sa star. D’autant que divorcer de l’idole du sport Américain pour un écrivain au chômage soupçonné de communisme en peine chasse aux sorcières, ce n’était pas la meilleure chose à faire.
Le couple part en voyage de noces à Londres.
Mais au bout de quinze jours, Arthur Miller doit regagner l’Amérique pour répondre aux accusations du comité de lutte contre les activités anti américaines.
Démaquillée sous d’épaisses lunettes noires, les cheveux décoiffés sous un foulard de mousseline et la silhouette camouflée dans un vieux pardessus avachi, Marilyn accompagne Arthur à l’aéroport. Il faut vingt-cinq policiers pour escorter la voiture de la star.
Elle ne pourra pas en descendre lorsqu’enfin ils arrivent à l’aéroport. Miller part seul, laissant Marilyn sur la banquette arrière de son taxi. Ce jour-là elle est la femme la plus seule.
La plus abandonnée du monde.

Marilyn rentre à son tour en Amérique mais reste à New-York. Elle critique cinéma et studios.
Elle s’entoure de tout un staff personnel : coachs, secrétaires, psychiatres et mari qui interviennent dans toutes les négociations entre la star et le studio. Elle de son côté passe la journée au lit, joue avec son petit cocker noir. Elle se grise de champagne et se laisse grossir pour « emmerder la Fox »
De plus en plus la presse se fait écho de « délabrement mental » après avoir longtemps parlé d’actrice capricieuse ou difficile.
Un journaliste la défend "Bien sûr que Marilyn Monroe n’est pas normale ! Je ne sais pas si elle ne l’a jamais été mais de toute façon comment n’importe quelle femme pourrait rester normale quand 150 millions d’hommes veulent la sauter à tout prix ! Il y en a déjà pas mal qui changent du tout au tout dès qu’elles font envie à un seul"
Elle s’enivre non seulement de champagne Piper Heidsieck mais de cachets de toutes les couleurs.
Elle monte sa propre société de production avec son photographe préféré Milton Greene.
Nantie de son statut de productrice elle s’envole pour Londres mener à bien son projet : « Le Prince et la Danseuse » avec Laurence Olivier chargé tant de la mise en scène que de lui donner la réplique. Et ce au grand dam de Vivien Leigh, interprète du personnage de la coconut girl à la scène, madame Olivier à la ville.
L’expérience est douloureuse pour Olivier.
Sa partenaire productrice n’a pas la rigueur des gens de théâtre.
Il n’arrive pas à la diriger. Il la trouve mauvaise et incompétente. A condition qu’elle vienne travailler bien entendu. Le prince des scènes anglaises est pour le moins désagréable avec sa co-vedette sur le plateau, se plaignant sans arrêt à tout venant.

Marilyn Monroe aura quand même le tact de ne pas se moquer des peu héroïques crises de goutte de ce gentleman et de ne pas demander à ses amis photographes qui ne peuvent rien lui refuser de prendre en photo le glorieux pansement de ce monsieur. Plus tard elle dira « Il m’approchait comme s’il avait peur d’être vu par quelqu’un alors il entrait au bordel, il se penchait sur moi comme sur un panier de poisson pourri ». Cette amabilité n’empêche pas Laurence Olivier de se plaindre lors de dîners de cette navrante possibilité qu’ont aujourd’hui les gens de basse extraction de réussir fiancièrement et de polluer les cercles plus distingués de leur vulgaire présence. Même si parfois il a malgré lui des éclairs de tendresse pour sa partenaire. Un jour il dit à sa femme : « Regarde-la, elle a un visage d’ange, on dirait qu’elle a cinq ans ».
Il faut dire aussi, que lors d’un très élégant dîner, alors qu’à la fin du repas chacun évoquait son plus grand rêve devant les convives triés sur le volet, Marilyn déclara à l’assistance bouche bée : « Je voudrais mettre une perruque brune, draguer mon père dans un bar, l’emmener baiser à l’hôtel puis lui dire « Et Alors ? Qu’est-ce que ça t’a fait de baiser ta propre fille, vieille ordure ? » Au contact du couple Vivien Leigh-Laurence Olivier, Marilyn se toque de Shakespeare et le cite à la moindre occasion. Ce n’est pas nouveau. Marilyn s’est forgé l’image de la star qui se veut intellectuelle depuis ses débuts.
Le film avec Olivier est mauvais même s’il rapporte énormément d’argent. Laurence Olivier a vieilli de 10 ans et refusera d’encore entendre parler de Marilyn jusqu’à la fin de sa vie.
Heureusement pour la star, le film suivant va vite faire oublier ce faux pas.
Arthur Miller est de plus en plus présent dans la carrière de sa femme. Ses admirateurs estiment qu’il se gâche dans cette histoire.
Sa production littéraire ralentit.
Un jour que Milton Greene entre dans la loge de Marilyn, son dramaturge de mari est assis dans un coin et colle avec soin les articles de presse qui concernent Marilyn dans son album. Milton Greene sera d’ailleurs bientôt évincé de la MM productions. Il avait investi tout son avoir dans l’entreprise et fait une confiance aveugle à Marilyn. L’actrice déclarera à la presse : « je n’ai pas créé la MM productions pour que ce monsieur Greene dévore 49% de mes gains » Elle n’avait pas investi un seul cent dans l’affaire.

« Certains l’aiment chaud » de Billy Wilder est un des meilleurs films de tous les temps.
Un des plus gros succès du box-office mondial. Les royalties du film feront rouler Marilyn sur l’or jusqu’à la fin de sa vie.
Sous le soleil de Floride, Marilyn fait du tournage un enfer. Enceinte, elle grossit à vue d’œil.
Elle accuse des heures de retard, mettant les nerfs de Tony Curtis et Jack Lemmon habillés en femmes à rude épreuve. Billy Wilder qui l’avait déjà dirigée et en avait obtenu le meilleur croyait savoir comment s’y prendre avec elle. Ce en quoi il se trompait lourdement.
Lorsque le tournage débarque en Floride pour les scènes de plage, Wilder découvre avec effroi que son décor est à proximité d’une base aérienne de l’armée. Un avion passe au-dessus de leurs têtes toute les dix minutes. Or, Marilyn a une de ses plus longues scènes sur la plage.
Celle ou Tony Curtis lui fait croire qu’il est un roi du pétrole. La scène fait trois pages dans le scénario. Entre les passages d’avions et les errances de Marilyn, Wilder déclare sans rire : « Ça va prendre trois semaines ! Il faut me les prévoir sur le planning ».
Quand une scène est bonne, on la double par sécurité.
Wilder a l’habitude de tripler les scènes importantes par sécurité. Il considère donc qu’il faudra une semaine pour chaque scène. Le premier jour de tournage, Marilyn arrive et sa scène est bonne du premier coup. Aucune erreur, aucun bafouillement. Elle est juste, dans le rythme, drôle, craquante impeccable. Dans son fauteuil d’osier, Tony Curtis la regarde, complètement sidéré. Wilder double la scène, Marilyn est meilleure encore. Il la triple, elle est époustouflante.
La scène qui devait prendre trois semaines aura pris trois heures !
Plus tard en discutant avec sa star, il se rend compte qu’elle connaît sur le bout des ongles huit pages du scénario. Les prochaines scènes qu’elle a à tourner.
Fou de joie, il n’est pas loin de faire la danse de la pluie, tout nu sur la plage à la pleine lune.
Le lendemain, Marilyn n’a qu’une courte scène de raccord. Elle doit frapper à une porte et dire « C’est moi, Sugar ».
Première prise. Elle frappe et dit « Sugar, c’est moi ! ». Ce qui n’a pas du tout le même sens.
Il faudra 3 prises se dit Wilder. 82 fois elle dira « Sugar, c’est moi ! »
Wilder avait même écrit la réplique sur un panneau et l’avait fixé à la porte à hauteur des yeux de Marilyn. Rien à faire : « Sugar c’est moi ! » Wilder masquant tant bien que mal son exaspération lui dit d’une voix doucereuse « Marilyn chérie, tu n’as qu’à lire la réplique, elle est écrite sur la porte ». Et elle : « Non, je ne veux pas la lire, ça ne serait pas naturel. » Pour la scène suivante, Marilyn doit ouvrir les tiroirs d’une commode et dire « Où est le bourbon ? »
Ça lui est impossible.
Wilder a fini par écrire la réplique au fond de chaque tiroir. Il la filme de dos pour qu’elle n’ait pas à jouer mais seulement dire sa réplique. Rien n’y fait.
Vers la cinquantième prise, Wilder lui dit de son ton mielleux « Marilyn, ma petite chérie, ça va aller, ne t’en fais pas ». Et elle d’un ton sec : « M’en faire ? Et pourquoi ça ? ».
N’importe quel autre réalisateur l’aurait filmée sans le son dès la troisième prise et aurait ajouté une voix au montage. Wilder est trop scrupuleux envers le public et trop honnête envers ses acteurs pour ça. Il ne lui mettra même pas une claque alors que pas mal d’autres l’auraient découpée vivante au couteau suisse.
Elle rendra quand même Billy Wilder responsable de sa fausse couche survenue durant le tournage. Il la fait courir à plusieurs reprises juchée sur des talons aiguilles vertigineux le long de l’océan. C’est ce qui aurait provoqué l’accident. Le staff de Marilyn chapeauté par son écrivain de mari au chômage se mêle de tout. Il faut dorénavant s’adresser à Marilyn par personnes interposées. Le climat va tourner à la haine.
Arthur Miller était intervenu chez Wilder : « Ma femme est enceinte et fatiguée, j’aimerais qu’elle quitte le set à 16H pour se reposer ». Réponse de Wilder : « Impossible, c’est l’heure où elle arrive ! »
Le film connaît un triomphe sans précédent et les dirigeants de la Fox sont ravis. Le nom de Monroe est à l’affiche du plus gros succès de l’année. Lors de la première à New York, Marilyn elle-même est morte de rire en voyant le film. Personne ne semble se rendre compte que si Marilyn reste un argument publicitaire puissant, elle n’est pour rien dans la réussite du film.
Un scénario splendide, une mise en scène parfaite et les hilarants Tony Curtis et Jack Lemmon font de ce film un régal. Marilyn n’est pas indispensable. Il se peut même qu’une autre actrice ait mieux servi le film. Elle n’est pas drôle, elle est absente. Elle est particulièrement « épaissie » et ses robes sexy lui donnent l’air d’un esturgeon prêt à pondre. Pour une fois Travilla n’était pas là. Et sans lui, Marilyn Monroe n’est jamais tout à fait là non plus.
Alors qu’elle caracole en tête du box office, Marilyn est sur la pente savonneuse. Pour sa prestation dans le film de Billy Wilder elle recevra un Golden Globe. Elle viendra le chercher vêtue d’une robe de sirène toute de paillettes émeraude. C’est Rock Hudson et Charlton Heston qui doivent lui remettre son « award » lors de la soirée qui sera télévisée. Mais Marilyn est complètement ivre. Elle titube et chancelle sur scène, s’effondre sur Rock Hudson.
Elizabeth Taylor, présente dans la salle demande aux équipes de télévision de ne pas transmettre la cérémonie pour ne pas mettre Marilyn dans l’embarras. Ils acceptèrent, trop heureux de faire plaisir à LA Taylor, a qui d’ailleurs personne n’a jamais songé à refuser quoi que ce soit. Mais la haine que nourrissait Marilyn pour Elizabeth Taylor ne faiblit pas pour autant.
Elle ne lui dit même pas merci se demandant sans doute de quoi elle se mêle.
Lorsqu’elle posera nue au bord de la piscine sur le plateau de « Quelque chose va Craquer » elle donnera ses photos aux magazines gratuitement, renonçant à son droit à l’image à condition qu’avec sa photo était en couverture il leur était interdit d’écrire le moindre mot sur Elizabeth Taylor dans le même numéro !
Le mariage Monroe Miller bat de l’aile. Fatigué des névroses de sa femme, il est arrivé à l’écrivain de la faire grimper dans un taxi soi-disant pour aller au studio et l’envoyer en droite ligne en institut psychiatrique. Il n’hésite pas à signer les demandes d’internement. Marilyn se retrouvant prête à tourner en…cellule capitonnée ! Marilyn enfermée se souviendra que tout le personnel venait l’observer comme une curiosité sans s’occuper d’elle, la laissant seule au milieu des hurlements des fous. Difficile d’imaginer que l’on ait pu un infliger un tel traitement à la plus grande star du monde (ou a tout être humain !) Elle réussira à faire passer un message désespéré à Joe Di Maggio qui parviendra à la sortir de ce guêpier, menaçant de démonter la clinique brique par brique si Marilyn ne sortait pas immédiatement. Hormis Joe Di Maggio, personne ne viendra à son secours. Tous ses bons amis restant sourds à ses appels…ou ignorants de la situation.
Un jour Marilyn était tombée sur le carnet où Miller prenait des notes. Elle fut payée de sa curiosité en lisant : « J’ai cru épouser un ange je me suis trompé, elle me vide et me fatigue, Laurence Olivier n’a pas tort de la considérer comme une putain emmerdeuse »
Marilyn était très amie avec Truman Capote qui écrivit le scénario de « Diamants sur Canapé » à son intention et en utilisant ce qu’il savait d’elle. Le scénario bouclé, il a été refilé d’autorité à Audrey Hepburn sans que Truman n’ait son mot à dire et sans qu’Audrey n’ait rien demandé.
La douce Audrey en fit un chef d’œuvre. Ce malgré la présence de Capote sur le plateau qui refusait purement et simplement de lui adresser la parole. Lorsque d’aventure Audrey s’aventurait à lui poser une question, il lui glapissait au visage : « Laissez-moi tranquille, ce rôle est à Marilyn Monroe, vous le lui avez volé ! » Au fur et à mesure du tournage, Truman succomba au charme d’Audrey et fut complètement conquis par son intelligence et sa sagacité.
Mais on peut se demander ce que serait devenu ce film avec Marilyn dans le rôle. Un jour où Marilyn assiste à un enterrement avec Truman Capote, elle lui glisse à l’oreille : « Avec tout ça je n’ai pas eu le temps de m’occuper de ma couleur, regarde, on voit mes racines foncées ! »
L’écrivain lui répond : « Ah bon ? Tu n’es pas une vraie blonde ? » Et Marilyn : « Bien sur que si, je suis une vraie blonde, et une vraie blonde qui t’emmerde en plus ! » La star avait sa coiffeuse personnelle et se faisait décolorer également le pubis, affirmant que des poils foncés se verraient sous ses robes claires puisqu’elle ne portait jamais de sous-vêtements.
Marilyn enchaîne avec « Le Millionnaire » sous la houlette de Georges Cukor avec la nouvelle (et très momentanée) coqueluche des Américains, l’acteur français Yves Montand, flanqué de son épouse Simone Signoret nommée aux Oscar. Le film était prévu pour Rock Hudson après le refus de Gregory Peck. Les choses étaient décidées et la presse avait même annoncé en fanfare ce nouveau couple de cinéma. Mais Arthur Miller met le nez dans le scénario, le triture, le bidouille pour rendre son épouse plus intéressante. Jusqu’à ce que le rôle de Rock Hudson n’ait guère plus d’intérêt qu’un chausse-pied. Il rend son tablier et Marilyn se retrouve en carafe de partenaire. Elle assiste à la première d’Yves Montand sur scène à New-York. Dès le lendemain elle appelle Cukor : « C’est lui qu’il nous faut ! C’est un acteur qui joue avec son corps ». Pourquoi pas ? De toute façon, personne ne veut s’y coller à Hollywood.
Une certaine communauté d’esprit règne entre l’auteur de « Vu du pont », Simone Signoret et Yves Montand. Ils partagent des bungalows voisins au Beverly Hills hôtel. Le 20 et le 21.
Marilyn se lie d’amitié avec Simone Signoret. Elle lui offrira son foulard de soie verte qu’elle portait dans « Bus stop » et gardait jusque là comme un talisman.
Malgré son amitié sincère, Marilyn n’hésite pas à mettre le grappin sur Yves Montand dès que Simone a regagné l’Europe, son Oscar sous le bras.
L’affaire s’ébruite et la presse fait grand cas du scandale Montand-Monroe. Le tapage est monstrueux, dépassant de loin l’intérêt très relatif de ce mauvais film où, inconsciemment Marilyn se caricature elle-même. On a l’impression que le scénario est écrit pour se moquer des prétentions artistiques et intellectuelles de la star. Qu’elle-même interprète le personnage par ailleurs trop jeune pour elle est pour la Fox un moyen implicite de montrer au monde entier que Marilyn ne sait même pas lire un scénario. Un scénario où son propre mari a mis la main pour se payer sa tête et que dans toute cette guéguerre avec la star, le studio n’a pas forcément le role du vilain.
Dès le dernier tour de manivelle donné, Montand s’envole rejoindre Simone Signoret à Paris et oublier à la fois ce mauvais film et Marilyn. On le fera revenir à Hollywood pour donner la réplique à…Lee Remick dans « Sanctuaire ». Un film que Marilyn rêvait de faire.
Parlant toujours l’anglais comme une babouche, Montand y sera ridicule et pour beaucoup dans l’échec du film.
Comme d’habitude, le climat du tournage fut un réel enfer malgré les efforts de Cukor et Montand pour « dompter » Marilyn, son éternel staff se mêle de tout.
Elle obéit à tout le monde sauf au metteur en scène sur un simple signe de tête de Paula Strasberg surnommée le corbeau, les scènes doivent être recommencées à l’infini tant que « le corbeau » n’est pas pleinement satisfait. Marilyn ne voit pas les rushes, elle confie cette tâche à son psychiatre.
Marilyn avait d’abord nié toute relation avec Yves Montand.
Puis elle s’en vantait ouvertement et affirmait avoir bien l’intention de l’épouser.
Lorsque l’acteur fut rentré en France, Marilyn dépitée dit aux journalistes :
« Voilà, c’est fini, il est allé la rejoindre, ils doivent bien rire de moi, tous les deux à Paris ! »
Elle avait déjà tenté de mettre le grappin sur Frank Sinatra qu’elle comptait bien épouser lui aussi. Montgomery Clift allait suivre. Marilyn le harcèlera littéralement sur le plateau des « Désaxés », croyant d’abord que ça ne marchait pas parce que, disait-elle : « je crois qu’il couche avec Elizabeth Taylor ! ». Quand tout le monde lui affirmait que Monty préférait coucher avec des garçons, elle s’exclamait : « Hein ? Mais vous êtes dingues, pourquoi ferait-il ça ? »
Elle dut pourtant bien se faire une raison. Elle jeta dès lors son dévolu sur Robert Kennedy qu’elle convoita maritalement lui aussi. Un détail lui avait échappé. Il était déjà très marié.
A la fin de sa vie, elle fréquentait beaucoup un gigolo Mexicain et tapageur qu’elle présentait comme un scénariste de génie. Et ce malgré ses chemises framboise et ses pantalons pistache.
Il faut bien le dire, Marilyn cumulait les échecs.
Simone Signoret pour sa part ne tiendra pas rancune à Marilyn, mettant son incartade sur le compte de sa solitude, son désarroi et d’un besoin viscéral d’être aimée. Simone Signoret gardera le foulard de soie verte jusque dans la tombe.
Malgré l’affaire de la courte liaison Montand-Monroe montée en épingle par la presse mondiale, le film est un fiasco. Amplement mérité, c’est une daube de première. Ça tombe mal pour la Fox qui commence à ressentir le désastre financier de Cléopâtre qui est un véritable gouffre sans fond.
Le scandale suscité par la liaison Elizabeth Taylor-Richard Burton se superpose au scandale Monroe-Montand. Les ligues bien pensantes sont en émoi.
De plus, Marilyn refusant désormais les rôles de blondes idiotes à gros seins, le studio a déjà fait appel depuis belle lurette à une autre remplaçante ravie de prendre la place. Miss Jayne Mansfield déjà évoquée et qui vient d’aligner trois énormes succès. Mais au lieu d’obéir sagement à la Fox, Jayne préfère poser régulièrement nue pour Play Boy. Comble de tout, elle divorce de son monsieur muscles Mickey Hargitay. Elle grossit, s’exile en Europe et veut des rôles plus « intellectuels ». C’en est trop pour la Fox qui l’expédie au chômage avec sa Cadillac rose. Le studio a l’impression de financer deux fois le même mauvais scénario.
Marilyn part pour Reno pour le tournage de ce qui sera son dernier film abouti : « Les Désaxés » de John Huston. Avec Clark Gable, Montgomery Clift, Elli Wallach un de ses plus fidèles amis, et Thelma Ritter. Lorsque Marilyn arrive sur le tournage, avec trois jours de retard, elle lance à Huston qu’elle se souvient parfaitement qu’il l’ait traitée de petite putain sur « Asphalt Jungle ».
Il lui répond le plus paisiblement du monde « C’est toujours ce que tu es, une petite putain, c’est pour ça que je t’engage. Les putains ça doit en donner pour son arent, ça paie avec son corps et avec son esprit. Moi je n’en ai rien à foutre de tes singeries d’actor’s studio et de tes psychiatres à la noix, d’ailleurs balance-moi tout ça ! » Au cours du tournage, Marilyn et Clark visitent un orphelinat avec une meute de journalistes et la Fox a remis un chèque de 1000$ à Marilyn pour qu’elle fasse une bonne action devant les photographes. Devant les enfants, l’actrice fond en larmes, déchire le chèque de la Fox et signe un chèque personnel de 10 000$ (un tiers de sa fortune personnelle). Joli geste mais pourquoi avoir privé l’orphelinat des 1.000$ du studio ?
Miller a collaboré au scénario des « désaxés » et le modifie encore tous les jours au cours du tournage. Leur couple s’est défait. Ils ne se parlent plus. Miller sait qu la pire chose que l’on puisse faire à Marilyn Monroe c’est modifier ses scènes à la dernière minute. Il s’en donne à cœur joie, change constamment ses répliques parfois même lorsque le moteur est lancé.
Marilyn et son mari ne se supportent plus. Ils arrivent sur le tournage en même temps mais dans des voitures différentes. Le climat, les caprices de Miller qui valent bien ceux de sa fantasque épouse et le comportement incohérent de Marilyn mettent les nerfs de tout le monde à rude épreuve. John Huston qui ne déteste pas attiser les tensions prend un malin plaisir à tenir avec Miller des conversations de haute volée sous le nez de Marilyn en feignant d’ignorer qu’elle est dans la pièce. Un autre évènement va perturber le tournage de manière aussi apocalyptique que rocambolesque.
La première du film « Let’s Make Love » doit avoir lieu à Reno. Puisque Marilyn s’y trouve, elle accepte de venir jouer les stars à la soirée puisque son défraiement se traduira en contributions à des œuvres de bienfaisance de son choix. Ce soir là Marilyn est fin prête et à l’heure.
On ne lui a pas dit que Montand et Signoret qu’elle a personnellement invités ont officiellement décliné, mais toute la presse est là. Quelques instants avant son arrivée des incendies de forêt éclatent et bientôt la région est un brasier. La ville n’est pas sur le chemin des flammes mais la centrale électrique a été complètement détruite. Reno est plongé dans le noir total.
Ces messieurs de la presse repartiront vaille que vaille, leur avion décollant à la lumière de feux de Bengale. Ils verront le film le lendemain, dans la salle de projection de la FOX, avec une bière et un hot dog mais sans Marilyn.
Quelques jours après la fin du tournage, Clark Gable est emporté par une crise cardiaque.
L’opinion publique rend responsable Marilyn de la mort de l’acteur après une agonie relayée de minute en minute par les médias. La conduite de l’actrice ayant dit-on, usé sa résistance nerveuse sur un tournage particulièrement physique. La veuve de Clark prendra la défense de Marilyn, l’invitera au baptême du fils de l’acteur défunt, lui proposant même de devenir la marraine de l’enfant. Marilyn déclinera l’invitation, quoique très émue, étant incapable de se parrainer elle-même.
Clark Gable qui avait toujours eu des problèmes de poids n’arrivait plus à gérer sa silhouette passé la cinquantaine. Avant chaque tournage il faisait une cure sévère de Dexterine qui avait pour effet de le faire rapidement maigrir mais qui paradoxalement lui faisait gonfler le visage et occasionnait des tremblements musculaires. Nombreux étaient ceux qui alors étaient persuadés que le King souffrait de la maladie de Parkinson. Gable dont le poids sans Dexterine avait doublé était impossible à filmer en gros plan dans les premières semaines du tournage des « Misfits ». Il était bien plus difficile à gérer que Marilyn. C’est dire. Marilyn fut d’une patience totale avec Clark Gable et d’une discrétion de sépulcre à propos de son état de santé chancelant et de son embonpoint. L’acteur forçait l’admiration pour ses scènes très physiques avec des chevaux dans le film. Ce qui prouvait assez disait-on sa santé olympique.
Marilyn ne dira jamais que les scènes étaient toutes tournées par des cascadeurs.
Et pour clore, ces deux-là s’entendaient comme larrons en foire. Un jour où Marilyn s’excusait pour son retard, l’acteur lui répondit : « Ne te bile pas chérie, quand tu es en retard moi je suis en dépassement, j’ai déjà gagné 48.000$ de plus grâce à toi sur ce film, alors plus tu seras en retard et pour moi mieux ce sera ! » Mais la patience et la sollicitude que Marilyn eut vis-à-vis de Clark Gable n’enlevait rien à ses propres problèmes. Il serait peut-être plus juste aujourd’hui de dire qu’il est bien probable que Clark Gable ait bien involontairement précipité la fin de sa jolie partenaire plutôt que l’inverse pourtant considéré comme acquis.
Marilyn moralement et physiquement détruite accuse mal le coup.
Le divorce Monroe- Miller est prononcé. Miller se remarie immédiatement avec une photographe dont il vante l’intelligence, se disant lassé de la beauté. Marilyn est sans cesse sous l’emprise de l’alcool et des stupéfiants. Le public ne veut d’elle que dans des resucées de ses rôles fantaisistes. La star refuse, sa cote est en chute libre. La Fox elle-même y va de ses commentaires : « C’est incroyable comme le public s’est désintéressé rapidement de Marilyn Monroe ! Elle, si célèbre hier encore, n’est même plus citée lorsque l’on parle dans la presse des plus belles actrices d’Hollywood. Les photographes ne la sollicitent plus depuis qu’elle est devenue si grasse. Avant le studio recevait jusqu’à 8.000 lettres par jour pour elle, aujourd’hui il y en a à peine une centaine par semaine. Lorsqu’elle est rentrée à Los Angeles il y avait à peine une dizaine de curieux à l’aéroport pour la voir et personne ne lui a demandé d’autographe. A pat Frank Sinatra et Joe Di Maggio, il n’y a même plus personne qui l’invite à dîner. Elle commence un nouveau film avec Cukor ces prochains jours, pour elle ce sera crucial » (Février 1962)
Pour peu que les Burton-Taylor se tiennent tranquilles quelques jours et ne donnent pas matière à copies, les journalistes se retournent vers les caprices de Marilyn pour leurs gros titres.
Mais ce n’est plus pour rire avec elle et répéter ses bons mots. C’est pour en rire ou la plaindre.
Son déséquilibre mental fait parfois la une. Une actrice comme Joan Crawford va même s’en prendre par voie de presse à … « Marilyn Monroe et Elizabeth Taylor, ces imbéciles irresponsables et irrespectueuses qui déshonorent Hollywood et le cinéma tout entier ! »
La réponse de Marilyn ne se fait pas attendre. Sachant que Joan Crawford traite mal ses quatre enfants adoptifs, elle répond par voie de presse : « Je suis d’autant plus navrée que cette critique vienne d’une actrice que j’admire pour son talent et son courage et d’une femme que je respecte pour avoir su donner un foyer plein de tendresse à ses enfants ! »
Marilyn avouait volontiers avoir été invitée par Joan Crawford chez elle au début des années 50, alors que Joan était prévue pour « Clash By Night » sous prétexte de travailler à son image.
Mais qu’en fait, sous ce faux prétexte, Crawford voulait la mettre dans son lit. N’ayant jamais eu d’expérience homosexuelle, Marilyn se « Laissa faire pour voir » selon ses propres termes. N’appréciant pas les talents de Joan, elle prit la poudre d’escampette. Ce qui déclencha les « hostilités Crawford »
Marilyn est en plein désarroi depuis des années. Elle passe des heures au téléphone à chercher du réconfort chez tous les gens qu’elle connaît. Un soir où elle n’arrive à joindre personne, elle sort de chez elle, grimpe dans la camionnette d’un laitier, lui demandant si elle peut l’accompagner dans sa tournée pour bavarder un peu ! Le brave homme subit son babillage de star névrosée toute la nuit et lui remonte le moral comme si elle était une petite fille. Marilyn rentre chez elle gonflée à bloc au petit matin et appelle Miller à New York pour lui raconter l’anecdote. L’aimable mari lui répond : « Laisse-moi tranquille, bientôt tu seras morte et il ne restera plus de toi qu’un tas de vieilles photos ! » Pour le brave laitier, tout était à recommencer.
D’autres attaques vont blesser Marilyn plus profondément. Alors que le triomphe de « Certains l’aiment chaud » a fait de lui le réalisateur phare d’Hollywood, Billy Wilder commente à propos du film que Marilyn commence avec Cukor : « Oh, Cukor va se rendre compte des progrès inouïs de miss Monroe ! Avant, elle arrivait à midi quand on l’attendait à neuf heures, maintenant, quand on l’attend en mai, elle vient vous faire la surprise d’arriver en Octobre ! »
Elle compte néanmoins encore de bons amis à Hollywood dont Frank Sinatra et Dean Martin.
Il se peut que ce soit ce dernier qui ait insisté pour avoir Marilyn comme partenaire dans son prochain film « Quelque Chose va Craquer » avec également Cyd Charisse. Cukor accepte à contre cœur de diriger une seconde fois Marilyn à la condition sine qua non de diriger ensuite « My Fair Lady » avec la très obéissante Audrey Hepburn.
Ravagée par ses abus en tous genres, Marilyn appelle son ex-mari Joe Di Maggio à son secours.
Le champion sportif la prend en charge et lui rend en quelques semaines son aspect éblouissant de plus belle femme du monde. Elle apparaît sur le tournage magnifique et radieuse, étant passée du 44 au 38 en un tour de main de magicien. Marilyn respire la joie de vivre. La Fox l’a réengagée. Elle est divorcée de Miller et a un nouvel amant dont elle est folle : le président des Etats-Unis lui-même : John Kennedy. Mais si la star est bien dans son corps, elle est mal dans sa tête. Caprices et retards reprennent plus que jamais. On tourne toutes les scènes dont Marilyn n’est pas. Celles avec Dean Martin et Cyd Charisse pour gagner du temps.
Bientôt elles sont toutes achevées.
Marilyn est indispensable. Elle est de chaque scène qu’il reste à tourner. Le metteur en scène doit traiter avec …le psychiatre de sa vedette ! Soixante prises sont nécessaires pour une seule phrase. Parfois l’actrice perd connaissance. Le tournage prend un retard monstrueux. Une nouvelle catastrophe se prépare pour la Fox déjà ruinée par Cléopâtre.
Marilyn fête ses 36 ans sur le plateau. Il lui reste moins de deux mois à vivre.
Marilyn a demandé au studio la permission de se rendre au Madison square Garden pour l’anniversaire de Kennedy. Le studio refuse à cause d’un plan de travail déjà très en retard mais l’actrice se fait porter malade et apparaît au gala dans un fourreau de perles de cristal signé Jean Louis pour chanter « Happy Birthday Mister President » au nez et à la barbe de Jackie Kennedy. En tout cas c’est bien ce qu’elle espérait mais Jackie ne s’est pas déplacée. John Kennedy est venu seul. Marilyn, titubante arrive sur scène en retard comme il se doit. La tension est extrême. Peter Lawford qui avait dû meubler en attendant son bon vouloir la présente « Mister président, the late Marilyn Monroe ». Ce qui veut dire « Marilyn Monroe en retard » mais veut dire aussi « Marilyn Monroe décédée ». Elle réussit parfaitement sa chanson même si elle en fait des tonnes dans le côté provocation sexuelle. Elle est follement applaudie. Elle était le grand évènement de la soirée. Pourtant elle n’était pas invitée. Elle avait acheté une invitation à 1000$. Puis elle avait décidé elle-même qu’elle chanterait « Happy birthday ».
Elle ne faisait pas du tout partie du programme initial.
Jackie Kennedy outragée devant son téléviseur reçoit un million de dollars pour accepter de rester mariée à John Kennedy. Bien sûr, il n’est plus question de liaison entre Marilyn et le président. Ils finiront la soirée au Carlyle hôtel et ne se reverront plus jamais. Elle se consolera dans les bras de son frère Robert. John Kennedy dans ceux de Jayne Mansfield et Angie Dickinson. Jackie Kennedy deviendra une des femmes les plus riches du monde.
De retour à Hollywood, Marilyn est congédiée par la Fox.
Le studio pensait la remplacer et continuer le film avec une autre actrice, alias Lee Remick.
Dean Martin refusa en argumentant « J’ai signé pour tourner avec Marilyn Monroe et avec personne d’autre ! » Cyd Charisse sera plus véhémente encore. Marilyn semble peu s’en soucier, toute à l’aménagement de sa nouvelle maison de Brentwood et sa liaison avec Robert Kennedy.
Elle sait sa ligne téléphonique sur écoute et passe tous ses appels importants d’une cabine.
Sans travail, elle se distrait en posant nue pour Bert Stern lors d’un reportage commandé par Vogue. Le magazine n’utilisera pas ces photos à l’époque, devenues depuis les plus célèbres du monde et régulièrement exposées dans les musées du monde entier. Parfois Marilyn s’amuse à effrayer son entourage en menaçant de donner une conférence de presse pour « faire péter le couvercle de la marmite » Quel couvercle de quelle marmite, personne ne le sait. Kim Novak qui s’était retrouvée à son grand dam en même temps que Marilyn à une réception chez Peter Lawford avait commenté au printemps 1962 : « Il n’y en avait que pour elle, elle a agrippé Robert Kennedy et a passé la soirée à lui poser des questions politiques dont elle notait scrupuleusement les réponses. Moi j’aurais pu me volatiliser que personne ne se serait aperçu de rien ! »
Des rumeurs ont affirmé que Marilyn avait la preuve d’un attentat terroriste fomenté par la maison blanche et exécuté par la mafia contre Fidel Castro. En échange du meurtre, la mafia récupérait ses casinos à Cuba. La seule chose qui soit absolument certaine, c’est que la conférence de presse en question était fixée au 6 Août. Marilyn est morte le 5.
Le week-end avant sa mort, Peter Lawford, sa femme Patricia Kennedy et Marilyn sont invités par Frank Sinatra au Cal Neva, un hôtel casino très jet set au bord du lac Taohe dont Frank Sinatra possède des parts. La preuve existe qu’elle ait appelé Joe Di Maggio qu’il vienne « la tirer de là » et que celui-ci se soit présenté au Cal Neva. Il s’est fait refuser l’entrée par le service de sécurité. Motif de cet éloignement à la campagne : Robert Kennedy était en ville, il fallait évacuer Marilyn.
Subitement, la Fox réengage la star avec un salaire doublé. Un autre évènement peut éclairer la situation sans venir l’éclaircir pour autant. L’Italie rêvait de Marilyn Monroe depuis la mise en chantier du film « Hélène de Troie ». La puissante Titanus fit savoir très officiellement à la Century Fox qu’elle jugeait le comportement du studio vis-à-vis d’une star telle que Marilyn Monroe tout à fait inqualifiable ! En conséquence de quoi, la Titanus proposait de racheter tous les contrats et les droits du film interrompu pour qu’il soit terminé en Italie. Une telle aubaine ne tombe pas du ciel tous les 15 du mois et la Century Fox déjà aux abois dut se mordre les doigts d’avoir congédié Marilyn Monroe peut-être un peu vite. Dès lors, qu’on lui offrit dare-dare un nouveau contrat, quitte à lui promettre tout et n’importe quoi pour refourguer le package complet à la Titanus est tout à fait possible.
En échange de ce deal, Marilyn accepte de se débarrasser du « corbeau » Paula Strasberg.
Pour se faire pardonner, elle couche les Strasberg sur son testament. La Fox exigeait que ses stars sous contrat fassent leur testament, fatiguée des combats des ayants droits en cas de décès. Marilyn rédige le sien en s’exclamant : « D’accord, mais j’ai l’intention de vivre encore un peu, vous savez ! » Lee Strasberg ne donnera plus jamais d’interviews sans parler de Marilyn.
15 ans après sa fin il pérorait encore : « Marilyn Monroe avait un talent fou, un naturel incroyable que j’ai réussi à lui faire canaliser. Le cinéma et ses réalisateurs n’ont pas réussi à tirer un bon parti d’elle. Ses meilleures scènes elles les a jouées ici, sur la scène de l’actor’s studio quand c’est moi qui la dirigeais. » Puis d’ajouter que son enseignement est tel que chaque année sa lourde tâche consiste à sélectionner quelques élus parmi les 40.000 aspirants élèves. Au terme de cette communication soignée et bien rôdée, il ajoutait sans rire que l’actor’s studio était absolument gratuit, n’existant que grâce à ses généreux donateurs. Comme si les généreux donateurs n’étaient pas ses élèves à commencer par Marilyn qu’elle soit vivante ou défunte. Il faut souligner que les Strasberg, avant de profiter de Marilyn avaient tenté de phagocyter la riche Katharine Hepburn et après le décès de Marilyn se sont intéressés de très près à Sophia Loren et ses rutilants millions pour…lui apprendre son métier.
Quelques jours plus tard, la star décédait d’une overdose de barbituriques dans sa maison de Brentwood. Le mercredi suivant, Marilyn Monroe et Joe Di Maggio devaient se remarier. Ce jour-là, à défaut d’emmener Marilyn à l’église pour la cérémonie nuptiale, Il l’emmena au cimetière de Brentwood. Accablé de chagrin, il interdit la présence des amis Hollywoodiens de Marilyn lors du service funèbre. Lorsque sa mère Gladys Baker apprit le décès de sa fille, elle eut ces mots : « Ma fille est enfin en paix ».
On crut que Hollywood ne se remettrait pas du décès de la star, mais le temps passa. Joe Di Maggio fit déposer chaque semaine sur la crypte de Marilyn six roses rouges jusqu’à la fin de sa propre vie. Il avait fini par se remarier avec l’actrice de télévision Morgan Fairchild.
En 1964 déjà, pour le second anniversaire de la mort de Marilyn, la presse s’étonnait de la vitesse à laquelle la blonde la plus célèbre du monde avait sombré dans l’oubli. Plus personne ne prononçait son nom à Hollywood. Le jour de sa mort, par contre, la nouvelle ébranla complètement la planète, et on pouvait lire ceci : « La presse du monde entier a, à l’unanimité, annoncé la mort de l’actrice américaine Marilyn Monroe et ensuite seulement, l’explosion de la bombe atomique soviétique de quarante mégatonnes ! » Le mauvais goût fut immédiatement à l’ordre du jour, le monde entier ne pouvait pas se passer de sa blonde hyper médiatisée.
Après ses photos volées à la morgue, c’est un quidam qui trouva opportun d’acheter la concession voisine de celle de Marilyn et de passer l’annonce suivante : « Souhaitez-vous dormir pour l’éternité à côté de Marilyn Monroe ? » Prix demandé : 25.000 dollars !
Un trio d’actrice mexicaines en mal de popularité se suicidèrent collectivement, laissant une lettre pour justifier leur acte : « Un hommage à leur star préférée ». Par contre, on s’inquiéta fort peu, et c’est toujours le cas, d’un autre suicide, pourtant des plus étranges. Une actrice, Patricia Marlowe, amie proche de Marilyn fut trouvée morte à Londres dans les mêmes conditions : overdose de barbituriques. Son corps inanimé gisait à côté d’un berceau où son bébé hurlait.
Le calme revint, cependant.
Il faudra attendre le début des années 80 pour qu’un vent de nostalgie souffle sur les générations suivantes. Que Marilyn avec ses photos, ses chansons et ses films magnifiques redevienne l’icône absolue qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être pour des millions de fans à travers le monde. A sa mort elle possédait 25 000$, sa petite maison de Brentwood en valait 60 000. Elle avait légué quelques sommes d’argent à ses proches, assuré l’entretient de sa mère et laissé ses effets personnels et son droit à l’image aux Strasberg. Droit à l’image qui rapporte 6.000.000$ par an. C’est la seconde épouse de Lee Strasberg aujourd’hui décédé qui en bénéficie. Elle n’a jamais connu Marilyn.
Le moindre objet approché par Marilyn, la moindre babiole, la moindre photo inédite reste une mine d’or. Personne par contre ne possèdera la mythique robe de soie blanche de « Sept Ans de Reflexion ». La starlette Roxane Arlen la porte dans « Bachelor Flat » et la déchire complètement en l’accrochant à une barrière. Celle vendue aux enchères en 2012 est une robe de rechange, tous les costumes importants étaient exécutés en plusieurs exemplaires, on ne pouvait pas se permettre l’interruption d’un tournage à cause d’un accroc. J’ignore donc si elle fut portée. Le fourreau de paillettes rouges de « Les Hommes Préfèrent les Blondes » avait fini quant à lui sur le dos de Sheree North après avoir fait usage à Gipsy Rose Lee. Le maillot vert de Bus Stop se retrouvera sur…Leslie Caron ! Sa Cadillac blanche des « Misfits » atteignit des records fabuleux lors d’une vente aux enchères. Marilyn ne s’approche pas de cette voiture dans le film, la Cadillac est filmée sur un parking. Vide. Deux musées se targuent de posséder la Ford Thunderbird 1955 de Marilyn, l’une est rose, l’autre bleue, il en existe une dorée. Celle de Marilyn, alors mariée à Miller était noire ! Noire et louée !
Il est intéressant de souligner que la plupart des personnes ayant connu Marilyn de près ou de loin se sont répandues en révélations plus ou moins scabreuses et croustillantes à son sujet pour en soutirer encore de plantureux bénéfices. Que les « intellectuels » qui l’entouraient et qui la fascinaient ont toujours été les premiers à se bousculer au râtelier. Arthur Miller faisant de sa défunte ex épouse son fond de commerce, utilisant tantôt sa mort tantôt leur mariage comme sujet de pièce ou de livres, négociant très cher et jusqu’à sa mort ses souvenirs matrimoniaux qui lui revenaient périodiquement à la mémoire quand il devait payer son loyer. Ajoutons pour parfaire le portrait de l’écrivain troublé par le fantôme d’un amour défunt que dès 1964, Arthur Miller était non seulement remarié à Inge Morath mais papa d’une petite Rebecca.
On n’a par contre jamais entendu le moindre commentaire désobligeant du joueur de base ball ou du « pompier de service » Jim Dougherty dont ces messieurs dames de la côte est s’étaient tant moqués. Avec son souvenir sont également réapparus les nombreux soupçons qui ont entouré sa mort étrange.
La théorie du suicide de la star semble aujourd’hui définitivement écartée.
Les principaux témoins de l’époque sont décédés à leur tour.
Les derniers survivants gardent toujours obstinément le silence.
Comme de bien entendu, la dignité de Marilyn ne fut pas respectée, et des photographes graissèrent copieusement les employés de la morgue pour la photographier et faire aujourd’hui le bonheur des internautes nécrophiles en tout genre. L’autopsie n’a pas été pratiquée avec beaucoup plus d’élégance. Sydney Guilaroff, le coiffeur des stars lui avait promis de s’occuper d’elle si elle venait à décéder pour qu’elle soit : « La plus belle des mortes ». Il s’évanouit en la voyant monstrueusement charcutée.
Dès l’annonce de sa mort, alors que le corps de Marilyn est encore dans sa maison de Brentwood, photographes et équipes de télévision sont sur place
A l’heure où j’écris ces lignes, il est question d’exhumer les restes de Marilyn pour une nouvelle autopsie. Selon des « révélations » sans cesse renouvelées, sans cesse plus sensationnelles, la gouvernante de Marilyn et son psychiatre se sont accusés de sa mort juste avant d’entrer à leur tour dans l’éternité. A des journalistes, comme il se doit ! Il n’est pas inintéressant d’évoquer ici la passion folle qu’avait Marilyn pour les psychiatres et la psychanalyse. Si elle a été en analyse toute sa vie, quitte à en suivre plusieurs en même temps, aucune ne semble jamais lui avoir apporté le moindre apaisement. Son dernier psychiatre en date qui avait fini par l’installer chez lui, la recevoir durant des heures, négocier ses contrats et choisir parmi les rushs de ses films les scènes qu’il convenait de garder y perdait son latin. Il avait eu l’idée d’enregistrer toutes les séances de Marilyn avec son consentement. Lorsqu’il s’absentait, elle s’enregistrait toute seule et lui réservait ses bandes. A l’écoute de ces bandes qui nous sont parvenues, on se rend compte que Marilyn qui parle et minaude comme dans ses films puis ricane à tout bout de champ ne dit en fait absolument rien sur elle. Elle fignole encore un peu sa légende de blonde désespérée, de bonde maltraitée, de blonde incomprise. Sa légende de petit bébé blond jeté en pâture aux loups. Sa légende de blonde souffrance. Marilyn raconte un mal être comme un poème. C’est du jeu, c’est du cinéma, c’est un rôle, c’est une actrice.
Bien des années après sa mort des documents officiels furent divulgués dont le rapport d’autopsie de la star. On découvrit alors que si l’actrice avait bien succombé à une surdose médicamenteuse, elle n’avait pas ingéré le produit dont il n’y avait pas de trace dans l’estomac mais il lui avait été administré par lavement. Une dose quinze fois mortelle.
Les spéculations allèrent bon train. On accusa Robert Kennedy d’avoir fomenté le meurtre de cette actrice trop bavarde et détentrice de secrets d’état. Il aurait même été présent sur les lieux pour mener l’opération à bonne fin. Outre qu’il ait été filmé à l’autre bout du pays le jour du drame, imagine-on un ministre de la justice spectateur sur les lieux du meurtre qu’il commandite ? Quant aux secrets d’état, c’est faire une insulte à la mémoire des Kennedy que de supposer qu’ils aient pu confier ce genre de choses à la star la plus névrosée, la moins discrète et la plus tapageuse du moment. Kennedy se méfiait d’ailleurs tellement de Marilyn Monroe qu’il lui avait fait signer un document (qui existe bel et bien celui-là) où elle s’engageait formellement à ne pas l’appeler à la maison blanche ni faire état de lui à quel propos que ce soit.
Marilyn faillit bien ne pas reposer en paix pour l’éternité, des promoteurs ayant racheté le cimetière de Brentwood. C’est grâce à l’intervention vigoureuse de la veuve de Billy Wilder qui y repose lui aussi que le cimetière où dorment les légendes a été classé. Aujourd’hui, des fans recueillis passent encore et toujours devant la maison de Marilyn à Brentwood. Ils peuvent alors lire la locution latine qui fut toujours gravée dans le ciment des dalles de l’entrée : « Cursum Perficio ».
« Ici mon voyage se termine ».
Celine Colassin

QUE VOIR ?
1947 : The Shocking Mrs Pilgrim : Marilyn noyée dans la figuration dans un film de Betty Grable !
1947: Scudda Ho, Scudda Hey : Au loin sur un lac, une tache noire. C’est Marilyn et son canoë qui arrivent. Elle passe aussi en robe bleu ciel derrière June à la sortie de la messe et lui dit même « bonjour » ! Bon spectacle…
1948 : Les Reines du Music Hall : Un musical de série B dont la belle Adèle Jergens est la vedette, ce n’est pas le premier film de Marilyn, mais c’est son premier rôle.
1949 : Love Happy: Marilyn n’a qu’une seule courte scène écrite à son intention par Groucho Marx.
1950 : Quand la ville dort : Cette fois c’est la magnifique Jean Hagen, une des meilleures actrices qui soient qui a le premier rôle féminin dans ce polar noir et bien ficelé de John Huston.
1950: Eve : Marilyn passe de Huston à Mankievitz, elle joue miss Casswell, une petite actrice arriviste et sans talent dans l’ombre de Bette Davis.
1951 : Nid d’Amour : Une série B sans envergure avec June Haver en tête d’affiche
1951 : Chéri Divorçons : Marilyn joue encore les utilités décoratives.
1952 : le démon s’éveille la nuit : Marilyn en jeans travaille dans une usine de sardines !
1952: Cinq Mariages à l’essai : Un film à sketches où Marilyn a le sien !
1952: Troublez-Moi ce Soir : Enfin un vrai rôle pour Marilyn en baby sitter psychopathe
1952: Monkey business : On voit peu Marilyn dans ce film de série B bâti sur un scénario débile, mais Cary Grant et Ginger Rogers en couple vieillissant qui retombe en adolescence méritent le détour
1953 : Niagara : Le film qui révéla enfin Marilyn avec Joseph Cotten et Jean Peters
1953: Comment épouser un millionnaire ? De Jean Negulesco avec Betty Grable très drôle, Lauren Bacall parfaitement divine comme toujours et Marilyn désopilante en blonde aussi myope qu’idiote qui percute les murs, loupe les marches et tient ses livres à l’envers.
1953: Les hommes préfèrent les blondes : Une comédie musicale sublime avec le tandem Marilyn Monroe- Jane Russel dont c’est le meilleur film.
1954 : Rivière sans Retour : Dans les années 50, toute star se doit d’afficher son nom dans un western, mission accomplie pour Marilyn.
1954: La Joyeuse Parade : La seule collaboration de Marilyn avec la M.G.M
1955 : Sept ans de réflexion : Le film a vieilli mais reste agréable à voir, même s’il doit beaucoup au talent de Tom Ewell, Marilyn y est tout à fait parfaite.
1956 :Bus stop : Tout est parfait dans ce film magnifique et Marilyn y est tout simplement grandiose.
1957 : Le Prince et la Danseuse : Forte de ses deux succès précédents basés sur des pièces à succès, Marilyn en choisit une troisième, mais cette fois c’est une mauvaise pioche, le film est ennuyeux, les dialogues d’une platitude très réussie et l’intrigue subtilement développée au marteau piqueur.
1959 : Certains l’aiment chaud : Un des meilleurs films de tous les temps, Jack Lemmon et Tony Curtis en travestis de génie et le « Pou pou pi dou » légendaire de Marilyn.
1960 : Le Milliardaire : Marilyn et Montand dans un film qui a défrayé la chronique
1961 : Les désaxés : On a décortiqué tant et plus ce film de John Huston dans tous les sens.
Il n’en reste pas moins qu’il est confus et pour tout dire ennuyeux et sans intérêt.
FIN
LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS
(Avec Marilyn Monroe)
La Fille sur la Balançoire : La Fox avait choisi Marilyn pour le rôle mais la déboute au profit d’une nouvelle venue dont on parle beaucoup : Joan Collins.
La Diablesse en collants Roses : Marilyn rejette le scénario, Sophia Loren le récupère.
How to be very very Popular : Marilyn ne veut pas une seconde fois passer derrière Betty Grable, la Fox “invente” Sheree North pour la remplacer.
Les Frères Karamazof : Marilyn voulait absolument le rôle de Gruchenka, la Fox lui préfère Maria Shell.
Hélène de Troie : En 1953 Virginia Mayo abandonne le rôle pour cause de maternité, Elizabeth Taylor d’abord et Marilyn ensuite sont annoncées pour la remplacer, in fine, c’est la jeune Rossanna Podesta qui en fera son ordinaire trois ans plus tard.
The Revolt of Mamie Stover : La FOX achète les droits du roman pour Marilyn qui refuse d’emblée. le studio offre le rôle à Jane Russell qui en devient rousse .
Sanctuaire : Là aussi Marilyn voulait le rôle, cette fois c’est Lee Remick que la Fox choisit.
Come September : Marilyn était annoncée à grand tapage pour être la partenaire de Rock Hudson.
Harlow : Marilyn devait incarner la tragique star MGM à l’écran, le film sera tourné avec Carrol Baker.
The Carpetbaggers : C’est également Carrol Baker qui succèdera à Marilyn sur le projet annoncé au printemps 1962 par Joe Levine qui devait réunir Marilyn et…Elizabeth Taylor !
L’Ange Bleu : Le remake du célèbre film de Von Stenberg était destiné à Marilyn qui l’avait accepté, il sera finalement tourné avec la suédoise May Britt.
Pas de Printemps pour Marnie : Depuis l’exil de Grace Kelly à Monaco, Alfred Hitchcock cherche sa Marnie. Lorsqu’il apprend que la Fox congédie Marilyn il se rue sur l’aubaine ! Elle seule peut être sa blonde paranoïaque obsessionnelle et kleptomane !
Quelque Chose va Craquer : Marilyn nous quitte avant d’avoir terminé le film de Cukor, lequel sera remis en chantier avec Doris Day.
Good bye Charlie : Marilyn décédée, le rôle prévu pour elle est confié à Debbie Reynolds et sera dépoussiéré par Helen Barkin bien des années plus tard.
Trois Chambres à Manhattan : Marcello Mastroianni qui avait déjà fait savoir qu’il était intéressé pour un rôle au côté de Marilyn Trop tard déjà. Le film sera finalement tourné par Marcel Carné avec Annie Girardot.


