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UMA THURMAN

  • 14 mars
  • 4 min de lecture

Uma Karuna Thurman naît le 29 avril 1970 à Boston, dans un milieu qui n’a rien d'hollywoodien. Son père, Robert Thurman, est professeur d’université, spécialiste du bouddhisme tibétain. Il sera le premier Américain ordonné moine par le Dalaï-Lama. Sa mère, Nena von Schlebrügge, ancien mannequin suédois des années 50, a fréquenté l’intelligentsia artistique new-yorkaise. L’enfance d’Uma est nomade, intellectuelle, largement européenne.

Elle n’est pas fille unique. Uma Thurman a trois frères.: Ganden né en 1967 ;Dechen Kané en 1973 ;Mipam né en 1978. Elle a aussi une demi-sœur, Taya, née en 1961, issue de la première union de son père.


Cette enfance au milieu des garçons, loin des codes de la petite princesse américaine, contribue sans doute à son rapport distancié à la féminité, à son corps et à l’image. Chez les Thurman, on valorise davantage la pensée, la culture, la singularité que la séduction ou la réussite spectaculaire.

Elle grandit hors du cadre, ce qui ne l’aidera pas toujours à y entrer.


Elle passe une partie de sa jeunesse en Suisse, parle plusieurs langues, lit beaucoup. Trop grande, trop longiligne, elle se trouve laide et dira plus tard qu’elle se compare à un requin. Le corps comme anomalie, jamais comme évidence. Ce n’est pas un discours rétrospectif : c’est une gêne ancienne, constitutive.


À l’adolescence, elle quitte l’école et devient mannequin. Elle pose pour Vogue. Ce n’est pas un projet de carrière mais une circonstance. Elle n’est pas une figure glamour évidente, pas Cindy Crawford, pas Claudia Schiffer. Plutôt un visage étrange, élégant, qui ne rassure pas.

Le cinéma arrive presque par glissement.

En 1987, elle tourne Kiss Daddy Goodnight. Le film passe inaperçu. En 1988, elle apparaît dans Dangerous Liaisons de Stephen Frears. Elle a dix-huit ans, face à Glenn Close, John Malkovich, Michelle Pfeiffer. Elle n’est pas au centre, mais elle est là. Fragile, déplacée, déjà crédible.

Les années suivantes sont faites de tentatives, de films inégaux, d’errances. Hollywood ne sait pas très bien quoi faire d’elle. Elle n’est ni la reine de la comédie romantique, ni la pin-up spectaculaire.

En 1990, elle épouse Gary Oldman. Le mariage est bref, chaotique. Elle en sort abîmée, sans mise en scène publique, et continue à travailler.

Le vrai tournant arrive en 1994 avec Pulp Fiction.

Le film la rend immédiatement identifiable. Une silhouette, une voix, une présence. Elle devient iconique sans devenir standard. Le succès est immense, mais il ne la propulse pas dans une trajectoire hollywoodienne classique. Elle reste à part, reconnaissable, mais difficile à caser.


Elle enchaîne ensuite des films très divers. Elle travaille beaucoup, parfois bien, parfois moins. Elle n’est ni surcotée ni sacrifiée. Elle avance.


Côté vie privée, elle épouse Ethan Hawke en 1998. Deux enfants. Divorce en 2005. Peu de déclarations, peu de spectacle. Uma Thurman n’a jamais été une actrice de confession.

À la fin des années 90, elle est installée, reconnue, mais déjà confrontée à ce qui attend presque toutes les actrices américaines de sa génération : le rétrécissement progressif des rôles.


Au début des années 2000, Kill Bill arrive comme une relance spectaculaire. Le cinéma de Quentin Tarantino n’est plus celui de Pulp Fiction : il est devenu citationnel, fétichiste, autocentré. Uma Thurman n’est plus une découverte, mais un corps chargé de mémoire, déjà iconisé. Elle n’a plus trente ans. Elle est une figure.


Sur le tournage, elle se blesse gravement lors d’une scène de conduite qu’elle ne souhaitait pas tourner dans ces conditions. Accident réel, documenté, longtemps tu. Rien de romanesque : une voiture, une route, une cascade mal pensée, un corps qui encaisse. Le film continue. Le mythe aussi. Kill Bill sort, rencontre son public, entretient la légende. À l’écran, Uma Thurman est une guerrière invincible.

Dans la réalité, sa carrière entre dans une zone plus floue. Moins de rôles à la hauteur, des apparitions, des films qui passent. Le cinéma ne lui propose plus une trajectoire, seulement des silhouettes.


Aujourd’hui, Uma Thurman est toujours là.

Mais comme beaucoup d’actrices américaines de sa génération, elle n’est plus au centre. Pas rejetée, pas déchue — déplacée.

Le constat dépasse largement son cas. Demi Moore, Sharon Stone, Kim Basinger, Meg Ryan, Julia Roberts : toutes ont été au sommet, toutes ont été progressivement écartées. À part Meryl Streep, l’exception qui permet de sauver la façade, le cinéma américain ne sait pas vieillir ses actrices. Même Cameron Diaz, omniprésente et grassement payée, a disparu des écrans sans bruit.

Le contraste avec l’Europe est frappant. En France, Catherine Deneuve, Fanny Ardant, Miou-Miou, Carole Bouquet, Isabelle Adjani continuent à tourner. Pas parce qu’elles seraient figées dans une jeunesse artificielle, mais parce que le cinéma accepte leurs âges, leurs visages, leurs transformations. Certaines choisissent de s’effacer, comme Emmanuelle Béart. Le système, lui, ne les exclut pas.


Uma Thurman, Américaine atypique, se retrouve coincée entre deux mondes : trop singulière pour être recyclée facilement, trop américaine pour bénéficier du regard européen sur la durée.

Elle est toujours là. Mais à la marge.

Et ce n’est pas un accident individuel.

C’est un système.

Sa fille Maya Hawke, née en 1998 de son mariage avec Ethan Hawke, a pris le relais. Actrice et musicienne, révélée notamment par la télévision puis par le cinéma indépendant, elle avance autrement. Moins starisée, moins projetée, plus libre aussi.

Pour l’instant.

Elle ressemble à sa mère sans la reproduire. Même étrangeté tranquille, même distance aux canons, mais dans un paysage qui a changé.

Rien ne dit que l’histoire ne se répétera pas.

Mais le passage de témoin est là, visible, assumé. Et c’est déjà beaucoup.

Céline Colassin

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