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VIRNA LISI

5 oct.
17 min de lecture

Virna Lisi naît à Ancône le 8 Septembre 1937 sous le patronyme de Virna Pieralisi et c’est à peu près tout ce que nous serons autorisés à savoir à ce sujet.

Virna Lisi est une actrice, pas un sujet pour la presse people et elle reste l’actrice à avoir le mieux protégé sa vie privée de toute l’histoire du cinéma. Chacune de ses rares déclarations à la presse se feront toujours sur le ton de la mise au point énergique et non sur le ton de la confidence badine. Virna Lisi ne se confie pas, elle cadre les choses. Sur le tournage de « La 25ème heure », film où elle tenait un rôle de paysanne et se montrait vieillie à la fin du film, un pisse copie eut la maladresse de lui parler de sa beauté. Les yeux de jade et de turquoise lancèrent des flammes et la star persifla : « Arrêtez de me parler de ces conneries de beauté et de silhouette sexy. Tout ça est au frigo et n’intéresse plus personne. Je m’attache à donner une interprétation valable, comme n’importe quelle actrice. Pas à affoler des casernes ! Je joue une paysanne roumaine couverte de saleté, quel rapport avec ma prétendue beauté ? » Voilà qui était dit et bien dans sa manière !

 

Nous sommes autorisés à savoir que jeune adolescente déjà elle rêvait de cinéma. Ses parents ayant dans leurs confortables relations bourgeoises quelques cinéastes, producteurs et autres metteurs en scène, ils autorisèrent la jeune fille à se distraire sur un film durant ses vacances scolaires.

On fut unanimement admiratifs. Quelle présence, quelle beauté. Et surtout quelle maîtrise ! Quelle assurance !

 

Plus tard Virna commentera : « Evidemment que je n’avais pas peur, je n’avais peur de rien j’étais complètement inconsciente ! Je n’avais même pas un regard pour tout ce qui se passait autour de moi ! » Quoi qu’il en soit, Virna a 16 ans et entame une carrière internationale qui va durer plus de cinquante ans.

D’une beauté rare et plus racée que ce que l’on trouve habituellement sur les écrans italiens des années 50 où le ragazza pulpeuse et un rien vulgaire est à l’honneur, la jeune fille, beauté blonde, a tôt fait de captiver la caméra et ceux qui la tiennent.



La jeune adolescente apparaît donc pour la première fois en 1953 dans « Et Naples Chantait », une gentillette comédie musicale sans autre ambition que de faire sourire sur des airs napolitains susurrés par Giacomo Rondinella. Mais quelques soient les qualités qu’a ou n’a pas le film, Virna ne commence pas sa carrière comme simple figurante, elle est d’emblée la jeune première du film. Ne l’ayant pas vu, j’ignore si elle y chante et à fortiori si elle y fut doublée.

Le film a aujourd’hui sombré dans les méandres de l’oubli et j’ignore s’il existe toujours une copie des jolis débuts de Virna.


Des débuts qui furent pourtant loin de passer inaperçus.

Dès l’année suivante, Virna est à l’affiche cinq fois, donnant déjà la réplique à quelques gloires nationales telles que Toto ou internationales comme la petite Brigitte Fossey.


Ses rôles ayant gagné en importance et les films en prestige, on la trouve dès 1955 dans une coproduction Italo-Française à gros budget : « Les Hussards » d’Alex Joffé.

Virna Lisi termine donc les années 50 comme une jeune actrice Italienne connue, réputée pour sa grande beauté plus que pour son talent.

 

 Les années 60 vont changer la donne, Virna Lisi va devenir une icône de l’écran mondial et une véritable déesse dans son pays natal. Mais terminons donc les années 50 où Virna Lisi, se sent suffisamment sûre d’elle pour affronter le public des théâtres.

Et puis surtout, elle est devenue la Senora Pesci.

 La belle a le temps de tourner un péplum comme il sied à toute star Italienne avant de devenir maman en Juillet 1962 d’un petit Corrado qui restera son fils unique.


L’année 62 sera le grand tournant. Virna tourne dans une Venise lugubre, élégante et crépusculaire « Eva » de Joseph Losey avec Jeanne Moreau en guise de rivale.

 Le film de Losey est un des films les plus importants et les plus controversés de l’année, on parla de Virna Lisi pour son talent inattendu et de Jeanne Moreau pour…Ses robes ! Virna gagnait aux yeux d’un public international ses galons de comédienne, elle allait gagner ses galons de star d’une manière plutôt inattendue.

 

Le 6 Août 1962, Marilyn Monroe était retrouvée sans vie dans sa maison de Brentwood.

Le choc et l’émotion passés, la vie reprit son cours et le commerce ses droits.

La disparition de la star laissait des projets en suspens. Non seulement un film inachevé au titre prémonitoire : « Quelque chose va craquer » mais deux comédies taillées sur mesures que Marilyn devait tourner dans la foulée du film de Cukor : « Goodbye Charlie » et « Comment tuer votre femme ».

Doris Day reprit à zero le tournage du film interrompu après avoir fait retravailler le scénario à ses mesures. C'est-à-dire que les quelques scènes tournées par Marilyn rapportèrent bien plus d’argent que « l’Œuvre » de Doris Day accomplie dans les règles, terminée dans les formes et dûment distribuée. Debbie Reynolds devint Charlie et le scénario de « Comment Tuer votre Femme » fut retravaillé, la femme en question devenant Italienne, le film acquérant par là une dimension supplémentaire.

 

Le scénario concocté pour Marilyn ne traitait que de l’incompréhension au sein d’un couple, on parlait maintenant de l’incompréhension entre les peuples. A la sauce hollywoodienne, soit, mais quand même ! Il est fort probable que le scénario fut remanié pour une Sophia Loren ou une Gina Lollobrigida, mais la chasse à la nouvelle Marilyn était ouverte et les deux divas italiennes ne pouvaient prétendre y participer. Elles étaient elles-mêmes bien trop illustres pour prétendre à devenir les nouvelles qui que ce soit. En outre, les résultats commerciaux de leurs films américains laissaient à désirer.

 

Remplacer Marilyn devenait un impératif, et le meilleur moyen de tester la nouvelle aspirante au trône était de la fondre dans un rôle destiné à la star disparue, dans le dernier film non tourné qui avait été écrit pour elle. Pour avoir été planétaire, le casting n’en fut pas moins discret, il s’agissait après tout de chausser les talons aiguilles d’une morte. La transsexuelle Coccinelle fut, un temps, sérieusement envisagée et il fut même commandé chez General Motors une Cadillac à l’exacte couleur de ses yeux. La Fox d’abord alléchée par le scandale en eut peur ensuite et Coccinelle mit tout le monde à l’aise en refusant le pont d’or Hollywoodien. Elle informa le studio qu’elle était douée pour imiter mais non pour créer. Elle ne tenait dès lors pas à singer celle qu’elle vénérait plus que tout au monde, quelle que soit la couleur de la voiture et le montant du chèque. Et puis vint Virna.

 

Virna tourna le film, y fut bien plus que sensationnelle, elle était magique et d’une beauté inhumaine, Jack Lemmon lui-même semble parfois s’arrêter de jouer pour l’admirer, subjugué.

En toute sincérité et malgré le respect et l’admiration que je lui porte, l’élève supplanta son modèle. Virna dans ce film fut meilleure, plus belle et plus drôle que Marilyn ne le fut jamais.

Le tapage autour du tournage d’abord et du film ensuite fut colossal et…Les choses ne plurent pas à la signora Lisi.


Elle avait débarqué en Amérique avec son jeune frère, son mari étant retenu en Europe pour ses affaires. Virna et son frère aimèrent immédiatement l’Amérique et le jeune homme s’y fixa d’ailleurs définitivement. Mais en Amérique et à Hollywood en particulier, le tumulte fait autour des films et de leurs actrices est bien différent de ce qui existe ailleurs dans le monde. Live magazine se précipita et elle leur offrit ses photos de mère de famille respectable, parla de son mari, des résultats scolaires du petit et ne sortit pas de son tailleur vert tilleul. Le film mis en boîte, PlayBoy envoyé sur les roses, Virna regagna son Italie, bien décidée à conduire son fils à l’école, cuisiner pour son mari et rester ce qu’elle avait toujours été : une respectable bourgeoise italienne. Elle concéda néanmoins aux Américains de l’avoir montrée comme une femme élégante et sensuelle.

 

Car en Italie, à l’époque, on était incapable d’imaginer qu’une actrice soit également une femme sérieuse et équilibrée, ne jetant pas sa petite culotte à la tête de tous les hommes qui passent.

On la prenait donc disait-elle pour une sorte de femme frigide et austère parce qu’elle ne galopait pas nue dans les rues à la chasse aux aventures extra conjugales.


 Pourtant, comme tout le monde et malgré ses preux discours, Virna se laissera griser un temps par la gloire hollywoodienne. Refusant de redevenir brune après qu’Hollywood ait fait d‘elle une blonde, elle avait fini par prendre goût aux soirées hollywoodiennes où on l’admirait comme une divinité.


Quelques semaines plus tôt, elle rentrait de son tournage, s’enfermait dans son bungalow du Beverly Hills hôtel, le même que Marilyn, et téléphonait des heures à son mari. Maintenant elle ne téléphonait plus, elle dansait, se grisait de champagne et de son statut. Mais il ne fallait pas s’y tromper. Malgré ses airs de blonde porcelaine grisée de champagne californien, Virna Lisi gardait la tête froide d’un chef d’entreprise et hantait les soirées hollywoodiennes pour mener ses affaires comme d’autres vont au bureau.

« C’est une blonde qui pense, il ne manquait plus que ça » se plaignit une redoutée commère.

 

Secrétaires particuliers, agents de publicité, répétiteurs, coiffeurs, habilleurs, maquilleurs la suivent partout et Frank Sinatra ne cesse de hurler son admiration absolue. Son mari viendra hanter les plateaux de ses films pour, comme dit Virna « Surveiller ce qui est à lui ! », ce qu’elle estimait flatteur.

Il fit bien, Virna finit par retrouver ses marques habituelles et renoncer à son cliquant américain.

Virna allait quitter Hollywood de manière très détachée, presque joyeuse.


Elle était persuadée comme bien d’autres avant elle qu’elle avait conquis Hollywood. C’était vrai.

Elle était également persuadée que d’autres propositions merveilleuses allaient immanquablement suivre. C’était faux.

La devise première d’Hollywood c’est « loin des yeux loin du cœur ».

 

Elle resta néanmoins « blonde Hollywood » au grand dam de son mari qui détestait cela.

Maintenant rentrée au bercail, Virna Lisi jouissait du prestige des actrices italiennes sanctifiées par Hollywood. Elle avait atteint au niveau de prestige des Lollobrigida, des Loren et des Magnani. Elle aimait maintenant recevoir dans sa somptueuse villa meublée d’antiquités rares et discuter d’Hollywood avec le crédit de l’expérience vécue. Même s’il est permis de rire doucement sous cape lorsqu’elle jure de ne jamais porter de perruques car elle a horreur de ça.

 

Avec ce seul film américain, Virna Lisi se taille une place de choix au panthéon des fantasmes filmés, mais être une star sulfureuse n’est pas sa tasse de thé. Elle considère que le volet « déesse du sexe » de sa carrière est le côté le plus pénible de son métier. Pourtant elle soigne son apparence de star au moins autant que ses affaires.


Elle court toute la journée d’un rendez-vous à l’autre, d’un plateau de cinéma à une interview puis à une séance de photos pour Valentino son couturier attitré. Partout elle déboule avec son chauffeur, son assistante italienne et sa secrétaire anglaise et Claudio, son coiffeur attitré que toutes les belles de Rome lui jalousent.


L’actrice avoue une épouvantable timidité qui la rend malade lorsqu’elle sent les regards des techniciens de ses films se poser sur ses jambes ou son décolleté. Quant aux journalistes, ils la terrorisent tout autant et il suffit d’en apercevoir un pour qu’elle perde tous ses moyens comme « un oiseau fasciné par un serpent ». Elle se réfugie alors dans un quant à soi guindé qui espère elle fera barrage aux questions indiscrètes.

 Dans la foulée elle reconnaît avoir l’intention de laisser tomber le cinéma le jour où il faudra en montrer « un peu trop ». Et d’ajouter : « Je suis une actrice, pas une nudiste ! » Virna Lisi est épouse et mère, comédienne ensuite, star sûrement pas, elle s’y refuse tout bonnement.


Le réalisateur du film, Richard Quine, ne s’y était pas trompé, lui qui avait affirmé à la presse : « Il n’y a pas de déesse du sexe sur mon plateau, « la » Lisi joue ses scènes d’amour avec tout l’érotisme d’un employé de banque comptant ses billets ! »

Sa cote est pourtant exceptionnelle, et lorsque Jack Warner libère Audrey Hepburn de son contrat pour « La Vingt Cinquième Heure » pour cause de Fair Lady, c’est à Virna qu’il est fait appel pour sauver le film. Ne succède pas à Audrey qui veut !

A Marilyn non plus, d’ailleurs !

 

Mais le rôle d’Audrey est un rôle de femme digne et patiente, un rôle d’épouse modèle, ce qui ne court pas les rues à Hollywood. Virna, redevenue brune et attifée en paysanne sera parfaite.

Elle met à mal son image en jouant cette paysanne roumaine « couverte de saleté » dans « La 25ème heure » mais elle tient à être précise. « J’en suis à un stade de ma carrière où je peux me permettre d’essayer autre chose. J’étais fatiguée de ce sempiternel personnage de blonde affolante et mon mari en était complètement dégoûté. Maintenant mon film va sortir et le public va me découvrir autrement. Mais si on jette des œufs pourris sur l’écran, je me jetterai aux pieds de mon coiffeur pour qu’il me rende ma blondeur et je reprendrai mes œillades de vamp. »

 

Virna reviendra à Hollywood encore, elle donnera la réplique à Tony Curtis, Anthony Quinn bien sûr ou encore à Richard Burton. Mais au mot « Coupez », Virna Lisi rentre dans ses foyers.

 

Drapée dans l’élégance des créations Valentino, on la retrouvera plus souvent dans des films d’auteurs confidentiels dont les budgets se débloquent dès qu’elle signe son accord de principe.

Dans des œuvres engagées dont elle a aimé le scénario ou de grosses machineries commerciales qu’elle trouve de bon ton. Mais plus jamais Virna Lisi n’acceptera un film qui pourrait faire d’elle un symbole sexuel à moins d’en rire comme dans « Barbe Bleue ».

Cela ne sied pas à une honorable mère de famille Italienne.

Elle réussira la prouesse de traverser une époque riche en relâchement des mœurs sans afficher ses fesses en première page ni se faire arrêter pour trafic de stupéfiants.

Virna Lisi n’est pas POP ! C’est une bourgeoise ultra conformiste.


En tous cas envers son image, qui n’aura qu’un seul acte de bravoure anti conformiste à son actif. En pleine époque MLF où les soutien- gorges et les contrats de mariage sont brûlés en place publique, Virna clame haut et fort sa satisfaction d’être femme et qui de plus est la femme d’un seul homme.


Elle pose pour la couverture du magazine « Esquire » barbouillée de mousse à raser, un rasoir à la main et maquillée comme une diva pour symboliser ses opinions : un homme est un homme une femme est une femme, ce n’est pas politique, c’est hormonal.

 

Le reste du temps elle fait son métier d’actrice, tourne peu puisque la nudité est obligatoire de 1967 à 1977 et qu’elle s’y refuse. L’érotisme étant selon l’adage personnel de Virna Lisi dans le regard et non dans l’étalage.

 

En 1966, aussi laconique que d’habitude, elle envoie elle-même une dépêche à la presse : « Je me sépare de mon mari après six ans de mariage, désormais mon petit Corradino sera le seul homme de ma vie même s’il n’a que quatre ans. La nouvelle fut pour le moins stupéfiante ! La dernière fois qu’elle en avait données, elle filait le parfait amour à Paris avec son mari !

 

Elle sera spectaculairement fabuleuse dans « Les Galets d’Etretat », « Un Beau Monstre » et quelques autres films qui seront autant de pierres apportées à l’édifice de sa légende. De plus en plus belle, de plus en plus blonde, de plus en plus parfaite.

 

Le temps passant, Virna Lisi souhaitera tourner des rôles en rapport avec son âge, lesquels ne viendront pas car il est tout simplement inhumain d’accepter qu’une telle beauté sa fane.

L’actrice est au faîte de sa beauté, sa gloire est immense, elle vient en 1974 de terminer « La Revanche de Croc Blanc ». On comprendra à la lecture du titre qu’il ne s’agit pas d’un Fellini ni même d’un quelconque néo chef-d’œuvre engagé.

 

Depuis longtemps déjà, seize ans, Franco Pesci avec qui Virna s’est finalement réconciliée souhaite voir sa femme abandonner sa carrière d’icône mondiale blonde. Tant que la carrière de Virna la comblait, le richissime architecte romain laissa agir son épouse à sa guise même si sa jalousie de mari Italien était connue de tout Rome. Mais si la belle épouse délaissait maintenant régulièrement le toit familial pour tourner les suites des états d’âme de Croc Blanc, la donne changeait. Monsieur Pesci mit son veto au tournage de nouvelles niaiseries et le sourire ravi d’une femme comblée aux lèvres, Virna la diva disparut de la circulation.

 

Elle trouva distrayant de dévaliser les couturiers et autres joailliers pour tromper son ennui de femme inactive et devint la femme la plus follement dépensière d’Italie. « Qu’y a-t-il de plus amusant que de dépenser son argent sans compter ? Après tout pour le gagner je ne me suis pas épargnée non plus ! » Devint la nouvelle devise de la signora Pesci et elle donna à elle seule une nouvelle impulsion au commerce du luxe italien.


Pour donner une échelle des valeurs, en 1970, la star gagnait treize millions de francs belges par film soit 325.000 euros. Cela peut sembler un peu léger 40 ans plus tard, mais à l’époque une jolie villa quatre façades, grand jardin dans un quartier huppé valait moins de 100.000 euros actuels.

 

Ses amis proches qui lui reprochèrent souvent de n’être qu’une petite bourgeoise plutôt commune sous cet aspect inattendu de plus belle femme du monde s’offusquèrent une fois de plus et tentèrent de la faire revenir sur sa décision. La réponse fut aussi sèche que directe : « Et s’il me plaît, à moi, d’obéir ? » La belle vécut donc la vie bourgeoise dont elle rêvait depuis toujours avec son vigilant mari et leur fils dans leur villa de Marino.

 

Il faudrait dix ans avant que l’on ne revoie Virna à l’écran.

Elle s’était volatilisée en 1978 et ne reviendrait qu’en 1987.

Elle reviendra encore, mais cette fois pour stupéfier le monde dans « la Reine Margot » en 1994, film pourtant taillé sur mesures par Patrice Chéreau pour Isabelle Adjani. Sa Catherine de Médicis (rôle où elle succède à Françoise Rosay) est phénoménale et lui vaudra prix d’interprétation à Cannes et César du meilleur second rôle féminin.

Ses larmes à Cannes seront sincères : la soixantaine venue, Virna Lisi avait la candeur de s’étonner que l’on s’intéresse enfin à son talent.

 

1994 comme 1965 aurait pu être le départ d’une éblouissante carrière faite cette fois de rôles de composition mais il n’en fut rien.

Virna Lisi se tourna vers la télévision où ses désirs sont des ordres mais surtout poursuivit dans sa suite logique sa seule véritable carrière : Epouse et mère, elle devint grand-mère.

Elle est une des grandes vétéranes de la télévision italienne et chaque année elle a sa mini série ! En 2014 elle est la vedette de « Madre Aiutami ». Un rôle en cornette !


Pourtant sous l’éternelle blondeur platine la maladie a frappé et la star se consume. Le 18 Décembre 2014, son fils a la douleur d’annoncer le décès de sa mère, partie dans son sommeil, emportée par une maladie que « rien ne pouvait guérir »

Elle avait fêté ses 78 ans un mois plus tôt.

Celine Colassin

 

QUE VOIR ?

 

1953 : Et Naples Chantait : Comédie musicale locale destinée à valoriser Giacomo Rondinellia.

1953: La Corda d’Acciaio : Avec Brigitte Fossey.

1954 : Il Vetturale del Moncenisio : Ce film mit deux ans à trouver un distributeur.

1955 : Les Hussards : Epopée picaresque et grand public menée par Bourvil, Louis de Funès et Bernard Blier.

1956 : La Donna Del Giorno : Avec Serge Reggiani pour un sujet plutôt osé ; la lugubre aventure d’une jolie cover girl en mal de publicité se faisant passer pour la victime d’un triple viol. 

1959 : Il Mondo Dei Miracoli : Un mélo mais un régal !

1959 : Il Padrone delle Ferriere : Encore une adaptation du  « Maître des Forges » qui hante les écrans depuis 1919 !


1960 : Un Militare e Mezzo (Un de la Réserve) : Le cinéma italien aimait à se moquer des lois et des principes nationaux, le divorce fit les délices des scénaristes. Les obligations militaires aussi. On voit passer le jeune Mario Girotti, futur Terrence Hill.

1961 : Romulus et Remus : Peplum où les jumeaux qui fondèrent Rome sont incarnés par les deux experts du genre peplum : Steve Reeves et Gordon Scott.

1962 : Eva : Virna Lisi se suicide en hors bord dans la lagune vénitienne.

1963 : Les Bonnes Causes : Infirmière accusée de meurtre par Marina Vlady la veuve du défunt, Virna est interrogée par Bourvil sur un dialogue d’Henri Jeanson.

1964 : La Tulipe Noire : Quel couple ! Virna Lisi et Alain Delon.

1965 : Comment Tuer Votre Femme ? : Virna fabuleuse et sensationnelle dans un rôle écrit pour Marilyn, à voir et revoir encore.

1965: Le Hold-up du Siècle : Virna ahurissante de blondeur face à un Sinatra éberlué. 

1965: Bambole : Rentrée en Italie, Virna partage l’affiche d’un film à sketchesqui fait un scandale colossal et des plaintes très officielles furent déposées à l’encontre de Gina et Virna pour outrage aux bonnes mœurs.

1965: Oggi, Domani, Dopodomani : Film à sketches encore où le fil rouge n’est autre que Marcello Mastroianni. Comme « Les Poupées », le film aura des ennuis avec la censure et le sketch de Pamela Tiffin ne réintégrera la version définitive du film que…Quinze ans plus tard !

1965: Casanova 70 : Alias Marcello Mastroianni perturbé plus que de raison par les éblouissants minois de Virna, Michèle Mercier et Marisa Mell.

1966: Not With my Wife, You Don’t! (Deux Minets pour Juliette) : Quel titre. Il s’agit pourtant d’une comédie à gros budget avec Tony Curtis et Georges C. Scott.

1966 : Une Vierge pour le Prince : Une comédie antique, assez vaudevillesque menée tambour battant par un Vittorio Gassman.

1967 : La Vingt-cinquième Heure : Le film prend tout son sel et son sens lorsque l’on sait qu’il s’agit d’une histoire vraie. Le trait de génie de cette entreprise est d’avoir confié le rôle de l’aryen type à un Anthony Quinn et non à un Curd Jurgens.

1967 : La Fille et le Général : Virna en accorte paysanne mène le film avec Rod Steiger et un âne très talentueux, le tout est fort sympathique et plutôt atemporel.

1967 : Arabella : Comédie débridée qui n’a guère d’intérêt à mes yeux que la présence incroyable de Virna Lisi.

1967 : A L’Italienne : Un film à sketches inspiré des émissions de Tv « caméra invisible » Tout le gratin de Cinecitta se lance dans l’aventure.

1968 : Mardi, c’est donc la Belgique : Virna ne fait que passer en « guest star ».

1969 : Le Temps des Loups : Encore un énorme succès pour Virna plus platine que jamais et toujours dirigée par son mentor Sergio Gobbi.

 

1970 : La Statue : la légende d’Hollywood est parsemée de statues scandaleuses telles celles d’Ava Gardner qui dût se faire rhabiller ou celle de Marlène Dietrich qui put rester telle que son créateur l’avait voulue. Cette fois c’est David Niven qui se fait sculpter dans sa gracieuse nudité.

1971: Un Beau Monstre : Helmut Berger pousse à la mort les femmes qui s’éprennent de lui dont Virna plus blonde que toujours.

1971 : Roma Bene : Le cinéma italien des années 70 étant truffé de grandes beautés internationales voici un film très glamour de Carlo Lizziani mené par Senta Berger l’autrichienne, Virna l’italienne et Michèle Mercier la française.

1972 : Les Galets d’Etretat : Virna, dirigée à nouveau par Sergio Gobbi  après « Un Beau Monstre » est tout simplement sensationnelle. Les deux films de Gobbi seront deux œuvres emblématiques du cinéma seventies, ajoutant encore des titres de noblesse à la carrière de Virna.

1972 : Barbe Bleue : Virna est le fleuron italien d’une distribution internationale qui entoure Richard Burton affligé du rôle titre. 

1972 : Le Voyeur : Malgré ce titre plutôt racoleur on se retrouve plongé dans une sorte d’introspection triangulaire entre Virna, Marcello Mastroianni et…Timothy Dalton.

1972 : Le Serpent : Virna trône au milieu d’une étourdissante distribution mâle :

1972 : Croc Blanc : Destiné à un jeune public cette adaptation du roman de Jack London ne casse pas trois pattes à un tabouret mais permet à Virna de briller sous la cornette de sœur Evangeline face à Aldo Rey.

1972 : Le Retour de Croc Blanc : C’est une caractéristique de cette bestiole de toujours revenir. Virna reprend du service cette fois face à Franco Nero

1978 : Au-delà du Bien et du Mal : Ce film s’inspire d’un épisode de la vie de ce bon Nietzsche dont Virna est ici l’épouse légitime.

 

1980 : La Cigale (The Cricket) : Virna dirigée par Alberto Lattuada marraine les débuts à l’écran de la belle Clio Goldsmith.

1982 : La Donna Giusta (Miss Right) : C’est la sempiternelle histoire romantique du séducteur lassé des aventures sans lendemains à la recherche du grand amour.

1987 : I Love N.Y. : Le film initialement prévu pour la TV fit une honorable carrière en salle dans le créneau « films pour ados romanesques ». Virna était ici la mère du héro.

 

1990 : Joyeux Noël et Bonne Année : Le film de Commencini qui connut une carrière plutôt confidentielle était bouleversant et joué avec une maîtrise d’orfèvres par Virna et Michel Serrault. Ce vieux couple qui s’aime encore doit quitter son bel appartement romain devenu trop cher pour eux et doit se séparer, chacun allant vivre chez un de leurs enfants installés loin l’un de l’autre. On rit, on pleure et on se dit « Mon dieu, comme j’ai de la chance d’aimer le cinéma ». 

1994 : La Reine Margot : Virna chauve comme une bille triomphe en Catherine de Médicis et s’offre un prix à Cannes, aux César et à Venise.

1995 : Les Cent et Une Nuits de Simon : Si Virna est au générique fleuve du film d’Agnès Varda, on ne verra d’elle que des images d’archives filmées au festival de Cannes.


 LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS

(Avec Virna Lisi)

 

Château en Suède : Malgré le scénario signé Sagan, Roger Vadim peina tant et plus pour composer son casting. Après le refus de Marlène Dietrich et d’Edwige Feuillère pour le rôle dévolu finalement à Suzanne Flon, Virna initialement prévue sortira à son tour du jeu, finalement remplacée par Monica Vitti. Vadim avait promis au monde impatient une révélation plus sensationnelle encore que Brigitte Bardot. Paraît-il de Françoise Hardy ?

 


 

El Greco : Il était convenu depuis 1964 que Virna serait la partenaire de Mel Ferrer. En 1966 le film se tourne enfin avec Rossana Schiaffino !

 


 

 

 

 
 
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