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BETTE DAVIS

  • 30 mars
  • 33 min de lecture

S’il est une appellation qui correspond bien à Bette Davis, c’est celle de « Monstre sacré ».

D’abord parce qu’elle n’a pas hésité tout au long de sa fructueuse carrière à incarner toute une panoplie de monstres en tous genres, s’enlaidissant à plaisir; ensuite parce que si d’aventure quelqu’un lui demandait qui était la plus grande star du monde, elle répondait invariablement :

« Moi, bien sûr ! Qui d’autre ? »

Un jour à Madrid, elle croise la fabuleuse Ava Gardner au bar du Ritz, Ava, se précipite vers elle et lui dit : « Bonjour, je suis Ava Gardner et je suis si heureuse de vous rencontrer, je vous admire tellement » Bette continue son chemin sans un regard : « Je n’en doute pas, ma chère, je n’en doute pas ! »

 

Ruth Elizabeth Davis naît à Boston dans le Massachussetts le 5 Avril 1908, elle aura une sœur, Barbara dite « Babe.

Leur père est un avocat renommé pour qui Bette a une véritable fascination.

La mère est une maîtresse femme comme on dit à l’époque. Même si la famille a les moyens, elle élève ses filles « à la dure ». Bette passe tout son temps libre en camp scout et l’hiver lorsqu’il neige, la mère oblige ses filles à se rouler nues dans la neige, j’ignore en fonction de quelles vertus supposées.

Leur mère est photographe, et lorsqu’elle divorce en 1915, elle a la garde de ses deux filles.

Monsieur Davis a profité des quelques jours de vacances que prenaient sa femme et ses deux filles au bord de la mer pour déserter définitivement le domicile conjugal !

 

Le départ de son père est un véritable anéantissement pour Ruth. Leur mère reprend son métier de photographe et se débrouille magnifiquement pour une femme seule en ces temps où l’émancipation des femmes n’est pas à l’ordre du jour. D’autant que nous ne somme. spas à New-York ou San Francisco mais dans le très puritain Massachussetts où une femme divorcée fait déjà l’effet d’une créature diabolique.

La maman de Bette se fichant bien de ce que l’on peut dire d’elle, réussira la prouesse de signer des contrats publicitaires, notamment avec le savon LUX et fait poser ses filles.


Bette est fière, son père, même de loin trouve ça vulgaire et lui recommande de s’intéresser d’un peu plus près à des cours de dactylographie.

Toute sa vie Bette Davis essaiera d’obtenir l’assentiment paternel. En vain. Elle triomphera déjà à Broadway que son père au lieu de la féliciter lui enverra des fleurs en lui recommandant d’arrêter tout ça pour une carrière un peu plus digne de secrétaire.

Malheureusement pour la maman abandonnée, en plus de devoir subvenir à la subsistance d’une famille de trois personnes, Barbara est très perturbée, et après sa disparition, Bette devra s’occuper de Babe sa vie durant.

 


Sans être richissimes, les dames Davis ne sont pas des pauvres grâce à la pension versée par le père démissionnaire et le travail de maman. Maman qui un jour se sent trop artistiquement à l’étroit dans sa bonne ville et décide de partir s’installer à New-York.

Ruth Elizabeth, de son côté, fait ses débuts sur les planches pendant ses études dans les spectacles du collège où elle se frotte à Shakespeare.


Elle troque son prénom qu’elle déteste contre celui de Bette, nettement plus exotique, et tiré d’une nouvelle de Balzac : La Cousine Bette. Ce personnage de Balzac étant plutôt mièvre et secondaire, les détracteurs de l’actrice se plairont, sa vie durant, à affirmer que miss Davis n’a pas lu l’œuvre de Balzac, nul doute sinon qu’elle ait choisi le nom d’un personnage quelque peu plus éblouissant que cette bien falote Bette.

 

La vocation artistique de la jeune fille est certaine, mais Bette, d’une taille minuscule, n’est en outre pas très belle, avec un nez busqué, des yeux globuleux et une poitrine lourde. Pour conquérir un public qui a l’habitude d’une Lillian Russell ou d’une Jeanne Eagels, il en faut plus.

 


Il vaut donc mieux se diriger vers la danse, et Bette intègre l’école de l’illustre Martha Graham tout en poursuivant ses cours d’art dramatique. Elle s’est peu répandue sur cette période d’apprentissage, et je ne me souviens pas l’avoir vue incarner les prima ballerina au cinéma ni même l’avoir croisée dans une comédie musicale.

Son genre est ailleurs !


La jeune aspirant actrice fait comme toutes les autres et passe une foule d’auditions. Jamais choisie, elle ne décroche qu’un emploi d’ouvreuse.

Elle intègre ensuite une troupe théâtrale dont le directeur n’est pas encore célèbre, mais ça ne saurait tarder : un certain Georges Cukor. Quelle rencontre !

Un des plus grands metteurs en scène d’Hollywood et une de ses plus grandes stars au tout début de leurs carrières respectives. Mais entre Cukor et Davis, la sauce ne prend pas et le metteur en scène vire l’actrice au bout de deux semaines.

Elle croise également la route d’une des grandes divas de Broadway : Eva le Gallienne qui après avoir assisté à une audition de Bette lui lance : « Décidément, vous n’avez rien pour réussir ma pauvre fille, pas une once de talent ni même un physique ! » Peu importe la future carrière de Bette Davis, mademoiselle le Gallienne qui s’éteindra à 92 ans ne changera jamais d’avis « Elle était frivole et artificielle en tout ! »

 

Bette Davis a une idole, une icône. La comédienne Peg Entwistle qui a le même âge qu’elle et est déjà « un nom ». Bette l’adore et assiste autant que faire se peut à toute ses représentations quitte à voir la même pièce vingt fois et toujours avec la même délectation.


A force de travail acharné, Bette Davis est enfin, elle aussi, à l’affiche d’un succès à Broadway en 1929. On parle d’elle dans la presse spécialisée et ça ne pouvait pas tomber mieux.

L’Amérique est bouleversée par le crash boursier qui va jeter des millions de personnes à la rue, le cinéma, quant à lui est touché de plein fouet par un autre genre de crise : le cinéma parlant.


L’Amérique ne peut pas se permettre une crise du cinéma, c’est sa première industrie et pour ainsi dire la dernière en ces temps de catastrophe nationale.

Or, les stars d’Hollywood, véritables dieux vivants voient leurs carrières se fracasser dans les gargouillis des micros ! Ils savent mimer, ils ne savent pas parler. Clara Bow, John Gilbert, Marion Davies, Pola Negri et surtout Norma Thalmadge passent à la trappe dans le fou-rire général. Seuls Gary Cooper et Greta Garbo survivent et il faut dare-dare les entourer de nouveaux venus.


Hollywood ne cherche plus de nouveaux visages. Hollywood cherche des voix !

Le cinéma parle, ses acteurs ne peuvent plus se taire !

 


Tout Broadway est convoqué, Bette Davis comme Barbara Stanwyck, comme tous les autres transfuges du théâtre. Comme Peg Entwistle. Quiconque sait aligner trois lignes sans l’accent du Kentucky ou de l’Oklahoma a sa chance.


Et s’il fallait être d’une beauté à couper le souffle pour captiver la caméra muette, on peut brûler les planches et être d’un physique plutôt quelconque, voire même ingrat pour charmer le micro.

Mais quand même, la foule des chômeurs qui se pressent dans les cinémas pour rêver à bon marché ne s’attendaient pas à ça.

Pas à Bette Davis !


L’actrice tourne son premier film accueilli par des commentaires pour le moins délicats comme :

 « Comment peut-on filmer une tête pareille ? »

Barbara Stanwyck aussi se souviendra de ses premiers exploits cinématographiques en précisant que ses films vidaient les salles plus sûrement qu'un lâcher de boules puantes.

Bette Davis est logée à la même enseigne.

 

Elle tourne encore, contrats obligent, quelques rôles insignifiants dans des navets sans envergure et est pressée de regagner Broadway et la civilisation.

 


Dès son arrivée à Hollywood, les choses avaient on ne peut plus mal commencé : Bette débarqua à la gare, portant une robe fatiguée et traînant une vieille valise qui avait dû connaître les chariots de pionniers. On lui avait dit qu’un délégué de chez Warner viendrait l’attendre à la gare, mais elle ne vit personne à part un gros bonhomme portant une gerbe de roses qui la croisa sans lui jeter un seul regard.

Elle fit donc à pied la route pourtant longue qui la séparait du studio et le gros homme aux roses la dépassa avec sa limousine dans un épouvantable nuage de poussière.


Lorsqu’elle arriva au studio, trempée de sueur et couverte de poussière elle se retrouva nez à nez avec l’homme aux roses qui n’était bien entendu nul autre que le délégué de la Warner.

Lequel non seulement ne lui donna jamais les roses mais tonna à la cantonade : « Je vous l’avais bien dit qu’il n’y avait rien qui ressemble à une actrice dans cette gare, je ne pouvais pas me douter que c’était ça que je venais chercher ! » Tout le monde regarda Bette d’un air complètement navré. Elle ravalant sa fierté, elle laissa tomber sa valise, mit les mains sur les hanches et déclara : « Bon ! J’ai l’impression que ça ne va pas être très facile pour moi, ici ! »

 

Elle débute dans « The Bad Sister ». Un titre qui lui irait comme un gant à ceci près qu’elle joue le rôle de la « good Sister ». La gentille, la moche, la résignée. Sidney Fox a le rôle de la vilaine fille. Sur le tournage, Bette Davis, comme Sidney Fox, sont éclipsées par un autre nouveau transfuge du théâtre qui débute à l’écran : Humphrey Bogart. Bette se souviendra surtout qu’elle devait langer un nourrisson et que la nudité du nouveau-né la faisait rougir jusqu’à la racine des cheveux.

Bette est affligée d’une éducation très puritaine et s’ébouriffe pour un rien. Un handicap de taille pour Hollywood mais dont elle ne va pas tarder à se débarrasser.

 

Elle a un petit rôle dans « The Man who Played God », juste quelques lignes à dire, mais curieusement, l’effet sur le public est immédiat, la présence de l’actrice au générique du film paraît importante, voire même judicieuse. Son partenaire lui prédit un brillant avenir, mais Bette l’entend d’une oreille distraite.

Bette a très vite déchanté à Hollywood. Personnellement et artistiquement. Or, un drame est venu la convaincre, si besoin était, qu’Hollywood n’est pas l’endroit idéal pour une actrice avec une vraie vocation artistique. Son idole Peg Entwistle après avoir visionné les rushes de son premier film s’est donné la mort en sautant dans le vide depuis la lettre H du célèbre mot HOLLYWOOD qui surplombe la ville. Pour Bette Davis, Hollywood a tué la plus grande actrice de l’histoire.

 

Elle est venue à Hollywood flanquée de son éternel petit ami qu’elle a connu au collège : Harmon O. Nelson et le couple vient enfin de se marier. Un petit ami avec qui cette puritaine de fiancée n’a pas « consommé » car une jeune fille ne se donne pas hors mariage ! Bette Davis perd sa virginité de manière légale à…25 ans.

Nous sommes en 1932, ils resteront mariés jusqu’en 1939.


Bette affirmera toujours être arrivée vierge au mariage mais être exaspérée d’avoir attendu aussi longtemps pour enfin passer à l’acte. « C’est vous dire à quel point j’étais « Old Fashioned Girl », je suis arrivée vierge au mariage, ma mère m’avait éduquée en ce sens et elle avait parfaitement tort, aujourd’hui je le sais, trop tard, et vous qui êtes jeunes, ne faites plus ce genre de bêtises ! »

 


A la lecture des critiques élogieuses sur sa dernière prestation, la Warner propose sans grandes convictions un contrat de 7 ans à Bette Davis alors que les malles de la comédienne sont prêtes à repartir vers Broadway.

Elle signe, aussi peu convaincue que Jack Warner, elle deviendra la reine de ses studios.

La fructueuse collaboration va durer 16 ans, 16 ans de triomphes et de luttes perpétuelles : les studios Warner sont spécialisés dans les films de gangsters à bon marché, et il n’y a que de médiocres rôles stéréotypés à distribuer aux actrices maison.

  

Bette Davis va entrer en guerre pour chacun de ses rôles et tourner six films par an.

On ne voit plus qu’elle ! Mais les films de la Warner sont rarement des chefs d’œuvre artistiques, et plus rarement encore des films de femmes. On n’est pas chez M.G.M. ou Paramount.


Le mariage de Bette Davis s’étiole au fur et à mesure de son ascension. A force de fréquenter des hommes avec de la poigne et du talent, elle se rend compte du peu d’intérêt de son mari, plutôt fade, effacé et sans talent réel. Il se voulait musicien et faire danser Bette sur ses œuvres. Il devra se contenter d’être son loyal serviteur jusqu’à ce que sa femme ne le supporte plus et trouve un malin plaisir à l’humilier en public.

 

 

Professionnellement, elle doit batailler parfois des mois pour pouvoir se faire « prêter » à d’autres studios si elle convoite un rôle.


C’est ce qui se passe pour « Of Human Bondage » pour lequel Bette Davis se serait damnée.

Pour la première fois dans l’histoire du cinéma on allait montrer une garce sans excuses, Bette ne pouvait pas rater ça ! Elle obtient gain de cause à condition de signer pour plusieurs navets maison dans la foulée.

Les critiques sont miraculeuses mais l’accueil public glacial.

Personne n’était prêt à l’époque à voir une actrice dans un état pareil.

Bette est mortifiée, Jack Warner mort de rire !


Elle se venge de ses employeurs en recevant l’Oscar de la meilleure actrice en 1936 pour « L’Intruse » mais ce n’est pas ça qui fera changer la politique maison à son égard.

Son Oscar dans son sac à main, Bette Davis est un jour entrée, sans frapper comme il se doit quand on est Bette Davis dans le bureau de Jack Warner.

Brandissant son Oscar comme une massue, elle glapit, hors d’elle, que le studio vient d’augmenter James Cagney et qu’elle, Oscar ou pas, première dame du studio ou pas reste payée comme une vulgaire solliciteuse.

Jack Warner n’étant pas du genre impressionnable, il continue à la programmer dans des films médiocres et à lui refuser les rôles qu’elle convoite.

Pour être tout à fait honnête, le jour de cette grande scène historique, Warner lui a parlé du rôle de Scarlett O’hara dans « Autant en emporte le vent » et Bette Davis s’en est étouffée de rage, considérant le titre comme une mise au point.

Bette Davis ? Autant en emporte le vent? Autant dire de la poussière?


Ses difficultés personnelles et son combat incessant avec Warner font de Bette Davis un être de plus en plus difficilement fréquentable. Elle n’a guère d’amis à Hollywood et que des ennemis au studio. Elle dira elle-même « Si quelqu’un m’avait aimée durant cette période j’aurais cru qu’il s’agissait d’un cinglé car c’était impossible de m’aimer pour tout être humain normal et civilisé puisque moi-même je ne l’étais pas ! »

 

En 1944 sur le plateau de « Mrs Skeffington », comme après chaque scène, Bette regagne sa loge et se baigne les yeux avec son habituelle solution pharmaceutique.  Soudain un hurlement retentit. On a empoisonné le précieux liquide et la star hurle de douleur, complètement aveuglée.

Le réalisateur du film Vincent Sherman avec qui Bette a eu une liaison, déclare à l’inspecteur de police en charge de l’enquête « Qui aurait intérêt à nuire à mademoiselle Davis ? Qui la détesterait assez pour ça ? Mais tout le monde ! Posez la question à tout le monde sur le plateau, tout le monde lèvera la main ! Y compris moi ! »

 

 

Lorsque la Warner refuse de la laisser travailler avec Katharine Hepburn dans « Marie Stuart », Bette Davis claque la porte, quitte Hollywood pour aller tourner à Londres où l’exclusivité de son contrat ne la bloque pas.


C’est la guerre et la Warner ne va pas se laisser faire ! L’actrice est traînée en justice au cours d’un procès retentissant qu’elle va perdre.

Humiliée, Bette Davis est sommée par voie de justice de reprendre le chemin d’Hollywood et des studios Warner de gré ou de force. A son retour, la Warner va agir, force est de le reconnaître, de main de maître.

Warner va d’abord payer tous les frais du procès afin que Bette Davis regagne le studio un peu moins vindicative et un tant soit peu calmée.

Et puis, ils vont la distribuer dans un bon film.

Et avec Humphrey Bogart, excuser du peu.

Et ce n’est pas fini !

La Warner va commander des scénarios pour Bette Davis, mettre en chantier des films pour elle.

Est-ce parce qu’ils ont fait amende honorable et se sont pliés aux vues de l’actrice ?

Que non !

C’est afin de pouvoir montrer au monde entier à quel point Bette Davis est un monstre.

Critiquer la Warner ?

Mais regardez les rôles splendides dans les films magnifiques qu’on lui offre !

C’est Bette Davis qui est un monstre, un monstre d’ingratitude !

 


La lune de miel idyllique va être de courte durée, la deuxième guerre va éclater, mais cette fois pour les raisons inverses.

Selznick à qui Warner a cédé les droits, s’apprête à mettre en chantier son fameux « Autant en Emporte le Vent ». Il veut, lui aussi, Bette Davis pour incarner Scarlett O’hara dans ce qui sera, selon lui le plus grand film de tous les temps.

Gary Cooper a lu le scénario et a refusé le rôle de Reth Butler en argumentant qu’il ne participerait pas au pire navet de tous les temps. Bette Davis le lit (enfin) à son tour et pense la même chose.

Mais de leur côté, Paulette Goddard, Ginger Rogers, Susan Hayward, Carole Lombard et surtout Joan Bennett sont prêtes à tuer pour le rôle, finançant parfois elles mêmes les essais, elles tournent toutes le même test avec Hattie Mac Daniel qui n’en peut plus de serrer ces dames dans leurs corsets. Bette Davis accepte le film, elle n’en est, après tout plus à un échec près.

Mais Warner impose une condition au prêt de Bette Davis à Selznick : Errol Flynn sera son partenaire. Bette Davis en reste bouche bée !

Flynn dans le rôle de Butler? Pourquoi pas Mickey Mouse ? Elle estime Errol Flynn bien trop médiocre comédien pour assurer un rôle d’une telle envergure, Bette Davis décline le rôle le plus convoité de tous les temps.


Bette Davis ayant refusé, Katharine Hepburn est engagée pour jouer Scarlett, rôle qu’elle ne désire pas plus que Bette Davis. Elle accepte à condition de signer son contrat la veille de son premier jour de tournage. D’ici là, ordre est donné à tout Hollywood de trouver quelqu’un d’autre afin que miss Hepburn échappe aux crinolines sudistes de Scarlett O’hara. Dieu dépêcha Vivien Leigh et tout fut enfin pour le mieux au générique du plus mythique film de tous les temps…non sans mal.

 


Je peux comprendre la rage sans nom qui s’empara de Jack Warner et je comprends mieux encore la décision de Bette Davis. Pour la petite histoire, Joan Fontaine fut aussi sur les rangs, mais lorsqu’elle apprit qu’on lui destinait le rôle de Mélanie Wilks et non de Scarlett, elle entra dans une rage sans commune mesure, surtout pour une actrice réputée peu ambitieuse.

Elle claqua la porte de Selznick puis l’entrebâilla de nouveau, passa un morceau de tête et lança : « Parlez-en à ma sœur, Olivia De Havilland, ça l’intéressera peut-être ».


Warner avait tant rêvé de Bette Davis en Scarlett qu’il mit en chantier « L’Insoumise » copié à s’y méprendre sur « Autant en Emporte le Vent », mais, qui, il faut bien le dire est loin d’égaler l’original.

Bette avait eu une petite aventure avec son partenaire Henri Fonda. Mais sur le tournage, il l’ignore superbement. A New-York son épouse s’apprête à mettre au monde son premier enfant. Il ne lui parle pas en dehors du texte, ne lui donne même pas la réplique quand il est hors champ. Bette devant jouer ses scènes en gros plan face à un figurant ou un technicien qui lui « donne le regard » tout en mastiquant son sandwich.

A l’époque pourtant, le film fait un triomphe colossal, et Bette reçoit son second Oscar. C’est le prélude à la plus prestigieuse partie de sa carrière.

Entretemps, Bette Davis Divorce.

C’est son mari, qui excédé a exigé et obtenu le divorce dont on fit des gorges chaudes.


Bette Davis, effondrée en larmes sur un banc pendant que son mari se plaint de leur vie conjugale : « Ma femme est dévorée d’ambition, elle me néglige et néglige notre ménage, elle a tourné jusqu’à sept films sur un an, et l’an passé elle a tourné quatre films de plus que n’importe quelle autre star du studio ! » Et Bette, se levant de son banc, dans une de ses envolées des grands jours : « Mais bien entendu ! Je ne vais pas laisser à une autre actrice l’occasion de montrer qu’elle joue peut-être mieux que moi dans un film que j’ai refusé, je ne me le pardonnerais pas ! »

 

Le mari obtint gain de cause, Bette pleura beaucoup et le salua d’un « Adieu mon Amour, je t’aimais tant ! » alors qu’il quittait le tribunal, ce qui fut qualifié le lendemain dans la presse de « Magnifique prestation de l’actrice Bette Davis au tribunal des divorces » Elle avait cumulé tant de « dates » que les plus acharnées des commères avaient renoncé à les comptabiliser.


L’actrice vole de triomphes en triomphes, de nominations en nominations, William Wyler est pour elle ce que Georges Cukor est pour Katharine Hepburn. Bette éprouve une véritable dévotion pour Wyler et Hollywood commente : « Wyler demanderait à Davis de se jeter dans l’Hudson River qu’elle plongerait illico en lui disant merçi ! » En fait, elle est très amoureuse de William Wyler et elle vit avec lui une de ses rares passions.

 

Il la dirige de main de maître, ils sont amants. Mais lorsque leurs tempéraments belliqueux auront fini de se heurter sur l’oreiller, ils vont se battre dans les studios. Bette Davis est la plus remarquable, la plus grande star d’Hollywood et entend bien le rester.

Et il faut bien reconnaître que Davis existe sans Wyler, j’en veux pour preuve sa brillantissime interprétation d’Henriette de Luzy dans « All That and Heaven Too » où Litvak la dirige face à Charles Boyer. 

Elle joue à la fois de son élégance, ce qui est une gageure pour une femme de sa taille et du mépris de son apparence physique, elle est un barnum de la transformation.

Si Dietrich transforme ses sourcils en ailes de papillons, Davis enlève les siens ainsi que ses cils et la moitié de ses cheveux pour « La Vie Privée d’Elizabeth et d’Essex » avec…Errol Flynn !

 

A l’époque, maquiller les stars est toute une sinécure protocolaire !

Il y a un atelier maquillage dans les studios, le maquilleur en titre de la star conçoit le maquillage exactement comme un plan d’architecte et ce sont des ouvriers, tôt levés, qui chaque jour magnifient les vedettes à coup de fond de teint et à grand renfort de faux-cils pendant que celles-ci boivent leur café et relisent leur texte, sans adresser la parole au maquilleur ni même parfois savoir à quoi il ressemble !


Un matin, la Warner confie Bette Davis à un jeune maquilleur français nouvellement engagé.

Celui-ci trouve que la manière dont on maquille les lèvres de la vedette ne lui convient pas. On s’évertue à masquer les coins tombants de sa bouche, ce qui, selon lui, « fige » son expression naturelle. Il modifie le plan et accentue encore le côté saignant du tracé des lèvres de l’actrice…sans lui demander son avis.

Bette voit le résultat, se met en rage, prête à lui faire avaler ses fards et ses pinceaux puis s’arrête net au milieu d’un hurlement, voyant dans un miroir l’effet dramatique qu’elle peut tirer de cette nouvelle bouche. Elle fera de Jean D’Estrées le maquilleur que toutes les stars s’arrachent. Rita Hayworth le fera venir en avion privé dès qu’elle aura besoin d’un raccord et à deux, ils inventeront l’anticerne.

 


Bette, elle, se remarie en 1940 avec le très élégant, festif et mondain Arthur Fansworth.

La pauvre n’est pas très douée dans le choix de ses maris . Fansworth est un alcoolique notoire, l’actrice avait pourtant une liaison avec le beau Georges Brent, mais elle s’était jurée de ne jamais épouser d’acteur.

Fansworth était le voisin d’une propriété que possédait Bette et où elle aimait à passez les week-ends. L’homme, élégant, fortuné et assez secret partageait la maison voisine avec sa sœur.

Bette avait sympathisé avec ses voisins et les avait invités chez elle à Hollywood pour deux semaines de vacances. « J’ai toujours épousé des hommes qui avaient de l’argent, entendons-nous, pas POUR l’argent, mais un homme doit pouvoir faire vivre sa femme, c’est comme ça et c’est eux qui le veulent ainsi »

 

Il est amusant de se pencher un peu sur sa torride liaison avec Georges Brent. Bette s’était volontiers lamentée sur le mépris ou la méchanceté des actrices du studio à son arrivée chez Warner. Elle aimait à dire « Toutes se sont révélées odieuses avec moi, étaient-elles jalouses, méchantes ou sottes, je l’ignore, peut-être les trois à la fois, une seule a été avec moi d’une gentillesse exemplaire, je ne cesserai jamais de la remercier et d’apprécier la grande dame qu’est Ruth Chatterton qui m’honore du privilège de son amitié »

Adorable Bette Davis, mais il n’est fait ici aucune mention de sa liaison avec Georges Brent ni au fait que monsieur Brent était l’époux légitime de …Ruth Chatterton.

 

La guerre venue, Bette Davis crée la « Hollywood Canteen » : Un bar destiné aux G. I’s en permission où ils peuvent danser dans les bras des plus glamoureuses stars d’Hollywood au son des plus prestigieux orchestres à la mode et bien sûr tout est gratuit.

Bette Davis se souviendra toute sa vie de l’énergie débordante de Marlène Dietrich en plein effort de guerre qui dansait consciencieusement avec tous les beaux militaires, flirtait tout aussi consciencieusement et revenait en cuisine faire la vaisselle et moutarder les hot dogs entre deux swings.

La Warner va filmer quelques unes des soirées de l’Hollywood Canteen et faire un montage des moments les plus décemment montrables pour en faire des films !

 

En 1943, Bette va vivre une expérience aussi tragique que douloureuse : Rentrant chez elle après une journée passée au studio, elle découvre Arthur, son mari, inconscient au pied de l’escalier, la tête en sang. Souffrant d’une fracture du crâne, il semblait se remettre du choc mais quelques heures après sa chute son état périclitait.


Bette, veuve, ne pouvait que répéter la même chose en triturant son petit mouchoir de dentelle, mais l’enquête révéla que l’infortuné mari était mort deux jours après sa chute et que sa blessure à la tête n’était en aucun cas la conséquence d’une chute mais bien due à un coup de matraque ou de crosse de revolver donné avec une violence inouïe.

Le meurtrier ne sera jamais découvert, l’affaire non élucidée et Arthur Fansworth rejoint la longue liste des morts mystérieuses d’Hollywood.

Comme à leur habitude, les studios étouffèrent magnifiquement l’affaire.

 


 On avait découvert en menant l’enquête qu’Arthur Fansworth avait travaillé en secret pour le ministère de la guerre et avait vécu sous plusieurs fausses identités. L’information fait la une des journaux et les inévitables mots « complot » et « espionnage » sont lancés.

 

Une semaine plus tard, le pauvre homme était mort d’une glissade dans la rue devant une kyrielle de témoins. Affaire classée, version entérinée. Il faut aujourd’hui fouiller les archives d’époque pour retrouver les premiers constats de police. Le mari de Bette Davis est bel et bien mort après un coup violent reçu à la tête et une dégringolade dans les escaliers.

 

Bette vécut son deuil avec dignité, tourna plus que jamais, se fit mordre par son chien au visage, se mit par mégarde de l’ammoniaque dans les yeux, dérapa, elle aussi, dans l’escalier fatal et finit l’année sur une paire de béquilles, blessée à la cheville.

Le premier mari de Bette vola à son secours, ils ne se quittèrent de nouveau plus, et avec l’armistice on fêta leurs nouvelles fiançailles !

Les griseries de la fête dissipées, Bette se remarie en Novembre 1945, cette fois avec William Grant Sherry et met au monde sa fille Barbara l’année suivante. La qualité de ses choix ne s’est pas améliorée. Le bel officier de marine est un homme violent, et Bette Davis qui n’aurait jamais imaginé prendre un jour une raclée en a été pour ses frais.

Malgré le scandale, elle demande le divorce et que son mari soit tenu à distance respectable de leur bébé car elle craint pour la sécurité de l’enfant.

L’officier de marine se montrera tout simplement scandalisé, non d’avoir été « dénoncé » par Bette, mais qu’elle ait eu le toupet de dévoiler leur intimité à des tiers.

Quel manque de savoir vivre !

Ce brave homme déclare qu’in fine, Bette Davis était indigne de lui et qu’il serait bientôt un peintre célèbre et richissime, ce qui la ferait immanquablement verdir de jalousie, et sans doute serait-ce amusant à peindre.

Son sens des couleurs n’ayant pas fait se retourner Gauguin dans sa tombe, il se recycla en dépanneur à domicile et venait bien volontiers vous changer l’ampoule de l’entrée pour 2$ déplacement compris.

 

Malgré ses bonnes actions patriotes de l’Hollywood Canteen, Bette Davis reste toujours aussi intraitable !


 

Elle s’est crêpé le chignon avec William Wyler qui l’a dirigée dans ses plus grands succès et qui refuse désormais de travailler avec elle. Il en va de même avec King Vidor qui la dirige, ou tout du moins tente de le faire dans « La Garce ». La haine s’installe, Davis quitte le plateau, elle n’accepte de revenir qu’à la condition d’être libérée de son contrat.

 

Jack Warner, libère Bette Davis, trop content de se débarrasser de cette harpie en jupons qui fait régner la terreur sur ses plateaux depuis tant d’années.

Ravie de sa nouvelle liberté, Bette Davis va rapidement déchanter !

Les grands studios ont l’habitude de se tenir la main, être répudié par l’un d’eux signifie souvent être banni par les autres, à charge de revanche.

Lorsqu’Olivia de Havilland quittera à son tour Warner, le studio enverra 150 télégrammes tous azimuts pour empêcher qu’elle ne soit engagée ailleurs.

 


Mais pour l’instant, Bette est toute à sa joie : Un nouveau grand amour avec Gary Merrill qu’elle impose dans son prochain film : « All About Eve », le film phare de sa carrière.

Bette Davis devient Margo Channing pour l’éternité et entre au panthéon des actrices de légende, Eve est pour Bette Davis ce que « My Fair Lady » est pour Audrey Hepburn et « Sunset Boulevard » pour Gloria Swanson.

Le film est nommé quatorze fois aux Oscar, dont celui de la meilleure actrice pour Bette Davis en compétition avec…Gloria Swanson pour Sunset Boulevard.

Sourire crispé aux Oscar, Bette Davis la perdante est visitée par une jeune gagnante : Patty Duke.

 

Fraîchement divorcée, Bette épouse Gary Merrill en 1950, le couple adopte deux enfants : Margo et Michaël.

 

 Hélas, la petite Margo souffre d’un handicap mental. Pour le reste de sa vie, Bette Davis travaillera en craignant perpétuellement de disparaître et laisser Margo sans un pécule suffisant pour son entretient en institut.

 

Davis et Swanson seront vaincues dans la course aux Oscar par Judy Hollyday pour « Born Yesterday ». Après ce rôle d’anthologie marqué au fer rouge dans toutes les mémoires, Bette Davis semble être sur la voie royale des triomphes, elle est sur celle de l’oubli.


Comme pour Gloria Swanson, le film phare de sa carrière est celui du déclin.

C’est elle qui remet l’Oscar du meilleur acteur à Marlon Brando pour « Sur Les Quais » en 1953.

Entretemps, aucun coup d’éclat, aucun triomphe, aucun bon rôle.


Alors, flanquée de son Gary, elle accepte de mener une revue : « Two’s Musical ». Le spectacle ouvre à Detroit en Octobre 1952. Le soir de la première, exténuée par les répétitions, Bette Davis s’évanouit en scène.


C’est le succès et Bette annonce déjà l’arrivée du spectacle à Broadway. Malheureusement, de ville en ville le succès s’évanouit et le spectacle est sans cesse retravaillé. Bette quant à elle est de plus en plus fatiguée. C’est Jules Dassin qui reprendra la mise en scène pour Broadway.

La revue tiendra 90 représentations mais devant une salle jamais pleine. La production perdra 320.000$.

Bette Davis déclarera forfait suite à l’inflammation d’une dent de sagesse. On lui découvrira une ostéomyélite de la mâchoire qui nécessitera une intervention chirurgicale immédiate.

 

 

En 1953, l’année où on retrouve Bette remettante aux Oscar, l’actrice couronnée est Grace Kelly. La soirée est placée sous le signe de la jeunesse et de la beauté, on parle aussi beaucoup de nouvelles méthodes d’interprétation basées sur l’intériorité, ce qui devient subitement très à la mode et est l’exact contraire de Bette Davis.

Elle apparaît à la cérémonie dans un costume Élisabéthain, Miss Davis travaille, elle !

Elle n’a pas eu le temps de se changer !

 

Bette se démode, passe à la trappe, sombre dans l’oubli pour un purgatoire de…10 ans.

Même si elle récolte encore une nomination pour « La Star », les années 50 ne sont pas les années Bette Davis, elle tourne encore, certes, mais tout le monde s’en fout !

 

En 1946, lasse de combattre la Warner, elle avait créé sa propre maison de production et engagé Glenn Ford pour lui donner la réplique dans « la Voleuse ».La médiocrité des recettes a eu raison de la B.D. Corp.

Bette reviendra chez Warner.

Jack Warner s’en étonne, puisqu’elle était enfin son propre maître et libre du choix de ses rôles.

Bette minaude sa réponse : « Oui, mais je préfère revenir ici et me plaindre tout le temps ! »

 

Glenn Ford lui rendra la pareille bien des années plus tard en engageant Bette alors dans une très mauvaise passe lorsqu’il produisit « Millionnaire d’un Jour ».


Bette et Gary Merrill divorcent en 1960 après dix années d’un mariage tumultueux.

La situation est à ce point critique que Bette Davis passe une annonce dans « Variety » pour trouver du travail : « Actrice, 30 années d’expérience, pas aussi intraitable qu’on le dit, deux Oscar, cherche du travail ».


Nous sommes en 1960, c’est alors que Glenn Ford lui vient en aide en produisant « Milliardaire d’un Jour » puis Robert Aldrich la dirige dans « Qu’est-il arrivé à Baby Jane ? » Elle incarne la sœur de Joan Crawford et les deux actrices se déchirent devant les caméras et…Derrière aussi !

 


Crawford a hérité de son dernier mari de parts importantes dans la société Pepsi-Cola. Son contrat stipule que les distributeurs automatiques de boisson sur le plateau doivent en distribuer. Davis refuse d’en boire, exige du Coca-Cola, il faut donc alterner discrètement les distributeurs suivant laquelle de ces dames est sur place. A la fin du film, Crawford, paralysée est couchée sur une plage, Bette Davis doit se jeter dans ses bras et lui demander pardon.

On tourne, Davis se jette sur Crawford et repart en arrière à la stupéfaction générale.

Davis se relève, secoue le sable de sa robe et glapit : « J’ai rebondi sur ses faux nichons en caoutchouc ! »

 

Le film fait un triomphe incroyable et les deux divas vieillissantes vont se spécialiser en monstres de tous acabits pour le reste de leur carrière. Le monde semble redécouvrir les deux stars que l’on imaginait sans doute déjà momifiées au musée du Caire.

Mais si Joan Crawford assume mal le film et son personnage, Bette Davis se régale d’être à nouveau en pleine lumière. Sur un plateau de télévision, elle tire à boulets rouges sur ce Hollywood qui l’a tellement négligée.

 


« Aujourd’hui des jeunes actrices dont on ne savait rien quinze jours plus tôt sont payées des fortunes pour des rôles qu’elles refusent en faisant des moues dégoûtées ! Moi quand j’ai débuté, j’ai travaillé cinq ans sans prendre un jour de congé et j’ai joué tout ce que l’on m’a dit de jouer ! Si j’avais dû faire un film où mon rôle consistait à claquer une porte je l’aurais fait . Mais bon, je suis d’une époque où le métier d’actrice s’apprenait et se respectait .»

J’ignore si Jack Warner était devant son téléviseur à ce moment-là !

 

Le succès de Baby Jane est tellement colossal que les deux ennemies mortelles sont réengagées pour un film de la même veine : « Chut, Chut Chère Charlotte ». Bette Davis se pavane sur les plateaux de télévision car elle a décidé de devenir une vedette de la chanson en attendant de devenir Charlotte. Le titre de la chanson : « What ever happen to baby Jane » bien sûr !


Dès le premier tour de manivelle de « Chut Chut Chère Charlotte », les hostilités reprennent, plus féroces que jamais, Joan Crawford épuisée déclare forfait, se fait porter pâle et remplacer par Olivia De Havilland avec qui Bette Davis s’entend comme larrons en foire. Bette ne supporte que deux actrices au monde : Olivia De Havilland et…Bette Davis.

Une séance photo sera organisée sur le plateau : Bette, Olivia et Joseph Cotten trinquant avec leurs bouteilles de coca-cola autour du distributeur de la marque. Commentaire de Bette Davis : 

« Je n’y suis pour rien, je ne savais pas qu’il y avait un photographe et de toute façon je m’en fous, je bois ce que je veux, je n’ai de comptes à rendre à personne et j’ai autre chose à faire dans ma vie que d’envoyer des photos à Joan Crawford ! »


Bien des années plus tôt, une autre vendetta féroce s’était engagée entre Bette Davis et sa partenaire de « La Vieille Fille » Myriam Hopkins, Davis haïssait Hopkins qui le lui rendait bien, et pour cause : Bette avait une liaison avec son mari, Myriam étant dans la vie madame William Wyler !


Bette Davis va laisser le temps s’exprimer sur son visage, s’enlaidissant à plaisir, toujours présente à l’appel quand il s’agit d’incarner une monstresse quelconque et ce jusqu’à un âge très avancé, en 1987, elle était encore au festival de Cannes avec un de ses films : « Les Baleines du Mois d’Août ».

Au cours d’un tournage pour la télévision, une nouvelle haine se déclenche : envers Faye Dunaway, cette fois. 

Bette reproche à Faye de ne pas travailler entre deux prises mais de traîner en ville pour « se faire sauter » sur la banquette arrière de sa limousine par des inconnus croisés au hasard.

Faye a le double bon goût de ne pas répondre et de faire ce qu’elle veut de ses fesses et de sa voiture.


Une hémorragie cérébrale avait failli avoir raison de Bette Davis, mais retrouvant peu à peu toute sa combativité et son mordant, elle revint sur le devant de la scène, retravailla pour le cinéma et la télévision.


Sa vieille rancœur vis à vis de Joan Crawford n’avait pas faibli et au cours d’un dîner où elle dit pis que pendre de Joan Crawford, un convive ose lui dire « Oh, voyons, Bette, ce n’est pas très gentil de dire du mal d’une morte » Ce à quoi elle répond du tac au tac « Ce n’est pas parce que l’on est mort que l’on change ! »

Sa fille Barbara publia un livre autobiographique dans lequel elle décrivit sa mère comme un monstre inhumain.

 

 

Bien plus que la maladie, le livre anéantit Bette Davis, trahie par la personne qu’elle aimait le plus au monde. La mère et la fille ne se revirent pas, ne se parlèrent plus jamais.

 

Le monde entier redécouvrait sans cesse ses films et encensait son talent, Bette parcourait la planète de festivals en cérémonies d’hommages, récoltant les lauriers de sa gloire et…se plaignant qu’à chaque fois elle devait s’acheter une nouvelle robe et que tout ça lui coûtait horriblement cher. En 1976, elle fut la première femme à recevoir la plus haute récompense du cinéma, le « Best Achivement live » de l’American film institute, elle succédait à John Ford, James Cagney, Orson Welles et son indispensable William Wyler.


Bette Davis avait choisi de finir ses jours à Paris, elle y décèdera le 6 Octobre 1989 d’un cancer du sein métastasé. Sa dépouille sera ramenée à Hollywood. Elle reposera aux côtés de sa mère et de sa sœur que la même maladie avait emportée bien des années plus tôt.

Bette Davis avait rédigé son épitaphe et souhaitait que l’on inscrive sur sa tombe : 

« Ici repose Bette Davis, et pour elle ça n’a pas été de la tarte ! »

La stèle porte plus sobrement :

« Elle vécut sans concessions ».

 


Sa fille Barbara avait négocié une fortune les droits de son livre bien qu’elle ne cessât de jurer ne pas l’avoir écrit pour l’argent mais pour la paix de son âme.

Le livre qui déchira le cœur de Bette Davis suscita un véritable tollé, car la totalité des personnes qui avaient connu Bette Davis de près ou de loin étaient tous unanimes pour affirmer que si Bette Davis n’aima jamais quelqu’un dans sa vie, ce fut bien sa fille Barbara qu’elle vénérait littéralement.


Barbara en question fut une jeune femme éblouissante qui devint abominablement laide en vieillissant. Une laideur qui n’exprimait que la rancœur et la goinfrerie.

 


A la limite de l’obésité, cette Barbara très chère a sa propre émission télévisée où elle nous prêche la bonne parole et nous met en garde contre le grand danger que court l’humanité et dont nous devons absolument prendre conscience, pauvres âmes naïves et ignares que nous sommes. Êtes-vous prêts à connaître l’insoutenable vérité ?

Attention j’y vais :

L’ANTECHRIST EST HOMOSEXUEL !

Et alors ? Je suppose, chère Barbara qu’il est noir juif et musulman aussi, alors qu’est-ce que ça change ?

Celine Colassin

 

QUE VOIR ?

 

1931 : Bad Sister : Le premier Bette Davis mais ce n’est pas elle la « Bad Sister », c’est Sidney Fox. 

1931 : Waterloo Bridge : Première version de la chose qui sera reprise plus tard sous l’égide de la MGM par Vivien Leigh et Robert Taylor.

1932 : La Maison de l’Enfer : Bette Davis petite amie de bootlegger, quoi d’autre ?

1932 : The Cabin in the Cotton : La belle Dorothy Jordan devance Bette à l’affiche.

1932 : The Dark Horse : Inutile de voir ce film même si vous êtes fan de Bette Davis, le scénario est éculé, l’acteur Warren William est d’une fatuité insupportable.

1932 : L’Homme qui Jouait à Etre Dieu : Pour la première fois, Bette Davis est remarquée de manière positive.

1932 : Mon Grand : Que dire ? Que Davis et Stanwyck partagent l’affiche peut-être ?

1933 : 20 000 Ans sous les Verrous : C’est avec Spencer Tracy, c’est déjà ça !

1934 : L’Emprise : Bette Davis est phénoménale dans ce film. Il n’y a aucune scène, aucun dialogue qui justifie la conduite odieuse de son personnage, alors Bette lui donne une excuse : une sorte de recherche de dignité, de reconnaissance de sa beauté, non pas avec des mots, mais avec des petits mouvements de tête, des petits doigts relevés et des épaules, raides aux mouvements saccadés qui font mouche ! Ce film a plus de 90 ans, mais l’interprétation de Bette Davis reste une des plus extraordinaires que l’on puisse voir.

1934: Jimmy The Great: A savoir James Cagney

1934: Fashions of 1934: Avec William Powell

1934: Housewife: Bette très belle face à son cher Georges Brent. Bette éconduite termine le film en écrasant sa cigarette et dit « Bon, et bien je vais rentrer chez moi boire mon dîner ! »

1935 : L’Intruse : Tiré d’une histoire vraie, le film vaut son premier Oscar à Bette Davis.

1935: Special Agent : Un film bavard au possible.

1936 : La Forêt Pétrifiée : Bette Davis en socquettes blanches tombe sous le charme de Leslie Howard avant de se faire braquer par Humphrey Bogart ! Le tout est très figé à cause du décor extérieur : un désert de deux mètres sur trois dans un coin du studio !

1936: Sixième Edition : No comment

1937 : Femmes Marquées : Retrouvailles avec Humphrey Bogart dans un film où il est du côté de la police. Bette est une « entraîneuse » de night club qui couvre son patron dans une affaire de meurtre. Bette nous gratifie d’une robe blanche toute couverte de franges qui lui donne l’air d’une hutte.

1937: Le Dernier Combat : Bogart encore et l’excellent Edward G Robinson se joint à l’aventure !

1937:Une Certaine Femme : Bette Davis partage l’affiche avec Henri Fonda.

1937: L’Aventure de Minuit : Bette n’a probablement qu’une seule amie féminine à Hollywood : Olivia De Havilland. Elles partagent l’affiche pour la première fois, ce ne sera pas la dernière.

1938 : L’Insoumise : Le second Oscar de Bette Davis pour cette sorte de « Autant en Emporte le Vent ».

1938: Nuits de Bal (The Sisters): Bette, franchement ravie, donne la réplique à Errol Flynn mais sous la direction de Litvak.  

1938: All That and the Heaven Too : Litvak s’empare du meurtre de la duchesse de Praslin, affaire qui défraya la chronique en son époque et ébranla la monarchie de Juillet.

1939 : Victoire sur la Nuit : Bette joue avec Georges Brent avec qui elle a une liaison et l’éternel Humphrey Bogart qui respectait Bette Davis parce que : « Elle est le seul mec à vraiment savoir fumer à Hollywood ! »

1939 : Juarez : Un film historique sur la vie de Benito Juarez incarné par Paul Muni.

1939 : La Vieille Fille : Bette Davis haïssait Myriam Hopkins sa partenaire, et c’est Myriam qui joue la jolie de la famille.

1939 : La Vie Privée D’Elizabeth et d’Essex : Le film est célèbre à cause de l’arrachage des cils et des sourcils que Bette Davis s’est infligé pour cause de réalité historique et l’épilation de la moitié du crâne pour compléter harmonieusement l’ensemble.


1940 : L’Etrangère : Charles Boyer retrouve Bette Davis après « All That and the Heaven Too ».

1940 : La Lettre : Une femme tue un homme qu’elle prétend ne pas connaître et avoir pris pour un rôdeur ! Hélas pour elle, la lettre existe !

1941 : La Vipère : Un pauvre homme, malade du cœur est marié à Bette Davis.

1941 : Bride Came C.O.D. : Je n’aime pas dire du mal mais franchement...Bette pousse sans cesse des cris débiles, tombe dans des cactus en plastique et tente l’abattage d’une Katharine Hepburn tout en se conduisant comme une imbécile complète un brin survoltée, bref ce film mal joué est d’une niaiserie totale.

1941 : Le Grand Mensonge : Bette et son cher Georges Brent. 

1941 : Fiancée contre remboursement. James Cagney le retour

1942 : Une Femme Cherche son Destin : avec Paul Henried et Claude Rains qui ont l’air de débarquer tout droit du plateau de « Casablanca »

1942 : L’Amour n’est pas un Jeu :Bette Davis prend la torgnole de sa vie. « Bien sûr que j’étais mauvaise dans ce film, mais il faut être Dieu pour tirer quelque chose du néant ! ».  

1942 : Warner Follies : Quelle mouche a piqué la Warner qui tente ici de nous faire rêver avec son show-room musical de stars maisons, exercice où excelle la MGM. 

1943 : L’Impossible Amour : pour faire plaisir à Bette, la Warner la redistribue avec Myriam Hopkins !

1943 : Quand le Jour Viendra: No comment

1943 : Thank You Lucky Stars : Un film « all stars » mené par Eddie Cantor 

1944 : Hollywood Canteen : Moitié film moitié reportage, le tout dirigé par Delmer Daves.

1944 : Mrs Skeffington (Femme Aimée est Toujours Jolie) : pas dans ce film en tous cas ! J’imagine que tous les coiffeurs étant sous les drapeaux, Bette fut prise en mains par un toiletteur pour chiens.

1944 : Remerciez votre Bonne Etoile : Bette retrouve sa chère copine Olivia.

1945 : Le Blé est Vert : No comment

1946 : La Voleuse : Bette Davis produit, le film ne marche pas, sans doute faute de crédibilité.

1946 : Jalousie : Bette revient chez Warner et retrouve Paul Henreid.

1948 : La Mariée du Dimanche : Bette Davis, directrice d’un magazine féminin débarque en province pour faire un reportage sur un mariage, voilà toute l’affaire.

1949 : la Garce : Bette dans les bois avec une perruque noir geais.

 

1950: All About Eve: Ah! Quel Bonheur ce film !

1950: L’Ambitieuse : Bette confrontée au divorce ravale son orgueil et ne laissera même pas un lacet de chaussure pour se pendre à Berry Sullivan. 

1951 : Jézabel : Bette et son cher Garry Merrill.

1952 : La Star : Bette Davis se plaint que son studio ne lui offre plus de rôles à sa mesure et son patron lui montre la photo de sa nouvelle recrue : la star n’apprécie pas ! (Ceci est le scénario du film, non la réalité…quoique !)

1952 : L’Appel d’un Inconnu : Si vous voulez voir Bette folâtrer en maillot, c’est ici que ça se passe.

1955 : The Virgin Queen : Je ne me lasse pas des traductions de titres de films. Celui-ci sortit en Europe sous le titre du « Seigneur de l’Aventure »

1955 : Au Cœur de la Tempête : No comment

1956 : Le Repas de Noces : Bette Davis met tout son orgueil de mère à offrir un repas de noces digne de sa fille Debbie Reynolds.

1958 : John Paul Jones, le Maître des Mers : In fine, Bette se plaît bien en reine.

 

1960 : Le Bouc Emissaire : Bette Davis s’est vieillie pour le rôle, elle a l’air d’avoir au moins 130 ans.

1961 : Milliardaire d’un Jour : Glenn Ford produit et joue avec sa jeune épouse Hope Lange. Bette est une clocharde haute en couleurs que Glenn transforme en milliardaire afin que la fille de la clocharde ne connaisse pas la déchéance de sa mère.  

1962 : Qu’Est-Il Arrivé à Baby Jane ? Encore un régal. Un film de monstres de Robert Aldrich qui va remettre Bette Davis et Joan Crawford en selle.

 1962: La Mort Frappe Trois Fois. No Comment

1964 : Chut Chut, Chère Charlotte : Un film de la même veine que Baby Jane et non une suite

 1964: Where Love has Gone » : Hollywood et le public avaient adoré le tintamarre Davis-Crawford, fasciné par cette guerre de sorcières, l’idée vint alors à un producteur de provoquer un nouvel affrontement de divas vitupérantes : il opposa Bette Davis à Susan Hayward !

1964: L’Ennui : Bette Davis découvre le cinéma italien sous la direction de Damiano Damiani et regrette aussitôt d’avoir fait le film. « Qui a eu cette idée absurde de me faire incarner une « mama » Italienne ? Ne me parlez plus jamais de ce film ! »

1965 : The Nanny : Fort méconnu, vous fait dresser les cheveux sur la tête. L’ambiance est très télévisée avec ses éclairages à la « Chapeau Melon et Botte de Cuir » et les ficelles franchement usées.

1968 : Bunny O’hara : Mais qu’est-ce qui a pris à Bette Davis ? La voilà Hippie, maintenant ! 

1968: L’Anniversaire : Dans ce film, Bette Davis est borgne, elle a un bandeau sur l’œil comme un pirate, mais mieux coupé.

1969 : Chambres Communicantes : A ce stade de sa carrière, Bette Davis ayant toujours eu un faible pour Londres ne déteste pas le cinéma Anglais.

1971 : Madame Sin : Madame Sin est chinoise, monstrueuse à souhait et c’est Bette Davis. 

1972 : L’Argent de la Vieille : Un très bon film de Luigi Comencini avec l’éblouissante Silvana Mangano, Alberto Sordi et l’indispensable Joseph Cotten.

1978 : Mort Sur Le Nil : Bette Davis et Angela Lansbury se déchaînent !

 

1980 : Les Yeux de la Forêt : Disney fait appel à Bette Davis car il a besoin d’une sorcière qui ressemble à madame Mim ! 

1980: Les Visiteurs d’un Autre Monde : Disney encore où cette fois Bette rencontre Christopher Lee. Cet effrayant duo mène la vie dure à deux enfants extra-terrestres en panne de soucoupe mais dotés de pouvoirs surnaturels !

1987 : Les Baleines du Mois D’Aout : Bette partage l’affiche avec Lillian Gish et Ann Sothern ; crépusculaire apparition de trois monstres sacrés du cinéma.

Le film se tourne dans la propre maison de Bette Davis qui l’occasion reçoit le public chez elle.

1989 : Wicked Stepmother : Diaphane, rongée par le cancer, un peu égarée dans un cinéma qui ne ressemble plus à ce qu’elle avait connu, chaussée de low boots comme en portait Clavier pour jouer Katia dans « Le Père Noël est une Ordure, sans doute poussée par une volonté de se survivre, Bette Davis nous inflige l’apparition de trop. L’actrice est surtout soucieuse de ne pas laisser s’échapper son râtelier et…laissera le film inachevé. On avait la surprise de revoir dans ce film la vétérane Evelyn Keyes.

  

LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS

(Avec Bette Davis)


On ne prête qu’aux riches, c’est bien connu. Il est dans les carrières des plus grandes stars de l’écran des projets qui n’aboutissent pas, aussi alléchants soient-ils. Quelles que soient les raisons qui firent capoter ces projets, ils nous éclairent sur la manière dont ces stars sublimes étaient pressenties à leur époque et cela nous réserve quelques surprises. A nous aujourd’hui de décider si nous devons regretter ces rendez-vous manqués…Ou pas.

 

New-York Miami : Alors qu’aucune star d’Hollywood ne veut tourner ce film, Bette Davis sent le chef d’œuvre et bataille pour que la Warner la prête à la Columbia. En vain.

 

Autant en Emporte le Vent : Bette Davis était la première Scarlett O’Hara pressentie, elle accepta le rôle presque sous la contrainte mais se récusa lorsqu’elle sut qu’on lui destinait Errol Flynn comme partenaire. Vivien Leigh sera donc Scarlett et entrera dans la légende pour l’éternité.

 

Mildred Pierce : Hé oui, le rôle emblématique de la carrière de Joan Crawford, fut d’abord proposé à Bette Davis qui avait acheté les droits du roman de James McCain à son intention. Hélas, Bette Davis ne l’entendit pas de cette oreille et envoya le script à la tête de Jack Warner.

 

Possessed : Encore un rôle qui échappe à Bette Davis au profit de Joan Crawford. Cette fois bette adorait le script qui aurait fait d’elle une fois encore une dingue comme elle les aimait tant, mais enceinte au moment du tournage elle dut renoncer.

 

African Queen : Qui se souvient aujourd’hui que la Warner acheta les droits du roman pour Bette Davis et que celle-ci était positivement ravie. Katharine Hepburn plaida suffisamment sa cause pour l’évincer, eut à la fois le rôle et une ennemie mortelle.

 

The Two Mrs Carroll’s : Encore des droits achetés pour Bette Davis à prix d’or. Mais cette fois, Bette n’est pour rien dans le volte face de Jack Warner qui décide de réunir Barbara Stanwyck et Humphrey Bogart. On peut se régaler de l’anecdote suivante : La pièce avait été jouée par Elizabeth Bergner et c’est durant ces représentations que l’actrice prit une de ses fans sous son aile protectrice. On connaît la suite grâce au film « All About Eve »

 

Black Chiffon : Ce film devait ramener Bette Davis sous les sunlights britanniques au début de l’année 1952.  Mais la star s’était faite de la presse anglaise une irréductible ennemie qui se déchaîna immédiatement. Rien qu’à l’idée de la voir fouler le sol de son île. Bette ayant passé l’âge des guérillas renonça à la faveur d’une offre venue de Broadway !

 

 

 
 
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