top of page
Rechercher

LOUISE LASSER

  • il y a 10 heures
  • 4 min de lecture

Louise Lasser née le 11 avril 1939 à New York n’est pas une étoile filante du cinéma. Elle est un OVNI

Elle n’est pas venue au monde dans un décor hollywoodien. Elle vient d’un milieu intellectuel juif new-yorkais, structuré, cultivé, loin des flamboyances de studio. Elle étudie les sciences politiques à l’université Brandeis, ce qui, en soi, ne prépare absolument pas à devenir une actrice de télévision iconique. Et pourtant, comme souvent, c’est précisément là que quelque chose se joue : une intelligence vive, une sensibilité à fleur de peau, et déjà cette impression d’être légèrement en décalage avec le monde qui l’entoure.


Elle entre au cinéma à la fin des années 60, notamment grâce à Woody Allen, qu’elle épouse en 1966. À cette époque, Allen n’est pas encore le cinéaste que l’on connaît, mais un auteur comique new-yorkais en pleine construction. Ils se rencontrent presque inévitablement. Ils fréquentent le même cercle d’acteurs et intellectuels juifs. Les mêmes cafés, les mêmes théâtres. Leur mariage durera trois ans. Ce n’est pas une union spectaculaire. C’est une cohabitation nerveuse.


Ils vivent dans un appartement de Greenwich où deux rythmes incompatibles s’affrontent en silence. Lui écrit, analyse, construit. Elle parle, ressent, réagit, virevolte, se disperse. Parfois s’égare. Une image revient chez ceux qui les ont approchés : Allen assis, concentré, et Louise Lasser qui tourne autour de lui, incapable de se fixer dans le même espace mental. Woody Allen supporte mal le bruit, les interruptions, le désordre émotionnel. Louise Lasser, au contraire, a besoin d’exister dans l’instant. Il lui demande régulièrement de se taire. Pas violemment. Mais constamment. Une usure lente. Plus tard, il dira qu’il ne comprenait pas toujours ce qu’elle ressentait, mais qu’elle, en revanche, ressentait tout… trop. Elle vit dans une intensité permanente. Lui observe, elle absorbe.

Leur séparation est presque invisible. Pas de scandale ; Ils ne sont pas encore célèbres. Pas de drame public. Comme si ce mariage n’avait jamais vraiment existé aux yeux du monde. Et pourtant, il en restera quelque chose. Woody Allen continuera à lui confier de petits rôles, sans jamais la remettre au centre. Comme un lien maintenu à distance. Il dira un jour : « Elle était trop fragile pour ce monde… et moi, trop préoccupé par moi-même pour m’en occuper. »

Puis, très vite, une autre figure féminine apparaîtra dans l’univers Allen. Diane Keaton. Avec une énergie comparable mais plus maîtrisée, plus structurée. Là où Louise Lasser déborde, Diane Keaton canalise. La différence est là.


Mais Louise Lasser ne s’inscrit pas dans une trajectoire linéaire. Elle n’est pas une carrière. Elle est une série de déflagrations.

Sa véritable explosion arrive en 1976 avec la série « Mary Hartman, Mary Hartman ». Le succès est immense, presque envahissant. Elle devient une présence quotidienne dans les foyers américains. Elle le dira elle-même avec une lucidité troublante : « J’ai l’impression d’avoir les clés de toutes les maisons américaines. Je pourrais entrer chez n’importe qui et m’asseoir à table comme si j’étais de la famille. » Mais cette proximité la dévore. Elle comprend très vite qu’elle ne tiendra pas. Et dans un geste presque incompréhensible pour Hollywood, elle quitte la série au bout de deux ans, en plein triomphe.


Elle évoquera plus tard, avec un humour absurde, un épisode qui l’avait profondément marquée. Son personnage apporte une soupe au poulet à un voisin âgé. Il s’endort… le visage dans le bol… et se noie. Elle dira : « J’en avais assez de jouer dans une série où je tuais des gens avec de la soupe au poulet. » Et peut-être aussi de se coltiner ces deux tresses ridicules. Ce rire est révélateur. Ce n’est pas une blague. C’est un symptôme. Parce que Louise Lasser ne joue pas complètement. Elle absorbe. Elle laisse passer les choses à travers elle.

Et la réalité finit par se fissurer elle aussi.

Un jour, elle est arrêtée pour avoir traversé hors des clous. L’incident dégénère. Au poste, on découvre de la drogue dans son sac. Elle affirme ne pas être au courant. Explique très sérieusement que ses fan ont l’habitude de glisser des substances dans son sacs à main « pour lui faire plaisir ».

Un autre jour, elle est interpellée dans un magasin de jouets. Elle tente de repartir avec une maison de poupée coûteuse sans la payer. Non par nécessité. Parce qu’elle est persuadée qu’on pourrait simplement la lui offrir.

Comme si la célébrité avait dissous les règles ordinaires. Comme si elle vivait dans une réalité légèrement déplacée.


Ce qui rend Louise Lasser fascinante, ce n’est pas qu’elle déborde.

C’est qu’elle ne triche jamais. Elle ne joue pas la fragilité. Elle la vit.

Et c’est peut-être pour cela qu’elle n’a jamais pu s’installer durablement dans un système comme Hollywood, qui exige du contrôle, de la solidité, de la répétition.

Louise Lasser n’est pas répétable. Elle est un accident.

Et les accidents, même quand ils ne durent pas, laissent toujours une trace plus étrange.

Celine Colassin

QUE VOIR ?

1965 : What’s New Pussycat ? Avec Romy Schneider, Peter Sellers et Peter O’Toole

1969 : Take the Money and Run: Avec Janet Margolin et Woody Allen

1972: Everything You Always Wanted to Know About Sex * But Were Afraid to Ask: Avec Woody Allen

1973 : Slither : Avec Sally Kellerman et James Caan

1980 : n God We Tru$t: Avec Marty Feldman

1980 : Simon : Avec Madeline Kahn et Alan Arkin

1985: Crimewave: Avec Brion James

1987 : Surrender : Avec Sally Fields et Michael Caine

1989: Rude Awakening : Avec Eric Roberts et Julie Hagerty

1991: Queenie in Love: Avec Victor Argo

1999 : Mystery Man : Avec Ben Stiller et Janeane Garofalo

2000 : Fast Food Fast Women: Avec Anna Thomson

2002: Wolfes of Wall Street: Avec Jeff Branson

2021: Bliss: Court métrage avec Greg Mullavey

2022: Funny Pages: Avec Daniel Zolghadri

 
 
  • YouTube - Cercle blanc
  • Facebook - White Circle

© 2025 GEORGE MACGREGOR PRODUCTIONS

bottom of page