MILLIE PERKINS
- il y a 6 jours
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Millie Perkins naît le 12 mai 1938 à Passaic, dans le New Jersey. Son père meurt alors qu’elle est enfant. Sa mère, infirmière, élève seule ses deux filles. Rien d’hollywoodien dans ce décor.
À l’adolescence pourtant, Millie Perkins n’est pas une inconnue. Elle devient mannequin “teenage” et révèle une beauté très photogénique, fraîche, lumineuse. Le magazine Glamour la place régulièrement en couverture. Elle fait vendre. Elle plaît. Elle incarne cette jeunesse élégante et moderne que l’Amérique des années 50 consomme avec avidité.

Au moment où Hollywood s’intéresse à elle, Vogue lui ouvre ses pages. Elle est prête pour une grande carrière de mannequin. Elle pourrait rejoindre les grandes icônes de la décennie — Suzy Parker, Dovima — ces visages qui dominent l’esthétique des années 50.
Millie Perkins a un avenir.
Hollywood ne va pas chercher une inconnue sans perspective. Il va chercher une image déjà rentable.

À la fin des années 50, Audrey Hepburn déclare dans une interview qu’elle a été profondément marquée par Anne Frank et qu’elle aurait pu être elle. Elle parle d’un destin.Elle parle d’une expérience vécue.
Les deux jeunes filles ont vécu cachées en Hollande sous l’occupation allemande.Anne Frank parce qu’elle était juive.Audrey parce qu’elle ne parlait qu’anglais dans un pays occupé, ce qui pouvait la rendre suspecte. Sa mère était néerlandaise, son père anglais. Audrey a connu la faim et les privations. Si la Gestapo avait également frappé à sa porte, elle aurait, elle aussi, été déportée.

Mais à la 20th Century Fox, on comprend autre chose. On comprend : Audrey Hepburn pourrait jouer Anne Frank, mieux qu'elle le souhaite, qu'elle en rêve..
Et très probablement Darryl F. Zanuck s’emballe.
Le Journal d’Anne Frank est alors un phénomène mondial. Nous sommes en pleine fascination pour les très jeunes filles écrivaines : Minou Drouet, Françoise Sagan. Le livre se vend partout. L’émotion est universelle.

Audrey est sa plus grande star féminine internationale. Zanuck voit le coup parfait :prestige moral, budget maîtrisé, locomotive commerciale. Il achète les droits.Il lance la production.
1959 est aussi l’année de The Nun's Story, avec William Holden.
Audrey y tient le rôle principal. Le succès est immense. Mais physiquement, elle est à bout.Les grossesses se succèdent. Les fausses couches aussi. Dès qu’elle est enceinte, elle doit rester couchée. Elle tient à avoir un enfant. Elle insiste pour tourner malgré tout. Sur le plateau de The Nun’s Story, certaines scènes sont adaptées pour qu’elle puisse jouer couchée. Les extérieurs africains sont doublés. On la transporte parfois en ambulance et brancard depuis l’hôpital jusqu’au plateau, puis on la reconduit. Elle tourne au-delà de ses forces.
Elle fait savoir à Zanuck, par l’intermédiaire de son agent, qu’elle ne jouera pas Anne Frank. Non par caprice. Parce que c’est trop proche de ce qu’elle a vécu. Elle ne peut pas, même en studio, rejouer la peur de la Hollande occupée.
Pour Zanuck, c’est une trahison.

Puisqu’Audrey refuse Anne Frank, Zanuck la tient sur The Nun’s Story. Le film est adapté de l’autobiographie réelle d’une religieuse belge, Sœur Luc. Zanuck fait venir la véritable religieuse sur le plateau. Officiellement pour conseiller. Officieusement pour surveiller. Pendant le tournage, le réalisateur consulte régulièrement Sœur Luc :« Est-ce fidèle ? »« Est-ce que cela vous rend hommage ? » Pression morale permanente.
Mais le piège échoue.
Audrey et Sœur Luc se respectent immédiatement et deviennent proches. Ce qui devait être un instrument de contrôle devient une complicité.

Pendant ce temps, la Fox est engagée dans la catastrophe financière de Cleopatra. Les dépassements budgétaires explosent.
The Diary of Anne Frank devait être le film respectable capable d’équilibrer les comptes, coûtant peu, rapportant énormément. .
Sans Audrey, le risque augmente.
Dans ce climat, la brutalité devient réflexe. Au même moment, Marilyn Monroe connaît des difficultés sur Something’s Got to Give. Retards, absences. La Fox la congédie brutalement.
L’histoire simplifie.
La réalité est celle d’un studio en panique. Quelques jours avant sa mort, Marilyn est rappelée et son contrat renouvelé. Parce qu’elle reste indispensable.
La brutalité est économique avant d’être morale.
C’est dans ce contexte que Millie Perkins est choisie.

Un mannequin en pleine ascension. Belle. Photogénique. Rentable. Disponible. Sans fragilité médicale. Et surtout...On pourra en faire une Audrey Hepburn de secours.
Elle est propulsée dans un rôle écrasant.
The Diary of Anne Frank sort en 1959. Succès public et critique. Shelley Winters reçoit l’Oscar du second rôle et offre sa statuette à la maison d’Anne Frank.
Le film triomphe.
Mais Millie Perkins ne devient pas Audrey Hepburn comme Jayne Mansfield ne devient pas Marilyn
Et pourtant, dieu sait que l'on a tout fait pour. Même coupe de cheveux mêmes sourcils épais, même robes, mêmes attitudes.
En vain. Millie n’était pas une rivale. Elle était une solution.

Contrairement à une idée reçue, sa carrière ne s’effondre pas.
Millie tourne peu, mais elle tourne haut.
Elle apparaît aux côtés d’Elvis Presley dans Wild in the Country (1961).Elle travaille avec Jack Nicholson dans The Shooting. On la retrouve auprès de Jon Voight, Sean Penn, Christopher Walken, Tom Hulce, Michael Douglas ou encore Charlie Sheen. Elle ne porte pas les affiches. Mais elle reste dans les productions importantes.
À la télévision, elle apparaît dans des séries majeures comme The Young and the Restless (Les Feux de l’amour) ou Arabesque.
Ce n’est pas une carrière flamboyante. C’est une carrière solide.
Elle épouse Dean Stockwell en 1960. Le mariage est bref : divorce en 1962.
En 1964, elle épouse le scénariste et réalisateur Robert Thom. Ils resteront mariés jusqu’à la mort de celui-ci en 1979. Elle restera sa veuve. Deux filles sont nées de cette union

Millie Perkins a aujourd’hui près de 90 ans. Elle vit en Californie.
Elle n’a pas été sacrifiée. Elle n’a pas été effacée.
Elle a été choisie à un moment précis où Hollywood tremblait.
Puis elle a poursuivi sa route.

QUE VOIR?
1959 : The Diary of Ann Frank: Avec Shelley Winters
1961 : Wild in the Country : Avec Elvis Presley, Tuesday Weld et Hope Lange
1966 : The Shooting : Avec Jack Nicholson
1968 : Wild in the Streets : Avec Shelley Winters et Diana Varsi
1983: Table for Five: Avec John Voight et Marie-Christine Barrault
1986 : At Close Range : Avec Sean Penn et Christopher Walken
1987: Slam Dance: Avec Tom Hulce et Virginia Madsen
1987 : Wall Street : Avec Michael Douglas et Charlie Sheen
1993 : Necronomicon : Avec Jeffrey Combs
1995 : Bodily Harm : Avec Linda Fiorentino
2005 : Yesterday’s Dreams : Avec Christie Lynn Smith


