SOPHIA LOREN
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Dans les années 30, la Metro Goldwyn Mayer organise un gigantesque concours mondial.
« Qui sera la nouvelle Greta Garbo » Alors reine incontestée de l’écran. Des millions de jeunes filles se pressent au portillon de la gloire à travers le monde. En Italie comme ailleurs.
Ce fut finalement une petite ouvrière napolitaine estimée à l’unanimité la plus belle Garbo de toutes.
Félicitations du jury, bouquets de fleurs et crépitement des appareils photos, La gloire.
La gloire qui s’arrêta après un premier film.
Un film où elle tenait un rôle de résistante en trench et béret tombant sous les balles de l’ennemi. Le rôle était promis à la gagnante du concours, il n’y avait rien d’autre à la clé et surtout pas de contrat.
Retournée à l’anonymat, l’ouvrière Napolitaine se souviendra de cette expérience pour faire de sa fille une star : la future Sophia Loren. Elle n’avait tourné qu’un film, un seul, son fameux film de guerre. Mais ça lui avait suffit.
Sofia Scicolone nait le 20 Septembre 1934 à Rome puis regagne avec sa mère sa banlieue pauvre de Naples. Elle grandit à Pouzzolas n’ayant de mérite que son soleil et sa poussière de souffre. Aujourd’hui, l’humble baraque de la famille est classée et porte une plaque rutilante sur sa façade pour commémorer l’heureuse naissance.
La guerre vient.
Les promesses de Mussolini ne sont pas tenues. L’Italie a faim.

Sofia ne prend pas tout de suite la mesure des choses. Pour elle qui n’est qu’une petite fille, la guerre c’est loin. C’est comme un jeu.
Et puis un jour il y a des morts dans la rue. Dans sa rue.
Et le jeu s’arrête. L’enfance aussi.
Les temps sont durs, guerre ou pas, pour la nouvelle Greta Garbo et ses deux filles, Sofia et Anna Maria.
Les temps sont d’autant plus durs que la maman de Sofia est célibataire. Le père de Sofia a sa vie ailleurs. Jamais il ne tiendra son rôle de père.
Jamais il ne leur viendra en aide ni moralement ni physiquement ni financièrement mais il aura la condescendance de donner son nom à ses filles illégitimes.
La faim tenaille les ventres mais il n’y a pas que la faim. Quand il n’y a pas de pain, pas d’argent, il n’y a pas de bonheur possible. La misère c’est aussi les disputes, les cris. Sofia les trouve plus durs encore à supporter. Les cris des miséreux qui crient la faim, qui crient le désespoir, la colère, la rage. Tout ça fait d’elle une adulte avant l’âge.
La misère ça fait pousser.
La peur ça rend fort.
La colère ça fait grandir.
Quand elle sera mère à son tour, Sofia réalisera, sidérée, qu’elle n’a pas eu d’enfance, pas d’adolescence. Elle n’avait jamais eu le temps d’y penser, de s’en rendre compte.
Ce sont des âges de la vie qu’elle découvrira avec ses enfants.

Pour l’anecdote, en parlant de patronyme, il est intéressant de noter qu’Anna Maria ne fera pas de cinéma mais fera couler beaucoup d’encre en Italie en devenant elle aussi un membre de la famille Mussolini. Elle épousera le fils du dictateur. Romano Mussolini.
Le scandale sera immense mais le couple placé sous la bienveillance et la protection de la star Sophia Loren qui interdit que l’on dise du mal de sa sœur. Elle estime à juste titre que si les jeunes Italiens doivent payer les erreurs de la génération précédente il faudrait peut-être bien fusiller tout le monde. Alors ça suffit comme ça. Par contre, sur les photos du mariage, les journalistes prendront la mère de Sophia pour Sophia elle-même !
Et puis le jeune Mussolini était aux antipodes de l’univers politique.
Il avait acquit une intéressante et assez solide réputation de pianiste de jazz.
Le couple divorcera en 1971 et Anna-Maria aura la garde de leurs deux enfants.

Pour en revenir à la mère de Sofia, elle allait prouver l’on peut être née pauvre, mais fière à mourir. Lorsque ce fantôme de père viendra lui offrir une alliance tardive, elle l’enverra paître aux cent mille diables. Il n’avait pas été là quand elle criait misère, il n’allait pas se radiner quand les millions se mettaient à fondre sur la petite famille féminine. Et puis quoi encore ?
Le père de Sofia n’ayant pas voulu l’épouser quand elle le désirait, elle l’a purement et simplement envoyé balader lorsqu’il lui a fait sa demande qu’elle a jugée trop tardive et peut-être bien un peu trop intéressée.
J’ignore ce que dut ressentir la petite Sofia qui vivait habillée d’insultes et de quolibets, « batarde », « fille de dévergondée », « ta mère la salope » jolis mots tendres auxquels il faut ajouter « cure-dents, grand clou, squelette, traîne savate. Car la misère, si elle éduque comme disait Vittorio de Sica, elle ne rend ni belle ni joyeuse et moins encore pulpeuse et désirable.
Sofia est grande à faire peur et maigre à faire fuir.

Les soldats Américains qui débarquèrent à Naples distribuèrent du chocolat, du dentifrice, du chewim-gum, du papier toilette et des préservatifs. Sofia les trouva beaux et bien nourris, ils trouvèrent qu’elle ressemblait à un grand clou.
A 11 ans, en effet, Sofia est loin de ressembler à la pulpeuse créature qu’elle deviendra plus tard, les privations ont fait d’elle une sorte de longue tige osseuse avec une grosse tête, un grand nez, un menton trop court et des grandes dents.
Si Sofia ne grossit pas, elle a grandi, elle finira par plafonner à 1.73 mètre, ce qui est gigantesque pour l’époque.
Sa réputation de géante la poursuivra toute sa carrière et fera se désister certains de ses mâles partenaires pressentis pour lui donner la réplique à l’écran.
Peu à peu, le minestrone revient dans les assiettes.
Sofia s’étoffe et le cinéma Italien renaît de ses cendres d’une manière inattendue, des films se tournent et …de nouvelles stars apparaissent. Sofia peut s’offrir le cinéma. Mais curieusement, les fourrures, les robes du soir, les diamants, les Cadillac, ça ne la fait pas rêver.
Elle ne s’identifie pas, ne se projette pas, tout ça est trop loin, trop abstrait.
Ce qui la fascine en revanche, c’est le pouvoir qu’ont les acteurs de ressentir une foule d’émotions et de les exprimer. Elle dont la seule émotion avait toujours été physique.
Manger, boire, dormir, avoir chaud, éviter les claques, échapper aux insultes.

Bercée par les rêves de gloire de sa mère, Sofia n’y tient plus. Elle veut, elle aussi, tenter sa chance et réussit à persuader sa mère de gagner Rome où tout se passe. Et pour se faire, il n’y a qu’une solution.
Les concours de beauté qui sont la nouvelle passion de l’Italie depuis la fin de la guerre.
Les concours de beauté!
Comme Gina, comme Lucia Bosé, comme Gianna Maria Canale, comme tout le monde !
Sa mère accepte et lui taille une robe dans les rideaux à fleurs de la salle à manger.
Les photos montrent Sofia s’exhibant devant un jury ; aussi peu convaincue que rassurée.
Sofia ne gagne pas de couronne ni de titre mais elle a ce qu’elle espérait : Un billet pour Rome.
Une promesse d’essai à Cinecitta. Plus que deux billets de train à acheter car hors de question qu’elle parte sans sa mère et sa sœur.

A Cinecitta, elles traînent leurs carcasses faméliques des jours durant souvent sans manger. Sofia passe son essai comme prévu par le règlement du concours.
Elle porte la courte robe en rideau de salle à manger et se fait recaler.
La seule chose dont elle se souvient c’est qu’on lui avait fait fumer sa première cigarette, une Loren.
Elle va, faute de cinéma et parce qu’il faut manger, suive l’exemple de cette fameuse Gina Lollobrigida dont on parle tant. Elle aussi va poser pour les « fumetti », les romans photos dont la mode bat son plein en Italie. Elle devient Sofia Lazzaro et son somptueux sourire s’étale au fronton des kiosques.
Un premier pas est franchi.
Elle fait de la figuration, dit parfois une petite phrase, voit Robert Taylor « en vrai » sur le plateau de « Quo Vadis », croise un jeune acteur aspirant à la gloire : Marcello Mastroianni.
Lors d’un de ces concours de beauté en question, sa candeur et sa maladresse ont ému un des membres du jury.
Cette jeune gamine efflanquée a tapé dans l’œil du producteur Carlo Ponti.
Comme tous les producteurs de l’époque, il est victime du syndrome de pygmalion et croit avoir trouvé en Sofia son Elisa Doolitle. Il a raison.

Il lui signe un contrat, lui apprend à parler, marcher, s’habiller, gommer son accent. Sofa est son jouet sauf lorsqu’il lui suggère de faire corriger ce nez décidément trop grand, trop laid. Il n’essaiera pas une seconde fois.
Ils deviennent un couple très en vue et dont tout le monde parle.
Et pour cause !
Carlo Ponti a 22 ans de plus que Sofia et dix centimètres de moins.
Il aurait mieux valu le contraire diront les mauvaises langues !
Ajoutons également qu’il est déjà pourvu d’une épouse légitime et de deux enfants.
Sofia devient Sophia dans la foulée. Quant à son nouveau nom de famille, il vient tout simplement…d’une marque de cigarettes Américaines. La première qu’elle ait fumée lors de son essai raté.
La presse s’amuse beaucoup des photos du couple.

Et surtout, se complaît à décrier Sophia Loren « Vulgaire », « Mal dégrossie », « laide », « effrontée », stupide », rien ne lui est épargné. Et surtout pas les critiques assassines envers son travail de comédienne. « Complètement étrangère à toute notion d’art dramatique. Ce qui est normal puisqu’elle ignore que cela existe ! »
Plus tard, lorsqu’elle sera devenue une reine de l’écran mondial, une échotière, bien forcée de s’incliner devant le triomphe planétaire de Sophia ne ravalera son fiel qu’à demi.
« Il n’était nul besoin de préciser l’origine parisienne de la robe de Sophia Loren qui dieu merci lui apportait un chic certain. La napolitaine rentrait d’Hollywood très noire de chair, le soleil californien sans doute. Elle ne ressemble plus guère à la créature de ses débuts et son élégance est d’autant plus méritoire qu’elle est tout sauf innée mais au contraire tout à fait acquise »

Mais le pire reste que Carlo soit marié.
Sophia Loren ne peut devenir madame Ponti dans une Italie où le divorce est tout simplement interdit par l’église. Et pour ces bonnes âmes pétries à l’eau bénite elle est la briseuse de ménage, la destructrice des saintes familles. Elle est Dalila, Eve, Satan et le serpent tout à la fois.
En attendant, Carlo produit des films et place Sophia dedans. Ses rôles gagnent en importance au fur et à mesure qu’elle gagne en assurance. Son premier vrai cachet elle le donne à sa mère qui s’empresse de le donner en acompte sur une maison qu’elle mettra ensuite des années à payer.
Ce qui ne veut pas forcément dire non plus que les films gagnent en qualité.
« Deux Nuits avec Cléopâtre » est là pour nous rappeler qu’on ne tournait pas « Rome Ville Ouverte » et « Le Voleur de Bicyclette » tous les jours.
En plus d’avoir une plastique exceptionnelle qui fait tourner toutes les têtes, Sophia a de la présence et du talent. Bientôt, les films sont des films avec Sophia Loren avant de devenir des films de Sophia Loren pour ne pas dire des films pour Sophia Loren sur Sophia Loren.
Carlo Ponti sait ce qu’il fait, Sophia Loren sait ce qu’elle veut !
Carlo s’est associé avec l’autre géant de la production italienne, Dino De Laurentis.
A deux ils misent sur un cinéma populaire mais à grand spectacle et de qualité, faisant confiance aux stars de renom international pour remplir les salles.
De grands films avec de grands noms, voilà la recette !

De Laurentis est également marié à une actrice Italienne qu’il a lancée avec fracas en un seul film : « Riz Amer », la fabuleuse Silvana Mangano.
Mais celle-ci préfère la vie de famille aux turbulences de la gloire, elle laisse le champ libre à Sophia, qui, justement, ne peut pas avoir de famille.
Pour le tapage publicitaire, il faut également passer son chemin et aller voir ailleurs.
Sophia Loren ne boit pas, ne sort pas, se couche avec les poules et se lève aux aurores pour travailler.
Née pauvre elle reste pauvre dans sa tête.
Tout son attirail de vedette, avoir une belle maison, des voitures de sport lui plaît mais au fond l’indiffère. Si tout disparaissait instantanément elle lèverait à peine un faux-cils. Elle n’arrive pas et n’arrivera jamais à se considérer ni comme une star ni comme une femme riche ou arrivée.
Alors si on veut des scoops, du scandale, du tapage il faut se contenter de ses photos, de ses rôles.
Quand Sophia défraiera la chronique, ce ne sera jamais délibérément mais parce que la presse se sera immiscée dans sa vie privée.
Suite au désintérêt de Silvana, De Laurentis tentera d’imposer au monde une nouvelle star de sa fabrication avec Annette Stroyberg ex Vadim mais essuiera un nouvel échec.

Le battage dans la presse autour de Sophia est incessant : 25% Pour ses rôles, 25 % ses déboires familiaux, 50% son tour de poitrine et sa rivalité avec Gina Lollobrigida ! A l’époque le talent des actrices se juge en centimètres et en profondeur de bonnets.
Depuis Jane Russel, aucune actrice digne de ce nom n’existe à moins d’un 95c minimum.
Seules Audrey Hepburn et Lauren Bacall font exception à la règle. Parfois sous les quolibets, désignées comme « le clan des limandes ». Le balconnet est la clé de la gloire et des têtes peuvent tomber pour un bonnet mal calibré. C’est l’argument qui ouvre à Sophia les portes de la gloire, plus sûrement que la qualité de ses interprétations.
La presse fait donc grand cas de la fameuse rivalité Gina Lollobrigida Sophia Loren.
Avis des deux principales intéressées : C’est ridicule, on ne se connaît même pas !
En attendant de lui offrir une alliance, Carlo Ponti lui confie de grands rôles dans de grands films. Sophia s’avère une comédienne douée, capable de transcender certains personnages.
Elle traverse certains films en état de grâce et a un réel don pour la comédie.
Mais pour l’heure on n’en est pas là.

Sophia a réussi à décrocher le rôle principal dans la pire atrocité qu’il soit possible de voir.
L’opéra filmé Aïda où elle est grimée en noire et doublée par Renata Tebaldi pour le chant.
Une abomination. Aucun spectateur
Sophia se fait une promesse : plus jamais d’erreur.
Elle va montrer ce dont elle est capable à la prochaine occasion et c'est Vittorio de Sica qui va faire exposer Sophia Loren au box-office italien.
Carlo Ponti va créer cette opportunité avec le film à sketches « L’Or de Naples ».
Vittorio de Sica voulait à tout prix Sophia. Carlo se faisait tirer l’oreille.
Il travaillait à faire de Sophia une star digne d’Hollywood. Sous la direction de de Sica, elle allait faire des pizzas dans un quartier populaire de Naples habillée en souillon, traînant ses savates dans les rues basses. Le scénario ne cassait pas trois pattes à un guéridon. Bref Carlo ne voulait pas
De Sica insiste, Sophia convainc. Elle va réussir une véritable performance.
Homme raffiné acteur génial et populaire, Vittorio de Sica est le chef de file du néo-réalisme et c’est pour ça qu’il s’intéresse à cette jeune vedette qui de son côté, comme son mentor, ne jure que par Liz Taylor ou Ava Gardner, bref, par Hollywood. Vittorio de Sica va ramener Sophia à ses racines, dans les rues populaires des faubourgs de Naples. Il sait que c’est là. Que c’est comme ça qu’en retrouvant ses racines en interprétant ce qu’elle connaît, ce qu’elle est, qu’elle va tout donner.
Il a tapé dans le mile.

Avec son sketch dans « L’Or de Naples », Sophia casse la baraque. Sophia est sensationnelle, vivante, animale, pauvre mais sublime. Sophia balaie tout sur son tournage. Y compris Silvana Mangano qui a elle aussi son sketch dans le film et dont tout le monde se fiche et dont personne ne se souvient.
Sophia se révèle une actrice incroyable, un vrai tempérament, d’une beauté à couper le souffle et impose son personnage en un film ou plutôt un cinquième de film.
Sophia est une star ! Enfin !
Même si elle ne se double pas elle-même, sa diction étant jugée trop vulgaire, ou trop « rurale » pour plaire au public romain comme c’est également le cas pour Gina, Elsa ou Silvana.
Après chaque tournage, Carlo lui offre un somptueux bijou. Bientôt son impressionnante joaillerie est aussi célèbre que celle de Liz Taylor ! Jusqu’à ce que Sophia Loren se fasse dévaliser son précieux trésor en 1960. Elle demandera par voie de presse et le plus sérieusement du monde que ses précieux bijoux lui soient restitués pour leur valeur sentimentale.
Le seul bijou que Sophia portera à Taormine pour recevoir son prix d’interprétation que lui vaut sa performance dans « L’Orchidée Noire » est son alliance. Alliance qu’elle devra bientôt retirer.
La presse s’attriste, Peter Sellers lui fait parvenir un somptueux bracelet d’or et sur le tournage de « la Ciocciara », des gens souvent très pauvres lui offrent de petites breloques sans valeur pour la consoler
« Vous êtes nées dans la misère, nous savons ce que ces bijoux signifiaient pour vous ».
Sophia Loren, c’est vrai, est née dans la misère. Et Sophia Loren ne l’oubliera jamais.

Aujourd’hui des actrices considèrent qu’une demande d’autographe est une atteinte à leur vie privée et les signer un viol de leur intégrité physique. Autrefois il suffisait d’écrire à des stars telles que Sophia Loren ou Brigitte Bardot pour qu’elles viennent en aide à des personnes en difficulté qui avaient eu la gentillesse de leur en faire part. Elles paieront des études, des permis de conduire, des opérations, des dettes et même des funérailles sans même lancer le F.B.I sur l’affaire pour être sûres qu’on ne leur grapille pas quelques sous.

Au milieu des années 60, au Texas, un prêtre d’origine hollandaise visite les malades hospitalisés.
C’est là qu’il fait la connaissance d’une jeune française qui a subi une opération à cœur ouvert.
C’est là aussi qu’il apprend que c’est la star Sophia Loren qui a tout payé. Le père Goossens donnera des nouvelles de la jeune opérée à la bienfaitrice. Sophia lui répondra fort gentiment et ces deux-là vont tenir une correspondance durant dix longues années. Jamais une lettre du prêtre n’est restée sans réponse. Lorsque Sophia apprend qu’il est venu en Hollande visiter sa famille, elle l’invite chez elle à Paris.
Au milieu des années 70, Sophia qui revient aux U.S.A pour la promotion de « La poupée du gangster » espère bien inviter son ami à Los Angeles. Mais le père Goossens a d’autres chats à fouetter.
Son église est en piteux état.
Sophia lui envoie en avion privé cinq rubis extraordinaires qu’elle comptait faire monter en parure chez Harry Winston.

Le vieux prêtre est éberlué mais il n’a pas fini d’être étonné.
Sophia avait de faux airs parfaitement bécassons se garde bien de dire qu’elle a fait don de ces pierres fantastiques au père Goossens et prétend au contraire être à la chasse aux rubis, sa dernière tocade. Elle ajoute d’un battement de faux-cils qu’elle aurait entendu dire qu’au Texas…Un certain père Goossens en posséderait de merveilleux…Ah si seulement elle avait le temps d’aller jusqu’au Texas !
Aussitôt le vieux curé se voit bombardé de propositions d’achat mirobolantes des plus grands joailliers du monde qui tous veulent « des rubis pour Sophia ». Sophia aura la candeur de demander au père Goossens si le résultat de la vente était suffisant. Plus tard on lui présentera ses fameux rubis montés en parure de diamants et l’air toujours merveilleusement candide, elle ne se montrera pas intéressée !

Une autre anecdote amusante a lieu presque en même temps.
Carlo Ponti en sa qualité de producteur a signé une nouvelle actrice sous contrat : la belle yougoslave Sylva Koscina. Celle-ci s’entiche littéralement du couple Ponti qu’elle vénère et de Sophia en particulier. Bientôt elle va se coiffer, se maquiller et s’habiller comme Sophia.
Lorsque Sophia changer a de style elle en changera également et sera fidèle à son illustre modèle jusqu’à sa fin.
Mais à l’heure du vol des bijoux de Sophia, la belle Sylva se lamente.
Les Ponti sont partis. Ils l’ont abandonnée comme un pauvre chien !
Sophia qui semble avoir apprécié un temps la belle Sylva, sans doute flattée par l’admiration sans borne de la yougoslave aux yeux de panthère finira semble-il par se lasser.
On ne revit jamais ces deux-là dans les mêmes parages et je ne me souviens pas avoir entendu Sophia parler de Sylva.
Sophia Loren sera à nouveau dévalisée en 1971.
Mais la mode n’étant plus aux gentlemen cambrioleurs, Sophia se retrouvera nez à nez avec une arme à feu dans son appartement parisien, son petit garçon dans les bras.

Les films s’enchaînent avec des titres alléchants : « Sous le signe de Vénus », « Par-dessus les moulins », « Dommage que tu sois une canaille ».
La presse la compare encore à Gina Lollobrigida tous les jours.
Laquelle a renoncé au troisième volet de la série des « Pain, amour etc. » qui l’avaient pourtant propulsée vers la gloire. C’est Sophia qui prend la relève sous la direction de Dino Risi dans « Pain, amour, ainsi soit-il », de quoi alimenter la pseudo rivalité. D’autant plus que ce sera un énorme succès qui n’a rien à envier aux deux triomphes précédents de Gina.
On la compare à Silvana Mangano ? Elle tourne « La fille du fleuve » calqué sur « Riz amer ».
Silvana en short récoltait du riz. Sophia en short cueille des roseaux !
Elle veut être numéro un et elle le sera !
Sa popularité est immense, il est temps de se frotter aux grands !
Carlo lui offre Hollywood. Il la distribue dans « Orgueil et passion » dirigé par Stanley Kramer avec Cary Grant et Frank Sinatra.
Elle est rousse, danse pour les soldats, leur montre sa culotte rouge. Kramer ne sait pas trop quoi faire de son personnage dans ce film d’hommes et s’en débarrasse au cours d’une fusillade où elle meurt au milieu des figurants.
Cary Grant qui la rencontre pour la première fois la charrie : « Bonjour madame Gina Lollobrigida, comment allez-vous ? »
Pour son premier film Américain, non seulement Sophia est l’actrice dont tout le monde parle mais elle bouleverse le cœur de son partenaire, le séducteur numéro un : Cary Grant qui n'a pas finassé longtemps. Frank Sinatra .habituellement si sûr de son charme avec ses plus belles partenaires en reste médusé.

Sophia le respecte, lui dit bonjour, bonsoir et papote en copine entre les longues pauses.
Le beau Cary pourtant réputé préférer les garçons musclés aux actrices épanouies est littéralement fou de Sophia et les photos prises lors du tournage ne laissent aucun doute sur celle liaison explosive.
L’Italienne a pourtant la tête plus froide que l’Américain et Sophia met fin à la belle aventure.
Elle court se réfugier dans les bras de son cher Carlo.
Elle avait pourtant hésité et dans un premier temps.
Elle avait mis elle-même Carlo au courant de sa liaison torride avant que la presse ne s’en charge.
Carlo pouvait-il rivaliser avec Cary ?

Physiquement la question ne mérite pas d’être posée.
Et peut-être que face à ce Carlo Ponti incroyablement marié, un Cary Grant célibataire aurait enlevé sa belle. Mais il aurait fallu que lui aussi se débarrasser de sa troisième épouse Betsy Drake ! Et Betsy n’est pas du genre à pleurnicher au coin du feu en attendant les choix de son seigneur et maître.
Pire encore. Peu satisfaite de sa carrière, Cary Grant l’avait incitée à écrire un scénario qui les réunirait à l’écran. Il avait aidé Betsy dans l’écriture et s’était fait fort de convaincre les producteurs les plus en vue. Il tiendra sa promesse mais c’est avec Sophia qu’il veut tourner « La Péniche du bonheur ». Sophia accepte le rôle, elle n’est d’ailleurs pas encore en mesure de refuser quoi que ce soit. Elle ignore tout de l’implication de Betsy dans le projet. Betsy dont le nom n’est pas crédité au générique alors qu’elle est la scénariste du film.
Plus tard Sophia aura une longue liaison avec le professeur Beaulieu, aujourd’hui mondialement célèbre et admiré pour ses recherches sur la régénérescence des cellules du cerveau. Il fut à l’époque plus célèbre dans l’univers scientifique pour cette liaison très enviée avec Sophia que pour le résultat de ses recherches .

Elle retrouve donc Cary Grant sur le tournage de « La Péniche du Bonheur ».
L’illustre séducteur des écrans a manœuvré comme on l’a vu pour que Sophia soit sa partenaire.
Il va alors se livrer à une véritable « chasse à la Sophia » pour la faire retomber dans ses filets et…en restera pour ses frais. Stoïque, Sophia ne veut plus rien savoir. Le pauvre Cary en aura été doublement pour ses frais, Sophia lui échappe, Betsy Drake devient l’ex madame Cary Grant.
Hollywood a accueilli Sophia comme une des plus grandes et des plus prometteuses stars du siècle. Carlo qui a senti le vent du boulet Cary Grant offre à sa belle reconquise une villa en Italie digne des mille et une nuits.
Sophia rentrée d’Hollywood est reçue en très grande star au festival de Bruxelles 1958. C’est l’année de l’exposition universelle et Bruxelles est le centre du monde. Lors d’un grand gala, habillée par Dior, Sophia éclipse Simenon et Orson Welles qui disparaissent des radars. Après un bref discours sous les flashes et les applaudissements, Sophia rejoint sa place dans la salle.
Le jeune roi Baudouin ne la quitte pas des yeux et quand le regard de Sophia croise le sien le temps d’un éclair, ils deviennent tous les deux rouges comme des piments. L’assemblée qui n’avait rien perdu de l’aubaine les acclama longuement. Nombreux furent ceux qui crurent voir ce soir là en Sophia Loren la future reine des Belges.

Les partenaires prestigieux se suivent dans sa carrière. Alan Ladd, Frank Sinatra John Wayne, Anthony Perkins, William Holden, Anthony Quinn et bien sûr Cary Grant et Marcello Mastroianni.
Marcello est son partenaire « attitré », son partenaire fétiche ». Ils forment un couple de cinéma adoré du public. Ils vont si bien ensemble.
Pourtant Marcello est logé à la même enseigne que tout le monde ou presque. En dehors des plateaux de tournage, il ne voit strictement jamais Sophia Loren qui le travail terminé le gratifie d’un aimable « à demain » et tourne les talons.

Ils ne dîneront jamais ensemble en dehors des plateaux. Sophia n’entretient aucun lien personnel avec ses partenaires. Virna Lisi qui est sa voisine d’en face n’aura même jamais l’occasion de la croiser dans leur quartier « en voisines ». La grille de la villa Ponti ne s’ouvre que pour laisser passer madame en Rolls ou en Mercedes. Il faut dire aussi que Virna est la meilleure amie de Sylva Koscina ce qui n’aide pas à la fraternisation.
Toute la presse est à Hollywood lors d’un gala organisé pour sa bienvenue. Jayne Mansfield qui connaît tous les journalistes se penche vers Sophia pour la saluer et lui flanque un de ses célèbres nichons en pleine figure. La photo fait le tour du monde montrant le prestigieux sein et Sophia éberluée par le volume de la chose et le mauvais goût de sa propriétaire.
Les films s’enchaînent. Elle est une star de première grandeur, et comble du bonheur, le couple Loren-Ponti convole enfin au Mexique en Septembre 1957. Un mariage par procuration, filmé pour que tout le monde se marre. Ni Carlo ni Sophia ne sont présents. L’officier d’état civil procède au mariage face à seul témoin qui répond « Oui » pour Carlo et « Oui » pour Sophia.
Hélas, le mariage sera invalidé.

En 1961, Sophia elle-même doit demander l’annulation de son précieux mariage tant attendu sous peine de voir son producteur de mari voler en prison pour bigamie et elle-même est accusée de concubinage.
Le couple devra attendre le 9 Avril 1966 pour se marier enfin en toute légalité, et cette fois définitivement ! Il aura fallu pour cela que Carlo Ponti, sa première épouse et Sophia adoptent tous les trois la nationalité française, pays où le divorce est autorisé. Enfin légitimement mariés, les Ponti se voient peu.
Pris dans le tourbillon de leur carrière respective, ils sont rarement au même endroit en même temps et ils y sont peu de temps. Leurs notes de téléphone atteignent des sommes astronomiques Deux millions d’anciens francs par mois. 37.000 euros d'aujourd'hui.
Mais les Ponti ne regardent pas à la dépense. A la fin de chaque tournage, Sophia distribue à l’équipe des médailles d’or frappées au titre du film en souvenir.
Hormis leurs déboires matrimoniaux, le couple aura toujours maille à partir avec le fisc italien.
Leur somptueuse propriété ayant été plusieurs fois retournée de fond en comble pour tenter d’y trouver des preuves de détournements de fonds.
Il faut dire que Carlo Ponti n’était pas peu fier de sa réussite comme celle de sa star d’épouse.
Lorsqu’il engage Burt Lancaster pour « Le pont de Cassandra », un film catastrophe au budget monstrueux il ne se prive pas de dire qu’il a obtenu du Shah d’Iran, admirateur inconditionnel de Sophia, un contrat pour le financement de dix films !

Sophia, de son côté, avec sa nationalité française choisira de s’installer en Suisse, comme Audrey Hepburn, après s’être installée à Paris. Tous les rêves de Sophia sont comblés, ils vont l’être plus encore !
Mais pour l'instant, il y a malgré tout une ombre au tableau. Aucun des films Américains de Sophia n’a marché.
Tous sont de cuisants échecs financiers, au mieux des films qui peinent à faire leurs frais. On s’arrache les magazines où elle trône en première page mais on ne va pas voir ses films.
Peu à peu elle est considérée comme un poison du box-office américain.

Elle rentre en Italie pour donner la réplique au jeune Jean-Paul Belmondo dans « La Ciocciara », sous la direction de Vittorio De Sica. Elle donne la pleine mesure de son talent et incarne pour la première fois une mère à l’écran.
Le sujet traite de l’absurdité de la guerre.
La mère et la fille sont violées ensemble dans une église par tout un régiment.
Sujet délicat !
D’autant plus qu’au départ, Sophia devait joue la fille et Anna Magnani la mère.
Anna a envoyé promener la production en ces termes : « Vous me voyez en mère de Sophia Loren ? Elle fait le double de ma taille ! Donnez plutôt le rôle à Burt Lancaster ! »
Chaque fois que l’on évoquera Sophia devant elle, Anna Magnani qui semble la détester souverainement ne se fera pas faute de d’évoquer Burt Lancaster « en comparaison ».
Sophia jouera finalement la mère et sa fille victime du viol collectif n’aura donc que 9 ans.
Dans la réalité des faits, la jeune actrice qui joue sa fille a 14 ans et Sophia n’en a pas 26.
Mais se vieillir, s’enlaidir dans les films ne la dérange pas. Au contraire, ça lui plaît.

Ou presque. Ses pauvresses sont toujours maquillées et leurs malheurs déambulent en guêpières, corsets et balconnets des plus grandes maisons sous leurs pauvres robes.
Elle voit immédiatement le parti qu’elle peut tirer de ces rôles qui renouent un peu avec celui de « L’or de Naples ».
Deux ans plus tard, alors qu’elle n’a pas 30 ans, elle aura un fils de 23 ans dans « Mariage à l’italienne ».
A la stupéfaction planétaire elle déclare : « Je privilégie désormais les films qui me montreront mère, populaire, misérable, mal attifée et plus vieille que mon âge. Aucun des films ou j’étais très belle n’a jamais marché. Ça serait ridicule de persévérer ! »

Sophia qui est déjà titulaire de la prestigieuse coupe Volpi pour son interprétation dans « L’Orchidée Noire » reçoit le grand prix d’interprétation à Cannes pour « La Ciocciara ».
Avant de recevoir TOUTES les distinctions susceptibles de récompenser le travail d’une actrice.
Maintenant, Anna Magnani n’est plus la seule Oscarisée et peut la détester pour de bonnes raisons.
Sophia crée un record jamais égalé depuis et qui le restera car certaines des récompenses qu’elle a obtenues avec « La Ciocciara » n’existent plus.
Le point d’orgue vient de Hollywood qui lui décerne l’Oscar de la meilleure actrice en 1962.
Sophia qui avait quitté Hollywood sur un échec revient par la toute grande porte. Cary Grant, tout émoustillé de remettre ce soir là l’Oscar de la meilleure actrice en est pour ses frais.
Sophia est absente et n’assiste pas à la cérémonie. C’est Greer Garson qui viendra chercher l’Oscar de l’absente.

Sophia n’avait pas cru une seconde en ses chances, aucun film tourné en langue étrangère n’avait été couronné jusque là. Sophia fut la première lauréate d’un Oscar pour une interprétation dans une autre langue que l’anglais. Le règlement de l’académie avait été modifié afin qu’elle puisse être consacrée.
Cette année-là, Sophia Loren est la plus grande actrice du monde sans contestation possible.
La surprise est d’autant plus colossale que juste avant cela, Sophia avait accepté un scénario jeté par Marilyn Monroe : « La diablesse en collants roses ». Pourquoi s’est-elle compromise en blonde dans cette niaiserie reste un mystère insensé. Sans doute histoire d’honorer un reliquat de contrat.

L’échec galvanise l’orgueil et l’énergie de l’actrice.
Après Aïda, l’Or de Naples.
Après la Diablesse, la Ciocciara.
Elle-même le reconnaîtra des années plus tard : « Quand on fait un film minable, on est piqués, on se ressaisit, on se dit que l’on doit se reprendre en mains, que dans le prochain on sera formidable, que l’on va montrer tout ce que l’on sait faire ! Mais après un chef d’œuvre, après un film sublime, un film parfait, absolu. On fait comment pour se galvaniser ? Se dire que dans le prochain on sera tellement mieux ? On sait que c’est faux et que le prochain, il sera forcément moins bien et que surtout on y sera moins bien. » A l’époque, seules Marilyn Monroe, Elizabeth Taylor, Brigitte Bardot et Gina Lollobrigida peuvent rivaliser avec Sophia Loren.
Mais Elizabeth est en pleine crise Cléopâtre et Richard Burton.
Elle est en train de ruiner la Fox.
Marilyn sombre déjà.
Brigitte Bardot ne veut pas tourner à Hollywood,
Gina Lollobrigida liquide ses contrats et rentre en Italie.
Le triomphe de La Ciocciara aux Oscar donne une suprématie à la carrière de Sophia sur celle de Gina.
Elle est en 1962 le numero un absolu à Hollywood. Pour « La Chute de l’Empire Romain » on lui octroie un million de dollars. Un mauvais film, comme elle l’avait prédit.

Elle arrivera flanquée d’une véritable armada sur le tournage. Outre sa petite suite habituelle, c’est toute une équipe de la télévision américaine qui la suit partout pour un reportage « Le monde de Sophia Loren ». Aux journalistes éberlués qui faisaient remarquer au producteur qu’il n’y a pas si longtemps encore Mary Pickford la star mondiale numéro un devait travailler tout un an pour un million il fut répondu : « Un Million pour Sophia Loren ? Mais c’est donné ! Elle ne cause jamais d’ennuis sur le plateau, elle est docile à l’extrême en plus d’être intelligente, belle et talentueuse, elle ne doit même pas savoir ce que le mot « caprice » veut dire ! Alors oui, Bronston lui a donné un million ! Seulement un million ! »
Et Sophia, ravie dans sa toge de faire le spaghetti pour tout le monde et d’organiser la fête de fin de tournage chez elle et à ses frais !
Subitement, ombre noire au tableau doré, le père de Sophia Loren ressurgit, affirmant à qui veut l’entendre qu’il a toujours été un père respectable et dévoué. Même sans épouser la mère de ses filles. Son amour paternel étant au dessus de ces contingences bourgeoises. Il accuse publiquement sa fille de mentir sur ses origines modestes agrémentées d’absentéisme paternel.
Bien résolu à la traîner devant les tribunaux pour diffamation.
Nous sommes en 1967, en 2026, nous n’avons toujours pas de nouvelles de l’avocat de ce monsieur. Loin de ce brouhaha sordide, Sophia est la plus grande star du monde.
A la même époque, elle est bien involontairement à l’origine d’un véritable tollé en Italie.

Sophia a accepté de parrainer un concours organisé en Italie par une compagnie d’assurances destiné à récompenser des personnes méritantes. A cette occasion, elle câline beaucoup la petite fille d’un « couple méritant » car la famille est originaire du même village qu’elle. Les photos de Sophia et de la petite fille font la une car la presse affirme que l’actrice veut adopter la petite fille en question un peu comme on adopte un petit chien. Le couple méritant est accusé de vendre son enfant et reçoit des pierres lorsqu’il ose sortir la tête de chez lui. Sophia doit intervenir et démentir officiellement toute l’affaire avant que le couple ne soit lynché par une population outrée.
La belle possède maintenant ses propres studios en Italie. Les studios de Tirrena.
Elle les inaugure avec « Madame Sans Gêne », le film suivant la « Ciocciara » et où elle se double pour la première fois elle-même en Français. Dorénavant, grâce à la location de ses studios, Sophia Loren gagne aussi de l’argent grâce aux films dans lesquels elle ne joue pas.
Elle va enchaîner avec un film raté : « Le Cid » avec Carlton Heston qui se vautre lamentablement dans le rôle, n’est pas Gérard Philipe qui veut !

Alors elle regagne l’Italie pour Boccace. Film à sketches où brillent aussi Anita Ekberg et Romy Schneider. Echecs ou succès, peu importe. Tous ses films sont prestigieux et autant de perles à sa couronne. Même si parfois elle est bizarrement distribuée.
Comme dans « Le Couteau dans la plaie » de Litvak où elle est sous la domination d’Anthony Perkins. Un film marqué du sceau de la fatalité.
D’abord intitulé « La troisième dimension », le tournage débuta de manière très bousculée.
Sophia avait annoncé qu’elle tournerait en anglais et se doublerait elle-même en français et en italien. Tout le monde voulait donc l’entendre au moins autant que la voir !
Un ravissant mannequin parisien marqua sa brève participation au film d’une tentative de suicide dont la presse fit grand cas. Anatole Litvak se brisa malencontreusement trois côtes.
Sophia sortit enfin d’une grippe pernicieuse pour s’en aller à son tour faire un accident de voiture d’ailleurs relativement grave le temps d’un week-end.
Le casting non plus ne tient pas la route.
Sophia a trop de présence dans ce film où Perkins ne la domine à aucun moment.
Ni moralement ni psychologiquement ni physiquement, il n’en a pas la carrure.

Le génial Vittorio De Sica va avoir une autre idée de génie après "L'Or de Naples" pour Sophia, même s'il lui préfère décidément Gina Lollobrigida. Il va lui donner Marcello Mastroianni comme partenaire dans « Hier, aujourd’hui et demain ».
Le film fait un triomphe et le couple un malheur !
Le public en est fou et ils finiront par avoir tourné douze films ensemble. Tous des triomphes.
Ils restent le plus long duo de cinéma avec une collaboration de 40 ans.
Le pape de la chansonnette française, Eddie Barclay « signe » Sophia Loren et lui fait enregistrer un « super 45 tours » (4 chansons) dont le titre vedette : « Donne moi ma chance » est destiné à devenir le tube de l’été 1963. Malgré une presse enthousiaste sur la voix « grave, vibrante et sensuelle », Sophia chanteuse qui avait « le rythme dans le sang » ne fit pas long feu.
Sophia entre deux triomphes a exaucé le dernier de ses rêves qui restait irréalisé.
Elle est devenue maman.

Sophia Loren avait déjà fait deux fausses couches très douloureuses et la seconde avait mis sa vie en danger.
Ses médecins avaient été formels.
Une autre grossesse n’aurait pas plus de chance d’être menée à terme mais la tuerait.
Sophia avait bien tenté de renoncer au plus cher de ses rêves, mais son instinct maternel était resté le plus fort.
Lorsqu’elle entendit parler d’un médecin « miracle » en Suisse, elle le consulta immédiatement.
On lui diagnostiqua une carence hormonale.
Sophia fut traitée et put tenter à nouveau le risque de la maternité à condition de rester alitée durant toute sa grossesse.

Lorsqu’elle apprit à Carlo Ponti qu’elle était à nouveau enceinte il faillit mourir de peur.
Elle s’installa dans une clinique Suisse, resta couchée et sous surveillance médicale quasi constante jusqu’à la naissance tant espérée de son fils.
Sophia et Carlo auront deux fils qui ont hérité de la beauté de leur mère : Carlo jr et Edwardo qui fera de Sophia une maman de 38 ans.
Carlo vient au monde le 29 Décembre 1968.
Edwardo suivra le 6 Janvier 1973, comblant Sophia au-delà de toutes ses espérances.
Elle avait été très claire. Si son travail mettait ses grossesses en danger, elle arrêterait tout définitivement. Ou tout du moins jusqu’à ce qu’elle soit enfin maman.
Mais sa maternité va générer chez elles d’autres inquiétudes.
Si quand elle avait présenté son premier né à la presse dans le hall de la clinique, un journaliste très fûté lui avait demandé « Est-ce qu’il va faire du cinéma ? » la réponse avait été évasive.
La question il est vrai était sensationnellement idiote.
C’est que les enfants de Sophia, contrairement à elle ne naissent pas pauvres.
Elle aura beau leur raconter la misère la guerre, les privations, entendre raconter les choses, ce n’est pas les vivre.
Sophia a peur pour ses fils.
Qu’ils deviennent des petits cons, des parvenus, des fils de riches qui s’imaginent que tout est normal et que tout leur est dû.

Malheureusement, une vague de terrorisme « familial » s’abat sur l’Italie dans les années 70.
Les enfants de Terrence Hill, d’Audrey Hepburn qui vit à Rome et bien sûr de Sophia sont menacés. Terrence part pour la Californie, Audrey pour la Suisse et Sophia pour Paris où elle a acheté un triplex en face du Georges V en 1960 et dont la valeur s’est multipliée par 10 en 10 ans. Les menaces sont telles que lorsque Carlo Ponti se rend en Italie pour son travail, il préfère dormir à l’hôtel plutôt que de rentrer chez lui !
Le joaillier Bulgari échappe de peu aux kidnappeurs de célébrités en plein jour et en pleine rue.
Carlo Ponti y échappe à son tour moins d’une semaine plus tard.
Le fils de Frank Sinatra n’a pas eu cette chance.
Sophia Loren est à l’aube des années 70, il faut bien le dire, une cible de choix pour les coupe bourses de tout acabit. L’actrice vaut 25 millions de francs belges par film et pour donner une échelle des valeurs, à la même époque, le gros lot de la loterie national est d’un million ! En euros d'aujourd'hui nous en sommes à 4.150.000.

Elle reste considérée comme l’une des plus belles femmes du monde, ce qui l’amuse beaucoup : « Moi ? Belle ? Vous voulez rire ! Je suis bien trop grande, mes yeux sont trop écartés, mon nez est trop gros, ma bouche trop grande, bref il n’y a pas de quoi se vanter. On croit que je suis belle mais je crois plutôt que je suis rayonnante car je suis une femme heureuse. J’aime mon mari, mes enfants, mon métier, ma vie . Je me lève tous les matins à cinq heures trente pour profiter un maximum de la journée qui commence, du coup, le soir je me couche avec les poules et je pense que la soirée la plus débridée de ma vie c’est quand j’ai joué au poker avec ma sœur à la maison ! »
Sophia Loren va de triomphe en triomphe, accepte de se vieillir pour la première fois en 1977 pour Ettore Scola dans « Une journée particulière », toujours avec Marcello, bien sûr.
Au passage, elle a fait un peu de prison en Italie pour une histoire d’impôts.
Ce qui prouve que le fisc italien a de la suite dans les idées. Ils auront mis vingt ans pour coffrer Sophia une semaine.
La photo de Sophia en tôle a rapporté des millions à son auteur. Le magasine « Play-boy » présente en couverture un somptueux sosie de Sophia très dévêtue, couverte de bijoux et malmenée par des policiers tant l’affaire fait grand bruit, et, il faut le dire : beaucoup rire.

La diva sublime est à l’apogée de son talent et de sa beauté, son prestige est immense.
Marilyn est morte, Gina a pris ses distances. Elizabeth Taylor a perdu sa phénoménale beauté et d’autres stars sont venues sans supplanter son prestige.
Sophia confiera à son ami le couturier Loris Azzaro : « Il n’y a plus de stars aujourd’hui, à part moi, et peut-être Elizabeth Taylor…Pauvre Elizabeth, tu as vu à quoi elle ressemble maintenant ? » Autres temps autres mœurs.
Ursula Andress, Claudia Cardinale, Raquel Welch sont venues sans réussir à grignoter une parcelle de gloire à Sophia.
La reine incontestée.
Mais déjà, « La Journée particulière » était une sorte de baroud d’honneur pour l’actrice.

En 1974, elle avait donné la réplique à Jean Gabin dans « Verdict ».
Un excellent policier d’André Cayatte et sa prestation avait été inouïe.
Même Gabin affirmait avoir été « mis sur le cul » par Sophia.
Mais à la fin du tournage, elle avait ressenti une sorte de cassure.
Elle estimait la boucle bouclée et qu’il en était bien ainsi.
Elle s’était juré de quitter le devant de la scène en pleine gloire, et il est difficile d’imaginer qu’elle puisse faire mieux encore que dans Verdict.
Son mari a maintenant 60 ans, Sophia ressent plus le désir de se consacrer à sa famille que de s’investir dans des personnages de fiction.

Son fils aîné a eu un accident. Le hors bord qu’il pilotait s’est retourné et le fils de Silvana Mangano qui l’accompagnait a été tué sur le coup. Ce coup du sort confirme encore l’intention de l’actrice de s’éloigner des écrans pour se consacrer à sa famille.
Sophia avait derrière elle une des plus prestigieuses carrières de tous les temps.
Les films de prestige dont elle avait l’habitude avaient tendance à laisser place à un certain cinéma misérabiliste assez lamentable. Les salles de cinéma une à une fermaient leurs portes ou devenaient des complexes à multi salles exigües.
Comme Gloria Swanson avant elle, Sophia estima que le cinéma devenait trop médiocre pour une star de son envergure.

La diva estimait ne plus avoir sa place dans un univers artistique qui ne lui correspondait plus.
Jusque là, elle avait toujours évolué.
Continuer à tourner ne serait plus que se survivre, se perpétrer.
Alors elle prit ses distances.
Comme Gina Lollobrigida. Et comme elle, lasserait la porte ouverte aux propositions intéressantes, comme « D’Amour et de Sang ».
Elle a deux fils à voir grandir qui comptent autrement plus à ses yeux que n’importe quel film au monde.
On reverra donc de temps en temps Sophia au cinéma ou à la télévision. Mais bizarrement, son éloignement n’a pas fait pâlir son étoile comme celle de Gina. Elle reste sans rien faire au sommet de la popularité, elle passionne de nouvelles générations.
A l’aube des années 80, Carlo Ponti engage une jeune actrice aussi belle que prometteuse. Dalila Di Lazzaro. La belle se vante d’être la maîtresse de son producteur et qu’il va bientôt abandonner Sophia pour l’épouser. Elle est virée séance tenante.
Le temps de récolter les lauriers est venu pour Sophia.
L’Amérique lui décernera un Oscar d’honneur pour l’ensemble de sa carrière. La France un César. Celle dont Charlie Chaplin disait qu’elle était la meilleure actrice du monde peut être fière de son patrimoine !

Elle est l’actrice la plus récompensée de son époque il n’existe aucune récompense prestigieuse que Sophia n’ait reçue à un moment ou à un autre de sa carrière. Chaque apparition publique déclenche une avalanche de photos d’elle dans la presse.
En 1998, c’est elle que les lecteurs de Play boy plébiscitent comme étant la femme qu’ils rêvent de voir nue dans les pages centrales du magasine. Elle leur donnera satisfaction en posant pour le calendrier Pirelli en 2007. Bien que ses photos soient résolument et bien évidemment très chastes.
Simultanément elle perd le compagnon de toute une vie.
Carlo Ponti décède la même année.
Il avait 95 ans, laissant derrière lui la plus somptueuse veuve du monde.
Depuis son dernier rôle au cinéma en 2009, Sophia reste inchangée et semble éternelle.
Quatre fois grand-mère, nonagénaire, la star parcourt le monde, de festival en hommages lorsqu’elle n’est pas à Genève ou elle vit comme le reste de sa famille.

Sa beauté qu’elle entretient comme son bien le plus précieux, comme la preuve à ses propres yeux qu’elle a bien été LA Loren lui sert encore de passeport. Mais sans doute pour avoir été trop heureuse, trop comblée, même si cela n’était que le fruit d’un travail acharné, lorsque Sophia revoit des images d’autrefois, ses larmes coulent.
Elle est incapable de revoir des images de la Ciocciara ou de ses duos mémorables avec Marcello sans fondre en larmes sur ce passé tant aimé et si vivant parmi ses morts.
De son éternelle élégance jamais prise en défaut, toujours aussi rousse elle éblouit le monde à chaque apparition et ce n’est pas en curieuse qu’elle assiste aux plus prestigieux défilés de haute couture. C’est en cliente avisée qui sait ce qui convient à une star de son envergure.
Somptueuse octogénaire, elle était devenue une égérie Dolce &Gabbana et en parfumerie, le rouge à lèvres Sophia Loren s’arrache. A 86 ans, toujours où on ne l’attendait pas, elle revient aux écrans en succédant à Simone Signoret dans un remake de « La vie devant soi ».
« Sophia Loren est indestructible, elle n’est pas faite de chair et de sang mais de fer et d’acier ». Marcello Mastroianni
Celine Colassin

QUE VOIR ?
1950 : LES MOUSQUETAIRES DE LA MER : Débuts de Sophia aux côtés de Jacques Sernas.
1950 : QUO VADIS : Péplum Hollywoodien de Melvyn Leroy, Sophia applaudit dans les gradins alors qu’une Elizabeth Taylor non créditée au générique se fait traîner dans l’arène comme il se doit pour une chrétienne de la première heure.
1950 : IL VOTO : Sophia Loren bien peu présente encore, l’actrice du film étant Doris Duranti,
1950 : LES SIX FEMMES DE BARBE BLEUE : Alias Toto !
1951 : ANNA : Ce film est souvent absent des filmographies de Sophia, sans doute pour faire plaisir à la principale intéressée elle-même. La vedette de la chose est en effet Silvana Mangano, parfaitement servie par Alberto Lattuada qui lui confie le rôle d’une bonne sœur se remémorant ses années de péché où elle besognait dans les boîtes de nuit.
1951: QUELLES DROLES DE NUITS : Sophia avec le chevalier servant d’Ava Gardner, le clown séducteur Walter Chiari.
1951: MILANO MILLIARDARIA : Pour la première fois, le public Italien paye son billet pour voir Sophia Loren.
1951: LE RETOUR DE PANCHO VILLA : Tout est dit
1952 : LA TRAITE DES BLANCHES : Si Sophia est dirigée par Luigi Comencini, elle ne fait encore que passer dans les ombres d’Eleonora Rossi Drago qui prend ses galons de star nationale.
1953 : DEUX NUITS AVEC CLEOPATRE : Pauvre Sophia. Sa Cléopâtre est bien penaude face à celles de Claudette Colbert ou d’Elizabeth Taylor.
1953 : AÏDA : Sophia en noire est doublée par la diva Renata Tebaldi pour une pièce maîtresse de l’anthologie du kitsch.
1953 : LE SIGNE DE VENUS : Sophia a une cousine bien moins jolie qu’elle, Franca Valeri, persuadée que tous les hommes sont amoureux d’elle à la suite d’une prédiction de cartomancienne. Le tout est dirigé par Dino Risi.
1954 : MISERIA e NOBILTA : Sophia Loren partage l’affiche avec Toto dans un marivaudage criard à l’aspect théâtral assumé.
1954 : CAROSELO NAPOLETANO : Intéressante comédie musicale relatant les affres de Naples depuis l’invasion des Maures. La vedette de la chose est la danseuse Yvette Chauviré qui est à l’art dramatique ce que la pelle à tarte est à la conquête spatiale.
1954 : L’OR DE NAPLES : Les vrais débuts (grandioses) d’une Sophia Loren au pays des stars. Magnifique et très drôle.
1954 : DOMMAGE QUE TU SOIS UNE CANAILLE : Première collaboration entre Marcello Mastroianni et Sophia, Vittorio De Sica est de l’aventure comme acteur, plus tard, il dirigera Sophia huit fois.
1955 : PAR-DESSUS LES MOULINS : Vittorio, Marcello et Sophia, une nouvelle aventure cocasse du trio infernal.
1955 : ATTILA FLEAU DE DIEU : Attila alias Anthony Quinn
1955 : PAIN, AMOUR AINSI SOIT-IL : Sophia poissonnière !
1955 : LA FILLE DU FLEUVE : Bombe sexy en short et cuissardes de caoutchouc, Sophia s’affiche partout, elle joue pourtant une mère qui perd son enfant. L’un n’empêche pas l’autre. Elle travaille dans une usine où l’on fait sécher des anguilles, elle y chantonne des mambos pour mettre l’ambiance, mais je défie quiconque de la voir toucher une anguille.
1956 : LA CHANCE D’ËTRE FEMME : Autant Alessandro Blasetti avait réussi « Dommage que tu sois une canaille » autant il échoue à retrouver la magie du couple Loren Mastroianni, sans doute leur plus mauvaise collaboration.
1957 : ORGUEIL ET PASSION : La première superproduction américaine.
1957 : LE DESIR SOUS LES ORMES : La tragédie Grecque à la cambrousse.
1957 : OMBRES SOUS LA MER : Sophia partage l’affiche avec le plus petit des durs Américains : Alan Ladd.
1957 : LA CITE DISPARUE : Après avoir donné la réplique à Alan Ladd, un des plus petits, Sophia affronte un des plus grands : John Wayne.
1958 : LA PENICHE DU BONHEUR : 0n dirait une production Disney mais Sophia retrouve Cary Grant et leur tandem fait merveille.
1958 : LA CLE : Le film eut l’honneur d’ouvrir le festival du film de Bruxelles en présence du jeune roi Baudoin. Sophia gagnait de film en film ses galons de grande comédienne. Ce qui lui permit d’éclipser totalement William Holden !
1959 : L’ORCHIDEE NOIRE : Première consécration officielle pour Sophia qui reçoit la coupe Vol
1959 : LES DESSOUS DE LA MILLIONNAIRE : Cette adaptation d’une œuvre de Bernard Shaw se tournait à Londres. Sophia Loren se retrouva donc aux aurores au marché aux poissons en robe Dior, talons aiguilles et veste de marabout. Le vol de ses précieux bijoux étant tout frais dans les mémoires, la presse s’inquiète surtout de savoir si les bijoux qu’elle porte au marché sont vrais ou faux. Les poissonniers quant à eux profitent de l’aubaine pour faire goûter à Sophia leurs célèbres bouchées de poisson cru. La belle italienne se montra friande et les avala sans rechigner avec la tête d’un président français au salon de l’agriculture. Sa performance qui lui tira de sourires aigrelets fut admirée par les maraîchers qui l’acclamèrent en disant « Bravo parce que d’habitude les étrangers détestent ça ». Sa tête à ce moment là valait bien un Oscar supplémentaire.
1959 : TTHAT KIND OF WOMAN : Sidney Lumet réalise un des films les plus méconnus de Sophia Loren. La chose faillit pourtant rafler l’Ours d’or à Berlin. Le tournage fut compliqué par quelques indiscrétions. Pour les scènes en extérieurs, la foule semblait toujours avertie du tournage et des milliers de badauds surgissaient pour admirer Sophia et Barbara Nichols « en vrai ». Le tournage en gare de Long Beach est resté mémorable. La police locale ne suffit qu’à peine à contenir la foule sur le passage des deux stars. Les cris de joie et les sifflements empêchèrent toute prise de son. Sophia et Barbara qui s’entendaient comme lurons en foire ne furent pas le moins du monde décontenancées et chaloupèrent tant et plus dans leurs robes moulantes pour le plaisir de leurs admirateurs. Pas forcément pour celui de Sidney Lumet.
1960 : C’EST ARRIVE A NAPLES : Encore un scénario bien moyen avec une Sophia déchaînée mais avec Clark Gable dont ce sera le dernier film avant l’aventure des « Désaxés ».
1960 : SCANDALE A LA COUR : Encore un scénario bien désuet pour une Sophia amoureuse du beau John Gavin
1960 : LA DIBLESSE EN COLLANTS ROSES : Voici Sophia dirigée très lamentablement par Cukor qu’elle ne semble guère inspirer.
1960 : LA CIOCCIARA : Le film de tous les triomphes où Sophia est ahurissante. La cioccia est une espèce de savate que portaient en Italie les femmes si pauvres qu’elles n’avaient jamais vu de chaussures, celles qui portaient ces cioccia étaient donc des Ciocciara.
1961 : BOCCACE 70 : Film bien dans l’esprit du cinéma Italien de l’époque, le sketch de Sophia est le meilleur même si elle est confrontée à Anita Ekberg dirigée par Fellini et Romy Schneider dirigée par Visconti
1962 : MADAME SANS GENE : Le film de Christian Jacque n’est pas un chef d’œuvre, mais Sophia Loren succède à Arletty et s’en donne à cœur joie devant Robert Hossein qui a l’air complètement éberlué face à elle. Pour la première fois, elle se double elle-même en français.
1962 : LE COUTEAU DANS LA PLAIE : On est à mi chemin entre « Aimez-vous Brahms » et « Psychose », c’est une curiosité intéressante. Sophia Loren qui entre dans un bistrot de routiers au petit matin, sanglée dans un trench de vinyle noir et qui s’évanouit sur le carrelage, ça vaut la peine d’être vu !
1962 : LES SEQUESTRES D’ALTONA : Le film le plus atone de De Sica
1963 : HIER, AUJOURD’HUI ET DEMAIN : Les grandes retrouvailles entre Sophia et Marcello Mastroianni pour un film triomphal et sa célèbre scène de striptease qu’elle recommencera dans « Prêt-à-porter » de Robert Altman, mais cette fois, le fougueux Marcello s’endormira devant sa prestation
1964 : MARIAGE A L’ITALIENNE : Le plus grand succès du couple Sophia- Marcello, Le public se précipite pour les voir ensemble. Le film préféré de Sophia.
1965 : LADY L : C’est Peter Ustinov qui met en scène Sophia dans ce film pour tout dire assez raté, mais en plus de Sophia, il y a Paul Newman et David Niven. J’ignore si Sophia fut ravie à l’idée de « récupérer » ce film qui avait été commencé puis abandonné pour de multiples raisons avec Tony Curtis et…Gina Lollobrigida.
1965 : OPERATION CROSSBOW : Sophia fait sa petite James Bond dans un film qui se laisse voir
1966 : JUDITH : Sophia Loren a l’air de sortir de Dachau comme moi d’un défilé « Jeunes filles chez Dior ». Sa perruque est si énorme qu’elle a parfois l’air de porter une toque. Complètement anachronique avec son tailleur Dior et ses lunettes hublot à la Jackie Kennedy alors que l’action du film est posée en 1948, la crédibilité de l’ensemble perd vraiment beaucoup.
1966 : ARABESQUE : Stanley Donen remet le couvert avec une intrigue policière humoristique à rebondissements mais Arabesque n’a pas le charme de Charade.
1966 : LA COMTESSE DE HONG KONG : Le dernier film de Chaplin qui n’est pas très réussi mais qui se laisse voir, Sophia joue avec Marlon Brando qui est plus petit qu’elle, quand elle apparaît seule elle porte des talons, quand Brando est avec elle, elle porte des chaussons roses qui apparaissent tout le temps à l’écran.
1967 : LA BELLE ET LE CAVALIER : Un très élégant contes de fées avec une Sophia absolument incroyable et Omar Sharif qui semble galvanisé par sa partenaire. Tourné en 1967, absolument rien ne trahit son époque, le film pourrait être tourné aujourd’hui.
1967 : FANTOMES A L’ITALIENNE : Sophia face à Vittorio Gassman dans un vaudeville surnaturel qui se laisse voir avec beaucoup de plaisir
1970 : LES FLEURS DU SOLEIL : Une fois de plus, Vittorio De Sica dirige Sophia et Marcello dans un joli film où Sophia se croyant veuve de guerre découvre que son cher disparu de Marcello a refait sa vie en Russie…avec une blonde !
1971 : LA FEMME DU PRETRE : C’est Dino Risi cette fois qui dirige le couple mythique dans une de leur moins bonne collaboration, la garde robe de Sophia est une anthologie volontaire du kitsch.
1972 : L’HOMME DE LA MANCHA : On parla bien plus du viol collectif de Sophia Loren que de la prestation de Peter O’Toole en Don Quichotte !
1972 : UNE BONNE PLANQUE : Adriano Celentano, acteur improbable incarne ici un communiste fervent tombant amoureux d’une religieuse encore plus improbable : Sophia Loren maquillée comme pour la revue du Lido sous sa cornette.
1973 : VERDICT : Un film sublime et très intense où Sophia Loren ex femme de mafioso lutte d’égale à égal avec Jean Gabin juge aux assises.
1974 : LE VOYAGE : Un film intimiste et nostalgique où Sophia convoie Richard Burton mourant.
1975 : LA PEPEE DU GANGSTER : Le film n’est pas très intelligent, comme son titre peut le laisser présager, Mais Sophia et Marcello s’en donnent à cœur joie, ça fait toujours plaisir de voir des acteurs en aussi grande forme.
1977 : UNE JOURNEE PARTICULIERE : Ettore Scola réunit à nouveau Marcello qui joue un homosexuel et Sophia qui accepte de se vieillir pour la première fois.
1977 : LE PONT DE CASSANDRA : Un film catastrophe très à la mode à l’époque, et comme de bien entendu, loi du genre, une distribution ahurissante : Sophia à couper le souffle, Richard Harris, Burt Lancaster, Ingrid Thulin et…Ava Gardner très en forme elle aussi.
1978 : D’AMOUR ET DE SANG : La dernière véritable collaboration Sophia Loren- Marcello Mastroianni si l’on excepte leurs retrouvailles dans « Prêt-à-porter » de Robert Altman en 1994.
1978 : ANGELA : Sophia au cœur d’un drame familial un rien tarabiscoté tourné au Canada.
1979 : FIREPOWER : Un film d’action rondement mené avec James Coburn.
1994 : PRÊT A PORTER : Le film si prometteur de Robert Altman n’a tenu aucune de ses promesses, malgré Sophia, Marcello Mastroianni, Lauren Bacall, Anouk Aimée et Kim Basinger !
1997 : SOLEIL : Roger Hanin passe à la mise en scène et dirige Sophia Loren dans un rôle qui évoque ses grands succès dans ses interprétations hautes en couleurs de femmes du peuple, Hanin raconte l’histoire de sa propre mère et donne Philippe Noiret comme partenaire à Sophia.
2001 : CŒURS INCONNUS : Le fils de Sophia Loren, Eduardo Ponti, passe à la réalisation et met sa mère en scène dans une comédie sentimentale avec Gérard Depardieu et Mira Sorvino.
2009 : Nine : Comédie musicale qui ne vaut que par son casting féminin où Nicole Kidman et Judy Dench entourent Sophia.
LES FILMS QUE VOUS NE VERREZ PAS
(AVEC SOPHIA LOREN)
Of Human Bondage : Sophia fit des pieds et des mains pour succéder à Bette Davis dans le rôle mais la production la trouvant sans doute en trop bonne santé lui préféra Kim Novak.
Cléopâtre : Après le refus de Gina Lollobrigida, c’est à Sophia que l’on songe pour la couronne de reine d’Egypte. Elle décline. Sans doute le souvenir du rôle qu’elle avait déjà tenu était-il encore trop présent.
Cyrano et d’Artagnan : En 1962, le toujours fringuant Abel Gance songe à Sophia Loren pour ce film qui ne se fera pas. Le reste de la distribution devant réunir Elvire Popesco son actrice fétiche, l’inévitable Jean Marais et l’excellent Robert Hirsch en Cyrano !
Antonia : Au rayon des rendez-vous manqués on peut particulièrement regretter celui-ci. Ce film devait réunir Sophia Loren et Montgomery Clift, lequel était revenu sur sa décision de mettre sa carrière en veilleuse après le tournage de « Freud » pour le plaisir de tourner avec Sophia sous le soleil de Sicile. C’est le scénario qui fera faire volte face à l’acteur : « Je ne peux pas décemment jouer le rôle d’un frère amoureux de sa sœur qui lui fait un enfant avant qu’ils ne se suicident tous les deux ! »
Les Vainqueurs : Sophia était pressentie pour le rôle de « la femme italienne » dans ce film qui réunit également Jeanne Moreau et Elke Sommer, mais c’est Rossana Schiaffino qui finalement tiendra le rôle.
La Grande Catherine : Pour raison de maternité, Sophia abandonne ce rôle prestigieux où brilla jadis Marlène Dietrich au profit de Jeanne Moreau. Le film, malgré Jeanne et Peter O’Toole, n’eut aucun succès et Sophia fut enfin maman.
Pampero : En 1978, l’Argentine débloque de rutilants millions pour faire briller son cinéma et déroule un tapis doré à Sophia et Burt Lancaster pour ce film qui…ne se fit jamais.


