RAQUEL TORRES
- Céline Colassin
- 1 oct. 2025
- 3 min de lecture

À Hollywood, il suffit parfois d’un sourire et d’un peu de sable blanc pour créer une légende. Raquel Torres en est la preuve éclatante.
Née Paula Marie Osterman le 11 novembre 1908 à Hermosillo, dans l’État de Sonora au Mexique, elle grandit entre deux cultures. Son père est allemand, sa mère mexicaine. Orpheline de mère très jeune, elle émigre avec sa famille aux États-Unis. L’adolescente fait ses études dans un couvent de Los Angeles — loin des cocotiers et des lagons qu’on allait bientôt lui coller en image de marque aussi exotique que sulfureuse.
En 1928, la MGM la choisit pour tourner White Shadows in the South Seas. Est-ce le film en lui-même qui la séduit ou le tournage à Tahiti à 6.000 kms d'Hollywood? Elle s'invente un accent exotique qui ne correspond à rien d'existant mais son anglais parfait ne colle pas avec le personnage. Exotisme, et physique de sirène, le public y croira sans sourciller et elle aura bien du mal à se départir de cette étiquette de "fille des îles baragouinant un sabir incompréhensible". En 1928, Tahiti c'est le bout du monde. Raquel sous le charme polynésien se nourrir de mangues et de poissons grillés . Le reste de l'équipe, abordant l'île comme s'il s'agissait d'affronter des anthropophages, King Kong et pléthore de maladies mystérieuses avale des conserves importées de Californie. Craignant pour la vedette du film que les autochtones qui lui grillent du poisson sur la plage ne se mettent à la dévorer subitement.

Deux ans plus tard, Raquel est restée dans le carcan de "fille des îles" On lui fait affronter une raie Manta géante . Deux heures dans une eau glaciale pour une prise qui la laisse transie mais souriante. En 1933, elle se fraie enfin une place dans la grande histoire du film. Elle devient Vera Marcal dans Duck Soup aux côtés des Marx Brothers. " À la fois un cauchemar et un bonheur », confier a-t-elle plus tard : difficile de garder son sérieux quand Groucho Marx vous prend pour une cocotte de cabaret, qu'il improvise 99% du texte ce qui fait que toutes vos répliques tombent à plat, vides de sens." Reste que que sa "méchante" Vera Marcal est de l'avis unanime la meilleure et la plus illustre de toutes les méchantes des films des Marx.
La presse adore ce mélange de glamour et d’espièglerie. Photoplay la décrit comme « le plus beau mirage qu’Hollywood ait jamais inventé ». Screenland s’amuse à rapporter ses caprices charmants : Essayer tous les chapeaux d’une boutique de Beverly Hills, commander du jus de coco au Brown Derby au lieu du champagne, dresser un perroquet qui répète “Lights! Camera! Action!” pour narguer les producteurs.
Mais Raquel n’est pas dupe. Elle sait que l’étiquette “fille des îles” la condamne à des rôles interchangeables dans des sempiternelles resucées.

En 1935, elle épouse le producteur Stephen Ames, ex mari de la star Adrienne Ames et quitte peu à peu les studios. Un chroniqueur rapporte qu’on lui demanda pourquoi elle arrêtait sa carrière : elle aurait répondu en riant, « parce qu’il est plus confortable d’épouser les films que de les tourner ». Le couple dure jusqu’à la mort d’Ames dans les années 1950.
En 1959, elle se remarie avec l’acteur Jon Hall, mais l'’union ne tient pas et se solde par un divorce rapide.
Elle se retire ensuite dans sa maison de Malibu. Ses voisins la voient pique-niquer sur la plage avec nappe blanche et vaisselle en porcelaine, fidèle à l’élégance des années 30. En 1985, sa demeure est ravagée à 80 % par un incendie, mais elle échappe au pire.

Raquel Torres meurt à 78 ans, le 10 août 1987, à Malibu, d’une crise cardiaque. Elle repose au Forest Lawn Memorial Park de Glendale, Californie, ce cimetière où dorment tant d’icônes hollywoodiennes.
Ainsi s’éteint la “sirène improvisée” de la MGM : une actrice à la carrière brève mais éclatante, dont le charme amusé a traversé le clinquant des années folles. Mirage fabriqué, mais aussi femme d’esprit qui riait des illusions, elle reste l’un de ces visages rares qui incarnent la fantaisie d’un âge d’or disparu.
Son personnage des "fille des îles" fera long feu à Hollywood, il y aura pléthore de belles en sarong et la magnifique Dorothy Lamour en restera le plus flamboyant exemple même si on est en droit de lui préférer la spontanéité de jeu de Raquel Torres.
Celine Colassin

QUE VOIR?
1928:White Shadows in the South Seas: Avec Monte Blue
1930: The Sea Bat: Avec Charles Bickford et Niel Asher.WhiteS in the South Seas
1933: Red Wagon: Avec Charles Bickford et Greta Nissen
1933: The Woman I Stole: Avec Fay Wray et Jack Holt
1933; Duck Soup: Avec les Marks Brothers
1936: Go West Young Man: Avec Mae West et Randolph Scott


