VIRGINIA DALE
- Céline Colassin
- 11 nov. 2025
- 3 min de lecture

Avant de devenir Virginia Dale, notre héroïne du jour s’appelait Virginia Paxton. Nous sommes à Charlotte en Caroline du Nord. C'est là que Virginia surgit le 1 juillet 1917.
Enfant sérieuse, appliquée, presque trop, elle s’obstine à danser. Elle ne vit que pour ça. On lui dit qu’il faut souffrir pour être ballerine, que c'est un métier de discipline où seules les meilleures réussissent. Elle prend la phrase au pied de la lettre. Elle ne danse pas, elle s'acharne. Mais un jour, la douleur est trop forte. Elle s'effondre. La toute jeune fille souffre le martyre depuis des mois et n'a rie en osé dire. Ce ne sont pas des comportements de danseuse que de geindre. Sa volonté résiste, son pied cède. L'infection a gagné, la gangrène menace Soins pansements, menace d'amputation. Une greffe de peau d'animal sauvera son pied mais c'est la fin du rêve.
Quand on perd une voie, on en invente une autre :
Elle ira danser d'autres choses, ailleurs, avec des plumes et du jazz plutôt qu’avec des chaussons roses.
Avec sa sœur Frances, elle se réinvente en numéro de cabaret : les Paxton Sisters. Deux sourires, deux silhouettes, un tour de piste.

Leur complicité fait mouche. Dans la salle, un homme de studio griffonne quelques mots sur un coin de serviette. Le lendemain, un contrat. En bas de page une signature: Zanuck.
Le nom change, la vie aussi. Virginia Paxton devient Virginia Dale.
Elle apprend à sourire à la caméra, à tourner la tête du bon côté, à s’effacer juste ce qu’il faut pour qu’on la voie. Son rôle est simple : briller sans éblouir, exister sans déranger, être là sans qu’on se souvienne trop pourquoi. Les hommes chantent, les femmes dansent, Virginia fiait les deux. Elle occupe la diagonale invisible. Dans ces films qu’on regarde encore certains dimanches, elle traverse l’écran avec la grâce discrète de celles qui savent que la vedette, ce n’est jamais elles.
Pendant la guerre, elle besogne à la Hollywood canteen, entre Marlène Dietrich et Bette Davis. Elle sert des repas aux soldats, rit à leurs blagues, offre un peu de légèreté dans un monde en train de se briser .

Quand tout s’apaise, elle s’éloigne doucement du tumulte. Elle tourne encore, un peu, puis choisit la vie ordinaire : la maison, les enfants, le calme.
Elle ne fera jamais scandale, ne réclamera rien, n’aura pas besoin qu’on lui rende hommage pour exister.
Un jour, le 3 octobre 1994, on apprendra qu’elle s’est éteinte dans une ville de studios et de palmiers. Les journaux parleront de son sourire, comme si tout tenait là.
Mais son vrai film, sans générique ni paillettes, fut peut-être celui qu’elle a mené en silence : celui d’une femme qui a dansé tant qu’elle a pu, avant de laisser aux autres la lumière.
Virginia avait 77 ans.
Personne n'était venu lui demander de raconter ses souvenirs. Dommage, elle aurait pu nous parler de Clark Gable, de Fred Astaire ou de Bing Crosby.
Céline Colassin

QUE VOIR?
1936: Every Saturday Night: Avec June Lang et Spring Byington
1936: Swing Banditry: Avec George Stoll
1938: No Time to Marry: Avec Mary Astor et Richard Arlen
1939: Idiot's Delight:. Avec Clark Gable et Norma Shearer
1939: All Women have Secrets: Avec Richard Arlen et Jeanne Cagney
1940: The Quaterback: Avec Wayne Morris
1940: Buck Benny Rides Again. Avec Ellen Drew et Jack Benny
1940: Love Thy Neighbor: Avec Mary Martin et Jack Benny
1941: Kiss the Boys Goodbye: Avec Don Ameche et Mary Martin
1942: Holiday Inn: Avec Fred Astaire et Bing Crosby
1947: Dragnet: Avec Henry Wilcoxon
1947: Fall Guy: Avec Leo Penn et Leala Loring
1947: The Hucksters: Avec Deborah Kerr, Ava Gardner et Clark Gable
1948: Strike it Rich: Avec Bonita Granville et Rod Cameron
1950: Love, that Brute: Avec Jean Peters et Paul Douglas
1951: Danger Zone: Avec Tom Neal et Hugh Beaumont


